Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 9, n° 5-7

Le partisan et sa lutte militaire, politique et économique

Tan Malakka · Quatrième Internationale, vol. 9, n° 5-7 · mai-juillet 1951 · p. 10-17 · 5 656 mots

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La rédaction de est heureuse de pouvoir présenter à ses lecteurs, pour la première fois en français, un texte authentique du grand révolutionnaire indonésien TAN MALAKKA. Il s'agit d'un premier extrait de la brochure * Le Partisan et sa lutte militaire, politique et économique » (GERPOLEK) cerite par Tan Malakka en mai 1948 quand il se trouvait en prison par décret de la délégation néerlandaise en Indonésie, servilement exécuté par le gouvernement conciliateur de la République indonésienne. Cette brochure nous est parvenne en langue malaise; la traduction en fut faite d'abord en néerlandais, puis français. Nous ne pouvons done pas assurer qu'elle soit tres stricte en tous points.

La brochure de Tan Malalka a été écrite pour les combattants des formations de partisans luttant des 1947 contre les forces de l'armée néerlandaise dans Parchipel indonésien. Elle expose en détail les conceptions de lauteur sur la guerre des partisans. Pour Tan Malakka, la conduite des opérations militaires, l'orientation politique à suivre, les discussions diplomatiques à engager, les mesures économiques a exécuter, constituent un tout cohérent tendu vers un seul et même but : la conquéte de l'indépendance totale de l'Indonésie et l'émancipation sociale des masses indonésiennes. Ecrite pour un mouvement de iibération nationale d'une colonie et se présentant comme l'expression du nationalisme conséquent d'un peuple opprimé, la brochure de Tan Malakka pousse aux conséquences ultimes de ce nationalisme révolutionnaire, en lui donrant un sens de classe prolétarien absolument net. Dans ce sens, elle est parfaitement conforme à la théorie de la révolution permanente, sans la mentionner au sans utiliser un vocabulaire identique. Il faut que le peuple travailleur ait un véritable intérêt à mener la guerre contre l'impérialisme, et cet intérer • il ne l'acquerra que si au moins 60 des possédants des moyens de production sont expropriés : cette dée se trouve comme un leit-motiv dans tout le teate. En certains endroits, Tan Malakka rerprime avec une netteté encore plus grande : « Les plans élaborés par des douzaines de « brain trusts » dans l'esprit d'une collaboration avec le grand capital étranger aboutiront à l'exploita10 tion et à l'oppression des ouvriers et paysans indonésiens... Les prolétaires doivent remettre l'exécution d'un plan économique de grande envergure jusqu'à ce que la révolution se soit terminée par la victoire du prolétariat. * Pour ce nationaliste conséquent, les intéréts de classe du prolétariat ne sont mullement diluces dans une phrascologie de * démocratle nouvelle 2, mais restent nettement à l'avant-plan des consideraHons quelle que soit l'etape concrete de la révolution coloniale qu'il étudie et quelles que soient les taches concrètes imposées par cette étape.

Brillante et simple à la fois — on sent Wa Tan Malakka des capacités énormes d'éducateur de masses arriérées auquel400 il arrive a expliquer les problemes les plus compliqués de la atratégie militaire la brochure de Tan Malakka se borne ana problèmes de la lutte anticolonialiste en Indonésie. Les problèmes internationaux ne sont qu'effeures, et seulement en relation directe avec les questions de la révolution indonésienne. C'est pourquoi Tan Malakka ne traite pas la question du stalinisme et se limite à quelques constatations générales fustes. Mais quand il aborde des prises de positions concrètes, il se différencie chaque fois de façon très nette des positions staliniennes. Pour l'Indonésie, le programme révolutionnaire qu'il propose s'oppose à la tactique opportuniste de collaboration de classe et de conciliation Quec impérialisme poursuivie par les staliniens jusqu'à leur aventure putschiste criminelle de 1949 à Madion. Quand il traite de la question de lO. N.U., il combat toutes les illusions selon lesquelles PO.N.U. pourrait garantir Tindépendance indonésienne, tout en expliquant correctement que le movvement révolutionnaire indonésien doit exploiter à son profit les contradictions entre les différents groupes de puissances, membres de ZO.N.U. Quand il parle du danger de guerre, il signale que co danger subsistera aussi longtemps que le capttal subsiste. Quand дне раіноне баня mondiale, # parle par ses vainqueurs sa prison, coupe d tion les plus éleme s'oriente avec un

