Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 8, n° 8-10

Le réarmement de la classe ouvrière allemande

Quatrième Internationale, vol. 8, n° 8-10 · août-octobre 1950 · p. 3-5 · 1 584 mots

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Nulle part en Europe la crise du stalinisme a pris des dimensions telles que celles qui la caractériseni en Allemagne occidentale. Toute une génération de militants, qui ont été fidèles à l'appareil à travers douze années de prisons ou de clandestine vien dire lime ne daneston desours de sonte pates par tu haisepta ni la politique dite du « Front Nationa! », c'est-a-dire de la main tendue aux militaristes, aux nazis et aux grands bourgeois dans une « lutte contre les impérialistes anglo-américains ».

Jusqu'à maintenant, en dehors de la Yougoslavie, la crise du stalinisme en était restee partout a sa phase initiale. En Allemagne occidentale, elle vient d'entrer dans une phase nouvelle avec la párution de l'hebdomadaire « Freie Tribüne » titution d'une commission préparatoire à l'organisation d'un Parti Ouvrier Indépendant. Autour d'une série d'anciens cadres dirigeants du K.P.D., dont Joseph Schappe, ancien rédacteur en chef adjoint de l'organe central du P.C., «Freies Volk »; Georg eischer, ancien membre du secretariat du P.C. en Bavière: Latzke, ancien secrétaire du P.C. à Kiel et député au Reichstag avant 1933, un nombre important de militants communistes, dégoûtés du stalinisme mais désireux de se maintenir sur le terrain de la politique de classe, vient de regrouper ses forces avec celles des noyaux socialistes oppositionnels et des cadres communistes de gauche ayant rompu avec le stalinisme depuis longtemps.

La « Freie Tribüne » et les bases organisationnelles déjà jetées pour un Parti Ouvrier Indépendant en Allemagne sont, sans aucun doute, un produit de la crise internationale du stalinisme. Il suffit de suivre attentivement ce journal de classer les préoccupations de ses rédacteurs et de ses lecteurs, de retracer la biographie de ses principaux dirigeants, pour se rendre compte qu'il s'agit ici, comme en Yougoslavie, d'une branche entière qui se détache du mouvement stalinien et qui reprend ses racines autonomes sur le terrain de la politique révolutionnaire, qui s'efforce de renouer avec la véritable tradition du communisme international. L'évolution du Parti Communiste Yougoslave a fortement contribué à rendre possible ce nouveau regroupement de l'avant-garde allemande, qui se présente en effet comme une de ses conséquences les plus importantes à l'échelle internationale.

Mais en même temps, la parution de la « Freie Tribüne » et la préparation de l'U.A.P. allemand dépassent déjà le cadre de la crise du stalinisme proprement dit. Elles s'insèrent dans l'évolution d'ensemble du mouvement ouvrier allemand qui est tournant décisif depuis sa défaite fatale de 1933. Elles reflètent les possibilités réelles qui existent aujourd'hui, en Allemagne comme dans la plupart pays d Europe, de construire des partis révolutionnaires de masse, au dela du réformisme et du stalinisme. Elles démontrent que la lutte pour un programme léniniste, pour une politique fidèle à toutes les traditions du marxisme révolutionnaire, s'oppose nullement a cet effort de construire une nouvelle direction révolutionnaire du prolétariat, mais au contraire coïncide avec lui.

Point n'est besoin de reprendre ici en détail le calvaire qu'a connu le prolétariat allemand depuis la date fatidique du 30 janvier 1933; quand les dirigeants staliniens et réformistes le livrèrent sans combat à la dictature nazie. Ses meilleurs cadres furent détruits physiquement par la terreur fasciste, par l'usure d'un combat clandestin on rate mate de nat manquant de perspectives, par la corruption d'une émigration dégénérant en démoralisation complète. La défaite militaire, d'occupation quand toute la vie économique se trouvait paralysee. et que la lutte contre la faim absorbait toutes les énergies du travailleur individuel, retardaient considérablement la reprise d'une conscience et d'une lutte de classe sous sa forme « classique », de la part du prolétariat allemand. Bien sür, le parti socialiste S.P.D., le parti stalinien K.P.D., les syndicats D.G.B. et d'autres organisations de masse furent reconstrutles. mais il s'agissait en fait de simples cadres bureaucratiques isolés de la vie quotidienne des masses et coupés de leurs préoccupations véritables. La jeunesse ouvrière était absente de toutes ces organisations. Leurs initiatives jouissaient dans le meilleur des cas d'une passivité bienveillante des masses.

