Le tandem Truman-Acheson a remporté un succès de premier ordre à la Conférence de San-Francisco de septembre, succès qui a coupé le seuffle aux Républicains qui critiquaient le Secrétaire d'Etat.
Pour un objet made in U.S.A., le traité japonais constitue un article réunissant toutes les qualités requises à cette occasion : efficace, commode, bon marché, honorable et pratique. Sen procédé de fabrication restera un exemple d'efficiency et de rapidité tout américaines. Tout était réglé par avance, avec exactitude et fermeté, dire « d'aceord » ou d'ajouter « pas de commentaires ». Quant au principal, intéles innombrables délégués des pays satellites ayant juste le temps de ressé, le Japon, il fut généreusement gratifié de deux traités, l'un qui déclare que les alliés « reconnaissent que le Japon, en tant que pays seuverain, possède le droit inhérent d'auto-défense individuelle ou collective », l'autre qualifié de traité de sécurité dans lequel « le Japon accorde et les Etats-Unis acceptent le droit » de disposer leurs forces de terre, de mer et de l'air où ils le veulent au Japon. Ce même traité interdit au Japon d'accorder des bases pareilles à toute autre puissance sans l'assentiment des Etats-Unis. Une autre clause permet l'utilisation des forces armées américaines stationnées au Japon contre tout ennemi intérieur éventuel.
Ainsi en l'espace de quelques heures le Japon a obtenu et perdu sa liberté en tant que nation, et il devient définitivement et officiellement la plus gigantesque base militaire de l'impérialisme américain à proximité du continent asiatique, braquée plus particulièrement contre la Chine et l'U.R.S.S.
Dépendant totalement des Etats-Unis, coupé de tous ses débouchés d'antan et avant tout de la Chine, le Japon se transformera inexorablement en fabrique d'armes et de chair à canon. Tout l'avenir de ce grand pays, toutes les possibi_ lités réelles qui y existent pour assurer une transformation socialiste de sa strueture fécdo-capitaliste surannée au moyen d'une coopération pacifique avec la Chine et des autres pays asiatiques en voie d'émancipation de l'impérialisme, se trouvent ainsi compromises.
Seule la puissance des masses japonaises, dans un front unique de tous les partis et organisations ouvrières du pays, pourra entamer une lutte décisive pour briser les chaînes que l'impérialisme vient de forger, avee la complaisance des classes possédantes indigènes, autour du corps meurtri du Japon.
Il ne faut cependant pas minimiser Vimportance et la gravité du fait déja accompli. Que, passant outre aux réticences de plusieurs de ses partenaires, à 8 l'absence des Indes et de la Chine, et à l'opposition de l'U.R.S.S., P'impérialispe yankee ait osé imposer ce traité infâme signifie que ses plans de guerre sont bien arrêtés et que leur exécution s'accélère. Dans ces conditions, il est peu probable qu'une pause tant soit peu sérieuse s'instaure en Asie, et le traité de « paix » japonais agira plutôt comme un puissant ferment dans cette région du monde où l'atmosphère actuelle de guerre sévit plus particulièrement,