I il parte de l'Allemadeuridme guerre d'un peuple opprimé

Isolt du monde dans sources d'informantaires, Tan Malakka mantinet de classe remarquable même dans les questions internationales et on ne peut qu'admirer la clarté de cet inatinet

UATR E M E I N T

Depuis que la brochure de Tan Malakka a été rédigée, la situation a été à nouveau profondément modifiée en Indonésie (1). Quand les armées impérialistes néerlandaises lancèrent pour la seconde fois une attaque militaire contre le territoire de la Republique, les masses indonésiennes ripostèrent par une levée en masse de partisans qui, bientôt, risqua de jeter les impérialistes à la mer. Acculé par la menace d'une defaite certaine, le gouvernement des Pays-Bas transféra la souveraineté aux Etats-Unis d'Indonésie et commença à évacuer ses troupes. En échange, la bourgeoisie indonésienne reconnut le droit de propriétés des impérialistes sur toutes leurs anciennes possessions, et s'associa uux Pays-Bas dans une « Union Néerlandaise » sous la couronne de la maison d'Orange-Nassau. La puissance de la montée révolutionnaire a depuis lors transformé les Etats-Unis d'Indonésie en

INTRO

Nous sommes acculés à l'abime. Nos possibilités sur les plans politique, économique, financier et militaire sont réduites à l'extrême. Voilà le résultat de deux ans de négociations. L'unité du peuple dans la lutte contre le capitalisme et l'impérialisme est brisée.

Une grande partie du territoire indonesien est isolee, soumise à l'autorité de l'ennemi, dominee de nouveau par les Pays-Bas. Plusieurs Etats fantoches ont été créés et dressés les uns contre les autres. L'économie et les finances des territoires encore administrés par la République se trouvent dans le plus grand désordre. La politique de « reconstruction et rationalisation » de l'armée menace de transformer celle-ci en une armée coloniale, c'est-à-dire une armée constituée avec largent des masses mais séparée de celles-ci et destinée à les maintenir dans un état de sujétion.

Tel est le chemin parcouru depuis la révolution ! Quand celle-ci éclata, 70 millions d'Indonésiens s'unirent dans la lutte contre le capitalisme et l'impérialisme. Toutes les sources de l'autorité se trouvèrent entre les mains des masses. La population tout entière prit l'initiative de constituer une armée et des services de défense qui s'étendaient tout le long des côtes et englobaient toutes les villes et tous les villages. Fermement unie elle organisa sa défense et se montra prête à tous les sacrifices.

Est-il possible de retrouver l'élan du 17 août 1945? L/histoire seule pourra répondre à cette question. Mais si l'histoire détermine le cours des événements, nous ne pouvons rester impassibles devant les dangers qui menacent le pays et risquent de le mener à sa perte. J'estime qu'une des mesures qui peuvent

(1) Voir à ce sujet l'article de Th. Van der Kolk : « L'Indépendance de l'Indonésie »

(riméro de décembre 1949-janvier 1950 de

Quatrième Internationale).

R N T I O NAL E une seule République centralisée et menace aujourd'hui directement la propriété capitaliste. Le PARTAI MURBA qu'inspirent les idées de Tan Malakka combat à l'avant-garde de la révolution indonésienne. Le manque de place nous empêche de publier la brochure dans son ensemble. Nous publierons dans ce numéro toute la première partie qui a trait aux problèmes politiques de la révolution indonésienne. A cette partie succède un chapitre traitant des problèmes généraux • de la stratégie militaire qui ne présente pas un intérêt particulier pour le lecteur occidental. Dans le prochain numéro de notre revue, nous reproduirons de larges extraits des troisième et quatrième partie de la brochure, traitant des problèmes militaires spécifiques de la guerre de partisans et des questions économiques de la révolution indonésienne. Q. I. DUCTION le plus contribuer à sauver le pays, c'est la formation sur terre et sur mer, partout, de guerillas. C'est pour exprimer mes opinions sur ce sujet que j'ai écrit cette brochure. Certes il est regrettable que l'auteur ne soit pas un expert de l'art militaire; cependant il a eu certains contacts, tant à l'étranger qu'en Indonésie, avec des militaires et il s'est toujours senti attiré par la science de la guerre. Les connaissances dont il est fait usage dans ce travail sont nées de conversations avec des militaires et de la lecture, entreprise il y a quelques années, de livres et de revues consacrés aux probièmes de l'armée. Ces connaissances sont le résultat d'une étude qui m'a pris plus de 3 ans. Le désir de l'auteur, quand il était jeune et se trouvait en Europe, de devenir officier se heurta à de nombreuses objections et à des obstacles importants; mais il eut pour résultat de concentrer, au cours de la dernière guerre mondiale, son attention sur des livres et des revues consacrés à des problèmes militaires. La formation ainsi acquise ne fut pas perdue ulterieurement, bien que les longues annees passées à l'étranger modifièrent certaines conceptions.

