De la Porte de la Paix Céleste à Pékin, Mao Tse-Tung proclama, le ler octobre 1949, la République Populaire de Chine. Les opérations militaires n'étaient pas terminées à cette date. Canton, métropole de la Chine méridionale, ne tomba que quinze jours plus tard, Chungking fut occupé à la fin d'octobre et Kunming, capitale de la dernière province du sudouest à être libérée, le Yunnan, fut prise le 10 décembre. Néanmoins, c'est bien du 1er octobre que date la constitution d'un nouveau pouvoir central sur toute la Chine, dans lequel le Parti Communiste Chinois joue un rôle prépondérant.
Mao Tse-Tung proclama la République Populaire de Chine au nom d'un Préparlement, le Conseil Consultatit Polligue du Peupie, reuni a Pekin du 21 septembre au ler décembre, et qui adopta un programme gouvernemental et une Constitution provisoire. C'était un organisme designé d'en haut par le P.C. chinois, par les différentes organisations de masse qu'il contrôlait, ainsi que par les autres partis politiques qui participent au gouvernement. C'est en effet un gouvernement de coalition - dont le nom officiel est Conseil Central du Gouvernement du Peuple - qui administre aujourd'hui la Chine. Ce gouvernement rend périodiquement des comptes non pas devant le Conseil Consultatif Politique, organisme très lourd composé de 576 membres, mais devant le Comité National de ce Conseil, composé de 149 membres. Mao Tse-Tung, qui est à la fois président de la République, président du Conseil gouvernemental central du Peuple et président du Comité National du Conseil Consultatif Politique du Peuple, réunit ainsi en sa personne tous les pouvoirs législatifs et exécutifs de la République populaire.
L'actuel gouvernement de coalition ne représente pas un simple décor destiné à tromper le public. Parmi les partis politiques qui participent à la coalition aux côtés du P.C. chinois, deux doivent être considérés comme de véritables représentants de classes sociales autres que 16 le prolétariat ou la paysannerie pauvre. La Ligue Démocratique de Chine, interdite par la dictature de Chang Kai-Chek le 13 octobre 1947, groupe de nombreux professeurs, savants et petits-bourgeois intellectuels, amnsi que quelques generaux de renommée « liberale », represente les classes moyennes cultivées des villes et compte quelque 50.000 membres (1); le Comité Révolutionnaire du Kuo MinTang regroupe surtout des généraux transfuges de Chang Kai-Chek dans la Chine méridionale et doit être considéré comme représentant les intérêts d'une partie de la bourgeoisie chinoise du Sud. En fait, parmi les « dirigeants» de la Chine populaire se trouve une série d'anciens dignitaires du Kuo Min-Tang souvent tristement célèbres pour des répressions dans le passé, Ainsi le vice-président du gouvernement central, le maréchal Li Chi-Sen est connu comme le bourreau de la Commune de Canton de 1927; le général Chen-Chien, bourreau des ouvriers de Hankéou et des paysans de la province de Hounan en 1927, est aujourd'hui chef du gouvernement « populaire » provincial du Hounan; le général Lu-Han, gouverneur kuomintangiste de la province de Yunnan jusqu'en décembre 1949 et le général Liu-Wen-hui, ancien bourreau des paysans du Szechouan sont membres du Comité National du C.C.P. Cette intégration d'anciens cadres réactionnaires n'est nullement limitée aux instances supérieures de l'Etat. Un grand nombre de fonctionnaires de l'ancien régime sont restés en place (2) et restent les pivots de la corruption au milieu des mœurs spartiates des diri-
(*). Voir la première parlie de cet article « Origine el Signification de la victoire de Mao Tse-Tung », nº de mai-juillet 1950 de « Quatrième Internationale ».
(1) Jean-Jacques Brieux : « La Chine du Nationalisme au Communisme », Ed. du Seuil. Paris 1950, p. 411.
(2) Discours du vice-président du gouvernement et membre du B.P. du P.C. chinois, LiouShao-Chi, 1-5-1950. « New China News Agency », 1er mai 1950, p. 13.
geants communistes chinois (3). Il ast hautement significatif que, dans les villes, une partie importante de la police a été reprise par les nouvelles autorités avec son résultat logique :
Pour une large part, les Destiges des traditions de l'ancienne police réactionnaire ont contaminé nos unités de sécurité publique où une partie de l'ancien personnel a dû être réintégré. (Kiai Fang Je-Pao (« Libération »), quotidien Shanghai, organe officiel du P.C. chinois, 10-8-1950. « La Situation intérieure de la Chine », publiée par « La Documentation française », 21-10-1950.)
Cependant, à la campagne, la transformation du pouvoir a été radicale et est en voie d'être complète. Partout où la réforme agraire a été effectuée, l'ancien régime politique disparaît en même temps que les anciens rapports de propriété. Des Associations paysannes comptant des dizaines de millions de
La lutte contre le
Au moment où fut constitué le gouvernement central du Peuple, l'effondrement du pouvoir du Kuo Min-Tang avait développé à l'extrême tous les facteurs de décomposition économique qui avaient caractérisé la société chinoise depuis plusieurs décades. L'inflation galopante faisait rage. Le troc avait remplacé le commerce. L'industrie était paralysée. Les classes moyennes étaient ruinées. Les relations entre les villes et les campagnes étaient interrompues. Les forces productives étaient tombées en ruines. Les inondations, la famine, les épidémies accumulaient leurs ravages sur le chemin de retraite des armées de Chang-Kai-Chek.
Des trois tâches fondamentales de la révolution bourgeoise à accomplir en Chine la solution de la question agraire, l'élimination de l'influence prédominante de l'impérialisme étranger, le parachèvement d'une véritable unification nationale - la troisième constituait la plus urgente pour surmonter un chaos économique sapant toutes les forces vives de la nation. Sans une véritable administration centrale, pas de collecte sérieuse des impôts, pas de stabilisation du budget et pas de lutte véritable contre l'inflation. Sans la reconstruction d'un système national unifié des transports, pas de reprise véritable du commerce, pas de reprise possible de l'industrie qui reste coupée dans les grandes villes du Nord et du Littoral de son hinterland agraire. Sans la combinaison d'une administration centrale efficace et d'un système national unifié des transports, pas de véritable lutte possible contre la famine qui exige en fait la création d'un marché national de produits alimentaires.
(3) Rapport de Chen-Yun devant le Comité National du C.C.P. du 15-6-1950 (« La situation intérieure de la Chine », publié par la « Documentation française », 21-10-1950).
NTERNATIONALE paysans exécutent la réforme agraire et sont en fait investis localement de tout le pouvoir. Les Tribunaux populaires, au début véritables organes révolutionnaires de la paysannerie insurgée, se développent en Chine centrale et méridionale où la réforme agraire debute seulement; lls se composent d'une moitié de membres (y compris le juge principal et les juges assistants) nommós par les autorités du district, et d'une moitié de membres élus par les organismes paysans de base (4). Des organismes supérieurs (autorités de district et de canton) commencent également à être élus. Ce n'est que si l'on passe au niveau de la province qu'on se rouve en tace dautorites exclusivement nommées d'en haut, la même chose s'applique également aux municipalités des grandes villes, directement rattachées au pouvoir central. Du point de vue de sa forme, l'Etat populaire chinois apparaît comme une démocratie agraire coiffe d'une dictature politique principalement exercée par le P.C. chaos économique. Aussi longtemps que subsistent des cenvince, d'arrondissement amine apparaît laines de marchés autonomes de de district ou d'arrondissement, mêne de canton, la simultanément à une surabondance de vivres dans une région voisine. C'est donc à la réalisation effective de l'unité nationale que le nouveau gouvernement cencous rapide et les pliet trai s'attela en premier lieu et c'est dans domaine qu'il obtint les succès les
La lutte contre l'inflation ne fut pas facile. La nécessité de financer l'énorme Armée de Libération aux effectifs triplés en une année obligea le nouveau pouvoir à continuer l'émission d'une masse énorme de papier-monnaie. Par conséquent, la nouvelle unité monétaire, le « dollar du peuple », connut une rapide dépréciation. L'indice des prix à Pékin s'éleva de 100 en juin 1949 à 407 en octobre, 1.107 en novembre, 1.454 en décembre 1949 et doubla à nouveau entre cette date et mars 1950. A Chungking, libéré plus tard, les prix triplèrent entre janvier et mars 1950 (5). En même temps, la spéculation sévissait, provoquant la raréfaction de nombreux produits de première nécessité.
La réaction du pouvoir nouveau, préparée par une conférence de spécialistes financiers à Pékin en février 1950, fut cependant facilitée par une mesure de bon sens, prise dès le début, et qui limita fortement les dégâts de l'inflation. Au lieu d'imposer un cours artificiel au « Yen Min-Pao » (dollar du peuple) et de provoquer ainsi une ruine accentuée de tous ceux qui touchent des traitements fixes, le gouvernement chinois appliqua l'échelle mobile à tous les salaires, trai-
(4) «New China News Agency » (26-7-1950, p. 2).
(5) « Problèmes Economiques », 14-11-1950.
QUATRI ments comptes et
« unité paritaire » créée, égale au prix
EME
I banque. Une en nonimée F.E.N. fut de gros moyen de
NTERNATIONALE payé en nature prédomine en effet dans la plupart des régions agricoles de la Chine. Alors commença une énorme opération de stabilisation qui créa d'un seul coup un marché unifié en Chine. Aux régions déficitaires en produits alimentaires, de grandes quantités de blé et de riz furent expédiées par les services gouvernementaux : pendant les trois premiers mois de l'année, plus de 20.000 wagons contenant plus de 600.000 tonnes de blé furent transportés de Mandchourie en Chine orientale. Dans les mois suivants, plus de 200.000 tonnes provenant de Mandchourie et plus de 300.000 tonnes provenant de la Chine méridionale furent également expédiées vers les régions déficitaires (9). Le résultat de cete opération fut une lutte victorieuse contre la famine dans les régions frappées de cataclysmes naturels en 1949 (10) et le brusque arrêt de la hausse des prix dans les villes. En même temps, le gouvernement jeta sur le marché les masses de produits de consommation stockés durant la période précédente. Du coup, les commerçants et les spéculateurs commencèrent à liquider également leurs stocks, de peur de les voir se déprécier par une chute des prix, et l'inflation s'arrêta (11). A Shanghai, la baisse des prix fut de 10% en un mois de temps; dans les autres grandes villes, la baisse fut beaucoup plus forte : 35% en moyenne à Canton du 13 mars au 18 avril, 25 % sur le prix du riz à Hankéou, etc. (12).
