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La revue › vol. 9, n° 1

Résolution sur la révolution yougoslave et la IVe Internationale

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 1 · novembre 1950 - janvier 1951 · p. 49-54 · 4 043 mots

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1. — La révolution prolétarienne victorieuse en Yougoslavie est fondamentalement le produit de deux facteurs historiques: la montée révolutionnaire des masses laborieuses s'exprimant dans le mouvement des partisans armes, politique spécifique suivie par le P.C.Y. aux tournants importants du processus révolutionnaire objectif.

Le mouvement des masses d'ouvriers et de paysans pauvres contre l'impériaoccupant, d'exacerbation extrême sociales, déborda les cadres de la lutte d'émancipation nationale, une Tutte contre les exploiteurs yougoslaves, entama expropriation et détruisit, au cours même de appareil d'Etat sur la plus grande partie du territoire yougoslave. La politique spécifique du P.C.Y., se différenciant en celle de tous les autres Partis Communistes d'Europe, principalement sous la pression des masses, successivement accepta, puis dirigea la destruction de l'ancien appareil d'Etat bourgeois, légalisa, generalisa la construction nouvel appareil d'Etat prolétarien, consolida puis élargit les conquêtes de la révolution prolétarienne, en refusant de capituler devant la bureaucratie soviétique et en engageant une lutte résolue contre les déformations bureaucratiques de l'Etat ouvrier yougoslave.

2. - a) La première étape décisive de la révolution yougoslave fut franchie le 29 novembre 1943, à la réunion de la deuxième session de l'A.V.N.O.J. (Conseil Antifasciste de Libération Nationale de la Yougoslavie) à Jaytsé. En cette constance fut constitué un gouvernement provisoire qui exerça son autorité tous les territoires occupés par les partisans, formant bientôt la majeure partie de la Yougoslavie. La constitution de ce gouvernement, s'appuyant sur les comités populaires de libération nationale constitués à partir de 1941, signifla que la dualité de pouvoir, qui avait existé en Yougoslavie du début de l'insurrection des partisans, commença à être surmonté. Il ne peut plus être question, à partir de ce moment, l'existence d'un appareil d'Etat bourgeois centralisé en Yougoslavie; subsistaient des débris de pouvoir bourgeois, de même que les mesures successives d'expropriation et de confiscation ne laissaient subsister que des débris de la propriété bourgeoise. Le nouvel appareil d'Etat centralisé, basé sur les comités populaires, que TA.V.N.O.J. commença à construire, était un appareil d'Etat à prépondérance prolétarienne. Le P.C.Y. ayant en fait conquis le pouvoir dans les territoires libérés, cette partie de la Yougoslavie cessa d'être Etat bourgeois; sous un gouvernement ouvrier et paysan, elle avança vers l'accomplissement final de la révolution prolétarienne.

Mb) La seconde étape décisive de la révolution yougoslave fut franchie en octobre 1945 avec le départ des deux derniers ministres bourgeois du gouvernement central provisoire. La constitution même de ce gouvernement en 1944 ne fut qu'un épisode dans le déroulement de la révolution yougoslave, provoqué par la pression conjointe de l'impérialisme la bureaucratie soviétique. en retardant la victoire complète de la révolution prolétarienne, cet épisode n'interrompit cependant pas cours de celle-ci. Pendant la période même du gouvernement de coalition, le nouvel appareil d'Etat basé sur les comités populaires, s'élargit à l'ensemble du territoire yougoslave. Tous les débris du pouvoir politique de la bourgeoisie furent éliminés pendant cette période. Le départ des deux ministres bourgeois du gouvernement central ne fut que l'expression finale du fait que la bourgeoisie en tant que classe perdu le pouvoir et que le nouvel appareil d'Etat était d'une nature sociale différente de celui de la Yougoslavie d'avant guerre. A partir de ce moment s'achève la transition entre le gouvernement ouvrier et paysan et la dictature du prolétariat, et la Yougoslavie devient un Ftat ouvrier. Ceci se manifeste par le fait que les conquêtes de la révolution prolétarienne yougoslave furent généralisées et consolidées légalement en 1945-46 par la loi sur les comités populaires, la loi de nationalisation des moyens de production industrielle, des mines et des banques, et par la loi sur la confiscation de propriété, la loi sur la réforme agraire et l'annulation des dettes paysannes, etc.