Entre les quatre murs de pierre et derrière les barreaux de fer, l'auteur ne dispose d'aucun ouvrage qui lui permette de vérifier l'exactitude de ses opinions.

Dans ces conditions, il est possible que certaines des règles militaires qu'il formule apparaissent peu satisfaisantes.

J'espère et je suis convaincu que les avnarte et les combattants le complèteexperts et les combattants le completeront et élimineront les erreurs et les développements inutiles qu'il comporte.

J'espère et je suis convaincu qu'ils me pardonneront mes erreurs et mes lacunes. Mais l'auteur, dans son isolement forcé, ne désire pas régler tous les problèmes militaires, aspects essentiels la révolution, mais uniquement attirer l'attention sur leur importance.

UA TRIEME INIT

Je souhaite que mes camarades de combat, qui connaissent mieux que moi les questions militaires, prennent l'initiative de rédiger un ouvrage sur l'art de la guerre. Pareil ouvrage est nécessaire si l'on veut populariser l'art militaire parmi les masses et la jeunesse.

Les sujets techniques et le problème de l'instruction n'ont pas été abordés.

Dans ce cas j'estime que l'instruction japonaise de 2 à 3 ans et plus spécialement l'instruction et la technique de conduite de la guerre développée au cours de 2 à 3 ans de combats sur les champs de bataille indonésiens suffisent et sont bien connus de dizaines de milliers de soldats.

Je ne veux attirer l'attention que sur queloues préceptes militaires qui me paraissent importants. Ce sont ces principes qui, à côté d'autres sujets politi-

Deux periodes revolutionnaires. Deux périodes révolutionnaires.

Depuis sa naissance, le 17 août 1945, jusqu'à aujourd'hui 17 mai 1948, la République a subi bien des changements. Durant ces deux ans trois quarts d'existence, elle n'a fait que reculer tant au point de vue économique, politique, misitaire et diplomatique que moral.

Nous pouvons diviser l'histoire de la République en deux périodes, une période de luttes victorieuses et une periode d'échees diplomatiques,

La première période, celle des luttes victorieuses, commence le 17 aout 1945 et se termine le 17 mars 1046. Son début est marqué par la proclamation de l'indépendance, sa fin par l'arrestation des dirigeants du Front populaire à Madieen.

La période des échees diplomatiques dure depuis le 17 mars 1946 jusqu'à aujourd'hui. Elle a débuté par les arrestations de Madioen et continue encore, toujours marquée par des conversations diplomatiques. Quelle est au point de vue politique la base de cette division en deux périodes 1

L'arrestation des dirigeants du Front populaire traduit le désir du gouvernement de la République de transformer la lutte des masses prolétariennes en une action purement diplomatique; de remplacer la diplomatie du « bamba runtjing » (lance à pointe de bambou aiguisée) par une diplomatie basée sur des negociations, de remplacer le mot d'ordre « negocier sur la base de la reconnaissance complète » par celui de « la paix par le sacrifice de la souveraineté de l'indépendance, des ressources économiques et de la population », 12

ERNATIONALE ques et économiques,, doivent être assimilés par les partisans, qu'ils soient officiers ou soldats. Lal technique des partisans espagnols qui désorganisa les armées de Napoléon; celle des quelques combattanta Boers qui tinrent en echec la forte armée moderne des Anglais; celle des partisans russes qui au cours de la deuxième guerre mondiade qui vient de s'achever décontenança complètement les forces motorisées allemandes. Cette tactique est l'une des armes les plus importantes de la lutte des peuples oppr contre un ennemi ment moderne.

Je souhaite que gée hâtivement d les plus difficiles, jeunes gens, aux du proletariat de imés et mal équipés disposant d'un armecette brochure, rédians les circonstances puisse être utile aux héroiques combattants la Grande Indonésie.

du sacrifice de tout ce qui avait été conquis par le peuple au cours de la première période. En bref, on remplaça la lutte jusqu'au départ du dernier ennemi par une tactique de concessions afin de conclure la paix avec l'ennemi. Quelle est au point de tue économique la base de la division en deux périodes ?

