Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 9, n° 2-4

Les hommes qui ont forgé notre Internationale : Tchen Dou-Siou, le père du communisme chinois

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 2-4 · février-avril 1951 · p. 13-15 · 2 246 mots

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Printemps 1937,

Nankin, prison n° 1

(mention autographe de Tchen Dou-

Siou).

Tchen Dou-Siou

Tchoung-

(Tchen

Pouh) qui fut un des fondateurs du mouvement trotskyste en Chine et auparavant du Parti Communiste Chinois est né le 8 et octobre

1879 mourut pendant la deuxième mondiale, le 27 mai la fois il est une des grandes figures de la Chine moderne, connu à l'étrange littéraire et son rôle politique.

de la Chine centrale (province de

Né dans une riche famille de mandarins il devint professeur d'université. Dès 1904 il participcit au mouvement l'Anhwei), nationaliste répolutionnaire bourgeois dans sa province où il publia un journal.

Avant la première révolution — de 1911 — il fut arrêté pour son activité polttique; il dut s'exiler au Japon où il collabora anec Sun Yat Sen, le fondateur du Kuomintang, auquel toutefois Tchen Dou-Siou n'adhéra pas. De retour en Chine lors de la première révolution qui vit le renversement de la dynastie mandchoue, il servit de directeur

Après le coup d'Etat politique à l'armée révolutionnaire dans sa province natale.

qui entraina la défaite de la révolution, il dut s'exiler à nouveau au Japon où il publia un journal révolutionnaire.

De retour en Chine en 1915, il fonda, avec un groupe d'intellectuels radicaux

Cette revue s'élevait contre ne revue intitulée «la Jeunesse» qui parut a Pékin.

l'idéologie de Confucius qui dominait la Chine et représentait, comme le christianisme en Occident, un élément important de conservatisme social. Aux yeux de Tchen Doule retard historique de la Chine provenait de l'ossification de la vieille société sous le poids de la morale con/ucéenne et la condition du progrès social reposait dans le réveil et l'éducation des larges masses. Tchen Dou-Siou résumait ses conceptions dans la formule : science et démocratie.

Cette

Il fut ainsi amené à examiner le problème de la langue chinoise écrite.

langue aux multiples caractères, aux constructions difficiles, très éloignée de la langue dont l'étude réclamait des années d'un travail ardu, lui paraissait le grand obstacle au développement culturel des masses. Tchen Dou-Siou s'attacha donc à une simplification de la langue et, après des années, parvint à répandre dans la Chine du Nord (il était en 1917 directeur de la Faculté des Lettres de l'Université de Pékin)

une langue écrite qui correspondait à la langue parlée. Ce fut la langue dite Pei Hoa qui est actuellement la langue officielle de la Chine.

Tchen Dou-Sion s'aperçut alors que, malgré les progrès permis par l'emploi du

Peï Hoa dans la diffusion de la culture, celle-ci restait cependant inaccessible aux larges masses. En effet, la situation précaire et misérable des paysans et chinois - plus de 90% de la population - leur interdisait toute tentative pour s'instruire et se développer. Comment trouver le temps et largent nécessaires a la fréquentation d'une école, quand toute l'existence n'était qu'une longue lutte contre la famine, au prix d'un labeur incessant ? Comment apprendre à lire, dans des miliers et des milliers de villages, où non seulement une école, mais un journal même, étaient choses inconnues ?

Tchen Dou-Siou était ainsi irrésistiblement amené à s'intéresser aur problemes politiques et aux luttes sociales. A ce moment de son évolution, la révolution d'Octobre 1917 bint lui montrer où se trouvait la réponse. La Russie, pays immense et arriéré, pouvait étre regardé comme une réplique européenne de la Chine. Et voici que sous la direction des bolchéviks, le progrès social, le développement culturel quittaient le domaine des souhaits el des utopies pour entrer dans celui des possibilités et des réalisations. C'était pour la Chine l'ezemple de son salut.

Malgré la faiblesse numérique du prolétariat chinois, qui avait fait son apparition dans la vie sociale seulement au cours des luttes revendicatives qui suivirent première guerre mondiale, les idées de la Révolution Russe faisaient ainsi leur chemin parmi des groupes d'intellectuels, Le mouvement du « 4 Mai 1919 », large mouvement d'étudiants dirigé à la fois contre les impérialismes - qui au cours des négociations de la paix de Versailles avaient montré leur mepris pour les revendications nationales de - et contre le féodalisme chinois, précipita cette évolution, Tchen Dou-Siou fut un des grands dirigeants du mouvement et une des victimes de la répression sévère qui fut erercée. En 1920, il s'orienta vers la création d'un parti communiste. Arrêté en 1921 pour diffusion d'un matériel de propagande révolutionnaire, il fut condamné, puis libéré au bout de trois mois à la. suite de manifestations de masse dans la Chine du Nord.