c) La troisième étape décisive de la révolution yougoslave fut franchie le 28 juin 1948 par la rupture intervenue entre le Kremlin et le P.C.Y. Après la consolidation des conquêtes de la révolution yougoslave, le P.C.Y. passa à leur extension par la nationalisation du commerce de gros et d'une partie considérable du commerce de détail; l'établissement de fait du monopole du commerce extérieur; le de collectivisation de l'agriculture et le plan quinquennal d'industrialisation d'électrification du pays. En même temps se développèrent en Yougoslavie des déformations bureaucratiques du pouvoir prolétarien, a la fois sur la base du caractere arriéré du pays et de la politique stalinienne de la direction du P.C.Y., imitant les de I'U.R.S.S. bureaucratisée. La rupture entre le Kremlin et le P.C.Y., expression du refus du P.C.Y. de subordonner les intérêts de la révolution yougoceux de la bureaucratie soviétique, ouvrit la voie à la lutte contre déformations bureaucratiques. Les principales mesures prises dans le cadre de cette lutte furent: la constitution des conseils ouvriers et le début de la gestion ouvrière entreprises; la démocratisation des coopératives; l'abolition des privilèges des fonctionnaires du parti et de l'Etat; la décentralisation de l'appareil l'économie; le début de démocratisation de la vie culturelle et idéologique, ete.

3. - La dynamique de la révolution yougoslave confirme en tout point la théorie de la révolution permanente :

a) Elle confirme que la lutte des masses laborieuses pour l'émancipation nationale, contre l'impérialisme, ne peut être victorieuse que si elle opère Sa transcroissance en révolution prolétarienne. Cette transcroissance en Yougoslavie n'a pas été due à des facteurs particuliers ou conjoncturels, mais constitua lapplication de la stratégie générale formulée par la IVe Internationale pour tous les pays occupés par l'impérialisme en Europe pendant la seconde guerre mondiale. Si cette stratégie n'a été appliquée avec succès qu'en Yougoslavie, cela est dû au caractère spécifique du P.C.Y. qui dirigea le mouvement des masses.

Mb) Elle confirme qu'un pays arriéré ne peut résoudre les tâches historiques de la révolution bourgeoise (solution agraire, élimination des survivances semi-féodales dans le pouvoir d'Etat, conquête d'une véritable indépendance nationale, etc.) que par la conquête du pouvoir par le prolétariat, qui voit obligé, dans ces conditions, d'entamer simultanément la solution des taches historiques de la révolution prolétarienne.

Gc) Elle confirme que le développement et l'élargissement de la démocratie prolétarienne après la consolidation du pouvoir prolétarien sont a la fois possibles et nécessaires pour combattre efficacement les tendances antisocialistes et bureaucratiques qui existent et se développent dans l'Etat ouvrier. Elle représente de ce fait une confirmation et une justification historique, d'une façon positive, de toute la lutte de Léon Trotsky et de l'Opposition de Gauche en U.R.S.S. entre 1923 et 1927, comme la dégénérescence de l'U.R.S.S. en constitua une justification par la voie négative.

Pd) Elle confirme qu'une révolution prolétarienne victorieuse dans un pays arriéré, au milieu d'un monde hostile, se développe nécessairement à travers des difficultés et des contradictions croissantes, qui se reflètent en crises économiques et tensions sociales successives à l'intérieur de l'Etat ouvrier. Seules une extension internationale de la révolution et l'aide apportée à la révolution yougoslave par le prolétariat victorieux de plusieurs pays avances pourraient assurer une solution réelle et harmonieuse aux problèmes posés par l'industrialisation et la collectivisation volontaire de l'agriculture.