L'arrêt de l'inflation créa les conditions préliminaires à la reprise industrielle. Mais seulement les conditions préliminaires: car tout l'héritage du passé continuait à peser lourdement sur la vie économique de la Chine, Une grande partie de l'outillage industriel resta inutilisée. Même en Mandchourie, où la reprise avait pu s'effectuer une année plus tôt, la production industrielle n'atteignait à la fin de 1949 que 29 % du niveau de 1943 (13). C'est lentement que les forces productives se relèvent, profitant d'abord de la restauration de l'agriculture, du système de transport et, surtout, de la première année de véritable paix intérieure que la Chine connaît depuis un demi-siècle. que » appartenant aux quatre familles monopoleuses de la grande bourgeoisie
(9) & New China News Agency », 6-6-1950
(10) La presse communiste chinoise a reconnu que de vastes cataclysmes naturels ont frappé certaines provinces de la Chine orientale en 1949, le Shantoung, le Kiangsu et l'Anhwei. D'après Péditorial du « Kiaï Fang Je-Pao » du 9-3-1950, U У avait plus de 15 millons de sinistres dans ces trois provinces, en proie à la famine.
(11) " New China News Agency », 20-91950.
(12) « Problèmes Economiques », 20-6-1950: la plupart des rapports sur la Chine reproduits par cette revue éditée par « La Docu-
3,6 kg. (6 catties) de riz ou de millet dans les six plus grandes villes de Chine (6). Le pouvoir d'achat de la plus grande partie de la population urbaine, exprimé en cette « unite paritaire », se trouva du coup stabilisé et permit ainsi une première reprise commerciale et industrielle qui limita les effets de l'inflation et de la spéculation.
Puis le gouvernement s'appliqua à réduire radicalement le déficit budgétaire, par trois moyens: premièrement, par la centralisation des impôts. D'une part, cela élimina d'un seul coup la principale source de corruption sous le régime du Kuo-Min-Tang, consistant dans le fait que le propriétaire foncier, le plus souvent lui-même collecteur d'impôts au village, ne payait lui-même pas de taxes et faisait disparaître dans ses propres poches la plus grande partie des impôts arrachés aux paysans. D'autre part, cela rétablit du même coup légalité fiscale de la ville et de la campagne, en créant de nombreuses surtaxes sur les produits de luxe (vins, liqueurs, cosmétiques, cigarettes de luxe, etc. imposés de 60 à 120%). Deuxièmement, par la réalisation d'importants bénéfices dans les grandes entreprises industrielles, commerciales et bancaires de l'Etat. Troisièmement, par l'émission d'un emprunt forcé, dit « Emprunt de la Victoire », que les fonctionnaires communistes arrachaient souvent non sans brutalité (7) aux milieux possédants des villes et des campagnes. Les revenus normaux de l'Etat couvrant déja 80 % des dépenses (contre 33 % en 1949!), cet emprunt absorba à son tour pres des 2/5° du dencit restant, le reste devant etre couvert par lemission de nouveaux billets de banque (8).
Ces mesures préparèrent le terrain à l'assaut final contre l'inflation. Grâce aux importants secteurs industriels qu'il contrôlait, le gouvernement disposait d'énormes stocks de produits finis, qu'il avait retenus tout comme les commerçants privés durant la période inflationniste. Avec la collecte des impôts, d'importantes masses de blé se trouvaient également concentrées entre ses mains, - limpôt
La lutte victorieuse contre l'inflation ne constituait pas seulement une condition préalable indispensable à la reprise industrielle en Chine; elle avait également permis au gouvernement central de modifier sensiblement les relations entre le secteur étatique et le secteur privé dans l'industrie et surtout dans le commerce.
En prononçant l'expropriation sans indemnisation du « capital bureaucrati-
(6) « Problèmes Economiques », 25-4-1950
(7) Discours du vice-président Liou-ShaoChi, op. cit.
(8) « Problèmes Economiques », 25-4-1950 18
La structure de l'industrie et du commerce.
La structure de l'industrie et du commerce.
chinoise (14), le Conseil Consultatif Politique du Peuple de septembre 1919 donna à l'Etat les positions-clés de l'économie nationale. Bien que les avis varient sur le poids exact du secteur étatique dans l'économie, selon les évaluations les plus modérées, le poids du secteur étatique représente dans les différentes branches industrielles de la Chine au sud de la Grande Muraille:
Métallurgie : 60 %.
Industrie du pétrole : 53 %.
Textiles : 55 %.
Industrie mécanique : 70 %.
Industrie électrique : 62 %.
Industrie du papier: 72 %.
Industrie du ciment: 37 %.
Industrie chimique : 89 % (15)
En Mandchourie, la commission d'inspection du Nord-Est envoyée dans cette région par des bourgeois de Shanghaï après la libération de la ville estima à 87,5 % le poids du secteur étatique dans l'industrie. Pour l'ensemble de la Chine, il est certain que le capital nationalise représente entre les 2/3 et les 4/5 du capital industriel. Pour apprécier ce chiffre à sa juste valeur, il faut cependant tenir compte du fait que l'industrie chinoise ne produit que 10 % du revenu national annuel de ce pays.
Les mesures prises au début de 1950 pour lutter contre l'inflation ont provoqué la ruine de nombreuses entreprises industrielles privées. Tout d'abord, l'emprunt forcé a souvent été imposé sans égards aux possibilités réelles des trésoreries. Ensuite, la nouvelle législation en vigueur obligea les maisons industrielles à continuer à payer le salaire de leurs employés et ouvriers, même quand la production était arrêtée. Il s'ensuivit la banqueroute à Shanghai, où le blocus nationaliste de nombreuses firmes, surtout étrangères, avait arrêté l'approvisionnement matières premières de nombreuses industries (16). Enfin, l'arrêt de l'inflation signifia également l'arrêt de la chasse aux produits de toute sorte et le rétablissement du fonctionnement des lois du marché. Il apparut alors que de nombreuses industries avaient connu une fausse prospérité par suite d'achats spéculatifs dans la période inflationniste; leurs débouchés disparurent brusquement. De même il apparut que de nombreuses firmes avaient abandonné tout mentation française » sont de la main du conseiller commercial de France en Chine.
(13) Rapport de Kao Kang, chef du gouvernement de Mandchourie au Jer Congrès du P.C. mandchou le 13 mars 1950 dans : « La situation intérieure In Chine, Il » (« La Documentation française ».
(11) Voir la première partie de notre article, « Quatrième Internationale, mai-juillet 1950.
(15) Tsu Ti Tsiu : « La Vie économique de la Chine », livre basé sur les statistiques de 1924.
(16) Voir notamment Neue Zürcher Zeitung », 1-10-1949, « Le Soir », 2-9-1950, etc
TERNATIONALE calcul de productivité durant la période où «tout se vendait»; parmi elles aussi de nombreux arrêts de travail se produisirent. La fermeture d'un grand nombre d'usines, surtout à Shanghai, où sur 4.671 usines recensées en 41 branches, 3.205 étaient en fonction en avril 1950, ce qui correspondait à un arrêt de 30% (17). Finalement, les changements sociaux survenus dans le pays avaient abouti à une redistribution du pouvoir d'achat qui rendait désuète la structure de l'industrie des grandes villes du Littoral. Celleci était en effet tournée en premier lieu vers la satisfaction des besoins de luxe des anciennes classes possédantes, et non vers la satisfaction des besoins de l'immense population paysanne de Chine (18).
Plus importantes encore furent les modifications de structure dans le commerce, provoquées par la lutte du gouvernement contre l'inflation. Déjà en Mandchourie, en 1949, 34% du commerce de détail et la plus grande partie du commerce de gros passèrent par les magasins et coopératives d'Etat (19). Pour combattre efficacement l'inflation, le gouvernement central prit au début de 1950 une série de mesures de grande portée. Le 14 mars furent créées six compagnies commetciales d'Etat pour contrôler l'ensemble du commerce des produits d'alimentation, des textiles, du sel, du charbon et des matériaux de construction, des produits de ferme et des marchandises diverses. Des filiales de ces compagnies centrali-
Sont été établies dans toutes grandes villes et provinces; dans leur compétence se trouvent la direction du commerce d'Etat et le droit de « donner des directives aux compagnies commerciales privées en vue de stabiliser les marchés locaux » (20). Par suite de ces mesures, le réseau des magasins d'Etat et des coopératives s'étendit rapidement. En août, on signala l'existence de 38.000 coopératives avec 20 millions de membres, dont un quart seulement en Mandchourie. En un an, le nombre des coopérateurs est passé, en Chine septentrionale, de 1 à 6 millions, et 4 millions de coopérateurs nouveaux ont été recrutés en Chine orientale (21).
En même temps, le gouvernement avait établi des sociétés commerciales pour le contrôle du commerce extérieur, qui représente une étape vers l'établissement d'un monopole sur ce commerce. En fait, ce monopole a été établi pour un certain nombre de produits: les soies de porc, l'huile d'aorasin, les peaux, les fourrures et les minerais (22).
(17) « La Situation intérieure de la Chine », II, p. 28.
(18) Discours de Liou Shao-Chi du 1er mai 1950, Loc. cit.
(19) Rapport de Kao-Kang, loc. cit.
