Les événements de Corée soulèvent deux questions principales auxquelles on doit répondre : quelle attitude correcte, quelle attitude de classe faut-il adopter
Une « agression » a. parait-il, eu lieu en Corée le 25 juin, et la seule question Tu esup ce paméricain de coux du camp sépare les apologistes soviétique concerne l'identité de « l'agresseur » : la Corée du Nord poussée par Moscou ou la Corée du Sud poussée par Washington.
La gamme des centristes et des ultragauchistes dans le mouvement ouvrier international n'a pas manqué de s'accrocher elle aussi a cet aspect formel des événements, de rechercher «l'agresseur » et de le dénoncer. Nous faisons allusion plus spécialement aux articles parus jusqu'à présent à ce sujet dans « Labor Action » de Shachtman. aux EtatsUnis (1), dans « La Révolution prolétarienne » de Monatte-Louzon, aux articles de l'équipe de « Franc-Tireur » en France, à la position prise par Fenner Brockway en Angleterre, ete. Quant à
(1) Leuphorie « démocratique » qui règne dans la Ligue Socialiste Indépendante de Shachtman, a dégénéré en véritable orgie à propos de la guerre de Corée.
Indignés, aflolés de « l'agression » commise par la Corée du Nord contre la « nation stur » de la Coree du sud, plusieurs membres éminents des « socialistes indépendants » ont . opté purement et simplement tentis, esta seme fonce capable dabattre tent-ils, est la seule force capable. le stalinisme.
Le dernier de ces apologistes honteux de l'agression abominable commise par la plus grande des puissances impérialistes contre un peuple colonial qui a mené essentiellement seul un combat magnifique pour son unité et son indépendance, est la nommée Susan Green, qui, dans un article publié dans le numéro du 4 septembre de « Labor Action », préconise un « soutien militaire» de l'impérialisme américain, auquel elle confie la mission progressive d'abaltre le stalinisme, «l'histoire ne permettant pas un troisième choix ».
Shachtman, qui n'atteint pas ces sommets de dégénérescence et de cynisme, le de dégénérescence s'efforce le meme numéro, de calmer un peu l'ardeur de ce spécimen de sa pépinière idéologique, et de a leur egard? Quelles sont les perspectives dans l'évolution de la situation internationale pour le proche avenir ? l'attitude des Yougoslaves, plus subtile mais non moins équivoque, nous la discuterons séparément, comme nous le ferons pour les nuances qui distinguent la position de chacun des courants mentionnés ci-dessus.
En lisant la prose véhémente que la guerre de Corée a inspiré à la plupart de ces gens, on est tout d'abord frappé de voir à quel point leur stalinophobie et leur éclectisme les ont éloignés du terrain de classe et les ont amenés à « oublier » un fait fondamental daus l'affaire de Corée, à savoir : Que ce pays fut artificiellement divisé selon la ligne du 38" parallèle. par accord commun de Moscou et de Washington, et qu'il ne s'agit pas du tout de deux nations, dont l'une pourrait être acusée d'actes « d'arevaloriser son « troisième camp ». qui trouvait théoriquement à distance égale entre le capitalisme et le stalinisme. Mais il commet, entre autre, dans la conclusion de cet article, la malhonnêteté de présenter la position prise par notre Internationale et le SWP aux Etats-Unis en particulier, sur la guerre de Corée, comme élant soi-disant « aux côtés des staliniens en Corée ». Shachtman se réfère cependant dans son arlicle à l'attitude des trotskystes pendant la Révolution espagnole de 1936-39 et justifie cette altitude. Y avous-nous pris parti à cette époque pour les staliniens, la bourgeoisie ou la petite bourgeoisie libérale ? Y avons-nous confondu le mouvement des masses, de caractère progressif, avec sa direction ?
La logique de notre ligne « pro-stalinienne » nous conduit à faire corps avec les masses proletariennes el coloniales en lulle. indépendamment de leur direction provisoire. contre le capitalisme el l'impérialisme; et c'est ainsi. et ainsi seulement, que nous avons la possibilité de combaltre la politique stalinienne
La logique d pronterer dans indépendants » chaque tournant rialisme contre
'intérieur du mouvement. e Shachtman conduit à faire les rangs des « socialistes le nombre de ceux qui, à crucial, optent pour l'impéles masses, et deviennent ainsi les meillears auxiliaires de l'influence stalinienne parmi celles-ci.
LE CARACTERE DE LA GUERRE EN COREE
LE CARACTERE DE LA GUERRE EN COREE gression » ou « d'invasion » contre l'autre; et, par conséquent, l'allusion même au précédent de l'attaque de la Finlande par I'U.R.S.S. en 1940, est sans valeur.
Peut-on reprocher à n'importe quelle fraction de la population coréenne d'être contre la division arbitraire du pays et de vouloir restaurer son unité ? L'indépendance et la reconstruction du pays sont à ce prix. Une lutte pour l'unité du pays entreprise par n'importe quelle fraction de la population ne pourra être considérée, même du point de vue purement formel du droit international. comme une « agression ». comme une « invasion ». mais simplement — quand I s'agit de lutte armée, comme c'est le cas — comme une guerre civile.
Une guerre civile implique l'existence de classes hostiles et d'intérêts opposés. Pour prendre position dans une guerre civile donnée, il faut analyser le caractère des forces sociales impliquées et les buts recherchés : qui combat qui, et pourquoi ?