La dynamique de la révolution yougoslave confirme en même temps l'analyse de la question de IU.R.S.S. et du stalinisme faite par la IVe Internationale. Elle confirme le caractère des partis staliniens comme partis ouvriers dégénérés, expliindispensable pour comprendre le cours nouveau pris par la révolution yougoslave depuis la rupture du P.C.Y. et du Kremlin. Elle confirme surtout la fondamentale du mouvement trotskyste selon laquelle le stalinisme est un phénomène caractéristique d'une période de recul des luttes révolutionnaires des

Get qu'il ne peut être surmonté que par un nouvel essor de luttes révolutionnaires. "En Yougoslavie, premier pays où le prolétariat prit le pouvoir depuis la dégénérescence de l'U.R.S.S. le stalinisme n'existe pratiquement plus aujourd'hui en tant que facteur important du mouvement ouvrier, ce qui n'exclut d'ailleurs pas son rebondissement possible dans certaines circonstances. 50

4. - Les perspectives de la révolution yougoslave sont déterminées fondamentalement par rapports de forces entre les classes, dans le domaine national et international. Yougoslavie, l'Etat ouvrier doit faire face à une pression croissante paysans propriétaires qui, d'une production de marchandise simple, cherchent paser à l'accumulation capitaliste par l'appropriation privée des moyens duction. Cette tendance se developpe automatiquement et nécessairement sur la base du niveau économique et technique actuel du pays, et coincide avec la des « koulaks» à opérer leur fusion avec le marché capitaliste international.

Actuellement, elle est tenue en échec:

a) Par la lente modification des rapports des forces sociales, suite de l'industrialisation du pays, de laugmentation numérique du prolétariat, cohésion, de sa conscience politique et de sa culture croissantes, grâce au début de développement de la démocratie prolétarienne, etc.

b) Par la différenciation à l'intérieur même de la paysannerie, résultant de l'appui donné par l'Etat ouvrier aux paysans pauvres et au développement des coopératives agricoles.

c) Par des mesures de coercition de 1'Etat ouvrier, empêchant que l'automatisme économique simpose : interdiction de la vente de l'achat des terres au double secteur des prix; quotas progressifs de livraisons forcées de agricoles (impôt en nature), etc. aussi longtemps que la production d'objets de consommation induspaysans un revenu réel croissant parallèlement à l'accroissement de la production agricole, et que la mécanisation de l'agriculture ne

June base économique saine pour la collectivisation de l'agriculture, créera pas l'industrialisation se poursuivra face à une hostilité et à une partie de la paysannerie. Seule la participation consciente du prolétariat à l'exercice du pouvoir peut, dans ces conditions, protéger dans l'immédiat les conquêtes de la révolution yougoslave. Seule l'extension considérable des démocratisation et de lutte contre le bureaucratisme peuvent assurer à l'Etat ouvrier l'appui conscient des masses prolétariennes.

5. - A l'échelle internationale, une pression grandissante s'exerce. sur la révolution yougoslave de la part de ses deux ennemis mortels: l'impérialisme mondial et la bureaucratie soviétique:

a) L'impérialisme mondial cherche à détruire les conquêtes de la révolution yougoslave, le régime de dictature du prolétariat et la propriété collectivisée moyens de production dans les industries et les mines. Il compte parvenir but par étapes: d'abord par l'utilisation d'une pression politique et économique, ensuite sont: l'inclusion de la Yougoslavie dans le front diplomatique impériaune intervention armée ouverte ou voilée. A l'étape objectifs liste et dans son dispositif militaire méditerranéen. Partant de là, il cherche à obtenir à une étape ultérieure un droit de regard sur l'économie yougoslave, le droit d'investissement dans les mines et l'industrie, la légalisation des partis politiques bourgeois et petits-bourgeois, la destruction de fait du monopole du commerce extérieur, etc.

