Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 9, n° 1

Le nouveau cours de la direction yougoslave

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 1 · novembre 1950 - janvier 1951 · p. 6-8 · 1 398 mots

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Une des caractéristiques fondamentales de l'époque impérialiste est les changements brusques de la situation en évolution perpétuelle et rapide. Il découle de caractère inhérent à la nature de la réalité contemporaine une difficulté plus grande que jamais de la conscience et de la comprehension humaines, à suivre le rythme de l'évolution objective et à s'adapter à ses impératifs et enseignements.

L'évolution de l'affaire yougoslave est un exemple significatif à ce propos. Dès le début, elle fut déterminée par l'interaction simultanée d'une série de facteurs ayant chacun sa propre évolution: les forces révolutionnaires du pays, leur direction politique représentée par le P.C.Y., leurs rapports avec la bureaucratie soviétique, les forces révolutionnaires mondiales, leurs rapports avec limpérialisme, laction de l'impérialisme lui-même.

Certains rapports et certaines modifications concrètes entre tous ces facteurs qui agissent constamment l'un sur lautre et sont chacun en perpétuel changement provoqué la succession relativement rapide de trois étapes principales l'évolution de l'affaire yougoslave: la rupture en juin 1948 avec la bureaucratie soviétique, levolution progressive interieure et extérieure de la révolution yougoslave, particulierement a partir de 1949 Jusquau déclenchement de la guerre de Corée, l'évolution rétrograde de la politique extérieure de la Yougoslavie à partir de celle-ci. de forces eitte te bloc sce demie et de bloc pette en Core du pre ler libre Nous insisterons sur ce dernier tournant. La guerre de Corée a rompu l'équilibre 6 ficiant ficiant de l'exploitation de la gigantesque révolution coloniale asiatique contre l'impérialisme. réussi à la priver complètement de rapports économiques avee P'U.R.S.S. et les « démo- La Yougoslavie dépendant économiquement de ce dernier - le Kremlin ayant craties populaires» et traversant une grave crise alimentaire due en grande partie à l'exceptionnelle sécheresse de l'année écoulée, fut parmi les premières victimes de la rupture de l'équilibre entre les deux blocs.

L'impérialisme a monnayé en concessions importantes et inadmissibles de la part du gouvernement promesse d'aide militaire en cas d'attaque de la Yougoslavie provenant yougoslave taide économique qu'il a consentie à Yougoslavie, du bloc soviétique.

Cependant, les concessions auxquelles les dirigeants yougoslaves furent contraints n'auraient jamais pris leur ampleur actuelle si leur éducation opportuniste antérieure à l'école stalinienne n'était intervenue comme un facteur agissant dans le même celle de la Yougoslave isolée, le mouvement ouvrier international étant incapable sens. Nous sommes les premiers à reconnaitre que, dans une situation telle que de lui apporter un soutien immédiat efficace, des concessions et des concessions lution en eet des masses coloniales, qui importantes en réalité la Yougoslavie de la sympathie et du soutien du prolétariat révoetaient inevitables. Mais si ces concessions constituent à la longue le seul espoir réel pour la survivance son régime prolétarien, il faut les rejeter indépendamment de toute autre conséquence.

Si, en plus, au lieu d'expliquer franchement aux masses yougoslaves et mondiales les motifs et le sens de ces concessions, on s'efforce de les théoriser, de les présenter comme l'expression d'une politique « marxiste-léniniste », conséquente, on carrément dans la voie glissante de l'opportunisme sans principe qui conduira à la s'engage perte de la révolution et de tout régime prolétarien.

C'est ce qu'ont fait les dirigeants yougoslaves. Au fur et à mesure que la guerre de Corée mettait aux prises les forces impérialistes des Etats-Unis et de la coalition capitaliste de l'O.N.U., et les masses coloniales de la Corée et de la Chine, initiale « neutraliste » pour se ranger résolument du côté de l'action de F'O.N.U. en dirigeants yougoslaves - en présence des difficultés ont abandonné leur attitude Corée, la gratifiant de toute sorte de qualificatifs embellissants : « assemblée démocratique des peuples », « force progressive » au service « de la paix », etc.

