par Murry WEISS
Le départ des representants ouvriers de toutes les administrations gouvernementales de guerre inaugure une nouvelle phase dans la erise du capitalisme américain. Commençant avec les revers subis dans l'aventure impérialiste en Corée, cette crise a été aggravée par le « grand débat » de politique extérieure et atteint maintenant son expression la plus âpre dans le conflit entre les dirigeants ouvriers et le gouvernement de Truman.
La bureaucratie ouvrière ne voulait
Le droit du grand capital à dominer la machine de l'Etat capitaliste est la dernière question que les bureaucrates ouvriers veulent soulever; leurs objectons ne vont qu'a sa dominalion exclusive. Ce qui est le plus trappant dans les déclarations des bureaucrates syndicaux, c'est leur revendication d'une « association réelle ». La bureaucratie revendique une coalition « réelle » du type des gouvernements sociaux-démocrates qui florissaient en Europe, à l'épanouissement du capitalisme, assurant la sécurité aux bureaucrates syndicaux, la stabilité des syndicats et une association « réelle » entre le capital et le « travail », c'està-dire les bureaucrates ouvriers.
Nous ne sommes plus à l'épanouissement du capitalisme mais à l'époque de son agonie. Les capitalistes américains rêvent d'un empire mondial de grand style, tel l'Empire britannique du xix" siécle, permettant au capitalisme anglais d'amasser d'énormes superprofits dans ses possessions coloniales sur le monde entier. Les bureaucrates syndicaux américains ne veulent rien d'autre qu'une participation de bénéficiaires privilégiés dans une 16 ndicale aux ttats-Unis par Murry WEISS pas cette crise. Ces « lieutenants ouvriers de la classe capitaliste » ont tout fait pour éviter une lutte politique avec leurs maîtres capitalistes. Mais la rupture est venue en dépit de tous leurs désirs. et elle a tracé une ligne nette entre le travail et le capital sur le terrain politique. C'est la pression la plus énergique du mécontentement ouvrier qui seule les contraignit à mettre en cause la domination exclusive du grand capital sur la machine de mobilisation pour la guerre. telle entreprise; ils aspirent à devenir des associés « à la direction politique » de l'Etat impérialiste. Trop tard! Trop tard aussi bien pour l'impérialisme que pour la bureaucratie syndicale.
Depuis 1914 le monde capitaliste étouffe dans un marché mondial qui se contracte. Deux guerres impérialistes ont été menées pour s'emparer de ce marché et le dominer. Plus une nation impérialiste est riche, plus sa capacité de production est grande. plus son besoin de marchés extérieurs et de débouches pour investir ses capitaux est grand et plus catastrophiques sont les conséquences de ce marché mondial en contraction.
Le capitalisme américain a besoin du globe entier comme sphère d'exploitation sinon il doit périr. Il est sorti de la deuxième guerre mondiale le vainqueur violemment résolu à atteindre son but, la domination mondiale. Mais cette victoire se transforme en une dérision. Le marché mondial est deveau encore plus restreint. L'Union soviétique reste inaccessible à la pénétration impérialiste. En outre. le Kremlin a pu fermer de grandes par-
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QUATRIEME. I ties de l'Europe centrale et orientale à l'exploitation impérialiste. L'Europe occidentale est un tonneau sans fond pour le capitalisme américain. L'ardent prolétariat européen reste. une un e menace pour le capitalisme. L'Asie a été emportée par une irrésistible révolution pour son indépendance, embrasant le monde colonial et les opprimés de partout.
Tel est le monde que le capitalisme américain « vainqueur » aspire à dominer. Peut-il vivre en paix avec ce monde et accepter calmement l'effondrement du système capitaliste? C'est impossible! Il est obligé de prendre le chemin d'une guerre impérialiste sanglante. Il doit entreprendre un programme fantastique : écraser le prolétariat européen, réenchaîner les peuples coloniaux et régler les comptes de l'Union soviétique.
Il y a une contradiction inéluctable entre l'exécution de ce monstrueux programme et le maintien de la paix sociale à l'intérieur. C'est ce que la bureaucratie ouvrière ne peut et ne
La bureaucratie syndicale se trouvera coincée entre sa fidélité fondamentale à la politique extérieure des captalistes et sa base ouvrière de masse. Tout conflit sérieux entre les ouvriers et les capitalistes donnera des coups de massue à l'édifice politique déjà branlant et introduira de nouvelles contradictions profondes dans les rapports de la bureaucratie avec l'Etat capitaliste et au sein de la bureaucratie elle-même. Ceci, à son tour, approfondira et avivera la crise au sein de la classe dirigeante américaine.
Sur les poteaux de la route de l'his-
NTERNATIONALE veut comprendre. Les capitalistes américains, aiguillonnés par la catastrophe imprévue en Corée, ont mis en route un programme qui vise à la réduction du standard de vie en Amérique et l'exige impérieusement.
Ce cours leur est dicté par toute la crise mondiale du capitalisme. Ils sont mús non seulement par leur avidité mais par irruption au grand jour de toutes les contradictions fatales du système impérialiste mondial.
Le vieil équilibre du capitalisme américain est en train de recevoir le premier choc de toute une série de coups violents. L'équilibre politique de la domination capitaliste en Amérique reposait sur l'alliance des bureaucrates syndicaux avec l'Etat capitaliste. Mais la bureaucratie syndicale repose sur la puissance organisée de 15 millions d'ouvriers qui ne sont pas disposés à accepter le programme que le grand capital mijote. Le mécontentement et la colère montent. Là se trouve la raison principale de la crise actuelle et des crises plus profondes à venir. toire se trouve écrit : « futures grandes luttes en Amérique ». Pour Truman, le départ des bureaucrates constitue un « désaccord »; les dirigeants syndicaux sont illusionnés par l'idée ridicule qu'il ne s'agit que d'une querelle temporaire qui pourra être aisément arrangée. Mais pour les ouvriers, c'est un signe du réveil de leur conscience et de la réalisation de leur mission historique par une action politique indépendante.
(Traduit du Militant, 12 mars 1951.)