La guerre de Corée et la position prise par différents courants anti-staliniens du mouvement ouvrier international ont à nouveau soulevé des questions fondamentales de la politique du prolétariat révolutionnaire : la nature de l'U.R.S.S., sa politique extérieure, les critères à employer pour déterminer le caractère de classe d'une guerre et l'attitude à adopter, etc. Nous publions ci-après des extraits d'articles de L. Trotsky écrits entre septembre 1939 et août 1940 (date de son assassinat) et dans lesquels il répond à des questions analoques soulevées au cours de la lutte menée à cette époque par Max Shachtman à l'intérieur du Socialist Workers Party des Etats-Unis. Ces articles, réunis dans l'ouvrage « Défense du marxisme », sont encore inconnus du public français.
Impérialisme
Peut-on qualifier d'impérialisme l'expansion actuelle du Kremlin ? Tout d'abord, nous devons établir le contenu social inclus dans ce terme. L'histoire a connu « impérialisme » de l Etat romain, basé sur l'esclavage, Timpérialisme du propriétaire foncier féodal, l'impérialisme du capital commercial et industriel, l'impérialisme de la monarchie tsariste, etc. La force motrice derrière la bureaucratie de Moscou est indubitablement la tendance à étendre son pouvoir, son prestige, ses revenus. C'est l'élément de « l'impérialisme », dans le sens le plus large du qui fut une propriété dans le passé de toutes les monarchies, oligarchies, castes dirigeantes. états médiévaux et classes. Toutefois, dans la littérature contemporaine, au moins dans la littérature marxiste, on entend par impérialisme la politique erpansionniste du capital financier, qui a un contenu économique très nettement défini. Employer le terme « impérialisme » pour definir la politique extérieure du Kremlin - sans expliquer exactement ce que cela veut dire signifie simplement identifier la politique de la bureaucratie bonapartiste à la politique du capitalisme monopoleur, sous prétexte que l'un et lautre emploient la force militaire pour s'étendre. Une telle identification qui est seulement capable de semer la contusion est beaucoup plus propre à des démocrates petits bourgeois qu'à des marxistes.
Continuation de la politique de l'impérialisme tsariste
Le Kremlin participe à un nouveau partage de la Pologne, le Kremlin met la main sur les Etats baltes, le Kremlin s'oriente vers les Balkans, et l'Afghanistan; en d'autres termes, le Kremlin continue la politique de l'impérialisme tsariste N'avons-nous pas, dans ce cas. le droit de qualifier d'impérialiste la politique du Kremlin ? Cet argument historico-géographique n'est pas plus convaincant qu'aucun autre, La révola dons prolétart meme de enquérir et, pendant un e iutre. La révolution de T'empire tsariste s'ellorca des conquit les Etats baltes; elle tenta de pénétrer en Roumanie et en Perse et à un certain moment conduisit ses armées jusqu'à Varsovie (1920). Les lignes sion révolutionnaire étaient les mêmes que celle du tsarisme, car la Révolution ne change pas les conditions géographiques. C'est précisément pourquoi les menchéviks, à cette époque, parlaient déjà d'impérialisme bolchevique emprunté aux traditions de la diplomatie tsariste. La démocratie petite bourgeoise recourt argument encore maintenant. Nous n'avons aucune raison, je le repete, de limiter sur ce point.
(Encore et encore sur la défense de l'U.R.S.S., 18 octobre 1939.) 32
La guerre sovieto-finlandaise La résolution de l'opposition sur la question de la guerre soviéto-finlandaise est document qui pourrait être signé, peut-être avec quelques légers changements, par les bordiguistes, Vereecken, Sneevliet, Penner Brockway, Marceau Pivert et Cie mais en aucun cas par des bolcheviks-léninistes. Basée exclusivement sur des traits de la bureaucratie soviétique et sur le seul fait de «l'invasion ». la résolution est dépourvue du moindre contenu social. Elle place la Finlande et T'U.R.S.S. même plan et, sans équivoque. «condamne, rejette et oppose les deux gouvernements armées ». remarqué cependant que quelque chose n'allait résolution, sans qu'on s'y attende et sans aucun lien avec le texte. ajoute : « Dans l'application (!) de cette perspective, la IV• Internationale devra naturellement (quelle merveille, ce « naturellement ») prendre en considération (! les rapports économiques différents de la Finlande et de la Russie. » Chacun de ces mots est une perle. Par circonstances « concrètes ». nos amoureux du « concret » veulent dire la situation militaire, l'état d'esprit des masses et en troisième lieu les régimes économiques différents. Comment ces trois circonstances « concrètes» précisément « prises en considération », la résolution n'en donne pas la Si l'opposition oppose également « les deux gouvernements et leur armées » relativement à la guerituation militaire et dans les régimes sociaux? En délinitive, rien de tout « comment prendra-t-elle en considération» les différences qui existent ceci n'a de sens.