Là-dessus ils ont commencé à broder un ensemble de « théories » qui n'ont aucun caractère principiel mais qui s'efforcent de justifier « du point de vue marxiste » « posteriori l'action opportuniste gouvernementale. C'est Milovan Djilas qui a sysla série d'articles qu'il a écrits dans Borba, sous le titre général « Sur des thèmes tématisé l'ensemble les vues théoriques qu'il a développées récemment dans contemporains ». caractore essentiel, ainsi que les conséquences des théories de bilas sont eta Quand nous aurons le texte détaillé de ces articles, nous leur consacrerons les bornons-nous à remarquer que le suffisamment clairs. Djilas, « contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire » découvre « qu'il n'existe pas deux mondes différents par leur ordre social, mais un seul monde offrant une variété de formes et de degrés d'évolution difféexception - est celui « basé sur le monopole ». Eclairé par les événements de Corée, rentes ». Cet ordre social unique - auquel seule la Yougoslavie « socialiste » fait oriental ayant à sa tête T'U.R.S.S. ». Djias n'a plus d'illusions sur « le socialisme, la paix et la démocratie du bloc

Fini le monde « socialiste » opposé au monde capitaliste. Il n'y a rialisme, avec cette seule différence que le nouvel impérialisme de l'U.R.S.S. « repoplus qu'impéle capitalisme d'Etat se distingue, relativement peu développées, par des formes de colonisation et de conquêtes propres en raison de ses forces productives à l'impérialisme ancien ». Par contre, l'impérialisme forces productives beaucoup plus développées, constitue, américain, reposant sur des plus progressive au sein du monde impérialiste actuel selon Djilas, une tendance tenir compte. et dont la Yougoslavie doit

On pourrait démontrer facilement que l'ensemble de la théorie de Djilas repose entre autres sur un économisme vulgaire et sur une véritable appréciation phénoménologiste identifie des choses qualitativement différentes simplement parce le moment qu'il aperçoit entre que même à « l'intérieur d'un monde capitaliste unique », il n'est pas entre elles certaines ressemblances extérieures. Remarquons pour permis pour un marxiste révolutionnaire, un « marxiste-léniniste » Djilas de s'allier à un bloc impérialiste contre l'autre et encore moins de s'allier comme dirait à un bloc impérialiste contre des pays et des masses coloniales.

Or l'analyse de Djilas n'a d'autre but que de justifier l'engagement de la politique extérieure de la Yougoslavie aux côtés des forces « progressives » de l'impérialisme contre le bloc dirigé par l'U.R.S.S. et sa impérialiste des masses coloniales de la Corée et de la Chine. Car les Yougoslaves appliquent maintenant le raisonnement concernant l'U.R.S.S. à la Chine également, cherchant elle aussi soi-disant à « dominer l'Asie », « assassinant la paix mondiale » et luttant sur les traces de Gengis Khan contre les troupes « progressistes » de l'O.N.U. en Corée.

Les esprits impressionnistes qui n'approfondissent rien, les spectateurs et les juges hautains de l'Histoire, voyant cette évolution de la politique extérieure de la Yougoslavie et de la pensée de ses dirigeants à son service, rejetteront naturellement l'ensamble de l'expérience yougoslave et diront encore une fois que rien de sain ne peut sortir du stalinisme. Pour ces esprits, la politique de la IV° Internationale envers la Yougoslavie restera aussi un sujet d'étonnement et de critique. Pourquoi avons-nous soutenu une cause qui dégénère si rapidement?

Nous soutenons la Yougoslavie, pays dans lequel les masses révolutionnaires ont réalisé un ensemble de conquêtes, renversant le pouvoir économique et politique de la bourgeoisie contre l'impérialisme et contre la bureaucratie soviétique qui menaçaient et menacent ces conquêtes. Nous les défendrons de même dans l'avenir, aussi longtemps qu'elles subsisteront, aussi longtemps que le régime prolétarien subsistera en Yougoslavie, contre tous leurs ennemis, y compris éventuellement contre la direction yougoslave si elle maintenait et accentuait son cours actuel.

Nous avons, d'autre part, soutenu cette direction yougoslave aussi longtemps qu'elle faisait des pas en avant dans la voie de la liquidation de son passé stalinien et esquissait la possibilité d'une réorientation conséquente marxiste-révolutionnaire.

Actuellement, des forees beaucoup plus importantes que notre intervention, ou celle du mouvement ouvrier révolutionnaire indépendant dans le monde, agissent en direction contraire et provoquent ce cours rétrograde de la révolution yougoslave. Une modification nouvelle du rapport des forces sur le plan yougoslave intérieur et surtout extérieur, qui reste toujours possible, peut renouer les liens relâchés de la Yougoslavie avec lavant-garde révolutionnaire mondiale et l'entraîner dans un nouveau cours progressif.

La IVe Internationale qui ne base exclusivement son action que sur la tendance fondamentale révolutionnaire de notre époque, s'efforce de suivre les changements brusques inhérents à la situation dans laquelle elle lutte pour jeter chaque fois tout son poids afin que tel ou tel processus progressif particulier puisse se développer au maximum - naturellement dans les limites que permettent en définitive les possibilités objectives.

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