(20) « Problèmes Economiques », 18-6-1950.
(21) « New China News Agency », bulletin du 15-8-1950.
(22) « Problèmes Economiques », 5-12-1950.
L'étatisation complète des moyens de production industriels exige cependant un certain niveau de développement des forces productives pour correspondre à un critère d'efficacité économique. C'est ce qu'avait compris la direction du P.C. chinois dès avant la conquete du pouvoir: n'avait-elle pas recherché dans ce bas niveau de développement des forces productives en Chine la raison pour laquelle, à son avis, le socialisme ne pouvait pas construire directement en Chine qu'il fallait passer d'abord par la période mixte, mi-étatique et mi-capitaliste, dite de « démocratie nouvelle » ? Aussi, gouvernement chinois parut-il lui-même effrayé des résultats radicaux de sa lutte contre l'inflation. Dès la réunion Comité Central du P.C. chinois au début de juin 1950, quelques jours avant la session du Comité National du Conseil Consultatif Politique du Peuple, Mao TseTung sonna le signal d'alarme et esquissa habilement la retraite sous la forme d'une véritable N.E.P. Le mot d'ordre de cette N.E.P., repris plus amplement dans les rapports devant le Comité National de la C.C.P., c'est celui du « rajustement des rapports entre le secteur étatique et le secteur privé dans l'économie ». Les deux principaux corollaires en sont le début d'un nouveau « cours vers le paysan riche à la campagne » et l'ouverture d'une lutte énergique pour la compression des dépenses d'Etat, notamment par la démobilisation d'une grande partie de l'Armée. • Cette nouvelle politique ne tarda point à produire ses effets. L'Etat passa d'énormes commandes à l'industrie privée qui se releva à vue d'œil de son marasme et lui accorda de généreux crédits. La production de cotonnades daus l'industrie privée de Shanghaï augmenta de 70 % de mars à août; l'industrie privée du papier sextupla sa production entre ces mêmes dates (23). Le nombre de magasins et bazars d'Etat fut réduit et on ne leur permit plus de vendre que six différents produits (24). Même dans le domaine de l'exportation, l'initiative privée fut encouragée : l'Etat abandonna en Mandchourie le monopole d'exportation des huiles de soja, du coton et des huiles d'arachide, établi antérieurement, et fit même revendre par des firmes privées, contre commissions de 1 à 5%, les produits pour l'exportation dont il s'était réservé le monopole (25).
En même temps, des rapports étroits furent établis entre les dirigeants communistes de l'économie et les représentants de la bourgeoisie industrielle et commerciale. Au début de juin 1950 se réunit à Pékin une conférence des principaux chefs de l'industrie d'Etat et de l'industrie privée. Des propositions faites par le secteur privé, telle l'interdiction de la vente de certains produits par les magasins d'Etat, furent ostensiblement adoptées, avec grande publicité (26). Dans son rapport déjà cité, Tchen-Yun, président de la commission financière et économique du gouvernement chinois déclara explicitement :
En Chine, pays mal exploité au point 20
TERNATIONALE de vue industriel, le développement de l'industrie et les placements industriels entrepris pendant une longue durée par les capitalistes nationaux, s'ils gardent un caractère progressiste, seront utiles tant à l'Etat qu'au peuple. Bien que capital commercial chinois soit cause d'in¡lation dans les grandes villes, nous nous rendons compte que la Chine est un vaste pays où une production petite et dispersée joue un rôle prédominant el que l'existence des commercants privés est inévitable. (Rapport de Tchen-Yun devant le Comité National du C.C.P., « La situation intérieure de la Chine », 1, p. 24.)
Afin d'éviter que cette reprise de l'industrie et du commerce privé ne reproduise à brève échéance le chaos d'où le pays venait à peine de sortir, furent prises des mesures d'organisation de la vie économique qui représentent la première ébauche d'une future planification. Une première conférence nationale de l'industrie lourde se réunit à la mi-juillet 1950 et élabora une série de «chiffres de contrôle » pour certaines branches d'industrie telles que celle de l'acier, de la fonte, de l'industrie mécanique et de l'industrie chimique. Le but fondamental de cette conférence fut d'orienter le développement de l'industrie chinoise de facon à modifier sa structure essentiellement coloniale de productrice de matières mières (27). L'incorporation de l'industrie privée dans cette planification s'opépar la distribution de commandes d'Etat. Ces mesures furent renforcées par la décision du gouvernement régional de Mandchourie (28) d'introduire une distribution planifiée et unifiée de 10 matières premières essentielles, afin d'éviter des arrêts saisonniers de production, surtout dans les mines de charbon (28). Bien que les autorités chinoises insistent fortement sur la nécessité « de ne pas exagérer les possibilités de planification l'étape actuelle » (30), il est clair qu'il s'agit là d'une série d'expériences qui serviront à faciliter la préparation d'une planication nationale intégrale au moment opportun.
(23) « The Times » 7-6-1950. « New China News Agency », 27-10-1950.
(24) Rapport de Tchen-Yun devant le Comite National du C.C.P. fait le 15-6-1950. (« La Situation intérieure en Chine », I, p. 25).
(25) « Problèmes Economiques », 5-12-1950.
(26) « New China News Agency », bulletin du 5 juin 1950.
(27) « New China News Agency », 21-81950.
(28) Il existe actuellement six régions administratives et une région autonome de Mongolie intérieure, chacune dotée d'un gouvernement régional.
(29) « New China News Agency », 19-81950.
(30) « New China News Agency ». 21-81950, p. 7.
La réforme agraire se poursuit.
La nouvelle politique économique, inaugurée par Mao Tse-Toung en juin 1950, contient, nous l'avons dit, un « cours vers le paysan riche ». Dans son discours du 1°r mai 1950 cité plus haut, Liou-ShaoChi critique déjà la façon trop brutale dont les cadres communistes ont imposé l'emprunt forcé aux paysans riches. Mais le vrai problème que soulève cette partie exploiteuse de la campagne chinoise se posa sous une forme aiguë au moment où le gouvernement prépara la continuation de la réforme agraire au sud du Yangtsé, où elle avait été arrêtée en 1949. La façon dont fut abordée et exécutée cette réforme agraire est hautement caractéristique de l'étape transitoire que traverse aujourd'hui la Chine et des éléments contradictoires contenus dans la politique de son Parti Communiste.
La direction du P.C. a cherché à repousser aussi longtemps que possible l'exécution de la réforme agraire dans la Chine méridionale, et ce autant pour des raisons économiques que pour des raisons politiques. Du point de vue de la production, la réforme agraire provoqua inévitablement, ne fût-ce que pour une récolte, des difficultés supplémentaires bouleversements de toute sorte qui l'accompagnent au village. Du point de vue d'un mouvement révolutionnaire qui se bat pour le pouvoir, ces difficultés ne peuvent être considérées que comme les faux frais de la révolution; aucune révolution dans l'histoire n'a pu se réaliser sans provoquer un certain recul temporaire des forces productives. Le P.C. chinois se trouve dans cette situation unique qu'il a déjà conquis le pouvoir au moment où la révolution qu'il exprime ne s'est pas encore effectuée sur la majeure partie du territoire national! Les buts primordiaux qu'il se pose sont de nature économique et non plus sociale; il s'agit de battre la famine et l'infation et, sur cette voie, tout ce qui aboutit à diminuer la production agraire ne fut-ce que d'une récolte lui paraît néfaste. Ce point de vue n'a pas seulement pesé pour beaucoup dans le retard et les hésitations avec lesquels Mao Tse-Tung a décidé le développement de la réforme agraire en Chine méridionale. Il a encore imprégné de son sceau les modalités même de cette réforme lorsqu'elle fut enfin décidée.
En se plaçant ainsi d'un point de vue économique en face du problème agraire, la direction du P.C. chinois opte
Men même temps, et d'une façon nettement explicite, pour une orientation politique sociale déterminée. Le désir « limiter la casse », de « maintenir un maximum de stabilité à la campagne » va à l'encontre des aspirations et des désirs des paysans pauvres qui attendent depuis des décades leur libération du joug des propriétaires, des usuriers et collecteurs d'impôts. Or, en Chine méridionale, comme nous l'avions déjà indiqué, la bourgeoisie citadine représente l'élément prédominant parmi les propriétaires fonciers dans de nombreu.
ses provinces (31). L'orientation actuelle du P.C. chinois est cependant celle d'un
« bloc » avec cette « bourgeoisie nationale » dont les représentants sont assis aux côtés des dirigeants communistes dans le gouvernement central de la Chine populaire. La réforme agraire dans le sud risquait donc de frapper ce bloc à la base même. La préoccupation de ne pas couper prématurément cette alliance entra sans aucun doute pour beaucoup dans le retard avec lequel la réforme agraire fut exécutée dans le sud.
Néanmoins, des raisons qui étaient en définitive majeures ont obligé le P.C.
a effectuer cette reforme; les facteurs qui en ont fait retarder l'exécution ont finalement influé surtout sur sa forme d'application. Sans réforme agraire dans le sud de la Chine, partie la plus riche et la plus avancee du pays, aucun marché national unifié pour des produits industriels ne peut être créé et tous les plans d'industrialisation du pays échoueraient.
Sans la poursuite de la réforme agraire dans le sud, le P.C. risquerait en outre de perdre l'appui de la paysannerie méridionale au moment même où le premier enthousiasme des paysans du nord pour la réforme agraire réalisée chez eux commençait à se calmer. Les rapports de forces dans le gouvernement même seraient trouvés modifiés à la suite d'une telle évolution; la bourgeoisie aurait repris confiance, économiquement et politiquement, dans son avenir, et le sud serait devenu la base d'opération de la contrerévolution. En fait, c'est dans cette partie du pays que les bandes kuo-min-tangistes ont maintenu sans cesse leur activité depuis la fin de la guerre sur le continent (32). Leur couper l'herbe sous les pieds par la réforme agraire était certes un objectif important poursuivi par le P.C. chinois au moyen de cette politique. Et l'existence d'une véritable pression paysanne pour obtenir la réforme a été franchement reconnue par des sources communistes autorisées (33).
