Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 9, n° 1

Le réarmement allemand

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 1 · novembre 1950 - janvier 1951 · p. 4-6 · 1 604 mots

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La défaite totale subie par l'impérialisme allemand dans la seconde mondiale signifia en même temps la destruction totale de son Etat et de son armée. Depuis lors, la défense armée des conditions sociales existantes a été exercée fondamentalement par les forces d'occupation. Cependant, en Allemagne occidentale, les relations entre la bourgeoisie allemande défaite et les puissances impérialistes victo. rieuses ont fortement évolué depuis la capitulation sans conditions du 8 mai 1945. Le plan Morgenthan de « pastoralisation » de l'Allemagne a été abandonné par la pendance de tous les pays capitalistes dans le cadre du marché mondial et la logique bourgeoisie internationale. Ses propres besoins économiques découlant de l'interdéde la « guerre froide» et de la politique de front unique inter-impérialiste L'U.R.S.S., Font obligée à favoriser la reprise industrielle en Allemagne occidentale dès la mise en route du Plan Marshall. Après la réforme monétaire d'août 1948, cette reprise est devenue un fait. Aujourd'hui l'indice de production s'élève à 130 par rapport à 1936, et l'Allemagne occidentale est redevenue la première puissance industrielle capitaliste du continent européen. L'acuité avec laquelle est posée aujourd'hui la question du réarmement allemand n'est que l'expression politique de cette modif. cation profonde intervenue depuis 1945-48 dans les rapports inter-impérialistes de forces en Europe. 4

Parallèlement à la reconstruction de l'industrie allemande, la bourgeoisie de machine étatique. Le statut d'occupation qu'elle a obtenu en in 1948, la proclamon l'Allemagne reconstruire l'armature de la nouvelle constitution fédérale, l'élection du Parlement de Bonn et, dernièrement, la construction d'une police fédérale décidée par la conférence de New-York, telles sont les différentes étapes parcourues sur cette voie. puissances occupantes se sont efforcées de maintenir la bourgeoisie aliemande dans Mais, en même temps, les les limites d'une puissance vassalisée, afin d'empêcher une politique commerciale et internationale trop « indépendante » de sa part, avant tout la reprise d'une orientation, dite de Rapallo, d'équilibre entre ['U.R.S.S. et les puissances impérialistes occidentales. C'est contrôle allié sur la vie économique et politique n'est point aboli, des garanties subspourquol Toccupation de l'Allemagne est maintenue le tantielles sont conservées et élargies par les occupants dans l'économie allemande elle-même.

Si tels sont les objectifs communs de toutes les puissances impérialistes occupantes, chacune d'elles poursuit en outre des objectifs particuliers, qui correspondent à sa propre situation dans le monde capitaliste. L'impérialisme américain, qui a la responsabilite militaire principale et qui, de par sa supériorité technique et financière énorme, craint le moins le danger d'une concurrence allemande, vise en premier lieu des objectifs militaires. Il désire un maximum de formations militaires allemandes, y compris leurs états-majors, afin de renforcer au maximum les « armées atlantiques » et de limiter l'engagement de ses propres forces armées en Europe. Il désire en même temps transformer la Ruhr en arsenal capitaliste de l'Europe. L'impérialisme britannique qui, militairement, partage ce point de vue, craint davantage la concurrence industrielle allemande et continue pour cette raison à imposer une limite à l'expansion industrielle de l'Allemagne occidentale. L'impérialisme français, le plus faible militai. rement et économiquement, craint plus que ses partenaires la renaissance d'une Allemagne bourgeoise puissante. L'opposition acharnée dont il fait preuve contre le projet de reconstitution d'une armée allemande autonome provient de la crainte que l'impérialisme américain, conscient du dynamisme supérieur de l'industrie allemande et de la faiblesse actuelle du mouvement ouvrier allemand, soit tenté de faire de l'Allemagne occidentale sa première place forte en Europe. Les plans finalement élaborés (projet Spofford, décisions de la conférence de Bruxelles) représentent un compromis entre ces différents objectifs, compromis nécessaire pour le maintien du front unique inter-impérialiste, mais dans le cadre duquel les objectifs essentiels de la politique américaine ont été atteints.

La campagne violente que le Kremlin et, à sa suite, les P.C. de tous les pays ont déclenchée contre le réarmement allemand exprime la crainte réelle de la bureaucratie sovietique devant les possibilités immenses de l'industrie de l'Allemagne occidentale. Il ne faut pas oublier que, se basant sur ce potentiel, Hitler a pu construire en quatre années de temps une armée et une industrie de guerre supérieures à celles de l'U.R.S.S. La bureaucratie soviétique a laissé clairement entendre, dans sa dernière note de protestation aux puissances occidentales, qu'elle était prête à réagir pour empêcher pareille concentration de forces à ses frontières. L'impérialisme américain se voit ainsi obligé de limiter pour le moment ses plans de remilitarisation de l'Allemagne jusqu'à ce que son propre réarmement soit achevé et ait modifié, dans une certaine mesure, les rapports de forces militaires U.R.S.S.-U.S.A. du moins

La propagande menée contre le réarmement allemand par les partis staliniens,

Europe, qui sert les objectifs militaro-diplomatiques du Kremlin, a une forme entièrement réactionnaire, que les révolutionnaires de tous les pays ont le devoir de démasquer. Elle se base sur le mythe réactionnaire de la « culpabilité collective du peuple allemand », pour nier à ce peuple, sans distinction de classe, le droit de posséder sa propre force armée. Elle s'appuie sur les accords contre-révolutionnaires de Yalta et de Potsdam pour exiger des impérialistes, jadis « alliés », le de pillage en commun du peuple allemand par les vainqueurs de la deuxième guerre « respect de la parole donnée », c'est-à-dire le retour à une politique d'oppression et

Cette politique, qui discrédite plus que jamais l'U.R.S.S. aux yeux des masses allemandes, est en même temps combinée en Allemagne même à un appel frénétique aux bourgeois et généraux « patriotiques », « imbus de fierté nationale », pour que ceux-ci refusent de servir comme « piétaille » dans l'armée atlantique. Elle a abouti à l'isolement complet du P.C. allemand des masses laborieuses allemandes.

