Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 8, n° 8-10

Quelques enseignements de la révolution yougoslave

Pierre Frank · Quatrième Internationale, vol. 8, n° 8-10 · août-octobre 1950 · p. 23-31 · 7 184 mots

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La rupture du P.C. yougoslave d'avec le monde stalinien. loin d'apparaitre comme un evénement parmi beaucoup d'autres dans une époque qui ne manque pourtant pas d'événements importants, soulève un intérêt grandissant dans des milieux de plus en plus nombreux. Les bourgeois même les plus avisés sont en général assez perplexes à l'égard de la Yougoslavie. Dans les milieux ouvriers opposés au stalinisme, les plus sensibles se tournent vers la Yougoslavie avec sympathie, tandis que d'autres, dominés par une stalinophobie morbide, passent à côté de toule étude des faits et se Tancent à perte de vue dans des dissertations sur la bureaucratie et le stalinisme considérés comme des entités en soi. Le mouvement trotskyste s'est orienté le premier, dès la rupture, vers la Yougoslavie parce qu'il a vu dans cette rupture non un fait superficiel et épisodique provenant de quelque combinaison bureaucratique mystérieuse ou machiavélique, mais le produit de l'antagonisme entre les intérêts de la bureaucratie stalinienne et un mouvement de masse — celui des partisans yougoslaves - si puissant quil donna à sa direction la force de tenir tête au Kremlin. Le contrôle bureaucratique, qui avait réussi à étrangler les révolutions dans toute une série de pays importants depuis 1923, se trouvait pour la première fois tenu en échec par un mouvement révolutionnaire de masse. Cela pouvait ne pas être clair en juillet 1948 — quand on ne disposait pour s'orienter que de peu de données précises : la puissance extraordinaire du mouvement des partisans yougoslaves de 1941 à 1945, sa politique anti-Mikhaïlovitch qui ne ressemblait pas à lunion nationale sous la houlette des de Gaulle, enfin la défense par le P.C.Y. du « principe de vérité » au-dessus du « principe d'autorité » et le droit à l'égalité entre tous les P.C. Mais aujourd'hui, en présence d'une abondance de faits, comment hesiter.? Tous ceux qui sont allés en Yougoslavie — indépendamment de leurs conceptions et de leurs conclusions théoriques — ont reconnu que le régime de Tito s'appuyait effectivement sur le prolétariat de Yougoslavie. Tous ceux qui ne prendront pas comme point de départ dans l'affaire yougoslave l'existence de ce mouvement de masse, qui nieront le fait de la révolution yougoslave, ne pourront, quelle que soit leur science, prétendue ou réelle, s'orienter et contribuer à la progression du mouvement ouvrier mondial.

Reconnaître l'existence d'une révolution qui a abouti à la prise du pouvoir en Yougoslavie pose aux militants révolutionnaires. sur le plan théorique, comme tâche de tirer de cette révolution les enseignements susceptibles d'enrichir le marxisme. A quelles conclusions théoriques le P.C.Y. lui-même est-il arrivé de sa propre expérience de direction indépendante du Kremlin?

La Révolution d'Octobre a permis l'acquisition par le mouvement révolutionnaire de toute une série de nouvelles conquêtes théoriques du marxisme au sujet de l'impérialisme et de la conception léniniste du parti révolutionnaire notamment, et c'est précisément pourquoi les révisionnistes se sont en fin de compte acharnés contre celles-ci. La dégénérescence de la Révolution et du parti bolchévik s'est manifestée, sur le plan théorique, par une lutte acharnée contre la théorie de la révolution permanente, telle que Trotsky l'avait développée, pour la première fois, à la lueur de la Révolution russe de 1905. La théorie de la révolution permanente qui est aujourd'hui une des bases essentielles du mouvement trotskyste n'appartenait mêmepas aux fondements théoriques de toute l'opposition de gauche à ses débuts : dans la direction de l'opposition russe, Smirnov. Preobrajensky et Radek notamment y étaient opposés, et ce ful entre autre une des raisons de leur capitulation devant Staline.

Le P.C.Y. se présente sur la base du marxisme-léninisme et offre ses contributions théoriques comme la généralisation des lecons de la revolution vougoslave. Examinons cet acquis présent du P.C.Y. par rapport à la théorie de la révolution permanente. Celle-ci, rappelons-le, doit être vue sous trois moments indissolublement liés entre eux :

a) Dans les pays économiquement arriérés, les tâches de la révolution démocratique bourgeoise ne pourront être résolues que par un mouvement révolutionnaire dirigé par le prolétariat et aboutissant à l'instauration de la dictature du prolétariat; b) Le prolétariat au pouvoir ne sen tiendra pas aux tâches démocratiques bourgeoises, il entamera la construction du socialisme, et la période de la dictature du prolétariat sera une période de

C'est dans une farouche guerre de partisans dirigée contre les troupes d'occupation allemandes et italiennes d'une part, et les forces armées des anciennes classes dirigeantes (chetniks) de Mikhaïlovitch). Comment le P.C.y. analyse-t-il ce combat qui la porte au pouvoir et quelles leçons théoriques en a-t-ll tire ? Comment jugeait-il le nouveau régime qui fut institué par la victoire du mouvement des partisans ? Le P.C.Y. avait — avant même d'être exelu des rangs du Kominform - des divergences avec la ligne stalinienne à l'époque. divergences qui, si elles n'avaient pas été discutées publiquement, n'en apparaissent pas moins quand on compare minutieusement ce que disaient de 1945 à 1948 les Yougoslaves d'une part et les autres partis du Kominform d'autre part. Après les divergences se manifesla rupture, tèrent publiquement assez vite; dans la brochure de Kardelj, « De la Démocratie populaire en Yougoslavie », le probleme du mouvement des partisans, de la force motrice de ce mouvement et du régime instauré par le triomphe des partisans est examiné avec plus de profondeur théorique. En voici l'essentiel, que nous avons déjà eu l'occasion de souligner auparavant (1) :

