En queiques semaines, le gouvernement britannique a fait évacuer par ses naticnaux d'abord les champs pétrolifères de l'Iran, puis Pile d'Abadan avec sa En même temps ce gouvernement est allé se plaindre au Conseil de Sécurité grande raffinerie moderne. Opération pénible et sans gloire, dit « Le Monde ». de FO.N.U. que les méchants Persans mettaient en danger la paix du monde. Le gouvernement britannique n'a certainement aucune illusion sur le résultat final. Quelle que soit la décision de PO.N.U., c'en est définitivement fini de l'Anglo-Iranian Oil Company, entreprise commerciale destinée à dissimuler la Grande-Bretagne. C'en est fini de la mainmise britannique dans le sud de l'Iran.
Le docteur Messadegh, premier ministre iranien, a trompé au cours des négociatiens tant les Anglais que les Américains, telle est pour certains l'explication essentielle. Il est incontestable que ce vieillard s'est montré un négociateur astucieux, un comédien excelient, jouant tantôt de la maladie, tantôt des larmes, tantôt de la peur et tantôt de la menace. Mais toute son astuce eût été vaine si elle ne s'exerçait sur un fond social donné. Un jour, n'ayant pas le quorum devant le Majlis (Parlement iranien dominé par les féodo-capitalistes), il est sorti dans la rue et là, monté sur une chaise, il a dit à la foule qui attendait : « Mon Parlement, il est la où vous êtes ». Dans cette phrase on trouve la clé du problème.
Messadegh avait commence à négocier pour trouver un compromis avec les Anglais et les Américains. Mais il ne pouvait accepter n'importe quel compromis, car il était poussé par ce véritable « Parlement » que sont les masses iraniennes animées par une volonté irrésistible de se libérer de la domination impérialiste.
Quel chemin parcouru en quelque trente ou quarante ans dans ce pays il y fonciers, véritables seigneurs féodaux du Moyen-Age, d'une vénalité sans pareille! a encore peu de temps dominé par moins d'un millier de grands propriétaires . Il y avait bien des tentations chez les couches dominantes de lIran pour accepter un compromis avee l'impérialisme, mais il y avait peu de candidat au coup de poignard ou à la balle de revolver. Certains journaux britanniques critiquent le gouvernement anglais d'avoir manqué de Souplesse, des négociations ou d'avoir posé des conditions et fait des menaces inexécutables. de n'avoir pas eu de ligne de conduite effective au cours
Nous n'avons pas l'intention de nous faire les défenseurs des ministres de Sa
Majesté : mais ce qui a manqué à Attlee et à Morrisson, ce n'est pas la volonté de trouver une solution en battant en retraite (dans le cas des Indes ils en ont bien trouvé une), mais un terrain de manœuvre suffisamment étendu. L'enjeu était considérable. Au cours des dernières années, l'Anglo-Iranian par ses bénéfices seulement rendait positive la balance du commerce extérieur britannique, L'Iran était littéralement dépouillé de ses richesses naturelles. Rappelons qu'un quart de la production iranienne des dernières années, vendu directement par les Iraniens, rapporterait au budget de leur pays des ressources supérieures aux que leur payait l'Anglo-Iranian. La perte d'Abadan, pour être moins spectaculaire que la remise d'une indépendance formelle aux Indes, est peut-être un coup beaucoup plus rude perté à l'impérialisme britannique.
Les objectifs américains dans cette affaire étaient faciles à comprendre : ils ont tout d'abord voulu se servir des Traniens contre les Anglais afin de pou voir pénétrer eux-mêmes davantage dans la place; mais quand ils ont vu que les choses allaient trop loin, ils ont essayé d'exercer leur pression pour sauver les intérêts généraux de l'impérialisme, comprenant fort bien qu'une telle défaite des Britanniques était une défaite pour tous les impérialistes, et par conséquent pour eux aussi.
Les impérialistes ont, immédiatement après Abadan, compris l'ampleur de leur défaite et ils cherchent à remonter le courant. L'affaire est portée aux Nations Unies: loin de la pression des masses iraniennes, on espère faire céder Mossadegh. Américains et Anglais deivent s'entendre, dit la presse bourgeoise, leur mésentente serait un suicide.
