Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 9, n° 1

Les impérialistes au secours de Franco

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 1 · novembre 1950 - janvier 1951 · p. 10-11 · 875 mots

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Les péripéties de la « guerre froide », loin d'affaiblir le régime franquiste qui était sur le point de sombrer au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l'ont contraire constamment renforcé.

La bourgeoisie occidentale n'a pas tardé à s'apercevoir que la dictature de Franco avait obtenu un résuitat auquel elle-même aspire ardemment, mais qu'elle considère extrêmement improbable à atteindre dans le rapport de forces actuel : l'atomisation de la classe ouvrière obtenue par la terrible saignée que celle-ci a subie à travers et à la suite de la défaite de la révolution de 1936-1938.

La logique de la « guerre froide » implique un effort de concentration totale de toutes les forces et ressources de la bourgeoisie occidentale, malgré les antagonismes inter-impérialistes et les difficultés particulières. De ce point de vue, préparer la lutte contre l'U.R.S.S., envisager sérieusement une guerre qui, par la force des choses, prendrait un caractère de guerre civile internationale, et laisser en même temps en dehors du bloc de la réaction l'Espagne franquiste, serait vraiment une absurdité politique. L'impérialisme américain, le moins embarrassé par les réactions de l'opinion publique qui, en Europe en particulier, reste toujours profondément hostile au régime franquiste, fut le premier a empêcher que Franco ne s'écroule sous la pression de difficultés économiques et à préparer son admission u sein de la communauté « atlantique ».

Dès 1948, le gouvernement des Etats-Unis commença à aider économiquement Franco. Vers la fin de la même année, Marshall déclarait que la résolution de l'O.N.U adoptée contre Franco en 1946 « ne correspondait plus à la situation actuelle ». En 1949, plusieurs personnalites politiques américaines, à commencer par le nouveau secrétaire d'Etat, ont multiplié leurs déclarations en faveur d'un soutien et d'une réhabilitation du régime franquiste. Enfin, en janvier 1950, Acheson faisait savoir au sénateur Conolly que lEspagne franquiste devait être admise à PO.N.U. et soutenue par des prêts américains.

Cette politique est maintenant officialisée par la décision prise à la récente session de l'O.N.U.; on y a voté le principe d'échanges de diplomates avec Franco et l'admission des représentants espagnols dans différentes commissions de P'O.N.U. D'autre part, le gouvernement américain vient d'accorder à l'Espagne un prêt substantiel de 62,5 millions de dollars.

Cette aide financière vient à un moment critique de la situation en Espagne. Les conditions économiques du pays paraissent être cet hiver «les pires depuis la fin de la guerre civile » (New York Herald Tribune Monthly Economic Review, 4-12-50), à la suite de la sécheresse exceptionnelle et de la hausse continuelle des prix.

Entre janvier et septembre 1950, les prix officiels ont augmentes de plus de 10 % et plusieurs d'entre eux de plus de 30% dans les toutes dernières semaines. La sécheresse a frappé à la fois la production agricole et industrielle. La baisse de la production électrique due au très bas niveau qu'ont atteint les forces hydrauliques, a provoqué un ralentissement, presque une paralysie d'une grande partie de l'industrie. Plusieurs usines utlisant la force électrique ont dû restreindre leur activité jusqu'à 10 heures de travaii par semaine. D'autres ont dû faire appel à des sources d'énergie différentes, augmentant ainsi considérablement les coûts de production. Le chômage et la misère des masses ouvrières et agricoles n'ont fait qu'augmenter dans ces conditions.

L'aide américaine permettra naturellement d'atténuer cette situation critique, mais son ampleur actuelle reste de toute façon considérablement inférieure aux besoins de l'économie espagnole qui sont évalués entre 700 millions et un milliard de dollars.

Il se peut cependant que les Etats-Unis qui, à la suite de la défaite en Asie, décrochent d'une série de positions stratégiques, accordent à l'Espagne un intérêt grandis1U sant suivi naturellement d'une aide correspondante. Politiquement et géographiquement Espagne franquiste paraît être pour leurs nouveaux plans stratégiques une base infiniment plus valable que les pays instables et facilement ouverts à une invasion russe de l'Europe occidentale.

Le sort de Franco est en réalité entre les mains des masses espagnoles et du prolétariat occidental. Il sera joué lors de la nouvelle montée révolutionnaire des masses en Europe, qui suivra le recul de l'impérialisme en Asie et la grave crise dans laquelle celui-ci est de plus en plus entraîné. Entre temps, il faut que les proléaméricain, anglais et français en particulier continuent à s'opposer reconnaissance de Franco et à toute aide à son régime.

L'impératif le plus pressant pour que la nouvelle poussée des masses en Europe entraîne la chute de Franco est la construction à temps d'un courant marxiste révolutionnaire conséquent du prolétariat espagnol.

Malheureusement, jusqu'à maintenant, ni l'expérience de la défaite de la révolution espagnole ni celle du mouvement ouvrier international, n'ont permis une différenciation profonde dans les rangs de l'avant-garde espagnole. L'anarchisme reste toujours virulent et la decomposition incontestable du stalinisme et partielle de la social-démocratie espagnole n'a pas renforcé directement un courant marxiste révolutionnaire. Il est du devoir des éléments les plus valables de l'avant-garde espagnole (parmi lesquels le P.O.U.M. et les quelques militants ex-staliniens qui ont cherché à se regrouper au lendemain de la rupture de Tito avec le Kominform, occupent une place importante) d'opérer une réorientation décisive, rejetant les hésitations et les confusions de nature centriste, pour consolider un réel mouvement marxiste révolutionnaire qui puisse conduire la nouvelle révolution espagnole à la victoire.

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