La géographie sociale est nécessaire à tout écrivain ou porte-parole politique. La Corée est un pays lointain qui avait jusqu'à présent attiré très peu l'attention internationale, mais sa structure sociale actuelle au moins devrait être très claire pour tous ceux qui ont flétri « l'agression » et « l'invasion » de la Corée du Nord. Dans la « démocratie populaire » de la Corée du Nord, les éléments féodo-capitalistes furent éliminés, une réforme agraire fut assume Promulguée et le gouvernement. par le Parti Communiste, jouissait encore sinon Tappui moins d'une bienveillante expectative des masses, des paysans pauvres et des ouvriers. Dans la Corée du Sud, la classe féodo-capitaliste était encore dominante et le régime de Sygman Rhee s'appuyait principalement sur la police, Le degré avancé de corruption et de dislocation de ce régime ne taisait pas de doute : il fut même reconnu par une série de porte-parole américains et proaméricains, confirmé par des faits tels que les élections qui eurent lieu encore cette année. L'ampleur du mouvement des partisans qui se développait dans le Sud, déjà avant le commencement des hostilités, et l'étendue du désastre militaire qui a frappé ce régime dès le début des opérations, confirment sa décomposition avancée comparable à celle que le régime de Tchang-Kai-Chek connut dans la dernière période de son
Ainsi. sur le plan des forces sociales en présence au début des hostilités en Corée, nous avions ceci : Les larges masses de paysans pauvres et les oUvriers, d'un côté, entraînés par le Parti
Communiste coréen sous l'étendard de l'unité et de l'indépendance de la Corée; les éléments féodo-capitalistes entourés le forces policières et militaires amériaines et de quelques minces couches de paysans arriérés, de l'autre. Quand
Parmée de Svgman Rhee, « la meilleure armée de l'Asie » selon l'opinion de ses instructeurs américains, commença 16
TERNATIONALE fondre et à se disloquer, les soldats sudcoréens n'ayant aucune envie de se battre pour les féodo-capitalistes de Séoul et leurs maîtres impérialistes, ces derniers entrèrent directement en scène par l'envoi des forces américaines stationnées au Japon.
Dès ce moment, la guerre civile de Corée se combina à un aspect direct de guerre coloniale et anti-impérialiste.
L'aspect révolutionnaire de cette guerre n'est pas moins important. Elle a commencé comme guerre civile nationale, pour l'unité et l'indépendance du pays. pour se développer en guerre anti-impérialiste révolutionnaire, qui devait combattre la coalition inévitable en Corée. comme en Chine, au Viet-Nam ou aux Philippines, comme dans tous les pays coloniaux et semi-coloniaux. des feodocapitalistes indigènes et de l'impérialisme étranger.
Plus rapidement et plus audacieusement qu'en Chine ou au Viet-Nam, dirigeants de la Corée du Nord lièrent la lutte purement militaire à un programme social hardi, appelant les masses de Corée du Sud à se révolter, à s'organiser « partout » (2) en Comités populaires et à procéder à la réforme agraire. Celle-ci devait se faire dans les territoires libéres du Sud selon la décision prise le 4 juillet 1950 par la Commission permanente de l'Assemblée Populaire Suprême. par « confiscation des terres sans compensation et avec distribution gratuite des terres confisquées » (3). La même décision supprime une série de taxes imposées par le régime de Svgman Rhee et en allège d'autres considérablement.
Les résultats de ce programme et de ces décisions révolutionnaires se manifestèrent incontestablement dans l'ampleur de l'appui des masses que rencontra partout dans le pays l'armée nordcoréenne descendant vers le sud. C'est cet appui qui se trouve à la base de sa résistance, de ses victoires et des surprises qu'a eues la stratégie américaine en face d'une guerre révolutionnaire de cette nature.
Déclarer que cet aspect anti-impérialiste et révolutionnaire de la guerre n'est que « d'ordre secondaire » comme l'écrit la Batalla du Poum (4) ou simplement « formel », dépourvu « entièrement » de tout contenu, comme l'exprime la prose prétentieuse de certains ultra-gauches (5) équivaut simplement à tourner le dos au mouvement de millions d'hommes qui secoue toute l'Asie et tous les pays coloniaux, et qui constitue à l'heure actuelle plus important facteur révolutionnaire.
Mais que faites-vous dans tout cela. nous répondent ces observateurs hau-
(2) Message de Kim Ir Sen au peuple coréen du 26 juin. (D'après le bulletin « New China News Agency »'News Agency », 28 juin.)
(3) Bulletin « New China 11 juillet.
(4) « La Batalla » du 19 juillet.
(5) « Socialisme barbarie», n° т, août-septembre, p. 100.
existence.
tains de Histoire, du rôle du Kremlin et du stalinisme ? La guerre de Corée est avant tout, disent-ils, un épisode de la
« guerre froide » entre Washington et
Moscou, l'un maniant Sygman et l'autre
Kim Ir Sen. Considérer la guerre de la Corée du Nord comme juste et progressive. la soutenir, c'est faire le jeu de
Moscou et du stalinisme, c'est aider. écrivent nos prophètes de la nouvelle ère
« bureaucratique » qui se lève sur l'humanité, à « étendre l'orbite de la domination russe et le régime du capitalisme bureaucratique » (6).
Tel est l'essentiel de l'argumentation de tous ceux qui, dans le meilleur des cas, c'est-à-dire quand ils ne vont pas jusqu'a applaudir « Taction énergique » de l'impérialisme américain et de sa couverture, TO.N.U., en Corée (7), se contentent d'adopter une attitude « neutre» par rapport aux « deux » Corées.