Afin de punir les staliniens de leurs crimes incontestables, la résolution. à la remorque des démocrates petits bourgeois de toutes nuances, ne mentionne meme pas d'un mot ce fait que l'Armée rouge exproprie en Finlande les gros propriétaires fonciers et introduit le contrôle ouvrier tout en préparant lexpropriation des capitalistes.
Demain les staliniens étrangleront la classe ouvrière finlandaise. Mais aujourd'hui ils sont en train de donner. ils sont obligés de donner une impulsion formidable à la lutte de classe dans sa forme la plus aiguë. Les dirigeants de lopposition construisent leur politique non sur le processus «concret » des événements qui ont lieu en Finlande, mais sur des abstractions démocratiques et de nobles sentiments. guerre civile dans laquelle l'Armée rouge se trouve. " Theure actuelle, dans le meme La guerre soviéto-finlandaise est apparemment en train de se compléter camp que les petits paysans et les ouvriers finlandais, tandis que l'armée finlandaise bénéficie du soutien des classes possédantes, de la bureaucratie ouvrière conservatrice et des impérialistes anglo-saxons. Les espoirs que l'Armée rouge éveille parmi les masses pauvres de Finlande se révéleront, à moins de l'intervention de la révolution mondiale, une illusion; la collaboration de l'Armée rouge avec les masses pauvres ne sera que temporaire; le Kremlin tournera bientôt ses armes contre les ouvriers et les paysans finlandais. Nous savons tout cela aujourd'hui et nous le disons ouvertement en matière d'avertissement. Mais dans cette guerre civile « concrète » qui a lieu sur le territoire finlandais, quelle position « concrète » les partisans « concrets » de la IVe Internationale doivent-ils prendre? S'ils ont combattu en Espagne dans le camp républicain en dépit du fait que les staliniens étranglaient la révolution socialiste,
Use doivent, pour le moins, de prendre place en Finlande dans le camp où les staliniens sont forcés de soutenir l'expropriation des capitalistes.
Nos innovateurs bouchent les trous de leur position avec des phrases pleines de violence. Ils qualifient la politique de l'U.R.S.S. d'« impérialiste ». enrichissement de la science ! A partir d'aujourd'hui seront taxées d'impérialisme la politique étrangère du capital financier et la politique d'extermination de ce capital financier. Ceci contribuera sérieusement à la clarification des des travailleurs ! Mais en même temps — s'écrira disons le tres irrétléchi stanley le Kremlin soutient la politique du capital financier allemand! Cette objection basée sur la substitution d'un problème à un autre, et sur la dissolution du concret dans l'abstrait (l'erreur habituelle de la pensée vulgaire).
Si demain Hitler était forcé d'envoyer des armes aux Indiens insurgés, les ouvriers révolutionnaires allemands devraient-ils s'opposer à cette action concrète par des grèves ou le sabotage ? Au contraire, ils devront s'assurer que les insurgés recoivent leurs armes le plus tôt possible. Nous espérons que cela est clair pour Stanley. Mais cet exemple est purement hypothétique. Nous lavons employé afin de montrer que même un gouvernement fasciste du capital financier peut, dans certaines conditions, révolutionnaire national essayer de l'étrangler le lendemain). Hitler ne soutiendra jamais, quelles que soient les circonstances, une révolution prolétarienne, par exemple en France. Quant au Kremlin, est pour le moment obligé et ceci n'est pas une situation hypothétique réelle — de provoquer un mouvement révolutionnaire social en Finlande (afin d'essayer de l'étrangler politiquement demain). Donner à un mouvement révolutionnaire social défini le nom général d'impérialisme, sous le seul prétexte qu'il est provoqué, et en même temps étranglé par le Kremlin, ne fait que témoigner d'une incontestable pauvreté théorique et politique.
Il est nécessaire d'ajouter que l'extension du concept d'« impérialisme » n'a même pas l'attrait de la nouveauté. A l'heure actuelle non seulement les « démocrates »
mais également la bourgeoisie des pays démocratiques qualifient d'impérialiste la politique soviétique. Le but de la bourgeoisie est transparent: il est d'effacer les sociales qui existent entre l'expansion capitaliste et l'expansion soviétique, afin de dissimuler le problème de la propriété et d'aider, de cette manière, le véritable impérialisme. Quel est le but de Shachtman et des autres? Ils ne le savent pas eux-mêmes. Leur nouvelle terminologie les conduit objectivement à cent lieues de la terminologie marxiste de la IV° Internationale et les approcne terminologie des « démocrates ». Ce fait, hélas! prouve une fois de plus la sensibilité extrême de l'opposition à la pression de l'opinion publique petite bourgegoise.
