Parmi les délégués et les assistants du 3° Congrès Mondial de la IV• Internationale qui s'est tenu fin août-début septembre, régnait un extraordinaire sentiment de communauté profonde de pensée, plus particulièrement sur le caractère et les perspectives de la période et la tactique à suivre pour vaincre.
Jamais dans le passé on n'avait connu cette atmosphère de sûreté, de conviction, d'optimisme, d'homogénéité réelle du mouvement trotskyste, ce mouvement historique fondé par les meilleurs hommes de la Révolution russe et de la III° Internationale du temps de Lénine, qui a mené déjà depuis plus d'un quart de siècle, sans sombrer, une lutte titanique, inégale, contre les pires forces réactionnaires de l'histoire : le capitalisme dans son époque impérialiste de déclin et de décomposition, et la bureaucratie soviétique.
Tous ceux qui participèrent au 3* Congrès mondial avaient le sentiment de se tenir, fermes, sur un terrain solide, faisant face victorieusement à la pression terrible qu'exerce l'exacerbation de la lutte de classe mondiale, inflexibles, prêts à affronter lorage apocalyptique qui approche avec un optimisme révolutionnaire décuplé quant à l'issue finale de la lutte.
Ils avaient le sentiment que, tirant toutes les ressources de notre programme, de nos traditions, de nos succès dans la pénétration réelle du mouvement des masses, le trotskysme réarmé était une réalité solide, une force matérielle agissant dans le sens du courant historique.
Le 3° Congrès Mondial fut l'expression la plus éclatante, la plus convaincante de la maturité du mouvement trotskyste international, lui permettant une fusion intime avec la classe et ses forces révolutionnaires.
Quand un mouvement idéologique, dans des conditions comme celles d'aujourd'hui, arrive à ce degré de maturité, il n'est aucune force capable de le détruire, car aucune force n'est capable de détruire l'expression organisée, systématique, profonde, de la conscience et des intérêts d'une classe révolutionnaire. Et le trotskysme, à chaque étape décisive de l'histoire depuis un quart de siècle, s'avera etre cette expression de la conscience et des interêts du prolétariat révolutionnaire.
Le 3° Congrès Mondial s'est tenu à un moment culminant de la lutte de classe mondiale, à un moment déjà avancé de la préparation de la nouvelle guerre contre-révolutionnaire de l'impérialisme, qui, de toute façon terminera une époque. Cette guerre mettra aux prises les forces coalisées de l'impérialisme contre les forces de la Révolution sous toutes ses formes : Etats ouvriers, révolutions coloniales, mouvement révolutionnaire international.
L'impérialisme cherchera à travers cette guerre à retrouver un équilibre en détruisant toutes ces conquètes et tous ces ferments qui accélèrent sa décomposition.
Conscient de cette évolution et de ces plans de l'impérialisme, le 3ª Congrès Mondial a fixé comme tâche politique centrale immédiate à toutes les forces révolutionnaires, la lutte contre les préparatifs de guerre de l'impérialisme.
Seuls des traitres avérés du mouvement ouvrier ou des éléments petits-bourgeois incapables de saisir par leur pensée debile, timoree, éclectique, le sens profond de la lutte en cours, peuvent obscureir ce sens, embellir les intentions de l'impérialisme et bavarder à loisir sur la nécessité de faire face avant tout contre le « totalitarisme » russe, condition soi-disant première pour un nouveau développement démocratique du mouvement ouvrier, ete.... Plusieurs d'entre eux, socialistes de « gauche », centristes, ex-trotskystes à la Shachtman, ont en réalité déjà opté pratiquement pour l'impérialisme, pour son soutien « critique » dans la préparation de sa guerre et dans la guerre ellemême. Ils démontrent ainsi que, sous la pression énorme de la lutte de classe et de la débâcle idéologique à laquelle menent inexorablement leur éloignement du marxisme révolutionnaire et leur éclectisme, la « troisième voie » qu'ils préconisent converge singulièrement vers celle de l'impérialisme.
Le 3° Congrès Mondial ne s'est pas laissé impressionner par aucune des attaques véhémentes que certains de ces éléments ont livré et livrent toujours contre le trotskysme, l'accusant de capitulation devant le stalinisme. Et ceci parce que nous continuons, tout simplement, à employer les critères marxistes de classe en faisant une rigoureuse distinction entre les forces et les formes sociales fondamentales, et la direction provisoire de ces forces et de ces formes.