Les mesures qui visaient à rendre tous les biens de l'ennemi au peuple indonésien qui y avait droit, furent remplacées par une politique visant à restituer toutes leurs possessions aux étrangers, y compris aux sujets ennemis; la construction d'une économie indépendante destinée à assurer la prospérité de tout le peuple indonésien (ce qui est conforme aux intérêts de tous les autres peuples) fut abandonnée et on se dirigea vers une collaboration avec les capitalistes et impérialistes néerlandais qui. depuis 350 ans, opprimaient et exploitaient le peuple indonésien. quelle est du point de vue montasre la base de cette division en deux périodes ?

Les attaques continuelles inspirées de la tactique des partisans et de la guerre de mouvement, dans l'intention de chasser ou d'exterminer l'ennemt cesser ser ou d'exterminer l'ennemi, furent remplacées par la tactique du le feu » et de l'évacuation des poches au milieu des territoires occupes par l'ennemi.

En bref, la tactique militaire qui permettait d'affaiblir et finalement de vaincre l'ennemi fut remplacée par une politique qui donnait à l'ennemi l'occasion de se renforcer tandis que nous nous affaiblissions.

1. - LA REPUBLIQUE INDONESIENNE

ASPECTS DE SA POLITIQUE INTERIEURE ET EXTERIEURE

1. - LA REPUBLIQUE INDONESIENNE

ASPECTS DE SA POLITIQUE INTERIEURE ET EXTERIEURE

Q ATRIEME IN T Quelle est au point de vue diplomatique la base de cette division en deux périodes !

Il ressort des déclarations de l'ancien premier ministre Amir Sjarifuddin devant la Haute Cour militaire qui traitait Taffaire du 3 juin 1946, que l'arrestation des dirigeants du Front populaire à Madioen était en rapport avec la politique de négociations sur le plan diplomatique. D'après la déclaration d'Amir Sjarifuddin, l'arrestation des leaders du Front populaire par le gouvernement républicain eut lieu sur la demande écrite de la délégation indonésienne auprès des Hollandais.

Cette délégation était une mission républicaine de contact qui entretenait en ce mement des rapports avec des représentants anglais et néerlandais. La requête écrite visant à l'arrestation n'éma-

BI L

Si nous dressons au point de vue politique, économique, militaire et social, le compte de profits et pertes des deux

PREMIERE PERIODE I. POLITIQUE A. Territoire.

Tout le territoire de quelque 1.800.000 kilomètres carrés de terres et d'environ 12 milions de kilomètres carrés de mers se trouvait sous l'autorité de la République. B. Le population.

Toute la population de 70 millions d'habitants était soumise à l'autorité souveraine de la République.

II. ECONOMIQUE

A. Production.

Toutes les plantations (caoutchouc, café, thé, sisal, ete.), toutes les usines (sucreries, métallurgie, textiles, papeteries), toutes les entreprises minières (pétrole, charbon, étain, bauxite, or, argent, etc.), qu'elles appartinsent à l'ennemi ou à des alliés, se trouvaient sous l'autorité de la République.

ERNATIONALE nait pas du gouvernement de la République. Elle était donc inspirée par l'étranger, les Anglais ou les Néerlandais. Il s'agit done d'une « concession » de la République à la pression des Anglais ou des Néerlandais. Le gouvernement a donc, en realite, procéde à l'arrestation de citoyens a la requete de lennemi C'était fort regrettable pour les intéressés; ce l'était encore plus pour l'Etat indonésien dont la souveraineté n'était pas respectée. Quelles furent les conséquences de cours nouveau qui remplaça la lutte par la négociation

Dans toute l'Indonésie, dans toute la société, dans chaque parti, chaque instance militaire, l'esprit d'initiative, décision, d'unanimité, d'offensive a cédé la place à l'acceptation passive, la faiblesse, la division et la méfiance réciproque.

A N périodes. nous arrivons approximativement à l'image suivante:

DEUXIEME PERIODE

Conformément à la reconnaissance de facto de Lingadjatti, le territoire de Java et de Sumatra soumis à la République ne comprend que 550.000 kilomètres carrés ou 30 % du territoire indonésien. Avec les eaux territoriales de Java et de Sumatra nous n'obtenions que 600.000 kilomètres carrés ou 1/20 de toutes les terres et mers indonésiennes. Mais l'accord de Renville a encore diminué ce territoire. Six ou sept territoires isolés sur Java et quelques-uns sur Sumatra ne comprennent que 2 % des terres et des eaux indonésiennes.