Etant donné que notre Révolution a commencé à se développer dans les conditions créées par la Guerre de Libérasuerre de Liberation Nationale, elle a eu dans sa pre-

LA CONSTRUCTION

L'histoire de l'Union soviétique a montré que la prise du pouvoir par le prolétariat et l'instauration d'un Etat ouvrier inauguraient — ainsi que Trotsky l'avait indiqué, comme second aspect de la théorie de la révolution permanente — une période de bouleversements incessants dans tous , les domaines. Mais l'expérience de l'Union soviétique s'est faite dans le cadre de réaction politique qui a abouti à la mainmise d'une bureaucratie sur le pouvoir et la société, et, de ce fait, bien qu'il faille tirer les leçons de cette expérience, compte tenu des conditions dans lesquelles elle se déroule,

(1) Voir Quatrième Internationale (janvier 1950). 1950). 24

TERNATIONALE bouleversements dans tous les domaines de la vie sociale; c) La révolution commencée dans un pays sous la direction du prolétariat est une partie de la lutte mondiale du prolétariat et sa victoire définitive ne sera assurée que par l'extension de la révolution et son triomphe à l'échelle mondiale.

Tout le développement de la révolution yougoslave vient s'éclairer à ces ditférents aspects de la théorie de la révolution permanente. miere phase une forme democratiquepopulaire; mais du fait des forces de classes qu'elle a mises en jeu et du rapport interne de ces forces, elle ne pouvait être en fait qu'une révolution sociaListe... Ce qui est fondamental en l'occurence, c'est le caractère du pouvoir et les rapports internes des forces motrices de le des culione et norpus fie maime de la révolution, et non pas le rythme lequel dépend des conditions objectives et des ressources tactiques de la force directrice de la révolution. -

Nous y retrouvons sans ambiguïté le premier aspect de la théorie de la révolution permanente. Il est vrai que Kardelj. dans sa brochure. ajoute que sa généralisation théorique n'est peut-être valide pour des pays d'Extrêmesent tres den le use. expe ceste une comme la et c'est une noise en cours ne manquera certainement pas d'apporter d'une façon d'une autre une clarification sur ce point. Ce qui apparaît de plus en plus certain. c'est au fur et à mesure que s'élargit la lutte des masses coloniales et que celleci devient un des facteurs les plus importants dans la révolution mondiale. que ce qui, en 1905, était dans la pensée de Trotsky une anticipation théorique audacieuse devient, en raison d'expériences douloureuses et grandioses, la propriété d'un nombre grandissant de militants d'avant-garde dans le monde entier.

DU SOCIALISME le mouvement ouvrier, même en ce qui concerne son avant-garde est loin d'avoir accru son capital sur ce point. Cela est dû d'une part aux innombrables mensonges que les staliniens déversent sur la «construction du socialisme» et d'autre part à la révulsion que le régime stalinien engendre. L'épouvantable hypertrophie bureaucratique a été à l'origine de toutes les formes modernes de révisionnisme théorique (collectivisme bureaucratique, etc.). Il n'y a pas de doute que lexpérience yougoslave depuis la rupture avec le Kominform aidera à dissiper une partie des obstacles créés par le stalinisme pour la compréhension du développement de la société vers le socialisme après la prise du pouvoir par les travailleurs.

LA LUTTE POUR LE POUVOIR

LA LUTTE POUR LE POUVOIR

La révolution yougoslave a déjà apporté sur deux points importants des expériences qui ont été analysées et théorisées par les dirigeants du P.C.Y.; ils ont insisté sur le danger de bureaucratisation qui menace la société construisant le socialisme, et — en opposition à ce danger et pour lutter contre lui — sur la nécessité d'une lutte consciente pour étendre la démocratie ouvrière, notamment par la voie d'une participation croissante de la classe ouvrière à la gestion directe des usines et de l'économie.

Sur le premier point, après avoir tout d'abord expliqué l'attitude du P.C. de I'U.R.S.S. par des déviations nationalistes grandrussiennes, communistes yougosiaves se mirent au bout d'un certain temps à dénoncer presque simultanément l'existence d'une caste bureaucratique privilégiée en U.R.S.S. vivant aux dépens du peuple soviétique et des pays satellites, et le danger de bureaucratisation dans les propres rangs leur parti et de leur Etat. Les textes ne manquent pas sur ce danger bureaucratique dans la construction de la société socialiste. Par contre. une explication sociologique développée des causes de ce phénomène n'existe pas - du moins dans les textes publies hors de Yougoslavie (les seuls que nous connaissons). On trouve certes de bonnes choses sur ce point, soit dans la brochure de Kardelj sur la « démocratie populaire » ou dans celle de Djilas sur les « nouvelles voies du socialisme ». Nous n'avons trouvé l'explication la plus substantielle que dans une brève déclaration du président de la République slovène Marinko qui ne visait pas à développer une théorie ou à servir de thème d'étude :

La principale raison de l'existence, en Union Soviétique, du centralisme bureaucratique absolu, doit être cherchée dans le faible développement antérieur des forces productrices. Lorsque le grand élan du développement économique a fait naitre des conditions pour la limitation et l'élimination de la caste bureaucratique, il n'y avait pas de facteur conscient, il n'y avait pas le Parti communiste qui pût mener cette lutte. La caste bureaucratique a marqué de son sceau idéologique le Parti communiste de l'Union Soviétique. S'efforçant de garder ses positions, cette caste fait naitre dans son sein le manque de confiance dans les forces révolutionnaires du peuple et dans l'initiative des masses.