La logique humaine n'a de valeur que dans la mesure où elle est capable de généraliser sans amenuiser dans ses abstractions ce qui est essentiel, fondamental dans un phénomène. Il est facile de ne voir actuellement dans le monde que l'action directe ou indirecte de deux forces organisées et qui disposent effec tivement de moyens sur une échelle colossale : celle de la bureaucratie soviétique et celle de l'impérialisme américain. Mais de là à croire que ces forces sont les seules qui créent et orientent actuellement l'histoire, et que celle-ci se déroule selon les plans élaborés par ces forces. il y a une distance difficile à franchir pour tout esprit qui n'est pas enclin à une conception métaphysique de l'histoire et qui ne goûte guère la planification divine que prête à celle-ci un Bossuet.
Déjà l'expérience de la guerre de Corée. bouleversant profondément la stratégie militaire et politique des Etats-Unis, vient de démontrer que cette puissance colossale est aux prises avec les contradictions du monde qu'elle veut gouverner, que ces contradictions dépassent de très loin la compréhension de la classe qui la dirige et même les moyens dont elle dispose. Nous reviendrons plus loin sur cet
(6) « Socialisme ou barbarie ».
(7) La Révolution prolétarienne. — Dans Particle de Louzon, « La répétition générale el le drame de demain », paru dans le numéro de juillet de cette revue, l'auteur prend joveusement parti pour la « liberté dans le risque », c'est-à-dire « la démocratie bourgeoise » américaine qui, comme chacun sait, comporte aussi quelques « risques ». (Celui de dégénérer par exemple en « démocratie » à la T'saldaris, la Tehang-Kai-Chek, à Svgman Rhee.)
R. Louzon, qui n'est pas un « pacifiste » larmoyant, aime « la force ». Pour cette raison. « applaudi à l'intervention Corée » qui seule peut mettre frein à « expansionnisme » du « fascisme » russe.
Il n'est pas étonnant, après cette étonnante prise de position, que des lecteurs indignés de « La Révolution prolétarienne » trouvent que l'artiele de l'éminent théoricien de cette publication « jure bougrement dans une revue portant pour titre « La Révolntion prolétarienne » (août 1950).
NTERNATIONALE aspect de • la question. La bureaucratie soviétique, par sa nature sociale différente et malgré son infériorité matérielle et technique par rapport à l'impérialisme américain. a une meilleure compréhension des forces sociales et peut mieux les exploiter à son avantage. Mais ni les Etats-Unis, ni lU.R.S.S. ne créent ces forces sociales ni n'en déterminent le cours historique fondamental.
La crise du système capitaliste dans les metropoles et les colonies n'est pas le produit des machinations du Kremlin, et sa dynamique n'est pas non plus déterminée par le Kremlin. Toutes deux sont déterminées avant tout par la nature et l'évolution du système capitaliste. La crise du stalinisme, d'autre part, n'est pas determinée par Washington, mais par la nature et l'évolution du stalinisme.
Pour revenir à l'aspect colonial de la crise du capitalisme, il est absurde d'attribuer au Kremlin tout ce qui se passe dans ce domaine depuis la dernière guerre et de ne pas comprendre, avant tout, le caractère profond, nécessaire et progressi/ du mouvement des masses des pays coloniaux brisant, dans un sursaut jamais égalé par le passé. à la fois les chaines du féodalisme, du capitalisme indigène parasitaire et de l'impérialisme. Ce mouvement est nécessaire, c'est-à-dire préparé par toute l'évolution antérieure des pays coloniaux, et personne n'est capable de l'arrêter. La seule attitude révolutionnaire possible, c'est de s'insdans ce mouvement des masses coloniales et de lutter au sein de ce mouvement contre son exploitation par la bureaucratie soviétique. Mais pour avoir cette possibilité, la condition primordiale c'est de le défendre incondifionnellement contre les féodo-capitalistes indigènes et surtout contre Timpérialisme. On ne saurait imaginer une attitude de suicide politique plus complète que celle qui consisterait à déclater aux masses coloniales, soulevées par millions contre la domination impérialiste, dans toute l'Asie en particulier, qu'on ne les soutiendra qu'à condition, nous dit la Batalla du P.O.U.M. (oubliant sa propre lutte en Espagne républicaine - et non socialiste et prolétarienne) d'avoir à leur tête non pas une direction stalinienne - ou stalinisante -mais des « gouvernements révolutionnaires indépendants de Moscou » (8).
Condamner ces mouvements, les ignorer, les minimiser, se sentir « neutre» par rapport à eux parce qu'ils sont dirigés par des directions staliniennes, signifie en réalité condamner, ignorer, minimiser l'ensemble de la lutte des classes et la lutte coloniale et anti-impérialiste à notre époque, se sentir « neutre » par rapport à celles-ci.
D'autre part, le mouvement des masses coloniales n'est pas simplement nécessaire dans le sens que nous venons d'expliquer. Il est en même temps un mou-
(8) « La Batalla », 19 juillet.
QUATRIEM fondamentalement, vement révolutionnaire, c'est-à-dire ceci d'un double point de hautement progressif et vue : d'une
E R NATIONAL sans a été commencée spontanément par des éléments qui n'ont pas voulu accepter cet accord de trahison, et la direction du P.C. gree a ensuite suivi le mouvement pour ne pas perdre complètement sa base.
