Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 9, n° 8-10

Accentuation de la lutte de classe en Allemagne occidentale

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 8-10 · août-octobre 1951 · p. 10-12 · 1 589 mots

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Men Allemagne occidentale

Imperceptiblement mais constamment, les rapports de forces inter-impérialistes sur le continent européen se modifient en faveur de la bourgeoisie mande. S'appuyant sur un appareil productif complètement reconstruit et modernisé, cette bourgeoisie se lanee aujourd'hui à toute vapeur à la conquête des allemarchés extérieurs, et se ressent d'autant plus fortement des restrictions imposées à son industrie et à son commerce par les puissances d'occupation. La structure des exportations allemandes, plus encore que leur montant absolu déjà impressionnant, indique à merveille cette évolution. Alors que 1948, les exportations allemandes consistèrent en majeure partie en matières prejusqu à la fin de mières (charbon et bois), elles se composèrent en 1949 et 1950 en premier lieu de produits semi-finis des industries métallurgiques et chimiques pour reprendre en 1951 à nouveau leur physionomie d'avant guerre : produits finis de la construction mécanique, des industries chimiques et pharmaceutiques, et de l'industrie optique et de précision. C'est surtout le concurrent britannique qui a souffert le plus, au cours des mois récents, de cette démonstration de la nouvelle puissance économique de l'Allemagne. 10

En face de ce renforcement du capitalisme allemand, les puissances impérialistes vainqueurs de la deuxième guerre mondiale se sont efforcées de maintenir, dans la mesure du possible, les freins qui ralentissent l'inexorable progrès de leur à imposer à l'Allemagne l'exportation forcée de près de 25 millions de tonnes de principal concurrent capitaliste. L'Autorité Internationale de la Ruhr continue charbon cette année, ce qui risque d'arrêter la production dans plusieurs secteurs industriels et de provoquer une pénurie de charbon à usage domestique pour l'hiver prochain. Les frais d'occupation à payer par les Allemands, aujourd'hui non plus « vaineus » mais « protégés », sont plus élevés que jamais. A la fin août, la Haute Commission décida de saisir les fonds allemands aux Etats-Unis au moyen desquels l'important commerce entre l'Allemagne occidentale et la Chine de Mao Tse-Tung fut en grande partie financée. Mais toutes ces mesures s'avèrent de plus en plus impuissantes quand il s'agit d'exprimer en termes politiques, militaires et économiques les rapports de forces réels entre les puissances ports de forces d'une façon réaliste, qu'il se voit obligé d'appuyer de plus en capitalistes «'Europe. C'est parce que Pimpérialisme américain estime ces rapplus ses projets de guerre sur la remilitarisation de l'Allemagne. Que ceci provoque de multiples fissures dans le front unique inter-impérialiste, comme celles qui se manifestèrent à l'occasion de la récente conférence de New-York, ce n'est qu'un moindre mal pour l'impérialisme américain, comparé à la brèche qui existerait dans ce front unique par l'inutilisation de l'énorme potentiel allemand.

La politique de la bourgeoisie allemande, reorésentée par le chancelier Adenauer (fraction plus « collaborationniste ») et le président Heuss et le viceprésident Blücher (fraction plus « dure »), consiste à exploiter sa supériorité économique croissante et la nécessité de plus en plus pressante de la remilitarisation allemande, ressentie par Washington, afin d'obtenir des Alliés « légalité de droit », c'est-à-dire le droit de participer au partage international de la plusvalue de par le seul poids de sa production, sans restrictions ni corvées d'aucune sorte, Jusqu'à tout récemment, cette politique s'est limitée à des manœuvres et des discussions scus le signe du chantage politique. Une nouvelle étape dans les associatiens d'anciens soldats et officiers qui, réunies en une confédération, comprelations inter-impérialistes a été ouverte avec la constitution officielle des tent déja plus d'un million de membres. Avee les organisations de couverture, comme la police fédérale déjà active, les garde-frontières, l'association de défense passive anti-aérienne surtout l'association pour l'aide technique, qui sera composée de 200.000 techniciens et cuvriers qualifiés de « volontaires », pour combattre les « sabotages » (et les grèves !), la confédération des anciens soldats et cfficiers offre les cadres tout prêts de la future armée allemande, non pas des cadres « européens », « animés d'un esprit nouveau » comme l'espérait l'impérialisme français avee son plan Pleven, mais les cadres classiques de la Wehrmacht, avant tout fidèles aux intérêts du capitalisme allemand et désireux d'obtenir la place d'allié numéro un de Washington, tout en maintenant une large marge dindépendance et de manœuvre envers leurs futurs alliés.

Dans ces conditions, alors que dans toutes les capitales « occidentales » d'Europe règne une atmosphère de défaitisme et de démoralisation devant la perspective de la troisième guerre mondiale, n'est-il pas étonnant que la bourgeoisie allemande qui est infiniment plus puissante qu'en 1945, quand tout semblait perdu, fasse preuve d'un optimisme discret, et impressionne de ce fait les informateurs américains comme le seul secteur « sûr » du front européen ? Comment ne pas comprendre d'autre part que cette stabilité relative dont jouit aujourd'hui le capitalisme allemand, comparée à la crise structurelle extrême qui ne cesse de secouer les puissances « victorieuses » en Europe, est due à la passivité dont a fait preuve jusqu'a maintenant la classe ouvrière d'Allemagne occidentale ? C'est cette passivité qui a représenté jusqu'à maintenant la base de toute la politique, de tous les espoirs et de tous les caleuls des magnats de la Ruhr.