En juillet 1921, eut lieu à Shanghai la Première Conférence Nationale du Parti Communiste Chinois. Tchen Dou-Sion fut élu secrétaire général et le demeura jusqu'en 1927. Il représenta le P.C. chinois au TV° Congrès de l'Internationale communiste en 1922 à Moscou.

La propagande stalinienne. et notamment aujourd hui les dirigeants du Parti Communiste Chinois, ont pour habitude de présenter Tchen Dou-Siou comme le seul responsable de la défaile subie par la Révolution en 1927. Mais ils oublient de dire que cette responsabilité provient d'une trop grande fidélité à la ligne alors définie par Staline-Boukharine. Ce n'est pas ici le lieu de revenir de façon détaillée sur les causes du désastre les alternances d'opportunisme et d'aventurisme caractérisèrent alors la politique du Komintern ont été maintes fois analysées dans les publications de notre mouvement et en particulier par Léon Trotsky. Remarquons toutefois que si Tchen Dou-Sion porte sa part de responsabilité pour avoir la ligne opportuniste de Staline-Boukharine, il s'opposa par la suite an cours aventuriste qui a mené au putsch de Canton. Eloigné de la direction en août 1927 dans: la Conférence Nationale du P.C.C., il se retira de l'activité tandis que la nouvelle et une partie de la vieille direction suivaient les ordres de Moscou et se lançaient de l'opportunisme dans l'aventurisme le plus complet. l'insurrection de Canton 1927 Tut le couronnement de cette politique. Tchen Dor-Siou écrivit plusieurs lettres au Comite Central pour sopposer - cette ligne aventuriste. En août 1929, il marqua à nouveau son opposition dans un document adressé au Comité Central et demanda examen critique de la politique du parti. Peu de temps après il en fut ezelu, en même temps qu'une centaine de membres, comme oppositionnel. En février 1930, le Komintern l'invita à se rendre à Moscou, où bien des dirigeants, sous la pression de la machine stalinienne, s'étaient repentis et avaient confessé leurs « erreurs s. Mais Tchen Dou-Siou refusa « l'invitation » et demanda que dans le Komintern et le Parti Chinois les causes de l'échec de la révolution fussent mises en discussion.

Ce refus et cette demande cassèrent le lien ténu qui rattachait encore Don-Siou aux staliniens. Il rejoignit un des groupes de l'opposition de gauche; par la après l'unification de ces groupes qui formèrent la Ligue Communiste, section chinoise de la IV° Internationale, il fut une des figures dominantes du trotskysme chinois. Secrétaire général de la Ligue, il dirigea l'activité illégale du groupe jusqu'a son arrestation par le Kuomintang en 1932. Traduit devant le tribunal militaire de Nankin, Ichen se conduisit pleinement comme un dirigeant révolutionnaire et flétrit publiquement le régime militaire et terroriste du Xuomintang. Sa courageuse attitude ui valut une condamnation a treize ans de prison pour «. atteinte à la sûreté de l'Etat ». Mais la figure de cet homme qui, entouré de gendarmes, menacé par une possible condamnation à mort, criait sa défiance et sa haine à ses bourreaux et faisail entendre dans ce tribunal de persécutions la voix des masses terrorisées et écrasées, cette figure fut pour tous les révolutionnaires un stimulant et un exemple.

Il resta en prison a Nankin de 1932 a 1937; peu de temps après léclatement de la guerre sino-japonaise, il fut libéré ainsi que d'autres prisonniers politiques. placé sous une très stricte surveillance qui l'empêcha de reprendre contact avec camarades. Quand le gouvernement du Kuomintang s'installa à Tchungking pendant la guerre, Tchen fut envoyé à Kiangtsin, un petit village du Szétchouan," non loin de Tchunkging. Atteint d'une maladie de cœur que son séjour en prison avait aggravée, il y mourut a lage de 64 ans. Malgré l'isolement, il était resté attache à la IVe Internationale. Le gonvernement reactionnaire du Kuomintang l'empêcha de reprendre même son activité littéraire, car la bourgeoisie ne cessa jusqu'à la fin de le craindr

Le souvenir de Tchen Dou-Siou demeurera celui d'un grand révolutionnaire. Ses limitations politiques proviennent de la situation même de la Chine au moment on il entra dans la lutte révolutionnaire plus que de sa propre personnalité. Car, s'il fut un communiste convaincu et courageux, Tchen Dou-Siou ne devint jamais un réel maraiste, qui explique qu'il ait accepté en 1925-27 la ligne opportuniste du Komintern et qu'il ait pu, pendant la deuxième guerre mondiale, développer la conception que les révolutionnaires devaient dans cette guerre soutenir les impérialismes démocratiques contre l'impérialisme dirigé par le fascisme, en négligeant le contenu impérialiste de la guerre; cela explique aussi les illusions qu'il nourrissait sur le « camp démocratique ».

