L'arrestation de Marie Svermova, secrétaire-adjoint du parti et veuve veuve du dirigeant des luttes de partisans contre l'occupation allemande, a probablement été le point culminant de la nouvelle vague d'épuration au sein du parti stalinien gouvernant. On savait à Prague depuis des mois que les difficultés d'approvisionnement. aussi bien sur le marché des produits alimentaires, des produits finis et des moyens de consommation que des matières premières, exigeaient des boues emissaires. Apres avoir introduit plusieurs sortes de pain et augmente le prix du pain de consommation courante, après avoir demandé aux cantines des écoles et des ouvriers d'économiser les produits alimentaires, il a fallu réintroduire le rationnement. alors que la suppression des cartes d'alimentation avait été précédemment célébrée comme une « vietoire du socialisme ».
L'arrestation de Vladi Clementis ne fut avouée qu'après que toute la presse occidentale ait soulevé la question du lieu où il se trouvait; on avait annoncé de Prague qu'il ne s'était pas présenté depuis plusieurs jours à son bureau de la Banque nationale de Prague. Cette arrestation ne pouvait étonner personne tant soit peu au courant des méthodes policières des staliniens. Clementis avait déjà eu avant et pendant la deuxième guerre mondiale de sérieuses différences avec le P. C. tehécoslovaque; en particulier pendant son exil à Londres il s'était prononcé, lors du pacte Staline-Hitler, pour que la politique du P. C. tchèque soit dissociée de celle du Kremlin. Aux Nations Unies également, comme représentant de la Tchécoslovaquie, il ne lui avait pas toujours été facile de ne tu avale pas toujours cre tache de suivre la stricte ligne stalinienne el on se méfiait de lui. Pendant la vague d'épuration d'il y a deux ans, il fut rappelé de Lake-Success et. à l'étonnement de ses amis, il répondit à ce rappel, tout en sachant qu'il se trouvait devant une procédure de contrôle dans le parti. Il s'en tira alors avec un avertissement, ce qui peut s'expliquer par le fait que, comme ministre des Aflaires Etrangères, il avait acquis certaines sympathies parmi les larges masses et qu'on voulait tout d'abord faire disparaître ces sympathies. avait été dès sa jeunesse un membre du mouvement des étudiants communistes et appartenait. comme notre inoublié camarade Zavis Kalandra, la plus jeune génération des théoriciens marxistes.
Avec Clementis était également tombé en disgrâce, dans la première épuration, Laco Novomosky, principal poète et commissaire à la culture et à Péducation en Slovaquie. Il n'avait pas été exclu mais écarté de toutes ses fonctions seulement après avoir fait son « autocritique bolchevique » tres complète; on savait d'une manière générale de lui qu'il avait de fortes tendances antistaliniennes, qu'il combattait le cours nationaliste du gouvernement de Gottwald et qu'il considérait celui-ci comme un « moindre mal » par rapport à la domination capitaliste ou à une domination ouverte du Kremlin, L'ex-président des commissaires slovaques. Husak. avait aussi été épuré à l'époque et il est maintenant arrêté en même temps que Novomosky. Tous deux ainsi que des centaines de hauts fonctionnaires slovaques sont déférés au tribunal comme « agents de l'Ouest » et « nationalistes bourgeois ». Presque aucun des dirigeants slovaques, jusqu'au secrétaire général Bastovansky, totalement inconnu avant la deuxième guerre mondiale, n'a été épargné. Le Conseil des Commissaires slovaques qui réalisa dans ce pays le coup de février 1948 pourra peut-être apparaitre au grand complet sur le banc des accuses.
Outre l'aile slovaque des mécontents, le P. C. de Moravie est aussi victime de l'épuration. Le secrétaire du P. C à Brno, Sling, se voit reproché d'avoir assassiné sa propre mère pour n'avoir pas à la nourrir; cette accusation est d'autant plus fantastique que la Republique tchécoslovaque a établi l'assurance-vieillesse à laquelle la mère d'un secrétaire du parti a droit. A cet effet son épouse originaire de Nouvelle-Zélande devient une Anglaise. En outre, on reproche à Sling d'avoir eu avec Svermova « des rapports adultères » et celle-ci « n'aurait pas laissé se sécher en quatre ans la terre sur la tombe de son époux tombé en héros et se serait donnée à un criminel ! » Sling est particulièrement victime de la méfiance du Kremlin à l'égard de tous les combattants d'Espagne qui, comme Gottwald la déclaré devant le C. C. du P. C. tchèque, auraient été « démoralisés » après la défaite, particulièrement dans les camps de France et sont devenus si facile cent victis es deses entenvoyes facilement victimes des agents envoyés français, anglais, américain et yougoslave. Presque tous ceux qui ont été arrétés ont de commun une longue appartenance au P.C., presque tous y ont occupé des postes responsables pendant plus de temps que Gottwald. Ils représentaient l'aile du P.C. tchécoslovaque qui, tout en repoussant un retour au capitalisme, s'opposait à exploitation croissante du pays par I'U.R.S.S. Ces gens se distinguent du « titisme » par le fait qu'ils sont parvenus au pouvoir grace aux baionnettes de l'armée soviétique et non à une révolution prolétarienne. Au sein
NTERNATIONALE du parti. la vague d'arrestations a eu un effet déprimant, en particulier du fait que Gottwald a mis en garde les membres du C.C. Un « agent est quelqu'un qui, pendant longtemps au service de ses maîtres, a fait beaucoup de bonnes choses pour gagner la confiance des travailleurs et par suite celle du parti ». C'est seulement quand il s'est acquis cette confiance qu'on exige de lui qu'il livre à l'ennemi les secrets du parti et de l'Etat. Chacun secret erpareuste statele par chacun, car plus tôt les traitres sont démasqués et moins ils peuvent commettre de dégâts ! Plus d'un membre du C.C. à ces mots a du perdre tout espoir de pouvoir modifier le cours du régime de Gottwald dans un sens différent de celui ordonné par Moscou.
L'apparition simultanée de nouvelles luttes de partisans, notamment en Slovaquie, et rendant le trafic incertain dans une grande mesure, montre que Clementis, Svermova, Sling, etc., auraient pu s'appuyer sur de larges sympathies dans les masses populaires. Les rares vieux membres du parti voient avec effroi s'approcher l'heure de leur élimination.
On vient d'apprendre l'arrestation de Josef Pavel, ministre adjoint à la Sécurité nationale. Josef Pavel était le chef des milices ouvrières qui, en février 1948, servirent d'appoint aux forces de l'Etat dans l'opération qui assura la mainmise totale du P.C. tchécoslovaque sur le pouvoit. auraient été arrétées pour participa- Au 18 mille personnes tion ou complicité au « complot». Parmi elles se trouvent: au moins dix membres du Comité Central, cinq secrétaires généraux régionaux, sept anciens membres du gouvernement autonome siovaque, trois ministres adjoints.