Afin de préparer la réforme et de faire patienter les paysans jusqu'après la première récolte de 1950, le gouvernement publia dès le 28 février 1950 des « directives sur la diminution du taux de fermage et sur la perception des contributions en nature dans les zones nouvellement libérées » (34). D'après ces directives, diverses diminutions du taux de fermage seront décidées par les différentes autorités régionales et provinciales; dans la région de la Chine orientale cette limitation à 35% du maximum de la récolte paysanne avait déjà
(81) Voir la première partie de cet article (« Quatrième Internationale », mai-juillet 1950).
(32) Voir déclaration gouvernementale diffusée par la « New China News Agency », 6-12-1950.
(33) « La Situation intérieure en Chine», ,(4) 24 La Situation intérieure de la Chine», I p. 9.
été décidée quelques semaines auparavant (35). En même temps, le gouvernement était avant tout préoccupé de ne pas diminuer ses propres revenus. Comme certains propriétaires fonciers n'osaient plus réclamer le montant du fermage aux paysans, ils se trouvaient sans moyens pour remplir leurs obligations en vers l'Etat (36). C'est pourquoi les directives en question insistent pour que les fermages soient payés régulièrement et pour que les propriétaires et paysans s'acquittent de leurs contributions. En fait, les directives prescrivent que « le nombre des assujettis au paiement des contributions en nature ne sera pas inférieur à 90 % du total de la population rurale ».
Annoncée par le discours de Mao-TseTung devant le C.C. du P.C. chinois du 7 juin 1950 (« 100.000 cadres sont prêts à entamer la réforme agraire dans les régions nouvellement libérées »), la Loi sur la Réforme Agraire fut présentée par Liou-Shao-Chi au Comité National du Conseil Consultatif Politique le 14 juin et adoptée finalement le 28 juin 1950. Aussi bien le texte de ce discours que celui de la Loi expliquent les importantes limites de la réforme que nous avons résumées dans la formule «cours vers le paysan riche » et qui impliquent un important pas en arrière par rapport à l'exécution de la réforme agraire en Chine septentrionale. Liou-Shao-Chi déclare :
Dans la période comprise entre juillet 1946 et octobre 1947 dans les nombreuses régions de la Chine du Nord, du Chantoung et de la Chine du Nord-Est, les masses paysannes et nos militants ruraux n'ont pu (!), en faisant la reforme agrarre, suivre les directives publiées le 4 mai 1946 par le Comité Central du P.C. chinois, directives demandant de considérer comme inviolables pour l'essentiel la terre et les biens des pagsans riches. Ils ont fait à leur idée et ont confisqué la terre et les biens des . paysans riches comme des grands propriétaires fonciers. (« Pour une Paix Durable... », 21/6/1950.)
Il explique en même temps que le P.C
Si les paysans prennent l'initiative d'entreprendre la réforme agraire, il faut les en dissuader... il ne faudra pas laisser s'établir le désordre et il ne faudra pas non plus tolérer longtemps sans y remédier les déviations et le désordre...
réalisation par le gouvernement populaire d'une politique de maintien des exploitations de paysans riches permettra dans l'ensemble de neutraliser ces derniers el il sera ainsi possible de mieux protéger les paysans moyens et de faire disparaître une agitation inutile parmi les paysans... (tb.).
Et, si ces avertissements ne paraissaient pas encore suffisamment clairs, ils étaient accompagnés d'une claire menace:
Si, dans certaines régions, des dévialions et un certain désordre apparaissent lorsque la réforme agraire sera commencée, déviations et désordre qui ne sont pas susceptibles d'être liquidés rapidement, it faudra arrêter la réalisation de la réforme agraire dans ces régions afin de corriger ces déviations... (ib.).
Il va de soi que le discours de LiouShao-Chi, comme d'ailleurs le texte de la Loi sur la Réforme Agraire, disaient clairement que toutes les entreprises commerciales et industrielles appartenant aux propriétaires fonciers, aux bourgeois citadins et aux paysans riches devaient rester intactes. Il n'était nullement question d'annulation das dettes et hypothèques qui, en Chine méridionale, plus qu'ailleurs, constituent l'élément déterminant de la misère du paysan pauvre. Du reste, la Loi maintenait les modalités essentielles sur l'application du partage des terres qui étaient déjà en vigueur lors de la réforme agraire dans le nord : les terres confisquées seront prises en possession par l'association paysanne et distribuées « d'une façon rationnelle, uniforme et équitable aux paysans pauvres qui possèdent peu ou pas de terres et à ceux privés d'autres moyens de production ». Les animaux de trait et les insnon » tes animaux de trait et les instruments de travail sont confisqués ensemble avec les terres. Les grandes forêts, travaux d'irrigation, terres en friche de large étendue, marais salants, t tas taveres, ports seront natiomines, lacs, rivières, ports seront nationalisés. Les grandes plantations d'arbres à thé, champs de müriers, etc., déjà exploités suivant des méthodes de grande culture, pourront être nationalisés dans certains cas. Finalement, l'ensemble de cette réforme agraire limitée s'appliquera graduellement cet hiver, l'année suivante et même en 1952. Il est à souligner que, dans certaines provinces où la «symbiose » des anciens cadres kuo-min-tangistes et des cadres communistes est la plus avancée (Yunnan, Szechouan, etc.), la réforme est remise à 1952 (37).
Nous examinerons plus loin les consé. quences économiques de cette réforme;
(37) Texte de la réforme agraire (« La Situation intérieure de la Chine », I, p. 1114).
était obligé à l'époque de
« excès » pour obtenic l'appui lation pauvre au village :
•..nous avons autorisé les tolérer ces de la popupaysans a réquisitionner les terres et les biens excédentaires des paysans riches, et à con/isquer tous les biens des grands propriétaires fonciers pour satisfaire dans une certaine mesure aux besoins des paysans nécessiteur, pour faire que les paysans participent avec un plus grand enthousiasme révolutionnaire à la guerre populaire de libération (ib.).
Empêcher la confiscation des terres n'était pas seulement une nécessité économique; c'était encore un moyen de limiter l'activité révolutionnaire des masses à la campagne :
(35) « La Situation intérieure de la Chine ». 1(36) « La Situation. intérieure de la Chine », p. 9. 9 22
INTERNATIONAL mais les conséquences politiques et sociales sont claires. Qu'il le veuille ou non, le gouvernement se voit obliger d'installer une véritable dualité du pouvoir dans la Chine méridionale. Sur le plan de la province et du district, la majorité des anciens cadres reste en place; sur le plan local, leurs ennemis de classe, les paysans pauvres des Associations paysannes risquent de saisir en fait tout le pouvoir dans l'exécution de la réforme agraire. C'est en vain que le gouvernement central s'efforce d'empêcher à l'étape actuelle le développement de la lutte de classe à la campagne. Cette lutte de classe se manifeste malgré lui dans toutes les régions de la Chine. Au moment même où Liou-Shao-Chi se prononça contre toute « agitation inutile » parmi les paysans, la New China News Agency communiqua dans son bulletin du 11 juin 1950 que les paysans de la province de Hupei avaient imposé une transforma-
La classe ouvrière et la
C'est en s'appuyant sur la paysannerie que le P.C. chinois a pu conquérir le pouvoir, et c'est pourquoi la généralisation de la réforme agraire était inévitable. Mais qu'est-il advenu quand les armées paysannes sont entrées dans les grandes villes industrielles de la Chine orientale? Pour donner à cette question la réponse qui convient, il faut comprendre que ces armées paysannes furent dirigées par un parti qui — autant par son programme et ses perspectives politiques que par la tradition, la conscience et la trempe de ses cadres — n'était pas issu de la paysannerie mais avait été et restait depuis près de trois décades le principal porte-parole du prolétariat chinois. Bien sûr, ce parti se battait pour le bloc des « quatre classes », il se prononçait en faveur • d'une collaboration avec la •« bourgeoisie industrielle » et avait constitué un gouvernement de coalition avec les représentants de celle-ci; mais il affirmait en même temps que « la classe ouvrière était devenue la classe dirigeante de la nation » et que ce n'était plus qu'une question de temps avant que la construction d'une société socialiste puisse être entamée en Chine.
Ces aspects contradictoires de la politique du P.C. chinois se reflètent fidèlement dans son attitude envers les ouvriers et dans les réactions du prolétariat à son égard. D'une part, des son entrée dans les grandes villes, l'Armée de Libération du Peuple promet la protection complète de la propriété privée. Elle réprime tous les désordres et toutes les tentatives des travailleurs de créer de leur propre initiative ce « grand bouleversement » annoncé par le P.C. Chinois (38). Mais en même temps elle lève toute restriction à l'action revendicative et favorise une montée rapide du mouvement syndical, qui bouleverse radicalement les rapports de forces entre tion radicale de la structure des contributions :
• auparavant l'ensemble des propriétaires payait 3,2% les paysans riches payaient 7,9 % les paysans moyens payaient 29% les paysans pauvres payaient 61%
Men 1950 l'ensemble des propriétaires paye 50 % les paysans riches payent 25% les paysans moyens payent 15% les paysans pauvres payent 8%
En même temps, les paysans pauvres signalaient, pour cette province seulement, 1.020.000 ha. de terres non-enregistrées des propriétaires fonciers et paysans riches pour lesquelles ceux-ci ne payaient pas de taxes. Parions que ces différentes transformations ont pas mal «agité » les villages du Hupei, quoi que Liou-Shao-Chi ait pu désiré... « démocratie nouvelle ». patrons (chinois et étrangers) et ouvriers. De même, les ouvriers, prenant au mot les dirigeants du P.C. qui parlaient du « rôle dirigeant de la classe ouvrière », ont reçu par l'arrivée des armées communistes une immense impulsion à leur lutte, à leur organisation et au développement de leur conscience de classe. Rapidement déçus ensuite par l'attitude passive des leur égard, attitude de le régime, a dirigeants communistes à ils sont retombés dans une prudente expectative envers ttitude que tous les observateurs confirment actuellement (39).