Les conditions historiques y sont assez bien soulignées, pas seulement l'état arriéré du pays au point de vue économique. mais aussi l'écrasement du parti révolutionnaire par la bureaucratie au moment où le développement de l'economie exigeait un développement révolutionnaire dans le sens d'une participation consciente plus grande des masses dans la direction de l'économie et de l'Etat. On notera l'absence de mention en ce qui concerne l'isolement mondial de la Révolution russe.

L'apport des Yougoslaves dans la ques-

NTERNATIONALE tion de la bureaucratie porte surtout-sur la question de la lutte du parti révolutionnaire contre celle-ci. En U.R.S.S., le parti révolutionnaire fut rapidement submergé et en fait il s'exprima sous forme de minorité révolutionnaire dans le sein du parti bolchévik jusqu'à ce qu'elle fût écrasée et exterminée. C'est à la tête de l'Etat yougoslave que le

P.C.Y. mène une lutte consciente contre le danger bureaucratique.

Son principal système de liaison avec les masses jusqua present a été constitué par le «front populaire» qui ne peut en rien être identifié aux « fronts populaires » de triste mémoire de France ou d'Espagne. Ceux-ci se basaient avant tout sur des accords de sommets du P.C et du P.S. avec les soumettant partis de la bourgeoisie, eux l'activité de comités de base formés de représentants des organismes de base des formations participantes; ces fronts populaires poursuivaient une politique de compromis des partis ouvriers avec ces formations bourgeoises. Le Front populaire yougoslave est avant tout dirigé par le P.C.Y.. les formations politiques autres ne jouant qu'un role subalterne; la politique suivie ne comporte nullement de compromis avec les résidus des anciennes classes possédantes de Yougoslavie; le Front populaire vougoslave est notamment uilisé pour permettre un contrôle constant des masses sur les élus des comités populaires. Nous disposons pas encore d'une documentation sur le fonctionnement réel du Front populaire de YougoSlavie: seule une étude minutieuse de celui-ci permettrait de voir ce que cette expérience de liaison des masses populaires avec le parti révolutionnaire dirigeant dans l'Etat prolétarien a de spécifiquement yougoslave, étant donné la structure sociale du pays, et ce qu'elle a de valeur internationale.

Mais les Yougoslaves viennent d'apporter quelque chose de beaucoup plus important pour tout le mouvement ouvrier mondial dans la construction du lisme avec leur dernière mesure relative à la gestion des usines par les conseils ouvriers, L'expérience est beaucoup plus valable parce qu'elle ne concerne pas l'ensemble des masses populaires, si diversiliées dans chaque pays et d'un pays à l'autre, mais le prolétariat industriel То дінетесь qui constitue une classe beaucoup plus homogene dans chaque pays et, malgre des différences historiques - importantes, assez semblable d'un pays à l'autre. De l'expérience du prolétariat yougoslave dans la gestion ouvrière, on pourra tirer des conclusions assez sûres sur cette question relativement à son application dans d'autres pays, y compris des pays économiquement plus développés que la Yougoslavie (2).

(2) Nous n'aborderons pas, (2) Nous n'aborderons Padécentralisation dans cet article, problème de la dans les divers domaines ni celui de la démocratie dans le cadre de la dictature du prolétariat.

PARTI REVOLUTIONNAIRE, ETAT OUVRIER

ET CLASSE

Lors de la présentation de la loi la gestion ouvrière, Tito a prononcé un contenu théorique, Il a examine par son discours tout à fait important

- à la lumière de l'expérience russe — les rapports réciproques entre la classe ouvrière, l'Etat ouvrier et le parti révolutionnaire dans la période de dictature du prolétariat. Il a rappelé l'enseignement de Marx et de Lénine sur la question de Etat, et a notamment envisagé ce que concrètement pouvait signifier une première étape le dépérissement de l'Etat, sur lequel le stalinisme fait la nuit la plus noire. La dictature du prolétariat commence par la création d'un pouvoir d'Etat nouveau, à la suite du soulèvement des masses contre l'ordre capitaliste. Mais ce nouvel appareil d'Etat ne peut être identique à l'ancien, il ne doit pas boucher tous les pores de la société étouffer celle-ci, brimer l'initiative des masses; la répression, indispensable pour empêcher les anciennes couches possédantes de saper le nouveau régime, ne devrait - étant donné que celles-ci constituent qu'une fraction très réduite de la société - tenir qu'une place secondaire parmi les moyens d'assurer la stabilité du régime. L'U.R.S.S. donne en fait un exemple en tous points contraire à ces caractères « normaux », si l'on peut dire, de la dictature du prolétariat. Les nécessités imposées par l'entourage impérialiste ne suffisent pas à expliquer les traits de la dictature stalinienne. L'Etat a été accaparé par la bureaucratie. véritable lutte contre la bureaucratie, ce n'est pas la dénonciation de telle telle tare du nouvel appareil, c'est le passage a des mesures élargissant les Conces de la lassociété, à commene ripatfonctions de la société, à commencer par de la nouvelle société. c'est-à-dire le prolétariat, aux dépens des fonctions primitivement exercées par la machine étalique. I'Etat ouvrier doit être construit de manière à ce que, selon les paroles de Lénine. chaque ménagère, chaque cuisinière puisse le diriger; il s'ensuit qu'il faut retirer au fur et à mesure du possible à l'appareil d'Etat toutes les fonctions qui peuvent être effectuées par la société, organisée librement et démoeratiquement: c'est là la voie du dépérissement de l'Etat. La classe ouvrière doit pouvoir se trouver à l'avant-garde dans cet énorme bouleversement des rapports sociaux Le point névralgique, c'est la capacité de la classe ouvrière à gérer. si n'est d'abord toute l'économie, du moins à une étape aussi rapprochée que possible les usines.