Par l'acceptation de la reconnaissance de facto pour Java et Sumatra, la République compterait 50 millions d'hasoit un peu plus de 70 % de la population. Mais la signature de l'accord de Renville et la création de 4 ou plus d'Etats nouveaux... i ne reste plus que 23 millions d'habitants, soit 33 % de la population globale, soumis à la République.

Les accords de Lingadjatti et de Renville reconnaissent le droit de propriété des étrangers, qu'ils soient ressortissants d'une nation amie ou d'un Etat ennemi qui a envahi le territoire de la République.

B. Communications.

Tous les moyens de transport, terrestres ou maritimes, étaient la propriété de la République et étaient soumis à son autorité (autos, camions, trains pour le transport des personnes et des biens de la campagne et des villes vers les ports). Tous les navires en service ou en construction, destinés à transporter les personnes et les biens d'une ile à une autre et de l'Indonésie à l'étranger, se trouvaient entre les mains du peuple. Ainsi la République détenait les principaux instruments du commerce. Par la propriété d'une grande partie des entreprises banques et exploitations minieres, plantations, moyens de transport, le peuple indonésien aurait pu rapidement combler son retard économique et assurer à tous un niveau de vie satisfaisant.

ILL MILITAIRE

Toutes les régions montagneuses et les terrains d'aviation présentant un intérêt militaire ainsi que de nombreuses armes appartenaient au peuple et aux jeunesses de la République équipées de lances à pointe de bambou aiguisée, le peuple et les jeunesses disposaient de toutes les armes depuis grenades à main jusqu'à la bombe, du pistolet au canon, du navire de guerre jusqu'à l'avion, le tout enlevé aux Japonais et aux Anglais. Dans tout l'archipel indonésien i1 n'y avait pas un seul port, pas une seule ville, un seul dessa accessible à l'ennemi.

Toutes les routes étalent bloquées par mille et un obstacles qui rendaient impossible toute attaque de l'ennemi sur le peuple et les jeunesses.

IV. POLITIQUE SOCIALE

L'unité des partis, organisations et groupes de combat, rompue au début de la révolution, fut rétablie par le Front populaire constitué les 4 et 5 janvier 1946 à Paerwokerto. 171 organisations représentant presque tous les partis, corps constitués et unités militaires se sont unies dans le Front populaire pour combattre l'ennemi sur la base d'un programme minimum commun.

Conformément aux accords de Lingadjatti et Renville, les Néerlandais ont le droit de revendiquer leurs possessions. Ils pourront ainsi rapidement de nouveau dominer les transports maritimes et terrestres. Quand ils auront repris la possession des plantations, des usines et des exploitations minières, ils domineront de nouveau le commerce intérieur et extérieur comme à l'époque des Indes Néeriandaises. Déjà au cours des négociations, les Néerlandais se sont assuré la possession de presque toutes les plantations, usines et entreprises minières, ainsi que des ports importants. Par là ils dominent presque toutes les importations exportations. Par le blocus de la République, le développement économique de celle-ci est entravé.

Par suite des négociations diplomatiques, tous les ports importants, tels que Soerebaya, Batavia, Palembang et Medan tombèrent aux mains des Néeriandais. Actuellement la République ne dispose plus que de quelques champs d'aviation utilisables. Par l'évacuation des poches sur l'ouest et l'est de Java et de quelques poches de Sumatra, les Néerlandais ont pris possession de territoires que des mois de combats, à l'aide de tanks, de canons et d'avions, n'auraient pu leur assurer. Par l'envoi incessant de renforts et les propositions de trêve quand ils étaient refoulés vers la côte, en amenant la République à une politique * rationalisation », les les Néerlandais se sont assuré une position beaucoup plus forte que pendant la première trêve du mois d'octobre 1946.

A peine les négociations étaient-elles entamées et le Front populaire remplacé par la « Concentration nationale » que des divergences profondes se firent jour au sujet de l'accord de Lingadjatti. Toutes les organisations, tous les partis, tous les groupes de combats se divisérent en partisans et adversaires de cet accord. Aujourd'hui nous entendons parler de « Sejaf Kanan » (« aile droite » Trad.), de « Sejaf Kienan » (« aile gauche » Trad.) et de la tendance « plus à gauche que la gauche ». Tous les partis se scindent. Le P.K.I. (Parti communiste indonésien) se scinda en trois groupes. Le « vieux P.K.I., » le P.K.I. rouge et le P.C.J. Le P.B.I. et le Partai Sosialis se divisèrent en deux groupes.

