Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 9, n° 2-4

La crise dans le Moyen-Orient

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 2-4 · février-avril 1951 · p. 10-11 · 766 mots

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La tension internationale gagne de nouvelles régions; de nouveaux épicentres révolutionnaires surgissent. De nos jours, l'économie est vraiment mondiale et, avec elle, la politique ainsi que la crise sociale, en ce sens qu'un événement économique, politique ou social tant soit peu important se répercute d'une façon plus ou moins directe à travers tout l'organisme international et l'affecte profondément dans son ensemble. Plus encore, on assiste à présent à un mûrissement accéléré de la crise internationale qui n'est au fond que la crise du régime capitaliste et l'exacerbation de ses contradictions. Les flots, comme à la marée montante, se déchainent de toute part, submergeant les derniers récifs.

Dans cette atmosphère de surtension, le centre de gravité se déplace fréquemment d'une région à une autre, obligeant politiciens et stratèges du Pentagone à remanier constamment leurs plans et à improviser des solutions de fortune pour telle ou telle nouvelle « crise ». Ils venaient à peine de célébrer leur prudente rentrée à Séoul et la reconquête de la Corée du sud devant un ennemi invisible que la chaudière à pétrole du Moyen-Orient menaça d'exploser.

Les événements qui, en Iran, ont précédé et suivi l'assassinat du premier ministre Razmara sont significatifs du climat actuel au Moyen-Orient, une des régions-clés du monde. Sous la pression du mouvement anti-impérialiste des masses, des difficultés économiques et sociales et du voisinage de l'U.R.S.S., le Parlement iranien a été amené à envisager la nationalisation des pétroles exploités par l'Anglo-Iranian Oil Corporation (1). Les redevances de cette compagnie alimentent le budget iranien, mais de façon si médiocre que la production même réduite au quart de son niveau actuel suffirait à procurer largement des ressources supérieures à l'Etat iranien, exploitant directement les richesses du pays. Il en est du reste de même pour les pétroles des autres pays du Moyen-Orient, plus particullèrement de FIrak.

La compagnie alimente en pétrole la flotte britannique; le gouvernement de Londres en possède la majorité des actions; elle a contribué à elle seule à doter la GrandeBretagne d'une balance commerciale favorable en 1950. On comprend done la sainte terreur du gouvernement travailliste, champion des nationalisations dans la métropole, à l'annonce d'une nationalisation possible de l'Anglo-Iranian par l'Etat iranien. La pression exercée sur Téhéran peut amener les féodo-capitalistes qui gouvernent ce pays à laisser pratiquement intacts les intérêts de l'impérialisme; car ces couches sociales ne peuvent mener une lutte conséquente contre l'impérialisme.

Au contraire, le dynamisme du mouvement actuel des masses, dans son développement, débordera inévitablement les cadres d'une lutte spécifiquement anti-impérialiste pour s'élargir en une lutte générale contre les classes exploiteuses indigènes, responsables de la misère, de l'état arriéré du pays et de la mainmise impérialiste. Seule la force du mouvement, parti du sud et s'étendant vers le nord du pays, peut imposer une réelle expropriation des impérialistes et le retour des richesses pétrolières de l'Iran (6 % de la production mondiale) à la nation.

(1) Il est possible que Wall Street ne soit Londres connait actuellement en Iran. pas totalement étranger aux ennuis que

Ce sont les ouvriers même de l'Anglo-Iranian, noyau avancé du prolétariat iranien, qui sont à la pointe de la lutte. Celle-ci risque de mettre en branle des mouvements semblables dans tout le Proche-Orient sur lequel pèse l'exploitation conjuguée des impérialistes et des féodo-capitalistes indigènes, au milien d'une misère indescriptible des ouvriers et des paysans pauvres.

En Irak une forte opposition parlementaire, se faisant l'écho de l'opinion publique, demande la nationalisation des pétroles de ce pays. En Egypte, la pression du mouvement anti-impérialiste des masses oblige les féodo-capitalistes à hésiter avant de renouveler le traité anglo-égyptien et de perpétuer le contrôle britannique du canal de Suez. En Iran même, l'opposition réclame l'ile de Bahrein dont les pétroles (environ 3% de la production mondiale) sont exploités par des sociétés américaines et qui, placée dans le golfe Persique, constitue la plus importante des bases aériennes de l'impérialisme yankee à la périphérie du vieux monde.

Indépendamment des résultats immédiats auxquels parviendront ces mouvements, leur aspect le plus important est l'éveil des masses du Moyen-Orient, grandement facilité par les contre-coups des révolutions en Extrême-Orient et de la « guerre froide ». Cet éveil revêt au départ la forme d'un profond mouvement anti-impérialiste, mais son développement, comme dans tous les autres pays coloniaux et semi-coloniaux à l'époque impérialiste, imposera une lutte d'ensemble contre la coalition inévitable des impérialistes et des compradores féodo-capitalistes indigènes. L'aboutissement de cette lutte ne pourra être que la révolution prolétarienne, le pouvoir des ouvriers et des pays pauvres du Moyen-Orient, qui réaliseront, de la Turquie à l'Egypte, la Fédération des Etats-Unis socialistes du Moyen-Orient.

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