Naturellement, des quil y a un mouvement quelconque des masses, le Kremlin s'y insère et cherche à l'exploiter à son profit. Mais ceci ne suflit pas pour condamner le mouvement, c'est-à-dire bour condamner la lulte des classes et la lutte des peuples coloniaux à notre époque. Oue le Kremin Joue sa partie dans la guerre de Corée contre son adversaire principal, les Etats-Unis, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais entre l'intervention russe l'intervention américaine, il y a plus d'une différence majeure. Il n'y a en Corée, Pas de troupes même de « cadres » soviétiques dirigent les opérations. Aucune preuve n'a été fourAmicains eet justON. Présentre les jusqu'à présent par les intérêt évident à apporter une telle . preuve. Pace aux troupes impérialistes impérialistes américaines et autres. battent des Coréens. Le fait est de taille.
« La Batalla », cependant, ne veut pas tre dupe : elle sait, elle, que les « divi ions de la Corée du Norc sont armees -- et presque sûrement encadrées aussi par les Russes ». D'autres observateurs savants de l'expression particulière « phénomène bureaucratique en Corée » (sic) (9) ne peuvent expliquer la résistance coréenne et les revers subis jusqu'alors par les « immenses U.S.A. » que par le fait que derrière la Corée du Nord se trouvent « la puissance et le contrôle étroit de la Russie ».
Malheureusement, la Russie, en Corée comme dans la guerre d'Espagne, comme en Grèce, comme au Viet-Nam, n'administre son aide militaire que par doses savamment calculées pour que la victoire ne soit jamais acquise à ce prix seulement. Ce que cherche le Kremlin en Corée, nous le verrons plus loin. Constatons pour le moment que les quelques tanks et l'armement que les Coréens du Nord possédaient d'origine russe furent payés par le travail des masses coréennes, et que l'aviation par exemple manque encore à l'heure actuelle complètement aux Coréens. Leur supériorité sur les Américains et les partenaires de ceux- a consisté jusqu'ici avant tout dans a supériorité de leur moral et dans l'appui ample et protond que cette guerre • rencontre dans la population, dans le caractère révolutionnaire de la lutte, qui réservé aux impérialistes les grandes surprises, Is plus frand découragement et le plus scepticisme quant à l'efficacité d'une action conçue purement selon les procédés militaires classiques contre un peuple en révolte.
Le caractère fondamental de la guerre de Corée est celui d'une guerre coloniale. anti-impérialiste. révolationnaire, comme telle elle doit être soutenue in-
(9) « Socialisme ou barbarie », n° 7.
part il détruit à jamais l'équilibre du système capitaliste et fait entrer celuici dans une crise permanente qui ira en sa la volution anti-amperialiste sétend dans a mesure dans le monde et où la crise du capitalisme s'approfondit, la révolution mondiale se trouve renforcée et le regne de la bureaucratie soviétique, malgré les apparences contraires la première étape, se trouve miné à sa base.
Les événements confirment cette conception d'ensemble de la situation et du processus historique. Le mouvement des masses dans les pays coloniaux et semicoloniaux éclaté après cette guerre, partout, avee une force telle que . personne, y compris la direction stalinienne elle-même, ne l'a soupconné. La puissance de ce mouvement a entraîné les - Partis Communistes plus loin que le Kremlin ne le visait, et a influencé. le développement propre de ces partis. Ceci se dégage clairement dans une étude plus attentive du développement de la revolution chinoise depuis 1936, et particulièrement durant la guerre.
En Corée, le mouvement des masses n'était pas moins profond. Personne ne peut affirmer avec certitude que le Kremlin est à l'origine du déclenchement des opérations contre la Corée du Sud et non avant tout la direction du P.C. coréen, entraînée par la pression des masses et son propre « gauchisme ». Et personne non plus ne connait encord le rôle précis ioné dans ces evenements par la Chine de Mao-Tse-Tung, qui n'est pas exactement celui d'un satellite de Moscou populaires » européennes. Quand on étudie ce qui s'est passé en Corée avant « l'agression », on constate que les opé rations militaires sont venues couronner une période étendue de propagande unitaire déclenchée par la Corée du Nord Celle-ci a formulé à plusieurs reprises des propositions d'unification que » du pays. Ces propositions Purent toujours rejetées par Sygman Rhee ont contribué à amplifier encore plus considérablement l'isolement de celui-ci des masses aspirant à l'unité du pays Dans une situation telle que cellé qui existait en Corée avec un régime en dislocation dans le Sud, et la fièvre de l'unification du pays montant de plus en plus dans les masses, qui peut affirmer que la direction du P.C. coréen elle-même était capable de résister, sans danger de débordement, à cette pression des masses, et qu'elle n'a pas au contraire été entraînée par celle-ci? En Chine, le compromis imposé par Moscou entre Yennan et Tchoung-King en 1946, et auquel fut sacrifiée la réforme agraire, a été rompu par la pression des masses elles-mêmes. qui ont commencé à s'emparer de la terre. Si le P.C. chinois n'avait pas, à ce moment-là, changé sa politique. il se serait trouvé débordé par les masses et isolé d'elles. En Grèce, après l'accord de Varquiza, la nouvelle guerre des parti 18
IN T
OUA RIEME 1. conditionnellement par le prolétariat révolutionnaire.
La lutte en Corée s'inscrit dans l'immense mouvement des masses des pays coloniaux et semi-coloniaux qui veulent secouer le joug de l'impérialisme et même du féodo-capitalisme indigène. Ce mouvement est à Pheure actuelle le principal facteur révolutionnaire qui achève la ruine du système capitaliste
Sur le rôle joué par le Kremlin dans la guerre de Corée et l'utilisation qu'il compte faire de cette guerre, on ne peut émettre que des hypotheses. En admettant que le Kremlin fût effectivement l'instigateur principal de « l'agression » contre le régime Sygman Rhee, il est très probable qu'il n'avait prévu ni la rapidité, ni l'ampleur, ni les conséquences de la reaction americaine. Il escomptait dans ce cas probablement une guerre rapide jetant facilement bas le régime décrépit de Séoul.