En 1921, au cours de la discussion sur la question syndicale dans le parti bolchévik. Lénine disait que les syndicats soviétiques devaient assurer la défense des intérêts des ouvriers contre leur propre Etat; le fait qu'il mit l'accent sur cel aspect particulier du rôle des syndicats ouvriers dans l'Etat ouvrier sou-

OUVRIERE lignait indirectement le chemin qui restait à parcourir en U.R.S.S. dans la voie du dépérissement de l'Etat; la gestion des usines devait, en raison de la vague réactionnaire, se trouver bientôt dans les mains du « triangle »: directeur, dirigeant de la section syndicale, dirigeant la cellule du P.C. Le directeur de l'usine n'était pas élu par les ouvriers; on sait aussi que les dirigeants de la cellule et de l'organisation syndicale n'étaient pas élus par les membres de la cellule du parti ou par les syndiqués de l'usine. A présent la direction est aux mains d'un seul homme désigné par les organismes d'Etat. La nouvelle loi yougoslave, par contre, tend à étendre la démocratie ouvrière, le directeur devant etre elu par lensemble des ouvriers et la gestion étant exercée par le conseil de l'usine également élu par l'ensemble des travailleurs. Il ne peut être question de considérer une telle mesure d'un point de vue « démocratique » abstrait. Dans le cadre de la dictature du prolétariat, le passage à cette mesure n'est possible que si elle mène à une amélioration du sort travailleurs et un fonctionnement meilleur de la production. Ici intervient le problème du rôle du parti révolutionanire dans la société nouvelle, vue d'étendre les fonctions de la société. c'est-à-dire d'œuvrer au dépérissement de l'Etat.

Dans son exposé, Tito décrivant caractère bureaucratique du régime en U.R.S.S. fut amené à exposer le contenu et le rôle du Parti bolchévik d'aujourd'hui dans le régime stalinien :

Comment Staline pose-t-il la question du rôle du Parti dans l'Etat ? Il n'a nulle part, dans ses œuvres, défini le rôle du parti au premier stade du communisme, c'est-à-dire dans le socialisme. Il réduit le rôle du parti au rôle de dirigeant de l'appareil d'un Etat qui porte encore l'empreinte de la sociélé de classe. Rien d etonnant, par conséquent, si le Parti en Union Soviétique se bureaucralise de plus en plus et se confort ben ancrattinséparable, avec lappareil que de l'Etat, c'est-à-dire s'identifie à cet appareil, en devient partie intégrante. et perd de la sorte la liaison avec le peuple et avec tout ce qui serait son vrai devoir. Ce devoir, . c'est d'être l'organisateur et le participant le plus actif de toutes les tes initiateses pottidus, et tupolitiques, culturelles, contrôle de masse et de participer direc tement et dans tous les domaines à l'activité sociale, c'est de soutenir par son exemple l'essor créateur des masses. Réduire le parti au rôle d'un appareil bureaucratique, d'un engrenage de la machine d'Etat pour la contrainte et l'exécution de toutes sortes de mesures coercitives, est contraire à l'enseignement de Lénine sur le rôle du Parti dans la première phase, la phase de transition, rôle

U A T

RI

EME de guide et d'éducateur et non de gardechiourme. Ces conceptions toutes faites commençaient à être appliquées chez nous aussi, mais nous avons pris les mesures nécessaires, et nous nous garderons bien d'une pareille pratique.

Dans la dictature du prolétariat, Etat et parti ne peuvent être identifies.

L'avant-garde du prolétariat, sa partie la plus consciente, ne peut - tant que pèsera le passé et que subsisteront des différences sociales - s'identifier, se confondre avec l'appareil destiné à résoudre les contradictions sociales du

LA PAIX ET

Sur les deux premiers aspects de la théorie de la révolution permanente, le P.C.Y., par son attitude dans la révolution yougoslave et dans la politique intérieure de l'Etat yougoslave, apporte des réponses qui certainement trouveront une expression dans le programme du mouvement communiste qui commence à se reconstituer; par contre, sur le troisième aspect de la révolution permanente, son aspect international, l'expérience du P.C.Y. est encore très incertaine, et de ce fait pleine de dangers (internes au mouvement révolutionnaire, il va s'en dire), tant pour la Yougoslavie que pour le mouvement international.

Il est certain que, daus ce domaine comme dans les autres. les Yougoslaves n'ont pas dit leur dernier mot; ils évoluent au fur et à mesure que les prolèmes se posent beaucoup plus concrètement à eux. A vrai dire, la rupture avec le Komintorm soulevait a elle seule le problème de la révolution mondiale, nais elle le fit sous un angle tres particulier, celui des rapports entre Etat: ouvriers. Les Yougoslaves dénoncèrent à juste titre le maintien de rapports de type capitaliste entre Etats ouvriers.