b) La bureaucratie soviétique cherche à obtenir par tous les moyens la destrucmortelle pour l'influence du stalinisme sur le mouvement ouvrier international, et à tion d'un régime dictature du prolétariat indépendant du Kremlin, la longue également pour le pouvoir de la bureaucratie en Europe orientale et en

La destruction des conquêtes de la révolution prolétarienne yougoU.R.S.S. même. slave par l'impérialisme représente pour le Kremlin un moindre mal par rapport développement indépendant de la Yougoslavie proletarienne. Jusqu'à présent, politique du Kremlin à l'égard de la Yougoslavie (blocus toute la démonstrations militaires, provocations, campagnes de propagande, etc.) pousser ce pays dans le camp impérialiste. Cette politique fait cependant que préparer une autre étape de la stratégie stalinienne contre-révolutionnaire à l'égard de la Yougoslavie, qui serait une tentative d'inclusion de la Yougoslavie dans la sphère d'influence de la bureaucratie soviétique par voie d'une intervention militaire.

A la longue, cette double pression hostile exercée sur la révolution yougoslave ne pourra être contrecarrée avec succès que par un appui conscient du prolétariat mondial et la victoire internationale de la révolution socialiste. Dans l'immédiat, la situation d'équilibre instable entre l'impérialisme et la bureaucratie soviétique accorde un certain sursis à la révolution yougoslave. Mais ce sursis se situe, surtout depuis l'éclatement de la guerre en Corée, dans le cadre d'une pression parallèle exercée sur la révolution yougoslave, pression qui n'est pas neutralisée par une action prolétarienne internationale suffisamment vaste d'aide à la Yougoslavie.

ces conditions, l'Etat yougoslave s'est vu contraint de faire concessions à ses ennemis dans le domaine international. Cela a abouti à une déviaopportuniste de sa politique étrangère et particulièrement de celle du P.C.Y. (idéalisation de l'O.N.U.; neutralisme; conception petite-bourgeoise de l'agression, conception pacifiste de collaboration de classe dans la lutte contre la guerre,

Sans une modification radicale des rapports de forces entre les classes à l'échelle internationale, cette tendance risque de s'approfondir et de précipiter la révolution yougoslave à sa perte. La contradiction entre l'évolution progressive de l'Etat yougoslave lui-même et l'évolution droitière de sa politique extérieure, qui est à l'étape actuelle expression de la crise d'isolement de la révolution yougoslave, trouvera résistance d'une à une étape ultérieure une solution dans un sens ou dans l'autre : ou bien la révolution socialiste yougoslave fusionnera avec le mouvement révolutionnaire et avec la révolution internationale, ou bien les concessions internationales à l'impérialisme seront prolongées par des concessions à l'intérieur même de la R.F.P.Y.

- Il est impossible de déterminer la dynamique et les perspectives de la révolution yougoslave sans définir en même temps le caractère du P.C.Y. Si le stalinisme se définit par la subordination des intérêts des travailleurs de chaque pays à ceux de la bureaucratie soviétique, le P.C.Y., à partir de 1941, esquissa orientation qui devait aboutir à la rupture de 1948 et, de ce fait, il cessa d'être un parti stalinien dans la pleine signification de ce mot. La différence d'orientation du P.C.Y. par rapport à celle que suivaient les autres P.C. d'Europe s'effectua en l'évolution de la Yougoslavie. Dans premier lieu sous la pression des masses; d'autres mais cela ne suffit point à expliquer pays, où montee révolutionnaire 1944), le P.O. situe cuer damsayent on dela re au début (Espagne 1936, du P.C.Y. La différence d'orientation du P.C.Y. par rapport aux autres" P.C. d'Europe ne peut résulter que d'une interaction entre la poussée révolutionnaire des masses et les changements conceptions stratégiques qui se produisirent dans la direction du P.C.Y. ces conditions favorables, auxquelles il faut ajouter l'absence d'un appareil de contrôle du Kremlin opérant sur place.