Mais à partir du moment où les dirigeants de Washington se sont décidés à montrer dans l'action le sérieux qu'ils attachaient à leur politique de « renforcement de la situation de fait » et de non abandon de toute position acquise, de toute zone d'influence, il est possible que le Kremlin trouve un intére ¡ exploiter l allaire coréenne de la mem façon que l'affaire du Viet-Nam ou la Greee : créer nouvel « abcès fixation » qui impliquera les Etats-Unis et ses autres alliés impérialistes dans un effort de guerre épuisant. désagrégeant leur stratégie d'ensemble, en tout cas disproportionné même aux gains qui en résulteraient pour eux en cas de victoire.
Les quelques journalistes européens et américains qui ont été capables de mieux voir dans le jeu du Kremlin ne se trompent certainement pas quand ils définissent la stratégie de Moscou par rapport aux U.S.A. comme dictée par le souci d'impliquer ceux-ci dans des conflits se condaires, mais très coûteux militairement et politiquement. tandis que la force de IU.R.S.S. reste intacte. Cette conception paraît logique et conforme aux intérêts de la bureaucratie soviétique. Chaque conflit secondaire qui traîne, comme celui de la Grèce ou du Viet-Nam, chaque foyer de troubles comme celui de Malaisie, de Birmanie, des Philippines, provoque une hémorragie financière et matérielle constante dans le corps de l'impérialisme, • épuise et disperse ses forces sur des points secon daires du front mondial.
Vu sous l'angle de l'antagonisme U.R.S.S.-U.S.A., ce front présente en réalité deux secteurs importants : l'Europe et l'Asie. Le secteur européen est de loin le plus important des deux, car c'est encore en Europe que se trouvent concentrées les grandes forces matérielles et humaines dont le contrôle effectif peut
NTERNATIONALE et qui renforce puissamment les perspectives historiques de la révolution prolétarienne mondiale. Il agit ainsi à la longue contre le stalinisme, contre le règne de la bureaucratie soviétique qui est incompatible avec l'élargissement de la révolution dans le monde et les nouvelles possibilités d'organisation et de développement des forees productives mondiales. décider de l'issue d'une guerre générale. Pour cette raison, Moscou a un intéret évident à impliquer ses adversaires impérialistes dans des conflits qui les obligent a degarnir Europe et a rendre impossibles la consolidation et le renforcement de leurs positions en Europe. En eifet, Moscou tire des avantages de ces conflits locaux dans lesquels sont impliqués les impérialistes, non seulement à cause de l'hémorragie financière et matérielle immédiate qu'ils provoquent chez les imperialistes. mais aussi à cause de leurs conséquences politiques long terme.
Les marges de la stabilisation capitaliste sont partout si étroites qu'il suffit d'une vague de grèves prolongées pour que, par exemple, dans chacun des pays de l'Europe occidentale qui étaient parde l'Europe occidentale qui étaient parvenus, principalement grâce Marshall, à atteindre un équilibre précaire, recommence le cycle de l'inflation. de la hausse du coût de la vie, avec toutes leurs conséquences qui s'enchainent. Des conflits de l'importance de celui des partisans pour la Grèce, Viel-Nam pour la France, de la Malaisie et de la Birmanie pour l'Angleterre (a un moindre degré) sont des facteurs qui minent les bases d'un équilibre réel de ces pays et perpétuent la crise sociale.
Dans la mesure où les U.S.A. sont obligés de prendre eux-mêmes en charge une partie de l'effort de guerre de tous ces pays capitalistes, les marges propres de l'équilibre du capitalisme américain lui-même commencent à se restreindre dangereusement, comme cela devient maintenant évident par lampleur du déficit budgétaire américain et la pression inflationniste constante.
Dans certaines limites, Moscou tire évidemment profit de toute cette désorganisation du système capitaliste, aggravée par la lutte constante que ce système se voit obligé de mener pour survivre dans les métropoles et les colonies. Nous disons : dans certaines limites. car si cette désorganisation du capitalisme, cette crise, cette décomposition prenaient l'aspect d'une débandade sous les coups de la révolution socialiste mondiale, ceci libérerait dans les masses des forces que le Kremlin craint par instinet, car elles agiraient à la longue contre la bureaucratie. Pour cette raison, le Kremlin maintient des foyers de troubles, mais jamais il ne les aide jusqu'à la victoire.
SOUS L'ANGLE
DE L'ANTAGONISME U.R.S.S.-U.S.A.
SOUS L'ANGLE
DE L'ANTAGONISME U.R.S.S.-U.S.A.
Il est possible que l'affaire de Corée soit actuellement exploitée dans cette perspective. est encore possible que le Kremlin voit agreablement surgır un conflit entre la Chine et les U.S.A., qui freinerait à la fois la marche en avant de la révolution chinoise, renforcerait sa dépendance envers le Kremlin, d'autre part accentuerait l'épuisement des forces américaines et atteindrait la limite de l'équilibre de l'impérialisme yankee.