dangers provenant dans ce domaine de l'existence du marché capitaliste avec lequel ces Etats devaient nécessairement commercer. Sur ce point, la contribution des Yougoslaves fut très positive. Mais un élément de confusion s'introduisit à l'époque du fait que, pour les Yougo slaves, le parti bolchévik, ainsi que tous les autres partis du Kominform. étaient encore des partis révolutionnaires, et non les instruments politiques du ! Kremlin et de la bureaucratie de T'U.R.S.S. Les communistes yougoslaves revendiquaient à juste titre des rapports d'égalité entre les partis révolutionnaires de tous les pays. Mais, ayant subi le « rôle dirigeant » du P.C. de TO.R.S.S. dans le Kominform, ils en tirerent la conclusion fausse qu'une Internationale révolutionnaire n'était pas nécessaire. Il est assez difficile de dire a quel degré dévolutior sur ce point est parvenu aujourd'hui le P.C.Y. Il est d'ailleurs fort compréhensible que c'est un problème extrêmement moment en vue d'assurer l'équilibre et • la défense de la société en marche vers le socialisme. Le parti révolutionnaire doit poursuivre, dans un cadre nouveau et avec des moyens considérablement plus importants, sa tâche fondamentale d'éducateur des masses travailleuses dans la construction de la société nouvelle. avec ses énormes bouleversements dans tous les domaines. Tout autant que dans la société capitaliste, le parti révolutionnaire doit constituer l'avant-garde, celle qui, par toute son activité, donne l'exemple à l'ensemble de la société. LA GUERRE compliqué pour un parti qui se trouve à la tête du pouvoir dans un petit pays placé dans les conditions extrêmement difficiles de la situation mondiale présente.

Mais on doit souligner que leur confusion sur la question du mouvement ouvrier international les a placés sur une position fausse et très dangereuse en ce qui concerne le probleme de la paix et de la guerre qui lui est étroitement lié.

La position de Lénine sur la question de la guerre est dépourvue de toute équivoque. Il suffit de lire ou de relire les articles de « Contre le Courant» et ses instructions à la délégation soviétique se rendant à une conférence d'organisations ouvrières à La Haye (1922). La guerre est, selon la formule de Clausewitz, la continuation de la politique par d'autres moyens. Quelle que soit l'idéologie utilisée par les belligérants, les marxistes prennent position dans chaque conflit en fonction de l'analvse de classe à laquelle ils se livrent et non en fonction de données géographiques, idéologiques, morales, ete. La guerre mondiale est un produit du regime capitaliste. Il existe des tâches spécitiques de imite contre la guerre et la preparation a la guerre que doit remplir le parti du prolétariat. L'action des masses travailleuses peut, dans certaines conditions, faire reculer léchéance de la guerre mondiale; mais sans renversement du régime capitaliste dans le monde, la guerre ne pourra être abolie comme moyen de lutte entre puissances. Sur toutes ces questions, la bureaucratie stalinienne a depuis environ vingt-cinq ans peu à peu développé une série d'idées absolument opposées au léninisme. Dans les premières années où la fraction stalinienne s'empara de la direction du parti bolchévik, à un moment où elle était encore une fraction du mouvement communiste, elle introduisit un premier élément de révision du léninisme en séparant la lutte pour la défense de TU.R.S.S. de la lutte pour la prise du pouvoir. Pour les Partis communistes, la défense de TU.R.S.S. devint une tache en soi qui n'était plus liée à la marehe

LA REVOLUTION MONDIALE

LA REVOLUTION MONDIALE

QUATRIEME du prolétariat mondial vers le socialisme. D'année en année, la défense de l'U.R.S.S. se modifia pour s'identifier à la défense de la bureaucratie contre-révolutionnaire qui dirigeait l'Union soviétique et cet objectif devint la raison d'être essentielle des P.C.. ceux-ci utilisant les luttes des masses pour tenter d'orienter la politique extérieure des différents pays dans le sens des intérêts de la diplomatie soviétique.

Mais cette politique, en se poursuivant. a entraîné dans le bagage idéologique des partis staliniens toute une série d'idées que nous retrouvons, encore, dans l'arseavec le Kominform. Quelles sompture nal du P.C.Y. en dépit de sa rupture idées antiléninistes sur la guerre et la paix que les staliniens ont développées? Selon Staline, une coexistence pacinque est possible entre les deux systèmes sociaux (3). La guerre n'étant ainsi plus le produit inévitable du régime capitaliste, le capitalisme dans son ensemble n étant plus responsable de la guerre. celle-ci devient le moyen de la politique d'une partie des capitalistes, animée de desseins agressi/s. Il en résulte qu'il n'est plus nécessaire de renverser le régime capitaliste pour éliminer la guerre, suffit de parvenir à dresser une forte pression de l'opinion publique — y compris les fractions capitalistes non agressives pour faire reculer les fauteurs de guerre. Et, si cette pression s'avérait insuffisante, l'agresseur se dévoilerait du moins devant tous comme le véritable fauteur de la guerre. Cette conception est intimement apparentée aux concepreformistes de transformation la société capitaliste en société socialiste, ette transformation s'effectuant par une entente avec la fraction compréhensive. « progressive » du capitalisme contre ses fractions réactionnaires pour pratiquer une politique de réformes dans la collaboration de classe; elle substitue à l'analyse marxiste et à la lutte de classes un jeu avec des catégories idéologiques petites bourgeoises et la pratique de la collaboration des classes. Dans la question de la guerre. elle livre ceux qui s'y laissent prendre à une notion emplovée par la diplomatie pour égarer l'opinion publique. surtout petite bourgeoise. la notion de «l'agresseur ». Cette notion de l'agresseur a été savamment mise à contribution par les impérialistes; chaque fois qu'ils ont voulu se livrer à une expédition coloniale, ils se sont présentés en victimes innocentes de sauvages qui ne comprennent pas les bienfaits qu'on veut faire pleuvoir sur leur pays. Le grand art de la diplomatie, c'est de permettre de dresser T'opinion publique au moment opportun pour la défense de la «pauvre petite Belgique ». de la « pauvre petite Finlande », de la pauvre Corée du

(3) Lors l'Assemblée générale 1'O.N.U. Vichinskv que telle n'était pas la tenue à Paris en 1949, Bevin rapchinsky désavoua Lénine; par contre, le dépela conception de Lénine. L'ex-menchévik Vichinsky légué yougoslave Bebler eette session