(Une opposition petite bourgeoise duns le « Socialist Workers Party », 15 décembre 1939.)
L'abstrait et le concret; l'économie et la politique
« L'Etat et le caractère de la guerre » est la partie la plus lamentable du lamentable opuscule de Shachtman. « Quelle est donc notre position?» demande l'auteur. « Tout simplement ceci : il est impossible de déduire directement notre politique dans ine guerre specifique a partir dune caractérisation abstraite du caractère de classe qui dominent dans cet Etat. Notre politique doit découler d'un examen de l'Etat implique dans a guerre, et plus particulièrement des formes de propriété caractère de la guerre, en relation avec les intérêts de la révolution socialiste internationale » (souligné par moi). Quelle confusion! Quel enchevêtrement de sophismes! S'il n'est pas possible de déduire directement notre politique du caractère de classe de l'Etat, pourquoi ne pourrions-nous pas le faire indirectement ? Pourquoi l'analyse du caractère de l'Etat doit-elle être abstraite, tandis que l'analyse du caractère de la guerre est concrète? Pour s'exprimer formellement, on peut dire avec autant de validité el, en fait, d'une manière beaucoup plus légitime, que notre ligne politique vis-a-vis de TU.R.S.S. peut se déduire non partir d'une caractérisation abstraite de la guerre comme étant « impérialiste », mais uniquement au moyen d'une analyse concrète du caractère de l'Etat dans la situation historique donnée. Le sophisme fondamental sur lequel Shachtman construit tout le reste est assez simple : dans la mesure où la base économique ne détermine pas immédiatement les événements dans la superstructure, dans la mesure où le seul caractère de classe de l'Etat est insuffisan! pour déterminer les lâches pratiques, alors.. alors nous pouvons nous en tirer sans examen de l'économie et de la nature de classe de l'Etat. en les remplacant par ce que Shachtman, dans son jargon journalistique. dénomme la « réalité des événements vivants » (op. cit., page 14).
Le même artifice qui fut utilisé par Shachtman pour justifier son bloe philosophique avec Burnham (le matérialisme dialectique ne détermine pas immédiatement notre politique, par conséquent... ‹ tâches politiques concrètes ») est répété ici mot pour mot à propos de la sociologie il ne s'applique pas d'une manière generale aus marxiste: dans la mesure où les formes de propriété ne déterminent pas immédiatement la politique d'un Etat, marxiste par-dessus bord dans la détermination des « tâches politiques il est par conséquent possible général de jeter la sociologie concrètes ». Mais pourquoi s'arrêter en chemin ? Puisque la loi de la valeur du travail ne sélection naturelle ne déterminent ni « directement » ni « immédiatement » la naisdétermine ni « directement » « immédiatement » les prix, puisque les lois de la sance du cochon de lait; puisque les lois de la gravitation ne déterminent ni « direc-
« immédiatement » la chute d'un policier ivre dégringolant l'escalier. alors... alors laissons Marx, Darwin, Newton et tous les autres amoureux d'« abstracramasser la poussière sur les planches des bibliothèques. Ce n'est là rien moins qu'un enterrement solennel de la science, car après tout le cours entier du développement de la science procède des causes «directes » et « immédiates » aux plus éloignées et aux plus profondes, des diverses espèces et des événements kaléidoscopiques jusqu'à l'unité dés forces productives.
La loi de la valeur du travail ne détermine pas les prix « immédiatement », mais elle les détermine néanmoins. Un phénomène « concret » comme la banqueroute du New Deal trouve son explication en dernière analyse dans la loi « abstraite » de la valeur. Roosevelt ne la connaît pas, mais un marxiste ne peut se risquer à aller de l'avant sans la connaitre. Les formes de propriété déterminent, non immédiatement. mais à travers une série de facteurs intermédiaires et à travers leur interaction réciproque, non seulement la politique mais aussi la moralité. Un militant prolétarien qui tenterait d'ignorer la nature de classe d'un Etat finirait invariablement comme le policier qui ignore les lois de la gravitation, c'est-à-dire qu'il se cassera le nez.