Naturellement, ce jeu compliqué du Kremlin, reflétant la nature complexe de la bureaucratie soviétique, et qui consiste à exploiter la crise du capitalisme à son profit sans la . dénouer au moyen de la révolution socialiste mondiale, lui confère supériorité énorme sur les U.S.A. Cette supériorité peut être considérée comme une arme supplémentaire qu'il serait naïf de sous-estimer, et qui modifie rapport des forces entre l'U.R.S.S. et les U.S.A. dans favorable à celle-là. Nous ne disons pas que ce rapport est déjà modifié en faveur de l'U.R.S.S. Nous voulons dire simplement qu'il est faux d'établir le rapport des forces entre les U.S.A. et PU.R.S.S. en comparant les forces matérielles humaines présentes et potentielles de part et d'autre, ainsi que le degré de technicité.
Il faut tenir compte, en outre. de la torce que puise le Kremlin dans l'exploitation de la crise du capitalisme, exploi tation qui comprend, entre autres, forme concrète d'une guerre au VietNam, ou d'une guerre de Corée drainant la substance de l'impérialisme, sans que celle de l'U.R.S.S. soit directement affectée.
De ce point de vue, la guerre de Corée est hautement instructive. Elle a démontré jusqu'ici, indépendamment de son issue, le prix énorme que l'impérialisme doit payer dans toute tentative pour rehiblir alle a démon se lue Pere des silomainmise sur les peuples coloples opérations policières ou de quelques arnisons maintenant « lordre » dans es colonies. est à jamais révolue. Elle a démontré d'autre part que dans une guerre révolutionnaire, une simple supériorité matérielle ne suffit pas contre les masses de tout un peuple en révolte. Si les U.S.A., à défaut de toute autre solution, persistent dans leur effort de guerre at si la situation internationale ne se complique pas autrement, ils vaincront vaincront peut être la Corée par un effort dont le prix n'aura rien voir avec « l'efficiency » de la production industrielle américaine. Payer d'un tel prix la Corée, c'est vraiment une victoire à la Pyrrhus. qui n'est nullement à envisager dans une guerre générale (10).
La guerre. de Corée a démontré que l'impérialisme américain ne peut pas
(10) Depuis que cet article a été écrit, l'évolution de la situation militaire, en l'absence jusqu'à maintenant de toute aide senPU R.S.S. soit de la sible aux Coréens, part de la Chine, semble soit de la part de 20
TERNATIONALE tout se permettre, et que sa puissance, beaucoup plus potentielle quellective a I heure actuelle, difficile à valoriser et dont l'utilisation sera compliquée les réactions des masses, des classes, des fractions antagonistes dans la classe dirigeante même des U.S.A., a des limites. De ce point de vue, la guerre de Corée doit être considérée par le prolétariat comme un stimulant pour l'action révolutionnaire hardic de Moscou que de hardie, débarrassée de la peur Washington.
Naturellement, la réalité est dialectique et il ne suffit pas de constater seuls les points faibles dans la cuirasse de l'impérialisme américain. L'affaire coréenne a provoqué une réaction violente dans la classe dirigeante américaine en lui éclairant subitement une réalité dont le navait pas pleinement conscience jusqu'à présent. Cette réalite. ce « les faits terribles » dont a parlé ré. cemment Churchill en étalant la supériorité énorme en hommes et en armements classiques que possède T'U.R.S.S.. en face d'une « communauté atlanti que » quasi désarmée et qui se reposait sur sa seule supériorité « atomique », cHe-même actuellement discutable et en tout cas non décisive. Cette réaction, qui continue et n'a pas trouvé encore une cristallisation en hommes ou en doetrine, a eu pour dernières conséquences la mise en marche de la machine de guerre américaine, une amplification de l'économie d'armements. la militarisation accélérée du pays. D'ici deux ans ou trois ans, elles porteront le potentiel militaire du pays à un niveau très élevé et. de ce fait, dangereux.
Quant au reste de la « Communauté atlantique », on voit mal quelle modification importante pourraient apporter au rapport des forces U.R.S.S.-U.S.A. les réarmements britanniques et " français, tandis qu'on voit par contre très bien l'équilibre précaire atteint par ces pays s'effondrer à nouveau sous le poids de nouvelles charges budgétaires. s'acheminer effectivement vers la « victoire » américaine. Grâce à sa supériorité aérienne *+ navale écrasante, l'impérialisme yankee est en train, rasant villes et villages avee une effroyable bestialité, de rétablir « l'ordre » en Corée et de sanctionner sévèrement « l'agression ». Cet « ordre » est à nouveau celui de Sygman Rhee. des propriétaires riziers qui récupèrent leurs domaines et leurs coolies, des capitalistes rapaces indigènes et étrangers et de leur police féroce. Le calvaire de la Corée, détruite impitoyablement par les impérialistes qui n'ont pu mater autrement la résistance farouche et magnifique de tout un peuple, va continuer sous la férule d'une nouvelle dictature, nécessairement infiniment plus dure que la précédente, de Lalliance des classes féodo-capitalistes indigènes et de l'impérialisme.
Les apologistes de l'intervention impérialiste auront tous les loisirs de contempler leur triste « victoire » sur le corps meurtri de la Corée. dont le peuple a commis le crime de lutter seul pour son unité et son indépendance, et sans que le prolétariat mondial puisse lui apporter une aide tant soit peu efficace. (Octobre 1950.)
Il est douteux que les pays capitalistes, y compris l'Allemagne et le Japon, qui entreront inévitablement dans Tengrenage de la machine aux armements, puissent contrebalancer le déséquilibre financier et social qui résulterait d'une telle course à la guerre par l'efficacité réelle de leur contribution militaire. S'il est vrai que la guerre de Corée accélère la préparation du capitalisme à la guerre, il est également vrai qu'il aggrave par cette préparation la crise sociale dans tous les pays. crise qui donnera naissance à de nouvelles grandes luttes capables de bouleverser aussi bien les plans de Washington que de Moscou.