Lénine avait encore raison.

dra que lenine avait encore son

TERNATIONALE Sud attaquée par un agresseur sans serupule.

communistes yougoslaves gardé. sur le plan des rapports internationaux. presque tout le bagage théorique appris à l'école stalinienne et ils ont cherché à l'appliquer à la situation propre de leur pays, dans l'échiquier mondial actuel. Ayant à juste titre refusé de diriger leur pays au profit de la bureaucratie de Moscou, les Yougoslaves se sont trouvés indépendants des deux bloes rivaux dans le monde. Mais ces deux blocs ne peuvent laisser ce petit pays, où le capitalisme a été détruit et où le prolétariat tend à donner un exemple de direction indépendante des vieilles directions ouvrières bureaucratisées, libre d'agir à sa guise. Le gouvernement de Moscou, suivi par ses satellites, a engagé une lutte pour briser la direction du P.C.Y. ou la jeter dans le camp impérialiste; cette lutte a pris le caractère brutal d'un blocus économique qui ne peut pas être considéré comme une mesure en soi mais comme une étape vers une guerre. au cas où le blocus ne donnerait pas les résultats recherchés. D'autre part, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont rapidement vu dans la Yougoslavie un Etat dont on pouvait tenter d'exploiter la situation économique pénible au profit du capitalisme et de la lutte contre l'Union soviétique. Bien entendu. il n'était pas question pour le State Department ou le Foreign Office de montrer brutalement objectifs visés, mais il s'agissait par une pression appropriée d'arracher peu à peu des concrédit auprès des masses ouvrières dans cessions minant lEtat ouvrier et son le monde. Tout en se combattant âprement, le capitalisme américain et la bureaucratie soviétique se rencontrent sur un point: forcer chacun dans le monde entier à suivre l'un ou l'autre, ne pas permettre que les masses trouvent une direction indépendante.

Au lieu d'expliquer cette situation en ces termes et de comprendre que la seule issue à leur pays, c'est la lutte révolutionnaire du prolétariat dans le monde, au lieu d'aider celle-ci, dans la mesure de leurs possibilités et dans les formes appropriées à leur situation, les communistes yougoslaves ont été impressionnés fait que les travailleurs commupar le nistes n'ont pas rompu en masse avec Moscou sur la question de la Yougoslavie et qu'au cas où les satellites soviétiques leur feraient la guerre. ils auront besoin l'acheter des armes aux puissances capitalistes (4).

(4) Tout conflit dans la période impérialiste n'est pas nécessairement une partie d'une Querre mondiale a même eté constituée par combinaison d'une guerre impérialiste, guerre impérialiste. même été constituée deuxième par puissances impérialistes, pour l'hégeentre monie mondiale: d'une guerre de défense d'un Etat ouvrier, PU.R.S.S., contre Pimpérialisme antiimpérialiste de la Chine contre le Japon. allemand; et aussi d'une guerre

1.a victoire remportée sur les impérialismes allemands et japonais a rapidement dissocié

Vue sous l'angle des conceptions apprises à l'école stalinienne, cette situation les a amenés à élaborer la théorie suivante. La guerre provient du fait de grandes puissances qui veulent imposer leur politique aux petits pays qui s'attaquent aux petits pays. Pour ceuxci, la seule garantie possible, c'est de soumettre leur cause à F'O.N.U. qui doit faire triompher le principe de l'égalité de tous les pays, grands et petits. Pour que ces principes soient respectés l'O.N.U. et dans le monde, Yougoslaves pensent également qu'il suffit de développer pression suffisamment puissante de l'opinion publique dans monde. De là. tout d'abord, le mouvement de la paix dans leur pays qui adopte la position suivante :

Les différences de structure sociale entre Etats ne devraient pas étre la cause d'une menace pour la paix dans le monde, mais la source essentielle du danger de guerre consiste actuellement dans la politique des sphères d'intérêts, de non-égalité entre les Etats, d'immix tion dans la vie intérieure des autres pays et davidité sur le plan économique.

La responsabilité de la guerre froide incombe tout d'abord à certains milieur qui s'efforcent de séparer le monde en deux blocs et de réduire les autres pays au rôle de simples satellites de l'un ou de Tautre camp. Ces milieux mènent une action directe menaçant les acquisitions pour lesquelles les peuples ont lutté au cours de la seconde guerre mondiale. Les grandes puissances s'immiscent dans la vie intérieure des petits pays et même de certains grands : on désigne ceux qui devront ou ne devront pas être représentés dans le gouvernement d'un pays. on ouvre la voie à l'établissement de régimes vassaux les plus réactionnaires. ou bien encore on applique une politique de domination par la nomination de généraux-gouverneurs. On crée sur des territoires étrangers des bases militaires et on maintient des troupes, non seulement dans les pays qui ont été vaincus au cours de la guerre, mais encore sur les territoires de pays qui furent des alliés.

D'une manière ou d'une autre, ces miheux appliquent, en fait, sous couvert de divers « plans » ou d'« aide généreuse » une politique dasservissement economique de certains pays qu'ils considèrent comme se trouvant dans leur les divers éléments qui s'allièrent. mais ne se confondirent pas, au cours de celte guerre. En outre, en Yougoslavie, la guerre contre les armées impérialistes d'occupation se doubla d'une lutte contre les forces armées des vieilles classes dirigeantes et c'est cet aspect qui fut de loin prédominant dans les combats de Yougoslavie: les partisans yougoslaves, armés en partie par l'impérialisme ont mené une guerre révolutionnaire. Nous voyons aussi à présent qu'il faut aussi envisager la possibilité d'une guerre menée par la bureaucratie de Moscou contre un Etat ouvrier qui s'est émancipé de sa tutelle. Rien ne serait plus faux et plus dangereux que d'identifier automatiquement chaque conflit à la troisieme guerre mondiale qui se prépare, mais qui n'est pas encore là.