Combien de « fronts » et d'organisations ouvrières n'existent-ils pas qu'il conviendrait de réunir! Ces divisions permettent à la 5 colonne néerlandaise de s'introduire dans les organisations, les unités de combat, les partis et même l'armée, l'administration et le gouvernement.

Q VATRIEME IN T

CONC

La souveraineté appartient, conformément à l'accord de Lingadjatti, à la couronne néerlandaise; une douzaine d'Etats fantoches ont été créés ; presque toutes les plantations, les usines, les exploitations minières ainsi que les moyens de transport et les banques seront restituées aux étrangers; presque toutes les richesses minières se trouvent dans les territoires occupés par les Néer-

II. - LA Définition.

Le mot « gerpolek » est une combinaison des premières syllabes des mots « Gerilja », « Politik » et « Economi » (guérilla, politique et économie). Utilité de la gerpolek.

La gerpolek est l'arme du partisan dans sa lutte pour le maintien de la •proclamation du 17 août 1945 et l'indépendance complète. Le partisan.

Le partisan est le jeune indonésien, le -prolétaire qui reste fidèle à la proclamation du 17 août et à l'indépendance complète et est prêt à détruire toutes les forces qui s'opposent à cette proclamation et à cette indépendance complète.

Le partisan ne se laisse pas influencer par la durée de la lutte, Il remplira

Nous pouvons, d'après les objectifs des belligerants, diviser les guerres en deux catégories. Cette division se fait sur la base d'oppositions nettes. Les deux catégories n'ont rien de commun. La division est done absolue.

Première catégorie : la guerre d'une nation dominatrice contre un autre peuple dans le but de le dominer et de l'opprimer.

Deuxtème catégorie : la guerre du peuple attaqué contre l'agresseur, ou la lutte de libération contre ses dominateurs.

Les guerres de la première catégorie sont des guerres de conquête, celles de la seconde des guerres de libération.

La plupart des guerres asiatiques, africaines et européennes à l'époque féodale avaient pour but la conquête des guerres dont nous avons terres: ces entendu parler dans les contes et les fables, étaient des guerres de conquête. Les guerres de conquête de l'époque capitaliste, nous les appelons des guerres impérialistes. Le but d'une guerre impérialiste est :

a) La mainmise sur les matières premières de l'industrie et les produits alimentaires du pays conquis ; b) La conquête du marché du pays D) La conquete du marene

ERNATIONALE LUSION landais; l'armée néerlandaise occupe une partie du territoire indonésien ; le blocus de la République continue ; la 5° colonne s'installe dans les partis, les organisations, l'armée et l'administration. A la suite de l'accord de Renville, le gouvernement de la République ne conservera que 10 % de l'autorité apparente qu'il détient encore. GERPOLEK son devoir avec courage, persévérance et confiance même si la lutte dure aussi longtemps que sa vie. Il ne cessera la Jutte que quand l'indépendance complète aura été réalisée. Le partisan ne perdra pas courage s'il doit avec ses armes primitives affronter un ennemi disposant de tout l'armement moderne. La lutte des guerillas qui se fait également sur le plan économique et politique, l'application de la « Gerpolek » le rendent heureux et il lutte sans arrêt, avec un courage imbattable, qui ne peut être brisé que par le climat rigoureux, l'ennemi ou par la mort. De même qu'Anoman était persuadé que par sa force et son intelligence il pouvait venir à bout de Dasamuka, le partisan est confiant et croit que la « Gerpolek » pourra lul assurer la victoire sur le capitalisme et l'impérialisme. vaincu en vue de le réserver aux produits industriels du pays vainqueur; c) L'investissement des capitaux du pays vainqueur dans les plantations, les exploitations minières, les industries, les moyens de transport, les exportations commerciales, les banques et les compagnies d'assurances du pays vaincu.

Ces objectifs conduisent à enrichir et à renforcer les capitalistes du - pays vainqueur et à augmenter la misère, la pauvreté et le retard culturel du pays vaincu.

Mais la misère et l'oppression feront naître dans le pays vaincu un mouvement de libération nationale qui tendra à le libérer de l'exploitation et de la domination ment de guerre de de guerres des étrangers. Ce mouvelibération culminera en une libération. C'est cette espece que nous avons classée dans la deuxième catégorie.

L'époque féodale comme l'époque capitaliste ont connu de nombreuses guerres de libération.