Mais les impérialistes n'ont en fait pas de carte sérieuse à jouer. L/Iran n'a ni armée ni flotte en état de résister longuement à la Grande-Bretagne. Mais les ressortissants britanniques évacuent Abadan en chaloupe, le croiseur « Mauritius » chargé de les rapatrier n'étant pas autorisé par les autorités iraniennes a entrer dans les eaux territoriales iraniennes, Il y a dans le monde quelque chose de plus fort que les bombes atomiques, les superforteresses, les armes les plus perfectionnées qui sont préparées pour la guerre de demain, c'est la volonté des masses. Ceux Ceux qui, dans le mouvement ouvrier, ont, dans les récentes années, parlé de recul des masses et de rétablissement de l'équilibre du monde capitaliste ont perdu une belle occasion de se taire. Les masses sent en mouvement dans le monde entier pour changer leur sort. Elles progressent en fonction de leurs expériences passées, de leurs connaissances plus ou moins étendues, de leur compréhension plus cu moins développée; elles suivent des organisations ou des hommes qui leur paraissent au moment présent remplir le rôle de dirigeant. Mais laction développe leur compréhension et les fait dépasser leurs objectifs primitifs et les dirigeants d'un moment. Le mouvement anti-impérialiste en Iran commence à vainere sous la direction de Mossadegh ; mais il ne peut y avoir de doute que ce mouvement n'en restera pas là, et qu'il progressera et trouvera d'autres dirigeants et d'autres objectifs que les simples objectifs que ceux d'aujourd'hui. Lim périalisme ne voyait tout d'abord dans Mossadegh que l'homme le plus capable de trouver un compremis et de barrer la route au Tudeh, à direction stalinisante. Mossadegh n'avait au début pas d'autres objeotifs. Mais pour conserver le contrôle de la situation en Iran il a dû aller plus loin qu'il ne le voulait. Mais malgré cela le mouvement le dépassera, le submergera. Le mouvement des masses frappe non seulement l'impérialisme mais aussi les féodo-capitalistes qui dominent leur pays, car les masses se sont mises en lutte pour que l'exploitation des richesses minérales de leur pays se fasse à leur profit et non pour augmenter les fortunes de maitres indigènes succédant aux maitres étrangers.
Les conséquences de la lourde défaite de l'impérialisme britannique auront de grandes répereussions au delà du territoire iranien. La situation de la Grande. Bretagne déjà profondément affectée par une succession de retraites forcées depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, par les lourdes dépenses pour le réarmement et pour la guerre de Malaisie va se trouver considérablement aggraVée. Un énorme trou a été fait dans la balance commerciale de ce pays qui s'était mis au travail après 1945 sous le mot d'ordre : « Exporter ou mourir! ». Il lui faudra acheter le pétrole nécessaire à sa flotte et à son aviation à des prix plus élevés, ses prix de revient vont monter et sa capacité de lutte sur le marché mondial s'en trouvera réduite. Et il n'y aura pas de choix quant aux selutions à une telle situation : ou la solution des capitalistes, c'est-à-dire renforcer le régime d'austérité en obligeant les ouvriers à serrer leur ceinture de quelques crans supplémentaires — ou la solution ouvrière, c'est-à-dire chasser les capitalistes britanniques de leurs positions en Angleterre comme ils viennent d'être chassés de celles qu'ils occupaient en Iran. C'est une route que les travailleurs anglais ont commencé à suivre lentement mais sûrement, comme nous le montrons dans une note éritoriale de ce numéro.
Mais Abadan aura encore d'autres résonances, avant tout dans le Proche-
Orient. Pendant qu'ils négociaient âprement avec TIran, les Anglais s'étaient em- Orient. Pendant qu'ils négociaient pressés de donner quelques menues augmentations à l'Irak pour le pétrole tiré de ce pays . Ceci afin d'éviter d'avoir à négocier à la fois avec VIran et lIrak qui auraient pu être tentés de se coaliser. Cette manœuvre eût été profitable si l'Iran avait été battu. Après Abadan, on ne tardera pas à voir de nouvelles revendications irakiennes.
Mais e'est Mais c'est surtout l'Egypte qui connaîtra les plus fortes répercussions de la défaite de l'impérialisme britannique en Iran. Depuis plusieurs années, l'Egypte cherche à s'affranchir des servitudes impérialistes (essentiellement britanniques) sur le canal de Suez. Les masses égyptiennes ont à maintes reprises manifesté contre l'impérialisme britannique. Les couches dirigeantes indigènes, tout en exprimant leur exprimant leur opposition verbale à la présence britannique, n'ont jamais voulu le plus économiquement évolué. Il renferme un prolétariat qui, au lendemain de plus ou moins réussi pendant un certain temps. Mais l'Egypte est le pays arabe des masses au cours des dernières mener une lutte tant soit peu sérieuse. Elles pius ou moins années dans la guerre contre Israel. Cela a ont, par contre, détourné la colère la deuxième guerre mondiale, a mené quelques grèves, sa jeunesse, son manque d'organisation ne lui ont pas permis d'avancer à l'époque. Mais ce n'était qu'une question de temps. Et ce n'est vraiment pas faire œuvre de prophète de dire qu'après les événements d'Iran, l'heure des masses égyptiennes ne tardera pas à sonner. Et toutes ces luttes culmineront dans la victoire des ouvriers et des paysans pauvres qui, de la Turquie à l'Egypte, instaureront une Fédération des EtatsUnis Socialistes du Moyen-Orient.