Les deux plus importantes concessions que les ouvriers recurent du nouveau pouvoir furent l'établissement d'une véritable échelle mobile basée sur un pouvoir d'achat exprimé en nature, et l'établissement des premières lois sociales d'hygiène et d'assurances généralement imposées dans toutes les usines. Le reste, ils le conquirent eux-mêmes au moyen d'une action revendicative des plus tumultueuses. Ainsi les statistiques officielles notent, à Shanghai, 9.027 conflits
(38) Cependant, le nombre de cas d'intervention terroriste anti-ouvrière, dont un spécimen avait été signalé dans notre presse comme s'étant produit à Tien-Tsin, semble strictement limité et la responsabilité en incombe vraisemblablement à des chefs militaires brutaux, plutôt qu'aux directives du P.C. C'est là que la nature paysanne de l'armée a pu s'exprimer plus nettement.
(39) Notamment: Jean-Jacques Brieux, dans « La Chine du Nationalisme au Communisme » (p. 392), parle nettement de « l'impopularité » actuelle du gouvernement auprès des ouvriers. Ceci est d'autant plus remartuable qu'l épouse en général toutes les theses de propagande du P.C. chinois et est fortement influencé par le stalinisme dans toutes ses vues sur le mouvement ouvrier et sur le marxisme.
de travail entre mai 1949 et mai 1950 (40).
Se vengeant de leurs humiliations et de leur misère passée, les travailleurs de
Shanghai se font Payer notamment d'énormes arriérés de salaire qui ruinent certaines firmes étrangères (41).
Dans certaines villes, et en premier lieu à Shanghai même, ces avantages sont cependant dans une large mesure neutralisés par le développement angoissant du chômage. Sur un prolétariat indus-
Sur triel de 1.200.000 personnes à Shanghaï,
350.000 paraissent sans travail en décembre 1949-janvier 1950 (42). L/évacuation d'une partie des industries shanghaïennes et la dispersion du prolétariat d'avant-garde de cette ville qui s'ensuivit ne sont certes pas sans reiation avec la crainte que les dirigeants du P.C. chinois ont dû ressentir devant ces ouvriers militants, fort conscients de leurs intérêts de classe spécifiques.
Le souci du P.C. de ne pas s'aliéner d'un seul coup la sympathie ou même la bienveillance des travailleurs semble pourtant avoir été suffisamment grand pour éviter pendant la première période après la constitution du gouvernement central populaire toute mesure heurtant de front le prolétariat. Ce n'est que quand ce gouvernement se sentit fermement assis au pouvoir, après avoir réussi la stabilisation de sa monnaie, qu'il commença à raidir son attitude envers la classe ouvrire. Li Li-San parle de revendications exagérées des ouvriers, de la nécessité
.de rectifier (l'habitude) des ouvriers consistant à s'occuper exclusivement de leurs intérêts individuels sans tenir compte des intérêts généraux... de rectifier (l'erreur) des ouvriers qui revendidans leur seul intérêt individuel. (Disquent de façon exagérée, inadmissible, cours prononcé le 8 mars 1950 à la première conférence des directeurs des Bureaux du Travail de Chine. « La Situation intérieure de la Chine ». p. 37.)
Ses remarques, reprises par d'autres chefs gouvernementaux, aboutissent à la constitution de « commissions consultatives du Travail et du Capital » qui généralisent le système de l'arbitrage obligatoire (43). Ces commissions ne donnent aux ouvriers aucun droit de gestion ou de contrôle sur l'industrie privée, mais
(40) Rapport de l'adjoint du maire de Shanghai (le maire lul-même est un ancien ouvrier de chez Renault), dans « La Situation intérieure de la Chine », II, P. 23.
(41) La « Neue Zürcher Zeilunq » du 1er octobre 1949 décrit avec mélancolie comment les ouvriers et employés des consulats généraux américain et britannique à Shanghai ont utilisé de pareilles « méthodes de chantage ».
(42) Li Li-San donne le nombre total des ouvriers à Shanghai dans un article reproduit par la « New China News Agency » du 229-1950. Le nombre des chômeurs est déduit en basant sur les statistiques d'emploi publiées dans « La Situation intérieure de la Chine ». II, p. 25.
(43) « New China News Agency ». 12-51950. 2 4.
NTERNATIONALE permettent surtout l'application de mesures tendant à l'augmentation de la production. Les décisions ne peuvent être prises cependant qu'en cas d'accord commun et, dans le cas de décisions importantes, tout le personnel de l'entreprise doit être consulté. En fait, cette mesure, dans le cadre de la nouvelle politique économique inaugurée par Mao Tse-Tung après mars 1950, instaure le principe de
« produire d'abord, revendiquer ensuite » dans l'industrie privée chinoise, et représente pour le mouvement ouvrier chinois un sérieux recul par rapport à la montée du mouvement revendicatif qui s'était faite jour du printemps 1949 au printemps 1950.
Cependant, dans le discours cité plus haut de Li Li-San, où celui-ci s'efforce à grand renfort d'arguments démagogiques d'implanter l'idée qu'une augmentation de la production dans l'industrie privée représente l'intérêt commun ouvriers et des capitalistes, l'orateur insiste constamment sur la légitimité d'une certaine lutte revendicative limitée de la part des ouvriers:
.Le Bureuu du Travail ne saurait, bien flits existant entre le travail et le capital. entendu, éliminer radicalement les conEn effet, tant que les capitaux privés existeront, les conflits entre le travail et capital subsisteront. (II faut) généraliser le système des contrats collectifs, etc., etc. (Ibid., p. 37).
De la même façon, la nouvelle loi syndicale reflète les éléments contradictoires de cette politique ouvrière du P.C. chinois à l'étape actuelle. La loi réalise pour la première fois en Chine le droit à l'organisation syndicale de tous les salariés. y compris les employés de l'Etat. Mais elle limite en même temps cette liberté syndicale nouvellement conquise par la clause suivante :
Tout syndicat doit, lors de sa création. étre déclaré à la C.G.T. chinoise.. pour que. après examen et approbation, la C.G.T. chinoise. demande son enregistrement au gouvernement populaire du lien où elle est établie... Tout autre groupement qui n'est pas constitué conformément aux dispositions (prévues).. ne peut être appelé syndicat, ni jouir des droits prévus par cette loi (« la Sitnation intérieure de la Chine», p. 32.) tion
Ceci établit en fait pour le P.C. chinois qui contrôle la C.G.T. un monopole absolu de dissolution ou de rejet dans 'illégalité de n'importe quel syndicat qui ne se déclare pas en accord avec tel ou tel aspect de sa politique ouvrière; ceci démontre clairement que la direction de ce parti craint des réactions possibles en ce sens de la part de la classe ouvrière.
Dans l'industrie nationalisée qui occupe la majeure partie du prolétariat industriel, des conseils d'entreprises ont été créés. Contrairement à la théorie stalinienne en vigueur aussi bien en U.R.S.S. que dans les « démocraties populaires », à l'exception de la Yougoslavie, les com- munistes chinois n'ont cependant pas repris la légende néfaste de « l'identité d'intérêts entre la direction des entreprises (nationalisées) et les travailleurs ».
Dans le rapport cité de Li Li-San, celuici déclare explicitement :
Dans les entreprises d'Etat, il n'y a plus de conflit de classes, mais d'autres conflits, partels ou généraux, subsistent encore... Certains nient lexistence de semblables conflits; ils estiment que, le chef d'atelier agissant au nom de l'Etat, ses instructions équivalent à une loi ou à un règlement et que nul ne peut s'y opposer.
Ce point de vue est faux... (op. cit., p. 37).
Et dans un article commentant la loi sur les syndicats, le même auteur, spécialiste des questions ouvrières du P.C. chinois, écrit :
Dans les entreprises d'Etat, la politique (à suivre) doit consister à tenir compte des intérêts publies et privés, et les syndicats ont le devoir de protéger les intérêts des masses de travailleurs (New China News Agency, 9-7-50).
Cette conception intermédiaire entre la conception léniniste et la conception stalinienne bureaucratique s'exprime très nettement dans le statut des conseils d'entreprises qui, d'après la Constitution provisoire, possèdent un « droit de contrôle sur la production», mais qui, en pratique, n'ont qu'une fonction consultative et sont présidés par le directeur de
Il paraît donc établi que le P.C. chinois, sur un certain nombre de problèmes d'orientation politique et organisationnelle, n'a pas simplement copié ou imité les « solutions » et les institutions de la bureaucratie stalinienne en U.R.S.S., mais s'est efforcé d'élaborer des conceptions propres qui correspondent à sa propre expérience. En fait, la victoire que Mao Tse-Tung a remportée sur le régime pourri de Tchang-Kai-Chek est due dans une large mesure au fait que le P.C chinois s'est mis, dès avant la guerre, à élaborer une orientation politique propre et ne semble plus avoir été dirigé par des directives venues du Kremlin.
La conception fondamentale de la politique du P.C. chinois est élaborée dans le livre de Mao Tse-Tung, « La Démocratie Nouvelle » publié en 1940 à un moment où les relations directes entre Moscou et Yenan étaient interrompues. L'article de Chen Po-Ta fêtant la contribution de Staline à la victoire de la revolution chinoise, et publié à l'occasion du 70e anniversaire du « Père des Peuples », apparaît comme un affront public quand il dit candidement :
C'est seulement après le mouvement de refonte idéologique de 1942 que les nombreuses œuvres de Staline sur la Chine
T'entreprise. Les communistes yougoslaves disent à ce sujet :
.La République populaire de Chine a commencé à introduire des conseils ouvriers et des comités de gestion, et ce seulement dans les entreprises nationalisées. Le système de gestion dans la
République populaire de Chine est en
Jait un compromis entre le principe soviétique de direction administrative-bureaucratique et le principe de Mara « les usines aux ouvriers ». Le comité de gestion est dominé par le directeur... et celuies dosside des pes organ es us la ges celui-ci possede des pouvoirs plus larges collectifs ouvriers. (Dr Jovan Djordjevic:
« Nouveau système de gestion. ». New
Yugoslav Law. nºs 2-3 1950, p. 27.)