Sa formation marziste ne devint jamais très solide : elle était dès le départ entravée par son ignorance des langues étrangires et l'insignifiance des traductions chinoises d'ouvrages murristes à cette époque. Je plus, Tchen Dou-Siou a passé toute sa vie en Chine et n'a pu élargir son expérience au contact du mouvement ouvrier et révolutionnaire international. Ses seuls rapports avec l'étranger furent ceux eut en 1925-27 avec les fonctionnaires du Komintern (Borodine, Roy, etc.), dont la seule tache était de donner des ordres. Ce n'esl pas à leur école que Tchen Dou-Siou pouvait se former à une méthode d'analyse marxiste et grandir son horizon politique.

Toutes ces circonstances ne pouvaient donc que contribuer à enraciner en lui ses illusions premières sur « la démocratie ». Il était arrivé dans la vie politique au moment ou la lutte contre les seigneurs de guerre de la Chine du Nord s'imposait comme la tache la plus urgente Sa formule « science et démocratie », qui résumai a nécessite de debarrasser la Chine du Confuciunisme, porte le poids de l'état féodal du pays. Sa lutte contre le vieux gouvernement de Pékin, puis contre le régime bureaucratique du Kuomintang, contribua à lui faire concevoir la démocratie comme un idéal abstrait, vide de tout contenu de classe. La dégénérescence de PUnion Soviétique et la terrible machine stalinienne d'oppression et de teneur accentuèrent encore cette tendance.

graves limitations politiques, Tchen Dou-Sion est une grande figure de révolutionnaire: il n'a pas hésité à abandonner une carrière honorable pour la vie incertaine et difficile du militant; il n'a jamais désavoué ses convictions et a préféré risquer la prison et la mort plutôt que de capituler devant le bourreau de Tchiang-Kai-Shek Il a frayé la voie au mouvement marxiste en Chine vaillance et un dévouement tels qu'il mérite bien de demeurer dans la mémoire des révolutionnaires comme « le père du communisme chinois », nom qui lui avait été donné dans les premières années du P.C. chinois.

Voici un beau texte de Tchen-Dou-Siou montrant sa fermeté de caractère et sa mentalité de révolutionnaire communiste :

En réalité, si je pouvais anéantir ma faculté de penser, ne pas me des intérêts du prolétariat, faire avec eux la sale besogne et les encourager à continuer les erreurs passées, ils ne pourraient que se baser sur leur vieil opportunisme pour attaquer, par la plume et par la parole, les soi-disant « trotskystes » pour tenter tous ensemble de couvrir leurs fautes. Comment pouvaient-ils m'exclure du parti? Moi, qui ai lutté contre les forces sociales ennemies pendant la plus grande partie de ma vie, comment puis-je accepter de faire besogne, confondre le vrai et le faux ? Li Li-San dit: « Les opportunistes veulent pas comprendre les leçons de l'échec de la grande révolution tentent de se cacher sous le drapeau du trotskysme pour dissimuler leurs fautes.» En fait, dans les documents du camarade Trotsky, les paroles par lesquelles il me blâme sont beaucoup plus dures que celles de Staline ou de Boukharine; mais ne puis que reconnaître que les leçons dégagées par lui de l'échec révolution sont entièrement correctes et je ne puis les repousser sous prétexte qu'il me blâme. Je suis prêt à recevoir la critique, si sévère soit-elle, camarade, et je refuse d'enfouir sous terre les leçons et les expériences révolution. Je préfère être exclu maintenant par Li Li-San et autres et je refuse d'assister passivement au développement de la crise du parti sans m'efforcer de la conjurer et de mériter ainsi, dans l'avenir, le blâme des camarades parti. Je suis prêt à supporter avec calme une oppression sociales ennemies pour défendre les intérêts du prolétariat, et je refuse de aveuglément les chefs officiels, brutaux et corrompus! Camarades ! Je sais que le Comité Central m'exclut du parti uniquement pour couvrir les fautes de quelques hommes. Ainsi, ce n'est pas seulement pour m'emd'ouvrir une discussion dans le parti de formuler mes idées qu'on m'exclut. C'est pour fermer la bouche de tous les camarades. Je sais que les du parti n'ont jamais eu la moindre intention de m'exclure. Bien que j'ai été exclu par quelques chefs, il n'y eut jamais d'hostilité entre la masse du parti et moi. Je continuerai de servir le prolétariat, la main dans la main les camarades qui refusent de suivre la politique opportuniste de la clique (Lettre de Tchen Dou-Siou à membres P. C. chinois, de décembre 1929, reproduite dans « La Lutte de Classes », revue de l'opposition de gauche, n° 25-26 (décembre 1930), P. 688-9.)

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