Le 3º Congrès Mondial a déclaré très haut que le prolétariat et les masses révolutionnaires doivent défendre contre l'impérialisme, PU.R. S.S., les « démocraties populaires », la Chine, la Corée, le Vietminh et toute autre révolution coloniale. Ceux qui abandonnent cette défense ou s'en désintéressent en identifiant les régimes, les forces sociales qui leur ont donné naissance et leurs fondements économiques et sociaux, avec leur direction politique, font objectivement le jeu de l'impérialisme et seront à tout jamais incapables de lutter réellement à l'intérieur du mouvement ouvrier contre la bureaucratie soviétique et le stalinisme.
Personne ne comprend mieux et plus profondément que nous la question du stalinisme, et personne n'est plus qualifié que notre mouvement pour combattre réellement, dans un sens progressif, cette gangrène du mouvement ouvrier. Le stalnisme, a expliqué le 3º Congrès Mondial, sombrera inévitablement au cours des victoires remportées par les masses révolutionnaires dans la lutte engagée contre l'impérialisme.
Il s'agit par conséquent d'assurer avant tout cette victoire par un front unique de toutes les forces qui s'opposeront à l'impérialisme, y compris celles qui sont momentanément sous une direction stalinienne ou stalinisante. C'est à l'intérieur de ce front unique et non pas en tant que « Troisième Force » objectivement impossible, sans base sociale propre, distincte, que les forces révolutionnaires règleront leurs comptes avec le stalinisme, c'est-à-dire avec la bureaucratie soviétique et ses agents dans les Partis Communistes.
Une telle attitude est impossible sans avoir une perspective d'ensemble de la période, une vision totale de la dynamique de la lutte, une compréhension théorique profonde de la nature du stalinisme.
Le 3ª Congrès Mondial n'a éprouvé aucune difficulté à s'aligner dans son écrasante majorité sur une telle appréciation et sur une telle perspective. En éliminant de notre mouvement les dernières hésitations qui pouvaient retarder une intégration totale de nos forces dans le réel mouvement des masses de chaque pays, indépendamment de sa direction et de ses formes parfois confuses, le Congrès permettra à nos organisations d'occuper dès maintenant les meilleures positions de départ possibles, afin d'affronter avec le maximum de préparation et d'efficacité la période décisive qui s'ouvre devant l'humanité.
En élaborant plus particulièrement une tactique correcte, à l'étape actuelle, d'approche des ouvriers et des masses qui sont encore sous une influence stalinienne, le 3º Congrès Mondial permettra la fusion de nos forces avec ces masses révolutionnaires, afin de les aider dans leur combat contre l'impérialisme et, en même temps, à travers la lutte commune, de les émanciper de l'emprise du stalinisme.
Le 3º Congrès Mondial n'a pas sous-estimé les très grandes difficultés que notre mouvement aura à affronter, ni les importants obstacles qu'il aura à franchir. A aucun moment ne lui a pas échappé la disproportion encore criante entre nos forces subjectives, nos moyens, et les lourdes tâches à remplir. Mais le Congrès avait la conviction que, compte tenu de toutes ces considérations, la préparation idéologique et l'effort pratique fourni par le mouvement trotskyste international avaient atteint à ce Congrès le maximum possible.
D'autre part, le 3º Congrès Mondial est parti d'une perspective révolutionnaire embrassant toute une période. La lutte engagée entre les forces coalisées de la réaction, de la contre-révolution, et celles de la Révolution ne pourra plus s'arrêter à des demies solutions où le capitalisme et les pays qui ont échappé à son contrôle coexisteraient encore pour longtemps ; où le stalinisme survivrait à une victoire mondiale de la révolution sur le capitalisme.
L'évolution de la situation mondiale suit la ligne et la logique de la Révolution permanente, en ce sens que le déséquilibre du système capitaliste est déjà irréparable, que les forces mises en mouvement ne pour- ront trouver une stabilité dans la structure actuelle du monde, et que le stalinisme lui-même, en tant qu'expression des intérêts de la bureaucratie soviétique bonapartiste, est entraîné hors de son mouvement d'équilibre. La résultante de ce processus éminemment révolutionnaire ne pourra être autre chose que la victoire mondiale du Socialisme, à moins de retenir l'hypothèse théoriquement possible mais pratiquement peu probable, d'un retour à une barbarie moyenageuse consumant lentement tous les progrès accomplis jusqu'à présent par l humanite.
La victoire de la Révolution permanente s'exprimera inexorablement sur le plan idéologique par la victoire des idées et du programme de la IV° Internationale, c'est-à-dire des idées et du programme du marxisme révolutionnaire conséquent, du communisme.
Ceci sera à la fois la conséquence du processus révolutionnaire en cours (qui, dans la mesure où il s'amplifie, facilite et provoque la création d'une nouvelle direction révolutionnaire et la clarification idéologique), et la condition du succès final, mondial, de la Révolution et du Socialisme. Voilà la base de granite sur laquelle le 3º Congrès Mondial fonda ses perspectives et sa ligne révolutionnaires.