D'autres sources yougoslaves indiquent même qu'une revue soviétique aurait pris a partie la législation chinoise sur les conseils d'entreprise comme étant trop « libérale ». De son côté, le chef du gouvernement régional de la Mandchourie, Kao-Kang, a indiqué que dans certaines usines les syndicats auraient tendance a se substituer entièrement aux directeurs, ce qui marque nettement une poussée vers la gestion ouvrière pure et simple (44). Entre toutes ces tendances contradictoires, le P.C. chinois s'efforce de maintenir une position intermédiaire, s'appuyant sur la classe ouvrière pour tenir en main la bourgevisie, limitant l'action ouvrière pour pouvoir continuer à l'étape actuelle à collaborer avec le capital privé. furent systématiquement éditées par notre parti... Beaucoup de camarades de notre parti qui, en fait, dirigeaient la révolution chinoise, n'avaient jamais eu l'occasion de faire une étude systématique des nombreux ouvrages de Staline sur la Chine. Parmi eux se trouvait le camarade Mao Tse-Tung. (Chen Po-Ta: « Staline et la révolution chinoise ». China Weekly Review. 21-1-1950.)
En fait, alors que les nouveaux statuts et le nouveau programme du P.C. chinois, adoptés en mai 1945, ne mentionnent même pas le . nom de Staline (45), ils déclarent explicitement que la base programmatique de ce parti est représentée par « le marxisme-léninisme et la Pensée de Mao Tse-Tung ». Il est difficile d'imaginer que plusieurs des dirigeants actuels du P.C. chinois qui ont soit participé intimement à la direction du parti pendant la grande révolution de 1925-27 soit séiourné pendant longtemps à l'étranger depuis lors, ignorent le rôle réel joué par
(44) « La situation intérieure de la Chine », II, p. 9.
(45) Reproduit dans Liou Shao-Chi : « On the Party », (Foreign Languages Press, Pékin 1950, pp. 155-204).
La bureaucratie soviétique et la troisième révolution chinoise.
La bureaucratie soviétique et la troisième révolution chinoise.
la direction de l'Internationale Communiste et plus spécialement par Staline dans l'organisation de la grande defaite. Dans leurs écrits officiels, ils continuent la tradition inaugurée par le stalinisme de faire de Tchen-Dou-Siou, secrétaire général du P.C. chinois de 1921 à 1927, le bouc émissaire de toutes les fautes opportunistes commises sur les directives directes du Kremlin. Mais ils ne peuvent pas ignorer qu'une semaine avant que Tchang-Kai-Chek ne commence le massacre des communistes à Shanghai, Staline déclara dans un discours à Moscou:
Chang-Kaï-Chek se soumet à la discipline. Le Kuo-Min-Tang est un bloc, une sorte de parlement (!) révolutionnaire, avec une droite, une gauche et les Communistes. Pourquoi faire un coup d'Etat? Pourquoi chasser la droite alors que nous aDORS la majorité (!) et que la droite nous écoute?... Chang-Kai-Chek n'a peutêtre pas de sympathie pour la révolution, mais il dirige l'armée et ne . peul faire autrement (!) que de la diriger contre l'impérialisme Tragedy of the Chinese (Cité d'après Harold Isaacs : « The « The Tragedy of the Chinese Revolution », Londres, 1938, Secker and Warburg. - Isaacs raconte comment ce discours fut supprimé dans les publications officielles en U.R.S.S. après que les événements eurent infligé un si cruel démenti à Staline...)
Ils ne peuvent pas manquer de savoir, surtout s'ils se remettent à l'étude de toutes les œuvres de Staline sur la Chine, que, pendant des années, la direction de TI.C. avait défendu une position diamétralement opposée à celle qu'ils ont euxmêmes élaborée à partir de 1940, c'est-àdire à l'impossibilité de réaliser la révolution démocratique-bourgeoise sous la direction de la bourgeoisie en Chine. Et ils ne peuvent surtout pas oublier qu'au moment où ils se mettaient en marche, lors de l'effondrement japonais en 1945, afin d'occuper rapidement toute la Chine septentrionale, Staline conclut un accord soudain avec Chang-Kaï-Chek, reconnaissant son gouvernement comme le seul gouvernement légal de la Chine et tombant dans le dos des communistes chinois ! (46). Ils ne peuvent pas oublier qu'au début de la guerre civile en 194546, le Kremlin aida Chang-Kaï-Chek en installant en Mandchourie les fonctionnaires du Kuo-Min-Tang, et en prolongeant sur la demande expresse du généralissime chinois, leur occupation centres mandchous jusqu'à l'arrivée de renforts nationalistes; que lors de l'évacuation de Harbine par les troupes russes, celles-ci emmenèrent avec elles les fonctionnaires kuo-min-tangistes hais par le peuple, et les remirent en sécurité sur le territoire nationaliste (47). Ils ne peuvent pas oublier non plus qu'en 1947, à la veille de leur grande offensive pour libérer toute la plaine septentrionale de la Chine, Staline leur conseilla de ne pas attaquer les grandes villes mais de continuer leur lutte de guérilla. Ils ne peu-
(46) Belden : « China shakes the world ». Harper et Brothers, New-York 1949, p. 69.
(47) Idem. p. 375. 26
TERNATIONALE vent pas oublier que la bureaucratie soviétique, lors du soulèvement populaire dans la province du Sin-Kiang, aida Chang-Kai-Chek à dissoudre le nouveau pouvoir insurrectionnel et rétablit all pouvoir une partie des anciens maîtres féodaux dans un gouvernement de coalition, que le peuple fut obligé de renverser une seconde fois (48). Belden affirme même qu'il a entendu de nombreux communistes chinois déclarer qu'en U.R.S.S. les paysans sont « des serfs de l'Etat » (49). L'exemple yougoslave nous montre combien ces expériences sont importantes dans la détermination du cours ultérieur de la révolution chinoise, même si, à l'étape actuelle, les communistes chinois s'abstiennent se délimiter publiquement du Kremlin.
Pourtant, il serait étonnant de s'attendre, dans l'avenir immédiat, à une rupture entre Pékin et Moscou. De puissantes forces objectives et subjectives rendent une telle rupture encore fort improbable. L'intervention de la bureaucratie soviétique dans la Chine populaire est différente, dans sa forme et dans sa de ce qu'elle était dans « glacis » européen. Contrairement aux sociétés mixtes constituées par le Kremlin en Europe orientale, qui signifiaient toutes une simple exploitation d'installations industrielles et de main-d'œuvre déjà existantes par la bureaucratie soviétique, les sociétés mixtes fondées Chine (société pétrolière sino-soviétique, société sino-soviétique d'exploitation de métaux non ferreux et rares dans le Sinkiang, société sino-soviétique d'aviation civile) impliquent un réel investissement. de capitaux de la part .'U.R.S.S. et favorisent ainsi le développement des forces productives, objectif n° 1 des communistes chinois (50). Et si le traité sino-soviétique conclu par MaoTse-Tung à Moscou après de laborieuses négociations, preuves de l'indépendance d'esprit des Chinois, impose à la République populaire de Chine le paiement d'indemnisation à l'U.R.S.S. pour les constructions faites sur le chemin de fer chinois Tehangtchoun, de PortArthur et de Dalny, le retour de ces enclaves soviétiques à la Chine représente une satisfaction, comme le dit explicitement l'accord, « de honneur national et de la dignite nationale du peuple chinois » (51). Moscou a tiré certaines conclusions de la rupture du P.C. yougoslave et s'efforce de ne pas irriter les communistes chinois par une attitude condescendante sur des questions secondaires. La menance que le Kremlin ressent à légard de Pékin est cependant confirmée par le fait que les livraisons de matériel moderne armé, notamment d'avions à réaction, semblent se faire dans des conditions telles que ce matériel reste placé sous contrôle soviétique; les
(48) Bulletin de Tanjug, du 4 avril 1950.
(49) Belden, op cit., p. 68.
(50) Bulletin de la New China News Agency, du 2 octobre 1950.
(51) @ Pour une paix durable, pour une démocratie populaire », 17 février 1950.
substance,
Russes paraissent d'ailleurs avoir pu établir des bases militaires dans le SinKiang (52).
Aussi longtemps que les Chinois conserveront le contrôle principal du mouvement communiste d'une série de pays asiatiques (Vietnam, Malaisie, etc.) et se trouveront de ce fait en conflit direct avec l'impérialisme, ils seront portés à maintenir des relations étroites avec le Kremlin. Aussi longtemps que l'impérialisme maintient un blocus de fait de la Chine, en ce qui concerne les principales matières premières et loutillage dit « strategiques », laide éconemique restreinte qu'ils peuvent obtenir de TO.R. S.S. leur apparaîtra d'autant plus appréciable. Et surtout, aussi longtemps que des forces révolutionnaires indépendantes du Kremlin ne peuvent pas apparaître comme un facteur politique important en Asie ou ailleurs, le P.C. chinois, tirant à son tour des conclusions de l'évolution actuelle de l'affaire yougoslave n'esquissera qu'avec une extrême prudence un mouvement de rupture avec le Kremlin.
A la longue, cependant, ce sont les forces sociales de la révolution chinoise et non pas les considérations politiques économiques de ses dirigeants qui
Cet équilibre n'est pas seulement le produit fortuit du processus historique en Chine. Il a été consciemment préparé pendant de longues années par le P.C. de ce pays, au cours de son évolution idéologique qui lui a fait reconsidérer les problèmes fondamentaux de la révolution chinoise.