Les guerres de libération peuvent être divisées en deux catégories :

1° La guerre de libération d'un peuple colonial contre ses oppresseurs pour se libérer de ses chaines. Une telle

III. — DES DIFFERENTES ESPECES DE GUERRES

III. — DES DIFFERENTES ESPECES DE GUERRES guerre est souvent dénommée guerre de libération nationale.

La guerre de libération nationale la mieux connue est celle de l'Amérique contre les impérialistes anglais. Cette guerre a duré environ 7 ans. Mais cette guerre n'opposait pas deux peuples différents, mais des Anglo-Saxons à d'autres Anglo-Saxons.

2° La guerre de libération d'une classe contre une autre classe du même peuple. Cette guerre est aussi dénommée guerre civile ou guerre sociale.

Les guerres civiles peuvent être bourgeoises ou prolétariennes. L'exemple classique de la guerre civile bourgeoise et celle qui a eu lieu en France de 1789 a 1848. Dans cette guerre civile ou sociale, les bourgeois luttaient contre

Analyse de la guerre menée, depuis la proclamation du 17 août 1945, contre les Japonais, les Anglais et les Néerlandais. Espèce, catégorie et caractère de la guerre en Indonésie.

La lutte menée par le peuple indonésien depuis la proclamation du 17 août 1945 n'est pas une guerre de conquête. Les Indonésiens n'ont jamais, au cours des combats, eu l'intention d'occuper des territoires étrangers ni d'opprimer et d'exploiter leurs habitants. Le peuple et

« Jeunesses » d'Indonésie n'avaient qu'un seul désir : libérer leur pays de la domination étrangère. C'est en vue de réaliser ce désir que la République indonésienne fut proclamée et constituée le 17 août 1945.

Il ressort de ce qui précède que la lutte des Indonésiens est une guerre de libération. La lutte de libération des Indonésiens n'est-elle qu'une révolution nationale destinée à affranchir le pays de la domination étrangère et ne sera-t-elle que la conquête du pouvoir politique?

La révolution nationale américaine n'eut pas d'incidence économique et se fit à une époque où il n'existait pas encore d'industrie, où les trains modernes ne roulaient pas encore, et où l'économie était encore à un stade régional et artisanal.

C'est sans doute parce que l'Amérique se trouvait dans cet état que les Anglais purent y renoncer facilement. Ils ne laissaient pas derrière eux de fabriques, de plantations, de mines, de chemins de fer, de chantiers maritimes. Le pays qu'ils abandonnaient était habité par des Anglais et ceux-ci reprirent la souveraineté et l'autorité politique.

Les Néerlandais, par contre, qui sont propriétaires des plantations , des exploitations minières, des usines, des chemins de fer, des chantiers maritimes, n'abandonneront probablement pas si facilement la souveraineté et l'autorité politique à un peuple avec une langue, une culture et des intérêts différents, le peuple indonésien. D'autant plus que les In16

ERNATIONALE les féodaux et le clergé. Elle se termina par la victoire des bourgeois en 1848. Un exemple connu de guerre civile prolétarienne est la Commune de Paris pendant laquelle les ouvriers détinrent le pouvoir à Paris pendant 72 jours.

En 1917 des révolutions permanentes, d'abord bourgeoises et ensuite proléta. riennes, eurent lieu en Russie. Au début les bourgeois parvinrent à chasser les féodaux; au cours de la deuxième phase, les prolétaires détruisirent par la violence les groupes féodaux, le clergé et la bourgeoisie.

On parle parfois de guerres idéologiques, mais celles-ci ne cachent que la poursuite d'avantages politiques et économiques….. donésiens ne sont généralement pas propriétaires d'entreprises, d'usines, de banques et de moyens de transport aussi importants. Aux yeux des Neerlandais. le transfert de la souveraineté et de l'autorité politique au peuple indonésien constitue une menace pour leurs propriétés et leurs concitoyens dans l'archipel. Ils craignent que la République ne mette des impots trop lourds sur leurs entreprises ou même porte atteinte à leurs droits de propriété. Ils craignent que les travailleurs indonésiens ne se mettent en grève, ou que les Indonésiens ne s'approprient complètement leurs biens. En bref, les Néerlandais n'abandonneront pas sans lutte la souveraineté et l'autorité politique totale aux Indonésiens.

