Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 9, n° 2-4

La conférence des suppléants au Palais Rose

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 2-4 · février-avril 1951 · p. 11-12 · 806 mots

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La Conférence des Suppléants traine démesurément en longueur avant d'aboutir à l'établissement d'un ordre du jour acceptable par tous les participants d'une Conférence des Quatre. En apparence il s'agit d'une question de procédure très facile à résoudre. En réalité, il s'agit de tout autre chose.

Tout d'abord il y a divergence sur le fond du problème, l'objet d'une Conférence éventuelle des Quatre. Pour les Russes, la question primordiale sur laquelle ils cherchent un compromis, c'est la non-remilitarisation de l'Allemagne et la réduction des armements, c'est-à-dire qu'ils cherchent à limiter, possible à arrêter la réalisation de l'actuel programme d'armement de la coalition impérialiste. Pour celle-ci, il s'agit au contraire d'éviter de prendre des engagements précis sur ces deux questions et de poursuivre, indépendamment de tout compromis partiel possible, le réarmement intensif de la « communauté atlantique » dans laquelle on espère inclure l'Allemagne occidentale.

C'est avant tout l'orientation de l'impérialisme américain qui est lancé dans une économie d'armement dont il ne peut se dégager sans faire éclater une formidable crise économique, et qui veut par de tels préparatifs changer en sa faveur le rapport des forces internationales actuellement défavorable à l'impérialisme. Les Anglais et les Français par contre seraient enclins, sous certaines conditions, à ralentir les préparatifs de guerre qui épuisent dangereusement leurs maigres ressources et minent l'équilibre social précaire existant dans ces pays.

La diplomatie soviétique s'efforce naturellement d'accentuer et d'exploiter ces tendances divergentes au sein. de la « communauté atlantique ».

En second lieu, tous les délégués au Palais Rose se servent de la Conférence pour tâter les dispositions de l'adversaire et être mieux fixés sur la politique, les intentions, les atouts et aussi les points faibles de l'adversaire.

En troisième lieu, chacun de ces Conférences, un nouveau répit avant une rupture brutale et définitive, répit qu'il utilise pour pousser plus avant ses préparatifs de guerre et les camoufler sous l'apparence d'un modus vivendi encore qui pourrait se prolonger. Ainsi, indépendamment de leurs résultats et de la possibilité ou non d'arriver à un compromis réel et étendu, ces Conférences procurent des avantages substantiels à tous, aussi longtemps qui ni l'un ni l'autre n'est prêt à passer à l'action directe. Du reste, le meilleur moyen de camoufler le moment précis de celle-ci et de rejeter la responsabilité sur l'adversaire, est précisément de maintenir les contacts diplomatiques et de s'en servir comme d'une plateforme supplémentaire de propagande « pacifiste » et de « bonne volonté ».

En réalité, d'un compromis réel apparaissent de plus en plus restreintes, principalement à cause de l'attitude de l'impérialisme américain décidé à poursuivre son cours de guerre et à en accélérer l'éclatement. L'affaire Mac Arthur a montré qu'une importante fraction des milieux militaires et capitalistes américains est en faveur d'une généralisation de la guerre de Corée en une guerre contre la

C'est Washington qui refuse les offres de compromis pressantes et répétées de Moscou dans des manifestations dont les plus éclatantes, ces derniers temps, ont été l'attitude conciliante imposée aux Chinois retirés derrière le 38° parallèle, les concessions faites à la Conférence des Suppléants et la politique suivie par les Partis Communistes des pays capitalistes, pelitique axée sur la propagande « pour la paix » à travers une Conférence des « Cinq Grands » et la non-remilitarisation de l Allemagne.

Le profond mécontentement des masses provoqué par la politique de réarmement de la bourgeoisie n'est exploité par les Partis Communistes que pour conserver la direction des mouvements qu'elle suscite et exercer, au moyen d'eux, une pression sur la bourgeoisie en vue de l'amener a composer. Nulle part une perspective revolutionnaire n'est ouverte par les P.C. aux masses de l'Occident; le seul objectif politique fixé par ces partis reste un « gouvernement d'union démocratique ». Mieux encore, arrivé récemment de Moscou et rapportant au récent Congrès du Parti Communiste italien, Togliatti a précisé dans les termes suivants la nouvelle politique que le Kremlin suggère plus spécialement à la bourgeoisie européenne :

«...nous proposons à tous les partis démocratiques la recherche d'une vole italienne, laquelle peut conduire progressivement à une transformation de la structure économique du pays et, par conséquent, à la création d'un regime politique nouveau dans lequel le peuple sera vraiment le maitre de son propre destin et pourra affirmer sa propre volonté contre les groupes capitalistes monopolistes étrangers aux intérêts nationaux. » (L'Humanité, 5 avril 1951.) En revenant aux thèmes d'une politique « d'union nationale » et d'une « démocratie nouvelle » réformant graduellement le capitalisme, le Kremlin tend la perche à la bourgeoisie européenne et s'effoice de la détacher de Washington. Mais l'offre est aussi valable pour les Etats-Unis, dans le sens que le Kremlin est disposé, en échange d'un compromis et d'une «cohabitation pacifique», à garantir la « paix sociale » au moment où la lutte des classes reprend partout avec vigueur.

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