NTERNATIONALE sphère d'intérêts. Cette seulement ditique ne sapplique plus aux petits pays arriérés, mais également à des pays aussi développés que le sont les pays • d'Europe.

Dans le même sens s'exprime la déclaration de Villiacus, Rogge et Cassou.

Au cours de la tension internationale qui s'est développée cet été à la suite du déclenchement des hostilités en Corée, tout le vice de la position des Yougoslaves n'a pas manqué de se révéler. Le P.C.Y., en tant que parti, n'a pas pris officiellement position l'Etat yougoslave s'est situé par les votes et declarations au Conseil de Sécurité. C'est celles-ci qui nous serviront à montrer l'erreur et le danger des conceptions des Yougoslaves en matière internationale. Nous ne dénions nullement le droit et même la nécessité pour l'Etat yougo Slave de louvoyer sur larène internationale: en ce sens les votes d'abstention des délégués yougoslaves sont compréhensibles. mais certaines déclarations n'étaient nullement nécessaires et. en l'absence de toute position officielle du P.C.Y., elles en tiennent lieu auprès de l'opinion ouvrière mondiale.

Ce qui se passe en Corée ne présente fondamentalement pas de différence avec ce qui se passe en Chine ou au Vietnam. Ho-Chi-Min contre Bao-Dai soutenu par l'impérialisme, Mao-Tsé-Tung contre Tehang-Kaï-Chek soutenu par l'impérialisme, Kim Ir Sem contre Syngman Rhee soutenu par l'impérialisme. Dans chaque cas, il s'agit du puissant soulèvement des peuples de l'Extrême-Orient contre le joug impérialiste maniant plus ou moins heureusement quelques représentants des vieux régimes; dans chaque cas, la direction du mouvement des masses appartient à un parti stalinien (plus ou moins fortement dépendant du Kremlin). L'intervention de l'impérialisme a varié d'un pays à l'autre. En Chine, l'aide donnée à Tchang-Kaï-Chek a consisté en crédits et en matériel, sur une grande échelle. mais elle ne s'est pas manifestée sur le plan d'une intervention militaire, devant laquelle les Américains renoncent pour des raisons de stratégie mondiale; Vietnam, l'impérialisme français intervient directement en raison de la faiblesse de son « empereur » de pacotille. En Corée, devant leffondrement du régime de « la Corée du Sud » (une création des accords de Yalta et de Potsdam. les Etats-Unis sont intervenus directement. sans ménager leurs forces, et en se couvrant de la façade des « Nations Unies ».

Or, les Yougoslaves qui ont pris position pour Ho-Chi-Minh et Mao-Tse-Tung comme leaders du mouvement d'indépendance nationale de leurs pays respectif. indépendamment de la nature de leurs relations envers le Kremlin, se sont — dans la question de la Corée — prononcés différemment. Ils ont tout d'abord tenté de se tenir à égale distance des deux parties, « la Corée du Nord » et ‹la Corée du Sud». A l'O.N.U., ils ont commencé par demander que les deux

QUATRIEME 1 N parties soient entendues. Puis, le conflit s'exacerbant, ils se sont retugies dans une abstention qui cachait mai la posttion difficile dans laquelle ils se trouvent. Finalement, par une déclaration, puis par un discours à l'O.N.U., Kardeli prend la position suivante :

...Les événements de Corée sont la conséquence directe de la politique de division de ce pays et de l'immixtion dans ses affaires intérieures.. Il est clair qu'il existe en Corée une puissante démocratie populaire et un mouvement de libération qui tendent à l'indépendance et à l'uni/cation du pays ainsi qu à leloignement des institutions réactionnaires héritées du passé... Ladite question coréenne ne peut donc être résolue tant que le peuple coréen ne sera pas indépendant et unifié et tant qu'il n'aura pas un gouvernement qu'il aura élu démocratiquement.. Cependant, le gouvernement de la R.l.P.Y. estime que la politique actuelle du gouvernement nord-coréen ne sert pas la réalisation de l'indépendance et de l'unification du peuple coréen. Qu'il considere ou non cette guerre comme une querre civile, elle devait en pratique et inévitablement menacer la paix mondiale. Ceux qui inspirent la politique et les actes du gouvernement nord-coréen se sont laissés aller à un jen de politique d'agression... Les Nations Unies devraient s'efforcer de trouver une solution qui aboutirait à la cessation des hostilités, au rétablissement provisoire — tant que le peuple coréen ne sera pas unifié -de Tancienne ligne de démarcation du 38° parallèle...

Si les événements de Corée sont « la conséquence directe de la politique de dIvIsIon de ce pays», c'est-à-dire des accords de Yalta et de Potsdam, eta de l'immixtion dans ses allaires interieures » (et Kardelj vise par ces mots Moscou), on ne voit pas comment on peut parier d'une politique d'agression dans Taction du gouvernement de la Corée du Nord; et comment on peut ignorer que la guerre actuellement aboutit à remplacer l'immixtion de Moscou par celle de Washington, en la personne de Mac Arthur et avec la bénédiction des Nations Unies. Qu'il considère ou non cette guerre civile, elle devait en pratique et inévilablement menacer la paix mondiale, dit Kardelj; mais dans quelle guerre civile ne verrons-nous pas aujourd'hui Moscou et Washington intervenir d'une façon ou d'une autre? D'ailleurs, qu'avons-nous en Corée ?