En automne 1936, Mao Tse-Tung, résumant les expériences passées de la révolution et de la guerre civile, écrivit un petit volume intitulé « La stratégie de la guerre révolutionnaire en Chine » dans lequel, sans se baser sur une analyse niarxiste des relations de classe dans la société chinoise, mais en partant uniquement des leçons empiriques des luttes passées, il arriva à la conclusion suivante qui représente une révision complète des conceptions staliniennes sur la Chine :
L'ennemi de la révolution a été non seulement l'impérialisme mais aussi le régime de la grande bourgeoisie, alliée grands propriétaires fonciers. La bourgeoisie nationale était devenue le prolongement de la grosse bourgeoisie, laissant seul le P.C. chinois conduire la révolution, Le commandement complet entre les mains du Parti communiste a été la condition primordiale pour pouvoir mener la guerre à bonne fin. (« La
(52) Voir les révélations de Cyrille Kanov, dans « The Recorder ».26-9-50 et 10-10-1950 et citées par « La Vérité », n° de la fre quinzaine de novembre 1950. Voir aussi l'article de C. Sulzberger (New York Times. 26-5-1950) et Eric Downton « Daily Telegraph », 19-6-1950.
NTERNATIONALE décideront des relations entre Pékin et Moscou. Le développement de la bourgeoisie rurale; les difficultés éventuelles d'approvisionnement en outillage industriel; la modification éventuelle des rapports de force internationaux en faveur de l'impérialisme; l'apparition de tendances droitiéres capitulardes dans le P.C. chinois pourraient, dans des conditions de faiblesse et de passivité prolongée du prolétariat, provoquer un renversement de la politique étrangère chinoise. Une tentative qui n'est pas encore exclue du Kremlin d'arriver a un accord avec le State Department sur le dos de la Chine pourrait agir dans un même sens. Par contre, un nouveau développement de la révolution chinoise, le renforcement du mouvement ouvrier, l'esquisse d'une orientation à gauche du P.C., le développement favorable des forces révolutionnaires dans le monde, en premier lieu aux Indes, au Japon et en Europe occidentale pourraient permettre à une étape ultérieure une rupture « sur la gauche » du communisme chinois avec le Kremlin. Les deux éventualités exigent cependant, pour se réaliser, une rupture du nouvel équilibre entre les classes tel qu'il apparaît aujourd'hui en Chine, équilibre sur lequel le P.C. chinois a basé son pouvoir. stratégie de la guerre révolutionnaire en Chine », Paris 1950, Editions sociales, p. 33.)
Dans le même ouvrage, il insiste sur le rôle effacé, secondaire, que peut jouer le prolétar at dans la révolution chinoise et arrive à la conclusion qu'une victoire révolutionnaire en Chine est impossible sans une guerre vietorieuse d'armées paysannes dirigées par le P.C.
Ce livre de Mao ne fut, en ce temps, qu'édité en quelques exemplaires et n'influença point dans l'immédiat la stratégie du parti. Bien au contraire: en 1937, Mao conclut un « bloc » avec le KuoMin-Tang contre l'impérialisme japonais, dans lequel il abandonna ouvertement toute lutte pour la réforme agraire dans les régions libérées. Jusqu'à ce jour, il a été impossible de citer un seul bénéfice de cette coalition avec les propriétaires fonciers en Chine septentrionale. Encore faut-il signaler que ce bloc ne fut rompu que sous la pression des masses qui, en 1946, avaient elles-mêmes commencé à partager les terres sans attendre les directives du P.C. (53).
Entre temps, la nouvelle appréciation de la nature de la révolution chinoise par les dirigeants du P.C. chinois avait cependant progressé. Dès 1940, dans son livre « La Démocratie Nouvelle », publié sous forme imprimée quelques mois avant « La stratégie de la guerre révolutionnaire » (qui parut en mars 1941), Mao caractérise cette révolution comme suit:
(53) Belden, op. cit., p. 169.
Le P.C. chinois et la nature de la révolution chinoise.
Le P.C. chinois et la nature de la révolution chinoise.
Cette étape de la révolulion chinoise... par son caractère social, est une révolution démocratique bourgeoise d'un genre nouveau; elle n'est pas encore la révolution socialiste du prolétariat, mais elle constitue déjà une part de la révolution mondiale socialiste du proletariat... Celte premiere etape ne peut pas etre ledification d'une société bourgeoise avec hégémonie des classes capitalistes en Chine, mais c'est la création d'une société démocratique nouvelle, effective, pour l'union des diverses conches révolutionnaires de Chine... (54)
Et quelques années plus tard, parlant devant le VII* Congrès du P.C. chinois. Liou Shao-Chi s'exprimera plus clairement encore:
.parce que les forces motrices fonditmentales de la révolution chinoise sont les masses du peuple, avec la paysannerie comme force principale et le prolétariat comme direction, la révolution chinoise ne peut être ni une révolution démocratique-hourgeoise du vieux type ni une révolution prolétarienne socialiste du type nouveau... Dans cette révolution, les forces motrices principales sont le prolétariat, la paysannerie et la petite-bourgeoisie. (Liou Shao-Chi: « On the party ». op. cit., p. 37.)
Finalement, revoyant après coup le développement de la campagne militaire victorieuse, le C.C. du P.C. chinois définit ainsi la nature de la troisième révolution chinoise :
La Dictature démocratique populaire, conduite par la classe ouvrière, basée sur l'alliance des ouvriers et des paysans, demande que le Parti Communiste de Chine unisse sérieusement toute la classe ouvrière, toute la paysannerie, l'intelligentsia revolutionnaire en tant que forces dirigeantes et en tant que forces jondamentales de cette dictalure. (New China News Agency, 29 mars 1949.)
C'est en partant de cette conception que les armées dirigées par le P.C. se sont élancées : vers la victoire en 1947, soulevées par une formidable vague d'insurrections paysannes. Réaliser complètement les tâches de la révolution bourgeoise par la conquête du pouvoir du Parti Communiste et sans entamer une quelconque des tâches de la révolution proletarienne, apparut le programme du P.C. chinois qui lui permit d'achever victorieusement la première étape de la révolution. Cette victoire n'était possible que parce que le P.C. s'était pratiquement débarrassé de l'idée stalinienne de la réalisation de la révolution bourgeoise en bloc, à droits égaux ou même sous l'hégémonie de la bourgeoisie « nationale ».
Mais dès que ce pouvoir se trouva conquis, les limites mêmes de ce programme apparurent. Le P.C. veut con-
(54) Reproduit dans J.-J. Brieux, op. cit., p. 329. 28
TERNATIONALE struire une économie capitaliste « démocratique », mais les trois quarts de lindustrie se trouvent d'avance nationalisés. Il veut arrêter pendant une étape la lutte contre la bourgeoisie « nationale », mais la réalisation de la réforme agraire dans le sud met cette lutte constamment à l'ordre du jour. Il veut éviter momentanément toute planification, mais plus la tâche d'industrialiser le continent chinois apparaît immense, et plus la planification s'avère le seul moyen de la mener à bien. Il veut laisser la voie libre l'accumulation de la paysannerie riche à la campagne, mais malgré lui la lutte de classe s'y rallume plus vigoureusement que jamais. Toute la logique de la situation impose les conclusions de la théorie trotskyste de la révolution permanente. L'équilibre actuel des forces ne peut être que passager. Dans un avenir proche le P.C. devra se décider à accentuer la lutte contre la bourgeoisie urbaine et rurale, en s'appuyant sur le prolétariat et les paysans pauvres, s'il ne veut pas capituler devant l'énorme pression bourgeoise que prépare le début de « prospérité » paysanne. Saura-t-il faire ce choix ?
Beaucoup de raisons permettent d'espérer pareil développement. Plus n'importe quel autre parti communiste, le P.C. chinois a été obligé de maintenir une structure moins bureaucratique et moins centralisée, de maintenir un métabolisme constant entre les préoccupations et aspirations des masses et les siennes. La situation objective dans laquelle il s'est trouvé l'a poussé sur cette voie (égalitarisme, frugalité). Les cadres du parti ont été éduqués dans un esprit spartiate; pendant des années ils vécurent sur la base d'une distribution égalitaire de vivres et de vêtements. Liou Shao-Chi raconte cans son rapport déjà cité qu'en 1945, dans la moitié des villages des régions libérées il n'y avait pas un seul membre du P.C. (p. 75)! Comment dans ces conditions réaliser la réforme agraire sans permettre un développement relativement libre de l'initiative des masses ? L'immensité du continent chinois et la densité extrême de sa population ne permettent point l'établissement rapide d'un contrôle bureaucratique sur les masses réveillées. La puissance formidable de ce réveil des paysans, des femmes libérées par le nouveau code sur le mariage, des jeunes enfin confrontés par l'espoir d'un avenir, des masses avides d'enseignement et de culture (55) rendent ce contrôle d'autant plus difficile. Aussi ce n'est que l'expression de cette situation objective que Liou Shao-Chi, présentant les statuts du P.C. à son VII* Congrès, affirme chaque fois à nouveau sa «foi» dans l'auto-émancipation du peuple » (p. 56 op. cit.), rejetant toute idée selon laquelle «les cadres décident de tout » et insistant même sur les droits des minorités à l'intérieur du parti, la majorité pouvant se tromper lors des
(55) Cf. Belden. op. cit.