Dans une première étape, ces changements s'exprimèrent par une tentative de la direction du P.C.Y. de concilier les intérêts de la révolution yougoslave avec ceux de la bureaucratie soviétique (1941-début 1948). Tout en se maintenant, pour cette raison, dans le cadre international de la politique stalinienne et tout en acceptant sans réserves publiques la politique intérieure et extérieure de la bureaucratie soviétique, le P.C.Y. se différencia cependant dès lors de la politique stalinienne sur les points suivants:

La) Fondation, dès 1941, de « comités populaires de libération nationale » et de «brigades prolétariennes » dans le mouvement des partisans;

Mb) Refus de collaborer, dès 1942, avec les Tehetniks de Mihailovitch et avec le gouvernement bourgeois exilé;

Gc) Orientation, dès 1943, vers la prise du pouvoir effective par le P.C.Y. et la constitution d'un appareil d'Etat nouveau, de type prolétarien;

Pd) Elimination, des 1945, malgré les accords des «Trois Grands », des derniers vestiges du pouvoir bourgeois dans le pays et parachevement de la révolution prolétarienne;

Be) Poursuite d'une politique extérieure et d'une orientation économique plus autonome du Kremlin que celle des autres pays du glacis.

L'accumulation de toutes ces actions, accompagnée d'une critique initiale non publique de l'ensemble de la politique stalinienne (notamment: critique des privirelations de pillage économique imposées par la bureaucratie aux pays du glacis; lèges les plus exorbitants des hauts fonctionnaires de YU.R.S.S.; critique des critique de la politique des P.C. français, italien et grec au moment de la «libération », etc.) a amené le Kremlin à la rupture préventive avec le P.C.Y. Cette rupture s'annonçait inévitable en raison de l'irréconciliabilité d'intérêts entre la revolution yougoslave et la bureaucratie soviétique.

A partir de cette rupture s'ouvre une deuxième étape de différenciation entre le P.C.Y. et le stalinisme. Progressant de façon purement empirique, le P.C.Y. a souligné successivement: Kremlin et les défaites provoquées au mouvement ouvrier de plusieurs pays par a.) La subordination du mouvement communiste international aux intérêts du suite de cette subordination.

b) La totale mainmise politique, économique, militaire, culturelle, etc., de la bureaucratie soviétique sur les pays du glacis et les conséquences néfastes qui en découlent pour les masses laborieuses de ces pays.

c) L'orientation fondamentale de la bureaucratie soviétique vers un partage du monde par l'établissement d'un modus vivendi avec l'impérialisme, et l'utilisation du mouvement ouvrier comme monnaie d'échange sur cette voie.

d) La dégénérescence de l'U.R.S.S. par suite de l'isolement du premier Etat ouvrier et de son caractère arriéré, et la formation d'une caste bureaucratique privilégiée qui a usurpé tout le pouvoir en U.R.S.S e) Le danger de bureaucratisation dans chaque révolution prolétarienne, danger qui ne peut être combattu que par une démocratie prolétarienne croissante f) La nécessité de reconstruire le mouvement ouvrier dans plusieurs pays.

A partir de ce moment, le P.C.Y. cesse d'être un parti semi-stalinien et évolue comme un parti centriste de gauche, porté au pouvoir par les masses révolutionnaires, se caractérisant en outre des déviations opportunistes droitières. Ses déviations les plus importantes sont :

a) Le caractère empirique de son évolution idéologique, qui n'a pas encore reconquis la conception léniniste d'ensemble de la nature de notre époque.

b) Le caractère pragmatique et non-principiel de la politique extérieure du P.C.Y., tendant à justifier les manœuvres diplomatiques de l'Etat yougoslave, sous-estimation du mouvement ouvrier international et l'incompréhension de la théorie de la révolution permanente dans son ensemble.

d) L/absence du droit de formation de tendances dans le P.C.Y. 52

Be) Une conception opportuniste de la construction de partis révolutionnaires dans le monde (généralisation de l'expérience yougoslave, sous-estimation de l'importance du programme, etc.).