La guerre de Corée qui commença comme une guerre civile a été rapidement transformée en une lutte antiimpérialiste de l'écrasante majorité du peuple coréen contre l'intervention armée de l'impérialisme américain. En ce qui concerne « l'intervention soviétique » dans cette guerre, il est hors de doute qu'une quantité un peu plus grande, surtout un certain nombre d'avions, a fait défaut. De toute façon, si la théorie d'une grande puissance voulant imposer à un petit pays une politique déterminée et un régime pour assurer cette politique 30

TERNATIONALE devait être appliquée, c'est bien en Corée quand Mac Arthur est intervenu sur ordre de Truman. Mais les déclaratons de Kardelj, tout en réaffirmant une fois encore le droit à l'autodétermination de chaque peuple, découvrent en Corée, à la différence du Vietnam ou de la Chine, que c'est un conflit de deux grandes puissances dont la Yougoslavie se tient écartée.

De telles déclarations sont extrêmement préjudiciables à tous les points de vue pour les communistes yougoslaves eux-mêmes. Il est certain que, chez les peuples coloniaux où l'on suit avec attention et sympathie l'expérience yougoslave comme celle d'un petit pays agissant indépendamment des deux grandes puissances, la position prise dans le confit coréen a élé très décevante, Dans la crise des partis staliniens, les militants communistes qui se demandent pourquoi Staline n'a pas donné des avions et des armements suffisants aux Coréens, ne trouvent aucun encouragement, au contraire, de la part des Yougoslaves.

Les contradictions dans les déclarations de Kardelj. tions de Kardel ainsi que les distestes ainsi que tions purement de la R.P.F.Y. sur « lagression » démontrent lumineusemeni linconsistance de toutes les défendaient de paix et sur eux la agents du ne pourront de positions diques. La conceptions de base que les Yougoslaves en matière de guerre et arsen dse combien pese Kominform. Ce danger. ils pas le combattre en partant fausses ou de notions juribureaucratie stalinienne s'efforce d'exploiter à son profit les mouvements des masses coloniales tout comme ceux des masses ouvrières et s'attaque à ces mouvements quand ils échappent à son contrôle, mais l'impérialisme écrase ces mouvements dans tous les cas. Les principes de la Charte de FO.N.U. ont servi à couvrir du drapeau de cette institution la mise à feu et à sang de la Corée, le massacre d'une population héroïque mais faiblement armée sous l'accumulation des moyens du puissant impérialisme américain. Quant à la pression de l'opinion publique, les comités de paix de tous les pays, les signatures de l'appel de Stockholm, etc., ils se sont envolés comme une volée de moineaux au premier coup de fusil. L'impérialisme ouvrit ses bureaux de recrutement; le mouvement ouvrier, prisonnier d'idéologies de source petite bourgeoise, fut incapable d'organiser une lutte pour la défense du peuple coréen. Personne ne demandait et ne peut demander à la Yougoslavie - dont le peuple a fait tant de sacrifices pour la cause du socialisme - une intervention matérielle; du moins ne devait-elle pas s'égarer dans le verbiage des Nations Unies. Aujourd'hui, les communistes yougoslaves ont encore la possibilité de redresser leur position en la matière. Quand ils furent odieusement calomniés par les staliniens les accusant d'avoir poignardé dans le dos les partisans grees, ils démontrèrent sans diffieulté que c'étaient les staliniens euxmêmes qui avaient monnayé la lutte des

VATRIEME I partisans grecs pour un accord très limité avec l'impérialisme. Ils peuvent démontrer de la même façon que Staline a, par l'absence d'aide effective aux Coréens, poignardé ceux-ci et les masses révoltées de l'Extrême-Orient, pour parvenir à des accords avec l'impérialisme. Yougoslaves par rapport Positions des Nous avons étudié les positions des chacune des parties de la théorie de la révolution permanente. Mais celle-ci constitue un tout. Le mouvement historique de l'humanité vers le socialisme n'est pas constitué par la juxtaposition de mouvements nationaux avançant indépendamment les uns des autres à des vitesses différentes; une profonde unité existe entre tous ces mouvements nationaux, les succès aussi bien que les défaites de l'un réagissant sur tous, que ces mouvements soient ou non parvenus à conquérir le pouvoir, malgré tous les progrès politiques et théoriques accomplis par les Yougoslaves grâce à leurs torces propres dans le domaine de la lutte pour le pouvoir et dans celui de la construc tion du socialisme dans le cadre de leur pays, leur confusion ou leurs reculs sur le plan international peuvent annihiler pratiquement tous les progrès et menacer l'existence même de la révolution

NTERNATIONALE yougoslave. En ce qui concerne l'Union soviélique, la politique de la Société des Nations, des comités de paix avec des « compagnons de route » contre les agresseurs fascistes, de « défense de l'U.R.S.S. » au moyen de combinaisons substituées à la lutte révolutionnaire internationale du prolétariat a failli la mener au bord de la défaite au cours de la deuxième guerre mondiale; une telle politique serait mortelle pour un petit pays comme la Yougoslavie. Bien que les communistes yougoslaves n'aient pas rencontre au cours des deux annees écoulées Taide du prolétariat mondia! à laquelle ils avaient et ont droit, c'est encore la seule sur laquelle ils peuvent termement compter, bes compagnons de route à la Villiacus ne modilieront pas d'un iota la politique de Staline envers la Yougoslavie; les ouvriers du monde entier seuls peuvent mettre un terme à l'emprise bureaucratique en la brisant. Mais pour que l'action ouvrière internationale se montre plus ferme et plus rapide, il faudrait que les communistes yougoslaves aboutissent à des positions claires pour la reconstruction d'un mouvement communiste international et les formulent vigoureusement. Ils ont déjà fait beaucoup, et ils peuvent encore faire beaucoup pour ce renouveau révolutionnaire.

25 Septembre 1950.

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