D'autre part, le transfert de la souveraineté et de l'autorité politique ne constitue pas en lui-même une victoire du prolétariat. Si le transfert de la souveraineté conduisait à faire occuper tous les postes gouvernementaux par des gens comme le Professeur Hossein Djajadiningrau, le colonel Adbul Kadir et le Sultan Hamid, tandis que la vie économique resterait dominée par les étrangers, la révolution nationale n'aurait pas modifié la situation dans laquelle les masses se trouvaient du temps des « Indes néerlandaises ». En bref, la seule indépendance nationale, la seule independance politique n'ont pas de signification pour le prolétariat, les ouvriers, les paysans et toutes les classes non possédantes.

En Indonésie, les Néerlandais ne peuvent pas faire abandon de leurs droits politiques sans mettre en danger en même temps leurs intérêts capitalistes. Le peuple indonésien ne peut assurer sa survivance en limitant son action à l'obtention de droits politiques, sans mettre en cause la domination économique des capitalistes étrangers. Les questions économiques et politiques sont étroitement liées.

La lutte de libération du prolétariat indonésien est une lutte pour l'indépendance politique et économique sans qu'il soit possible de dissocier les objectifs

IV. - LA GUERRE EN INDONESIE

IV. - LA GUERRE EN INDONESIE

T politiques, économiques et sociaux. La lutte de libération indonésienne ne tend pas seulement à l'élimination politique de l'impérialisme mais également à la suppression de l'exploitation économique et a lobtention dans la nouvelle société du droit à la vie. La révolution indonésienne n'est pas une simple révolution nationale comme le veulent certains Indonésiens qui ne visent qu'à maintenir ou à améliorer leur situation, tout en étant prêts à céder toutes les sources de richesses à des étrangers, qu'ils soient les alliés ou les ennemis de la nation. La révolution doit associer les mesures économiques et sociales à celles qui visent à réaliser l'indépendance complète. La révolution ne peut être victorieuse si elle ne dépasse pas les bornes d'une révolution nationale.

La lutte de libération du peuple indonésien doit tendre à l'obtention de garanties sociales et économiques.

Ce n'est que lorsque le prolétariat indonésien disposera, à côté de tout le powvoir politique, de 60 % du pouvoir éconoinique que la révolution nationale aura atteint sa signification. Ce n'est qu'alors que l'existence du prolétariat "indonésien sera assurée. Ce n'est qu'alors qu'il tâchera de résister activement à lennemi et qu'il se sacrifiera pour créer à son bénéfice et à celui des générations suivantes une société nouvelle.

Ce ne sera que quand les représentants du peuple — élus par le peuple indonésien dans des élections démocratiques, générales, directes et secrètes — auront le pouvoir politique en mains et que d'autre part 60 % des plantations, usines, exploitations minières, transports et banques seront aux mains du peuple que la révolution nationale aura atteint toute sa signification et pourra assurer l'avenir du prolétariat. Mais si les laquais des capitalistes étrangers vont à nouveau gouverner le pays — même si ces laquais sont des Indonésiens - et si 100 % des entreprises modernes tom-

ERNATIONALE bent aux mains des capitalistes comme à l'époque des « Indes néerlandaises », alors la révolution nationale sera la négation de la Proclamation et de l'indépendance nationale, et le début du retour des capitalistes et des impérialistes.

En réalité l'Indonésie indépendante a depuis le 17 août 1945, vu l'agression des Néerlandais qui ont attaqué la République indonésienne dans le but de la détruire, le droit de confisquer tous les biens des agresseurs.

La proclamation de l'indépendance du peuple indonesien, faite le 17 aout 1945, n'est pas contraire au droit international qui reconnaît à chaque peuple le droit de déterminer son sort.

Le peuple indonésien a décidé le 17 août de constituer un Etat indépendant et de briser toutes les chaines que les étrangers lui avaient imposées.

D'autre part, toujours conformément au droit international - tout peuple attaqué par un autre a le droit de se défendre par les armes et de confisquer les biens de l'agresseur. L'attaque des Néerlandais contre la République fournit done au peuple indonésien une belle occasion de confisquer, c'est-à-dire de saisir sans indemnités, tous les biens des Néerlandais qui ne sont d'ailleurs que le produit du sol et du travail des prolétaires indonésiens pendant 350 ans.

Le partisan doit donc considérer la défense de l'indépendance complète et la confiscation de tous les biens ennemis comme une occasion unique, tombée du ciel et offerte aux Indonésiens pour qu'ils puissent accomplir une tâche élevée et effectuer un travail sacré.

Seuls les gens sans intelligence n'aperçoivent pas cette occasion. Seuls des lâches et des malhonnêtes peuvent ne pas désirer accomplir une tâche qui, si elie est lourde, sera cependant fondamentalement utile à la société présente et future.

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