Shachtman ne prend évidemment pas en considération la distinction entre Pabstrait et le concret. S'efforçant d'aller vers le concret, notre esprit opère avee des abstrac-
«chien » « concret » « donné» est une abstraction puisqu'il se met à changer, par exemple, en baissant la queue, au « moment » où nous pointons 34
Renonciation au critère de classe
Retournons une fois de plus à l'A.B.C. Dans la sociologie marxiste, départ initial de l'analyse est la définition de classe d'un phénomène parti, tendance philosophique, école littéraire, etc. Dans la plupart des cas, dant. la simple définition de classe est est composée de différentes couches, elle passe par différents stades de développement, elle est soumise à des conditions différentes, elle est soumise à l'influence des autres classes. Il devient nécessaire de tenir compte de ces facteurs de deuxième et de troisième ordre afin de parvenir à une analyse complète et ils sont pris soit partiellement, soit totalement, suivant le but spécifiquement recherché. Mais un marxiste Fanalyse est impossible sans la caractérisation de classe du phénomène considéré
Les systèmes osseux et musculaire n'épuisent pas toute l'anatomie d'un animal. Néanmoins, un traité d'anatomie qui voudrait faire « abstraction » des os et des muscles serait suspendu dans le vide. La guerre n'est pas un organe mais une fonction de la société, c'est-à-dire de sa classe dominante. Il est impossible de définir et d'étudier une fonction sans avoir une claire compréhension de l'organe, en rence l'Etat; il est impossible d'arriver à une compréhension scientifique de l'organe sans avoir une claire compréhension de la structure générale de l'organisme, c est-afire de la société. Les os et les muscles de la société sont constitues par les force: productives et les rapports de classe (propriété). Shachtman soutient qu'une fonction, savoir la guerre, peut être étudiée « concrètement ». indépendamment de l'organe auquel elle se rattache, à savoir l'Etat. N'est-ce pas monstrueux?
Cette erreur fondamentale est complétée par une autre tout aussi éclatante. Après détaché la fonction de l'organe, Shachtman procède, dans fonction elle-même, contrairement a toutes ses promesses: non de l'abstrait vers le concret, mais au contraire en dissolvant le concret dans l'abstrait. La guerre impérialiste est une des fonctions du capital financier, c'est-à-dire de la bourgeoisie à certain stade du développement, d'un capitalisme d'une structure spécifique, à savoir le capitalisme monopoleur. Cette définition est suffisamment concrète pour nos clusions politiques fondamentales. Mais quand, par extension, Shachtman utilise le terme de guerre imperialiste aussi pour la guerre menée par l'Etat soviétique, il se retire le sol sous ses propres pieds. Afin de meme designation a expansion de capital financier et a même superficiellement son application d'une seule et l'expansion de l'Etat ouvrier, Shachtman est amené à se détacher de la structure sociale des deux Etats en proclamant qu'elle est une abstraction. Grâce à ce jeu de cache-cache avec le marxisme, Shachtman fixe Tetiquette « abstrait » sur le concret et escamote complètement l'abstrait comme étant du concret.
Ce jeu outrageant avec théorie n'est pas accidentel. N'importe quel petit-bourgeois aux Etats-Unis est prêt à appeler « impérialiste » toute conquête de terrispécialement aujourd'hui où les Etats-Unis ne s'occupent pas d'acquérir des territoires. Mais si l'on dit à ce même petit-bourgeois que toute politique étrangère du capital financier est impérialiste, indépendamment du fait qu'au moment même elle soit occupée à réaliser une annexion ou à « défendre » la Finlande contre une annexion, notre petit bourgeois sursautera en une pieuse indignation, Naturellement les leaders de l'opposition diffèrent considérablement d'un petit bourgeois moyen par leur but et leur niveau politique. Mais. hélas, ils ont les mêmes communes sources de pensée. Un petit bourgeois tend invariablement à détacher les événements poliiques de leurs fondations sociales, parce qu'il y a un conflit organique entre la façor d'aborder les faits du point de vue de classe et la position sociale et l'éducation de la petite bourgeoisie.
(D'une égratignure au danger de gangrène, 24 janvier 1940.) 36 un doigt vers lui. Le concret est un concept relatif et non un concept absolu : ee qui est le concret dans un cas se révèle être l'abstrait dans un autre, c'est-à-dire qu'il est insuffisamment défini pour un objet donné. Afin d'obtenir un concept « concret » sutlisant pour un besoin donné, il est nécessaire de mettre en corrélation plusieurs abstractions en une scule, de même que pour reproduire sur l'écran un segment de qui est une image en mouvement, il est nécessaire de combiner un certain nombre de photographies inanimées.