Malgré les prophètes de la troisième guerre mondiale imminente (« imminente » depuis 1946 deja .), la guerre de Corée reste circonscrite dans le climat général de la « guerre froide ». C'est le résultat du rapport forces actuel entre l'U.R.S.S. l'Amérique. qui ne permet ni à l'une ni à l'autre d'escompter une victoire tant soit peu certaine.
Pour les U.S.A. ceci est maintenant évident avec la guerre de Corée. Leur impréparation guerre générale saute aux yeux. La déclarer malgré tout maintenant signifierait la mener presque sans disposer du moindre allié tant soit peu efficace, non seulement contre TO.R.S.S. et ses satellites. mais aussi contre toute l'Europe et toute l'Asie qui résisteraient nullement à l'action combinée des armées soviétiques et des révoltes intérieures dirigées par les Partis Communistes. Au temps du monopole atomique, les U.S.A. pouvaient espérer encore une victoire stratégique rapide (11). Cet espoir n'existe même pas maintenant, Jusqu'à la guerre de Corée, il y avait un sentiment diffus dans lopinion publique qui avait pénétré même dans nos propres rangs • d'une supériorité naturelle U.S.A. sur P'U.R.S.S., d'une efficacité à toute épreuve de leur force matérielle militaire. Les faits ont démontré que cette supériorité, cette efficacité toute américaine. incontestable du point de vue purement matériel et technique, n'a pas son équivalent immédiat dans des guerres révolutionnaires du genre de celle de Corée. D'autre part. en s'étalant sur le monde entier, cette force et cette efficacité deviendraient faiblesse et incohérence, et seraient d'un prix écrasant même pour le richissime impérialisme américain.
En réalité, l'U.R.S.S. plutôt que les U.S.A. disposerait à l'heure actuelle d'un ensemble de possibilités pour mener une guerre mondiale, Cette constatation modifie dans une certaine mesure notre propre estimation du rapport des forces à l'étape actuelle entre les deux . camps antagonistes. tendant à déplacer la supériorité effective actuelle du côté du camp soviétique. Mais elle n'altère pas fondamentalement notre perspective de conti-
(11) Malgré le fait qu'une telle « victoire » puisse tourner en chaos mondial, sans forces suffisantes (pas seulement militaires) pour
Get contrôler les territoires détruits. occuper
NTERNATIONALE nuation de la « guerre froide » entreconpée de lentatives de compromis sans guerre générale immédiate.
Les raisons pour lesquelles lu.R.s.s., malgré les avantages de sa position actuelle, est probablement très peu disposée à prendre l'initiative d'une guerre générale, tiennent avant tout aux risques que la. bureaucratie soviétique encourrait en cas d'une conflagration mondiale qui libérerait des forces révolutionnaires immenses dans le monde, sans garantie suffisantes que ces forces puissent être contrôlées par Moscou.
Celui qui oublie cet aspect de la nature profonde de la bureaucratie et lui prête des audaces napoléoniennes de conquete mondiale la juge superliciellement. Car le conservatisme de la bureaucratie est réel et elle n'avance dans l'arène mondiale que prudemment, selon rythme qui lui permette d'asseoir un contrôle absolu aussi bien sur la bourgeoisie que sur les masses.
A ce raisonnement qui rejette la possibilité d'une guerre générale dans l'immédiat (et même pour quelques années), certains objectent que la guerre n'est pas nécessairement le résultat d'une réflexion mûrie et qu'il est possible de risquer l'aventure sans calculer savamment les chances de son succès. Dans une situation, disent-ils, où la fièvre monte constamment dans les deux camps, où la nervosité et l'inquiétude s'emparent des milieux dirigeants, il est possible par exemple qu'une clique militaire bornée nette le feu aux poudres et déclenche in conflit général. Telle est particulièrement une possibilité qui peut se présenter aux U.S.A. où la lutte des fractions dans la classe dirigeante est grande et leur compréhension de la situation réelle dans le monde, assez étroite et étriquée. Un tel danger naturellement existe et est renforcé même par l'éventualité d'une nouvelle action quelconque de I'U.R.S.S sur un autre point névralgique du front mondial (Moyen-Orient, Yougoslavie, Berlin), action qui affolerait plus encore certains milieux dirigeants américains et européens. Mais il faut aussi compter avec le fait qu'en réalité, en matière de guerre contre Y'U.R.S.S., la décision sera Dres par les milieux les plus responsales plus responsade la bourgeoisie américaine même mondiale, et qu'il est très difficile d'imaginer qu'une décision pareille soit à la merei d'un Mac Arthur ou d'un Mac Harty. Sur une question comme celle de la guerre contre Y'U.R.S.S., engageant le sort du régime capitaliste tout entier, la lutte des fractions dans la bourgeoisie se dénoue généralement par la prise d'une position conforme à intérêts de classe mûrement pesés, à ses possibilités. à ses chances de succès et non de suicide (12).
(12) Depuis que cet article a été écrit, les événements semblent confirmer ce que nous avançons ici. La lutte des fractions dans la classe dirigeante américaine suit la ligne générale du renforcement de ses éléments les plus responsables, au détriment de l'in-
Le capitalisme accélère sa marche vers la guerre, mais sa route est encore semée de nombreux et puissants obstacles. La guerre de Corée est une preuve supplémentaire de ces difficultés et de la nécessité pour l'impérialisme de gagner du temps.