QUATRIEME débats politiques ! (p. 83-4 op. cit.). En 1945, on n'avait plus entendu, depuis longtemps, pareilles remarques venant d'un parti lié à Moscou. Certes, elles n'ont qu'une valeur tormelle. En 1931 et surtout en 1937, à l'occasion de deux tournants à droite, la direction du P.C. chinois avait organisé de violentes campagnes contre le trotskysme contrerévolutionnaire. Mais Belden raconte comment un journal communiste des « régions libérées » critiqua même publiquement les directives trop modérées dans l'application de la réforme agraire (op. cit. p. 503). Et tous les observateurs sont unanimes à signaler l'extrême « libéralisme » actuel du pouvoir communiste, les limites étroites de toute répression politique, l'absence de contrôle de type stalinien sur les forces révolutionnaires à la campagne. S'il reste attentif à la voix des masses, un nouveau tournant à gauche du P.C. n'est nullement exclu. S'il n'entend pas cette voix, sa bureaucratisation et son cours a droite signifieront à l'étape prochaine un cours contre les masses.
Pour peser les chances d'un pareil tournant à gauche, il ne faut pas perdre de vue le fait que la direction du P.C. chinois, contrairement à certaines affirmations, n'a jamais cessé de se considérer comme une direction prolétarienne. Certes, le parti est composé d'une majorité écrasante d'éléments petits-bourgeois paysans. Sa • croissance rapide (30.000 membres en 1937, 1.200.000 en 1945, 4 millions actuellement) implique un niveau idéologique extrêmement bas. Mais au VII° Congrès, alors que le parti était encore coupé des villes, ses dirigeants n'ont pas cessé d'insister sur le caractère prolétarien du parti, sur la necessite de faire assimiler l'idéologie prolétarienne à ses membres non-prolétariens; ils ont même inscrits dans les statuts des conditions d'adhésions différenciées pour les ouvriers, les paysans pauvres, les
Où va
La première étape de la révolution chinoise s'est terminée avec le renversement du pouvoir de Chiang Kai-Chek. Elle a réalisé la plupart des tâches de révolution démocratique-bourgeoise, notamment l'émancipation de la domination impérialiste (bien que le capital étranger ne soit pas encore exproprié) et la réalisation de l'unification nationale. Elle n'a pas encore résolu la question agraire, dans la mesure où cette solution exige, dans le sud, une expropriation de la bourgeoisie urbaine surtout l'annulation des dettes et hypothèques. Pour résoudre définitivement la solution de la question agraire et réaliser la vietoire définitive et la consolidation i de la révolution, l'étape prochaine devrait entamer largement la solution des tâches
(56) Liou Shao-Chi: « On the Party », p...
NTERNATIONALE paysans moyens et les intellectuels, etc., rendant l'entrée dans le parti plus difflcile au fur et à mesure que la condition d'existence s'écarte de celle du prolétariat (56). Néanmoins, un certain nombre de paysans riches a réussi à s'infiltrer dans le parti et à faire dévier sa ligne de classe au village; par ses « directives sur la réforme agraire et la réorganisation et l'épuration du parti dans les régions anciennement libérées » du 22 février 1948, le Comité Central a violemment réagi contre ce danger (57). Et dès que l'Armée de Libération du Peuple s'est approchée des grands centres prolétariens, le même Comité Central a fait un tournant résolu dans son attitude sur l'importance relative de la classe ouvrière:
Par suite de la disproportion entre les forces populaires et celles de l'ennemi depuis l'échec de la Grande Révolution de 1927 jusqu'à maintenant, le centre de gravité de la lutte révolutionnaire du peuple chinois a été le secteur rural, amassant des forces rurales pour encercler et prendre les villes... La période où ce procédé de travail a dû être adopté est maintenant terminée... Le centre de gravité du travail du Parti doit être placé dans les villes (58).
Ce tournant a trouvé sa conclusion logique dans l'arrêt de tout recrutement paysan au Parti Communiste, qui doit se concentrer dorénavant à la conquête d'ouvriers industriels. Les difficultés rencontrées sur cette voie resteront nombreuses aussi longtemps que la direction
Parti n'aura rien à offrir aux ouvriers, si ce n'est la perspective d'une augmentation de la production. Sur ce plan également, un futur tournant à gauche rejoindrait les préoccupations essentielles des dirigeants communistes permettrait seul de rendre au parti sa force principale dans le prolétariat. la Chine ? prelétariennes dont certaines se trouvent esquissées dès maintenant. C'est pourquoi la Chine traverse encore un stade transitoire entre la chute de l'ancien régime et l'établissement définitif du nouveau régime. Politiquement, un gouvernement ouvrier et paysan maintient encore une coalition avec certains éléments de la grande bourgeoisie. L'alliance entre le prolétariat et la paysannerie, c'est dans le Nord l'alliance révolutionnaire avec la paysannerie pauvre, dans le Centre l'alliance avec la paysannerie riche, dans le Sud l'alliance avec les éléments exploi-
(57) Cité dans : « Le développement du Communisme en Chine », II, P. 289 (édité par « La documentation française », 29 juin 1950.
(58) Résolution adoptée par le C.G. du P.C. chinois de mars 1949, New China, 29 mars 1949.
UATRIEM E tateurs citadins qui dominent l'agriculture. La dualité de pouvoir existant à l'échelle du village se reproduit ainsi à l'échelle nationale par l'opposition entre diverses zones et, à l'intérieur du gouvernement même, par la présence de ministres bourgeois dans ses rangs.
L'avenir de la Chine, c'est en premier lieu l'avenir des 90 millions d'exploitations paysannes (59). Dans la mesure où la réforme agraire se parachève, cet avenir immédiat apparaît brillant. Sous l'ancien régime, la rente et les impôts, sans parler des intérêts, des prêts et tres charges supplémentaires, enlevaient en général plus de 50 % de la récolte au paysan; dans certaines regions prospères, ce pourcentage atteignait même 75 % (60). Aujourd hui, Timpot enleve en moyenne 17 % des revenus paysans; cet impôt est fixé sur la base d'un rendement moyen par superficie, l'augmentation du rendement réduisant la proportion de la contribution (61). Du coup, la paysannerie chinoise voit son pouvoir d'achat considérablement accru, et l'industrie, en premier lieu l'industrie des textiles, voit s'ouvrir devant elle un marché illimité. En Mandchourie, où la réforme agraire a été achevée plus tôt, la paysannerle fait des contributions totales de 2,3 millions de tonnes de denrées alimentaires en 1949 contre 8 mnillions sous l'ancien régime (62). Par conséquent, elle a pu acheter en 1950, 9 millions de balles de coton contre 3 millions en 1949 et 0,8 million en 1947 (avant la réforme). La cause de l'échec de toutes les révoltes agraires du passé - la nécessité d'écraser la paysannerie sous un fardeau d'impôts pour construire un appareil étatique centralisé — semble pouvoir être empêchée en Chine populaire grâce à l'élimination de la corruption, aux mœurs frugales des nouveaux dirigeants, à l'auto-administration locale et surtout au développement des forces productives.
Ce n'est que quand la réforme agraire sera terminée dans toute la Chine et que, dans l'ensemble du pays, sur la base de la concurrence et de l'accumulation privée de millions de petites entreprises
Use présentera une nouvelle paysannes, différenciation des forces sociales au village que le régime de Mao Tse-Tung connaîtra son premier test précieux. Il lui reste plusieurs années de pause avant cette première crise, pause pendant laquelle il s'agit de développer industrie, de relever le niveau de vie, de conscience
(59) D'après les statistiques de 1934 reproduites dans « Le développement du communisme en Chine ». internationale». no de
(60) « Quatrième mai-juillet 1950.
(61) New Ghina News Agency, ...
(63) 22-9-1950. (62) Idem, et d'organisation du prolétariat. Du succès remporté dans ces deux domaines, ainsi que de l'aide que la révolution internationale pourra donner à la Chine, dépendront le sort futur de la révolution chinoise.
La victoire de Mao Tse-Tung a ébranlé les bases de la domination séculaire de l'impérialisme en Asie. Chassant en 1949 le navire de Sa Majesté Amethyst du Yang-tsé à coups de canons, puis chassant en 1950 la fière armée yankee de la Corée du Nord, l'Armée populaire chinoise a renversé les rapports de forces sur lesquels le monde capitaliste reposait depuis un siècle. Elle a ainsi vengé les victimes de l'insurrection des Tai-Ping et des Boxers, les ouvriers de Shanghai de 1927, les paysans du Kiangsi et les millions d'autres victimes de la-sauvagerie impérialiste en Asie. Dorénavant, la Chine n'évoluera plus sous le signe des bandits et de l'opium; l'industrie moderne y avancera à pas de géants et ses pas résonneront comme le glas à l'oreille des industriels de Manchester, de Bombay et d'Osaka (64). Ce n'est pas seulement par les forces révolutionnaires qu'elle libère dans toute l'Asie que la révolution chinoise mine la domination mondiale de l'impérialisme; elle assène également un coup fatal aux assises économiques de l'existence de celui-ci qui résident dans les pays arriérés et sous-développés.
Les ouvriers des pays capitalistes avancés d'Europe et des Etats-Unis ainsi que les prolétaires du Japon, des Indes, de Ceylan, d'Indonésie n'ont pas pour tâche d'imiter la voie sinueuse le long de laquelle Mao-Tse-Tung, après vingt-trois années de souffrances laires de son pays, a réussi finalement à abattre l'ennemi. La voie de Lénine reste pour eux d'autant plus à l'ordre du jour que les forces révolutionnaires des masses s'accroissent continuellement à l'échelle mondiale et que des coups décisifs, qu'une stratégie audacieuse, permettent, comme en octobre 1917, de remporter une rapide victoire. Mais ils ne remporteront pas cette victoire s'ils ne savent pas faire leur, sans sectarisme aucun et sans réserves résultant de l'opportunisme et des erreurs de la direction du P.C. chinois, la cause de la grande révolution chinoise qul, pour un quart de humanite, a chante et chantera pendant de longues années, la Carmagnole du peuple en armes et la Marseillaise des travailleurs.
Le 10 décembre 1950.
(64) Hautement caractéristique de la trans mation de la Chine : ce ne sont plus des matières premières, ce sont des produits mi-finis et des colonnades qui viennent aujourd'hui en tête des exportations de Tientsin, premier port de Chine & Problemes Economiques », 5-121950).