Seuls une modification des rapports de forces internationales entre les classes, essor du mouvement révolutionnaire international, l'aide et la critique fraterde ce mouvement et une compréhension croissante de la part de la des cadres du P.C.Y., éviteront que ce parti ne se cristallise sur ses positions fausses, ce qui aboutirait à liquider les effets progressifs de l'affaire yougoslave.

Déjà les positions prises à la suite de la guerre de Corée ont en partie compromis les effets de l'affaire yougoslave dans la crise internationale du stalinisme; il n'est pas exclu que, dans ces conditions et en l'absence d'une direction révolutionnaire internationale suffisamment forte, le stalinisme puisse reprendre pied jusque dans les rangs du P.C.Y.

Les positions et l'attitude que le P.C.Y. prendra à l'égard du trotskysme — soit ouvertement, soit en affectant de l'ignorer - acquièrent à cet égard une importance politique considérable. Il ne s'agit pas simplement d'une rectification historique du passé; c'est le test par lequel un courant ouvrier issu du stalinisme parviendra renouer avec la tradition et le programme du bolchevisme, et ainsi à surmonter définitivement et décisivement le stalinisme.

7. - Les tâches de la IV° Internationale envers la révolution yougoslave s'établissent dans le cadre de sa stratégie générale, conformément à cette analyse de la nature de l'Etat yougoslave et du P.C.Y.:

) La IV Internationale défend inconditionnellement les conquêtes de la révolutio ougoslave contre l'imperialisme mondial et contre la bureaucratie sovietion conçoit cette défense à la fois comme une tâche stratégique - jonction de la révolution internationale avec la révolution yougoslave — et comme une tâche tactique immédiate : mobilisation de l'avant-garde révolutionnaire internationale et des masses tous les pays pour des actions de défense des conquêtes de la révolution prolétarienne yougoslave. Cette défense ne peut entrer en collision avec les intérêts de la révolution mondiale, dont les conquêtes d'Octobre font partie. La IVe Internationale assurera cette défense contre toute tentative de forces intérieures d'utiliser la Yougoslavie contre les intérêts de la révolution mondiale.

Mb) En cas de guerre de la bureaucratie soviétique contre la R.F.P.Y., la IV° Internationale sera pour la défense de la Yougoslavie contre l'action contre-révolutionnaire du Kremlin. Cette politique, basée sur les intérêts de la révolution mondiale, sera indépendante de toute aide matérielle que la R.F.P.Y. pourrait éventuellement recevoir de pays capitalistes, En cas d'élargissement du conflit, cette position sera examinée à nouveau dans chaque cas concret.

Gc) La IV° Internationale suit une politique de soutien critique du P.C.Y. et du gouvernement yougoslave. Elle s'efforce d'engager avec le P.C.Y. des actions de front unique aux objectifs précis, à la fois pour une campagne d'aide à la Yougoslavie et pour le regroupement des forces révolutionnaires à l'échelle internationale. Chacune de ces actions suppose notre accord de principe quant à l'objectif à atteindre et ne aucune façon supprimer le droit de critique du mouvement révolutionnaire international à l'égard de la politique du gouvernement et du P.C. yougoslaves.

La IVe Internationale est d'avis qu'une de ses contributions principales à la consolidation des conquêtes de la révolution yougoslave consiste dans une critique franche mais fraternelle de toutes les erreurs politiques et déviations opportunistes de la part des communistes yougoslaves. Ces critiques doivent partir des expériences concrètes du mouvement ouvrier internatioanl, qu'il faut communiquer au P.C.Y., et de l'expérience particulière de la révolution yougoslave; elles doivent tendre à aider le P.C.Y. et sa direction à modifier les aspects de sa politique qui ne correspondent pas aux intérêts du prolétariat international.