Nous avons insisté d'autre part sur les raisons qui retiennent la bureaucratie soviétique de se lancer elle aussi dans une guerre générale. Dans ces conditions. il est beaucoup plus conforme à la réalité de la situation internationale d'axer la politique, du prolétariat révolutionnaire non pas sur l'inévitabilité immédiate de la guerre, mais sur la lutte révolutionnaire contre le capitalisme et contre la politique de la bureaucratie
LA YOUGOSLAVIE ET
Nous finirons par une remarque nécessaire concernant l'attitude du gouvernement yougoslave et du P.C.Y. envers les événements de Corée. Cette attitude fait naturellement partie d'une série de conceptions concernant la façon dont les Yougoslaves envisageant PO.N.U,, Y'D.R. S.S. et le mouvement ouvrier international, et que nous examinerons ailleurs. Il suffit simplement de dire ici que, dans la mesure où les Yougoslaves persisteront dans ces conceptions, il faudra craindre que leur courant, qui a commencé à se dégager du stalinisme, ne reste mi-chemin de l'impérialisme et mi-chemin, ne subisse déjà la pression contraire maintienne ainsi un caractère centriste marqué.
Les Yougoslaves, hantés par la possibilité d'une attaque de PU.R.S.S. contre leur pays et pressés par l'impérialisme américain, ont adopté une attitude équivoque envers les événements de Corée. A aucun moment. ni à l'O.N.U. ni dans leur presse, ils n'ont dénoncé le caractère impérialiste de l'intervention américaine et de 1'0.N.U. et n'ont pris position pour la guerre menée par la Corée du Nord. comme ils l'avaient fait auparavant pour la Chine et le Viet-Nam. Ils se sont réfugiés dans une « neutralité » quelque peu énigmatique, évitant tout commentaire et tout éclaircissement de leur position, comme s'ils se sentaient gênés et peut-être même un peu honteux de ce silence.
Que la pression de l'impérialisme américaine les ait obligés à adopter à l'O.N.U. une attitude d'abstention et de nentralité par rapport aux deux parties aux prises en Corée. c'est encore explicable. Mais qu'en Yougoslavie leur presse, et la presse du P.C.Y. en particulier, qui ne doit jamais se confondre avec celle du gouvernement en tant que tel. évite de
NTERNATIONALE soviétique, lutte favorisée par l'évolution parallèle de la crise du stalinisme et du capitalisme, et qui seule peut faire en définitive obstacle à la guerre ellemême.
prolétariat, ballotté entre les vagues de la « guerre froide », paralysé par la crainte de « l'imminence » de la guerre, est incapable de poursuivre une politique indépendante, et il ne lui reste dans ce cas qu'à observer passivement le cours des événements en attendant qu'une occasion révolutionnaire surgisse de la guerre elle-même. Cette position défaitiste est déjà prise par une série de courants dans le mouvement ouvrier; avec elle nous n'avons évidemment rien de commun. LA GUERRE DE COREE flit. sur sa signification. sur sa nature de classe, équivaut à une attitude centriste qui ne sert nullement la cause de la véritable défense de la Yougoslavie par le prolétariat révolutionnaire et les peuples coloniaux.
Les dirigeants yougoslaves « doutent » (13) que la lutte des Coréens mène ceux-ci à la « véritable indépendance » et ils entendent par la que la Corée, même libérée des troupes impérialistes, tombera tout entière sous le contrôle soviétique. Ce danger existe, et l'avant-garde révolutionnaire coréenne et internationale doivent le dénoncer et lutter contre lui. Mais la même chose n'était-elle pas vraie pour le Viet-Nam ou la Chine ? En adoptant une telle posi tion. les Yougoslaves risquent de rejoindre les lignes des « neutralistes » par rapport à la lutte de classe et à la luite des peuples coloniaux à notre époque, sous prétexte que leur direction appartient. dans la plupart des cas. en cette première étape. aux équipes influencées par la bureaucratie soviétique (14).
Août 1950.
fluence passagère exercée par des éléments vantards, ignorants et bornés. La prise de position énergique par l'administration Truman contre la « guerre préventive » et ses apologistes, la nomination de Marshall remplaçant Johnson, sont des indices probants que la bourgeoisie américaine, si elle se prépare énergiquement à la guerre, prend en même temps de plus en plus conscience des conditions défavorables à une guerre générale immédiate, et qu'elle n'arrivera à sa décision finale qu'après avoir mûrement réfléchi et réuni les conditions les plus favorables à son succès.
(13) Interview du Maréchal Tito au journaliste indien Kamalesh Banerji (août 1950).
(14) Des déclarations ultérieures des dirigeants yougoslaves, en particulier celles d'E. Kardelj à Borba avant son départ pour la session de l'O.N.U., sont allées encore plus loin dans une prise de position non équivoque qui condamne la lutte des masses coréennes parce que celle-ci met en danger la « paix » mondiale et que la direction de ces masses est soumise à l'influence de l'U.R.S.S.
Nous répondons par ailleurs à ces arguments, dont malheureusement le seul écho important parmi les masses prolétariennes et coloniales révolutionnaires sera, n'en doutons pas, de compromettre sérieusement l'influence que la Yougoslavie peut exercer dans ces milieux en tant que pays ouvrier réellement indépendant aussi bien de Moscou que de Washington et misant avant tout pour son avenir sur le mouvement révolutionnaire des masses.