Le concret est une combinaison d'abstractions Non pas une combinaison arbitraire ou subjective, mais une combinaison qui correspond aux lois du mouvement d'un phénomène donné.
« Les intérêts de la révolution socialiste internationale » auxquels Shachtman fait appel contre la nature de classe de l'Etat représentent dans cette instance donnée la plus vague de toutes les abstractions. Après tout, la question qui nous occupe très exactement celle-ci: par quelle voie concrète pouvons-nous faire avancer la révolution ? Il n'est pas mauvais de rappeler aussi que la tâche de la révolution socialiste est de créer un Etat ouvrier. Avant de parler de révolution socialiste, il est par conséquent nécessaire d'apprendre à faire une distinction entre des « abstractions » telles que la bourgeoisie et le prolétariat, l'Etat capitaliste et
Shachtman perd vraiment son temps et celui des autres à prouver que la propriété nationalisée ne détermine pas « en elle-même et par elle-même », « automatiquement », «directement », « immédiatement » la politique du Kremlin. Sur la facon dont la «base » économique détermine la « superstructure » politique, juridique, philosophique, artistique, etc., 1l existe une littérature marxiste très riche. L'opinion suivant laquelle vraisemblablement léconomie détermine « directement » et « immédiatement » la création d'un compositeur ou même le verdict d'un juge représente une vieille caricature du marxisme, que les professeurs bourgeois de tous les pays n'ont jamais cessé de faire circuler afin de masquer leur impuissance intellectuelle (1).
Quant à la question qui nous concerne immédiatement, les rapports internes entre les fondations sociales de l'Etat soviétique et la politique du Kremlin, rappelons à l'oublieux Shachtman que, depuis dix-sept ans, nous avons constamment établi publiquement la contradiction croissante entre les bases posées par la Révolution d'Octobre el les tendances de la « superstruclure » de l'Etat Nous avons suivi pas à pas les énormes proportions que prenaient l'indépendance de la bureaucratie par rapport au prolétariat soviétique et l'accroissement de sa dépendance à legard d'autres classes et groupes tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Que désire ajouter Shachtman dans ce domaine à l'analyse déjà faite ?
Toutefois, quoique l'économie ne détermine ni directement ni immédiatement mais uniquement en dernière analyse la politique. l'économie détermine néanmoins la politique. C'est justement ce que soutiennent les marxistes contre les professeurs bourgeois et leurs disciples. Tout en analysant et en dénonçant l'indépendance politique croissante de la bureaucratie par rapport au prolétariat, nous n'avons jamais perdu de vue les limites sociales objectives de cette « indépendance ». savoir la propriété nationalisée à laquelle s'ajoute le monopole du commerce extérieur.
Il est étonnant que Shachtman continue à défendre le mot d'ordre d'une révolution politique contre la bureaucratie soviétique. A-t-il jamais sérieusement réfléchi à la signification de ce mot d'ordre ? Si nous affirmions que les fondations sociales posées par la Révolution d'Octobre sont « automatiquement» reflétées dans la politique de l'Etat, pourquoi une révolution contre la bureaucratie serait-elle nécessaire? D'autre part, si I'U.R.S.S. avait complètement cessé d'être un Etat ouvrier, ce n'est pas une révolution politique mais une révolution sociale qu'il faudrait. Par conséquent, Shachtman continue de défendre le mot d'ordre qui découle :
1º du caractère ouvrier de l'Etat soviétique;
2º de Pantagonisme irréductible qui existe entre les fondations sociales de l'Etat et la bureaucratie. Mais tout en répétant ce mot d'ordre. il essaie d'en saper le fondement théorique. Cest peut-être dans l'intention de démontrer une fois de plus l'indépendance de sa politique par rapport aux « abstractions » scientifiques.
Sous couvert de poursuivre une lutte contre la caricature bourgeoise du matérialisme dialectique, Shachtman ouvre la porte grande ouverte a lidealisme historique. Les formes de propriété et le caractère de classe de l'Etat lui sont des sujets indifférents lorsqu'il analyse la politique d'un gouvernement. L'Etat lui-même lui apparaît comme un animal d'un sexe indéterminé. Les deux pieds plantés fermement sur ce lit de plumes, Shachtman nous explique pompeusement (aujourd'hui en l'année notre sacha roit par hand pal 1940 l) qu'en plus de la propriété nationalisée et sa politique réactionnaire. Quelle nouveauté ! Shachtman croit-il par hasard parler dans une pouponnière ?
(1) Aux jeunes camarades je recommande sur cette question Pétude des œuvres d'Engels (Anti-Dühring), de Plekhanov et d'Antonio Labriola.