Mais cette passivité, produite par les conditions exceptionnelles dans lesquelles le mouvement ouvrier a dû se reconstituer après 1945, est minée lentement mais sûrement par les conséquences mêmes de la remilitarisation sur laquelle Bonn mise à fond. La hausse constante des prix réduit sans cesse le niveau de vie des masses. La première grande grève pour les salaires s'était produite l'an dernier parmi les ouvriers du bâtiment. Cette année, la même cause a provoqué des réactions analogues dans deux secteurs décisifs du prolétariat allemand, les mineurs et les métallurgistes.

La lutte des mineurs pour une importante augmentation des salaires n'a finalement pas abouti à la grève. Mais elle a été une manifestation très claire de la reprise de conscience de classe de la part du prolétariat allemand. Les mineurs réclamaient une augmentation de salaire rétroactive de 14 % à partir du 1° mai. Le patronat leur en offrait 12 sans rétroactivité. La bureaucratie syndicale s'efforça, contre une promesse solennelle faite le 9 juin 1951 à une conférence de délégués à Bochum, d'imposer le compromis sur cette base aux délégués de puits, délégués de puits, tenue le 26 juin dernier, rejeta sa proposition par 255 voix mineurs. Elle subit sa première défaite depuis 20 ans quand la conférence des accepté la rétroactivité de l'augmentation de salaire. Même après cette concesaccepté la contre 158. Un compromis ne fut conclu que le 3 juillet, les patrons ayant sion, la décision de cesser le travail ne fut rejetée que par 275 voix contre 226. La bourgeoisie comprit bien le sens de cet événement important et couvrit de fleurs le nouveau président de la C.G.T. allemande, Christian Fette, qui se vanta d'avoir empêché la grève d'une corporation qui « peut saisir l'Etat à la gorge».

Dans la métallurgie, le patronat centralisé dans une organisation corporative très puissante, résista avec acharnement aux revendications d'augmentation de salaire. La C.G.T. hésita à engager la lutte dans toute l'Allemagne occidentale et se décida finalement en septembre à une épreuve de force dans la province de Hesse, faisant cesser le travail d'abord aux ouvriers des petites entreprises, puis de deux grandes usines, Opel (automobiles) et Henschel (locomotives). Ce fut la première grève sérieuse dans la métallurgie depuis 1933 et elle fut menée de part et d'autre avec grand acharnement. Après plus de trois semaines de lutte, la bureaucratie capitula de façon honteuse, Elle accepta de reprendre le travail à des conditions dérisoires si 25 % (!) des grévistes acceptaient ces propositions. Bien que deux tiers des grévistes votèrent pour la continuation de la grève, celle-ci se trouva donc arrêtée... Jamais la démocratie syndicale n'avait été piétinée sur une telle échelle, avec un tel cynisme.

Ce n'est pas par hasard si la bureaucratie syndioale se trouve aujourd'hui choyée et célébrée tant par la bourgeoisie allemande que par les puissances occidentales d'occupation, C'est sur ses épaules que réside en dernière analyse la paix sociale en Allemagne occidentale et de ce fait toutes les possibilités de réaliser la remilitarisation,

Le chancelier Adenauer s'efforee sérieusement, comme il l'avait déjà montré lors des discussions sur la co-gestion, d'associer la bureaucratie syndicale à politique générale, par des méthodes identiques à celles que Roosevelt et Truman utilisèrent dans des conditions analogues aux geoisie allemande exerce une pression constante sur cette bureaucratie et fait Etats-Unis. Ce faisant, la bourdévier son cours à droite par rapport à celui de la bureaucratie social-démocrate. Alors que Schumacher maintient son opposition, fût-elle mi-nationaliste, mi-pacifiste, contre le plan Schuman et la remilitarisation, Christian Fette a cru nécessaire de se prononcer en publie en faveur de ces deux éléments essentiels de la politique impérialiste. Il est hautement significatif que ces déclarations ont provoqué des réactions violentes et que, dans de nombreux centres industriels, à Brême, à Dusseldorf, en Bavière, et notamment à Nuremberg, des syndicats entiers votèrent des réselutions contre l'attitude de Fette.

La reprise de la lutte de classe en Allemagne passe aujourd'hui par la presSien sur la bureaucratie syndieale et la lutte contre elle, de la part des militants de base. Quelles que soient les manœuvres utilisées par les Fette et Cie, la situation objective travaille contre eux. Ils veulent mobiliser les ouvriers pour la remilitarisation, mais les conséquences de la remilitarisation mobilisent les ouvriers contre eux. Plus vraies que jamais sont aujourd'hui les paroles célèbres qu'Auguste Bebel adressa au Congrès de lena aux bureaucrates syndicaux : « Freinez autant que vous voulez, ces freins finiront par se rompre et le mouvement passera pardessus vos têtes ! »

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