8. - La IV* Internationale a pour devoir de réexaminer de façon critique, lumière des événements qui se sont produits depuis 1948, son analyse passée révolution yougoslave et de la dynamique de cette révolution que ces événements ont éclairée sous un jour nouveau.

Dès 1942, la IVe Internationale avait en général estimé à sa juste valeur la montée du mouvement des partisans yougoslaves et la guerre civile qui se déroulait à suite. Cette analyse fut poursuivie justement jusqu'au début de 1946. A partir de ce jusqu'au 28 juin 1948, l'Internationale commit de graves erreurs d'estimation relativement à la révolution yougoslave à ceux des autres pays du glacis; en elles consistèrent notamment en une identification des développements yougoslaves une assimilation du P.C.Y. aux partis staliniens du glacis; dans l'hypothèse erronée que le mouvement révolutionnaire des masses avait été arrêté par le P.C.Y. et que le nouvel appareil d'Etat centralisé construit par le P.C.Y. était, par sa structure, un appareil d'Etat bourgeois, malgré l'élimination de la bourgeoisie de la vie politique et économique du pays, constatée par l'Internationale.

Dès la rupture du Kremlin avec le P.C.Y., la IV• Internationale fut la seule tendance du mouvement ouvrier international à comprendre immédiatement sa signification progressive et la portée historique de cet événement, et à engager une activité internationale de défense de la Yougoslavie, rattachant son analyse des causes de la rupture à l'analyse qu'elle avait faite avant 1947 de la profondeur du mouvement révolutionnaire des masses en Yougoslavie. L'action de défense de la Yougoslavie a été cependant en partie entravée par le retard de l'Internationale à reconnaître le caractère ouvrier de la R.F.P.Y. Ce retard est dû fondamentalement à une fausse appréciation de la nature de l'appareil d'Etat centralisé, construit en 1945 en Yougoslavie.

Ces différentes erreurs d'appréciation furent causées :

a) Par l'absence d'informations précises sur les événements et les institutions yougoslaves, à partir de 1945-46.

b) Par l'absence de toute délimitation publique du P.C.Y. par rapport à la bureaucratie soviétique et au stalinisme avant le 28 juin 1948.

c) Par le fait que l'analyse générale juste du rôle primordialement contre-révolutionnaire de la bureaucratie soviétique dans le glacis amena l'Internationale à identifier à priori, sans analyse particulière de chaque cas, la politique des P.C. à celle de cette bureaucratie (ce qui ne fut pas seulement erroné pour la Yougoslavie, mais encore pour la Chine).

La leçon à tirer de ces erreurs d'estimation est la nécessité impérieuse d'une analyse concrète et précise des particularites nationales dans le developpement du mouvement ouvrier de chaque pays. Quelle que soit limportance à notre époque des lois de développement de secteurs du monde ou du monde entier, ces lois ne peuvent Jamais se substituer à l'analyse particulière de chaque pays dans la détermination d'une politique révolutionnaire quotidienne correcte.

La rapidité et l'unanimité avea lesquelles la IV° Internationale a pu opérer un tournant pour la défense de la Yougoslavie au lendemain du 28 juin 1948, ainsi que la façon concrète dont elle a pu suivre et apprécier depuis lors l'évolution du P.C.Y., prouvent que ces erreurs d'appréciation n'étaient nullement dues à une conception d'ensemble erronée, mais se produisirent plutôt malgré la juste appréciation de la IV® Internationale sur la nature du stalinisme et ses rapports dialectiques avec le mouvement des masses. Ce n'est qu'à la lumière de cette appréciation que la révolution yougoslave devient compréhensible et acquiert toute sa signification en tant qu'étape importante dans la crise mondiale du stalinisme.

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