Ces masses pourtant sont, dans leur très grande majorité, passionnément opposées à la politique de réarmement défendue par le gouvernement Adenauer. Plus que n'importe quel autre, le peuple allemand a souffert dans sa propre chair les horreurs de la guerre impérialiste. Plus que n'importe quel autre, le peuple allemand a appris à ses dépens à se méfier de tous les mots d'ordre creux et trompeurs de la patrie », de « défense de la grandeur nationale », de « lutte pour la liberté de la de « défense

Dans aucun autre pays, l'opposition latente des masses laborieuses accumule autant de matières explosives que l'opposition des masses allemandes aux préparatifs de guerre des impérialistes et de leurs partenaires bourgeois allemands.

Jusqu'à maintenant, la social-démocratie allemande (S.P.D.) et certaines formations bourgeoises (groupes confessionnels protestants de Heinemann-Niemöller) réussi dans une large mesure à canaliser cette opposition latente. Les succès éclatants obtenus par le S.P.D. aux élections de la Diète de Hesse, de Wurtemberg-Bade et de Bavière sont dus an fait que, dans la vie politique allemande d'aujourd'hui, ce parti apparaît comme la seule formation puissante opposée à la politique de réarmement d'Adenauer. Mais s'il est un vote explicite de méfiance envers l'impérialisme, ce succes électoral du S.P.D. ne constitue nullement l'approbation de la politique de réarmement particulière de Schumacher. Celui-ci exige en effet à la fois plus de liberté d'action pour une armée allemande bourgeoise et plus de garanties de la part des impérialistes, pour que ceux-ci engagent leurs forces dans une « stratégie offensive » sur l'Elbe, tendant à reconquérir les territoires de l'Allemagne orientale. A l'heure actuelle, le S.P.D., combinant une vague propagande pacifiste et ces thèmes nationalistes extrémistes, peut gagner sur ses deux ailes des renforts antagonistes. Demain, cette contradiction de sa politique éclatera au grand jour et ouvrira de larges perspectives au parti révolutionnaire pour transformer l'hostilité instinctive des masses contre le réarmement en un levier pour une stratégie du prolétariat allemand.

Les sections française, belge, hollandaise de la IV° Internationale, les trotskystes des Etats-Unis, de l'U.R.S.S.S., de la Grande-Bretagne, dénonceront la tentative de leurs gouvernements d'imposer aux masses allemandes une solution quelconque de question du réarmement contre la volonté du peuple allemand lui-même. Ils dénonceront en même temps la nouvelle campagne chauvine « anti-boche » declenchee par les partis staliniens en Europe, basée sur l'accusation calomnieuse de la « culpahilité collective du peuple allemand ». Leurs mots d'ordre seront: « QUE LES TRAVAILLEURS ALLEMANDS DECIDENT EUX-MEMES DE LEUR PROPRE SORT! RETRAIT IMMEDIAT DES FORCES D'OCCUPATION D'ALLEMAGNE! LIBERATION DE TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES ARRETES PAR LES PUISSANCES D'OCCUPATION DES DEUX ALLEMAGNES! LIBERTE ET SOUVERAINETE TOTALE DU PEUPLE ALLEMAND! D

En même temps, les révolutionnaires allemands mèneront une campagne énergique contre les plans de réarmement de l'impérialisme et de leur propre bourgeoisie. Ils dénonceront l'armée bourgeoise en constitution comme une armée de guerre civile contre le mouvement ouvrier renaissant, comme un instrument pour embrigader les masses allemandes dans la croisade anti-soviétique préparée par l'impérialisme pour sortir de ses contradictions sociales et économiques inextricables. Ils développeront une large agitation en faveur d'un référendum pour décider de la question de la reconstitution d'une armée allemande bourgeoise. Ils essayeront de constituer un large front unique ouvrier pour s'opposer à la politique de réarmement d'Adenauer. En même temps, ils expliqueront dans leur propagande aux travailleurs allemands la vanité de tout rêve pacifiste. Le prolétariat allemand doit avoir la possibilité de se défendre avec des armes contre tous ses ennemis. Il ne pourra surtout pas obtenir sa propre émancipation sans utiliser, au moment voulu, la lutte armée. « Plus de sacrifices, pas un homme, pas un sou pour la « patrie » bourgeoise ou pour la bureaucratie soviétique ! Préparons une milice ouvrière qui protégera le libre développement du mouvement ouvrier, ainsi que la lutte pour la République des conseils ouvriers allemands, libre, indépendante et unie, dans le cadre des Etats-Unis Socialistes d'Europe. » T'elle doit être la propagande développee par les révolutionnaires allemands combinée à l'agitation et à la lutte contre les préparatifs de guerre du gouvernement d'Adenauer.

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