La réforme monétaire d'août 1948 et la reprise industrielle qui y succéda allaient rapidement modifier cette situation : repris par le processus de production, le prolétariat chercha tout d'abord à rétablir sa force de travail, gravement entamee des années de privations. Puis, la vie politique commenca à reprendre lentement. Les rapports entre les vieilles organisations et les masses se modifierent imperceptiblement. Entre 1945 et 1948. les rares initiatives de celles-là se heurtèrent à l'immobilité de celles-ci. Maintenant l'esprit politique et critique enfin réveillé des masses se heurte au conservatisme routinier de ces organisations. Ce n'est pas par hasard que la crise du P.C. allemand a pris précisément une forme catastrophique au moment même où se sont révélés les premiers signes d'un réveil des masses.

D'abord entravé par des conditions objectives insurmontables, ce réveil a été ensuite retardé par le manque de confiance des travailleurs dans les anciennes organisations. Mais ce réveil s'inscrit nécessairement dans l'évolution de la situation de la production industrielle devait signifier nécessairement le retour de la boursociale et économique. Comme nous l'avons signalé dès la fin de 1948, la reprise geoisie allemande comme force politique autonome sur la scène politique en Europe, et le retour du prolétariat comme force politique aulonome sur la scène politique allemande. Ce n'est certes pas un hasard que la parution de la « Freie Tribüne » et la préparation du U.A.P. coïncident pour ainsi dire avec les premiers mouvements de

Allemagne depuis de longues années. Les militants grève « classiques » connus en d'avant-garde, dégoûtés des anciens partis mais sans espoir et sans perspectives dans les conditions de passivité de leur classe, ont compris la nécessité de se regrouper dès que le prolétariat se montra capable d'engager d nouveau une bataille revendicative d'envergure. De même, premières luttes ouvrières démontrent encore une fois toute l'incapacité des directions traditionnelles de jouer encore un rôle moteur, particulièrement en Allemagne, el accentuent encore plus la nécessité de la construction d'une nouvelle direction révolutionnaire.

Au début de septembre se déclencha la grève des ouvriers du batiment qui arracha une victoire de la province de Hesse ful ensuite satisfaite sans devoir déclencher la partielle. Une revendication d'augmentation des salaires des grève. Les mineurs, les ouvriers d'imprimerie, ceux des P.T.T. exigèrent ensuite des augmentations de salaires. Les 170.000 ouvriers de l'industrie du vêtement obtinrent 12% d'augmentation de salaire. Finalement, les cheminots eux mêmes posèrent leurs

Il s'agit là, il ne faut point l'oublier, de centaines de milliers de revendications.. travailleurs entre 18 et 35 ans, qui n'ont jamais de leur vie parlicipé à un mouvement de grève économique normal et prolongé. C'est un immense potentiel qui se lentement et ouvre de vastes perspectives à un nouveau parti révolutionnaire.

Certes, les obstacles sont encore considérables. Obstacles objectifs d'abord : le patronat d'Allemagne occidentale a, lui aussi, reconstilue ses forces, il a fondé des profiter du chômage massif qui règne dans le pays, il peut s'appuger sur les forces caisses de compensation pour lui permettre d'utiliser lock-out, il peut 4 d'occupation si la situation devenail crilique. Obstacles subjecli/s ensuite peur d'une occupation soviétique utilisée cyniquement par les staliniens pour menacer tous les militants révolutionnaires indépendants; le scepticisme a legard des nouvelles organisations qui provient des déceptions produites par les vieux partis; les produits de près de dente de sedes de demorali gliore t de de polite ation fut ne seront rien ne serl de faire des sacrifices inutiles, elc. ele. Mais lous ces obstacles seront surmontés l'un après l'autre par la logique même de la lutte de classe normalisée que l'Allemagne occidentale connaitra dans les mois à venir. Au fur et à mesure que ces objections disparaitront de la conscience ouvrière, le nouveau parti pénétrera plus profondement dans la classe, et la pénétration de ce nouveau parti lui permettra de faire ses preuves dans la lutte même, de donner aux travailleurs un nouvel espoir et une nouvelle foi dans leur avenir, et accélerera ainsi tout le processus de reconstruction du mouvement ouvrier allemand.

La « Freie Tribüne » a entamé très tôt et avec une audace louable une discussion programmatique devant une large avant-garde. Ce journal, qui possède déjà des milliers de lecteurs et a reçu des centaines de lettres d'approbation, autour duquel se constituent déjà des dizaines de sections du fulur parti, a posé carrément devant l'avant-garde allemande les problèmes fondamentaux du léninisme à notre époque. La discussion est encore en cours mais les réponses apportées jusqu'à maintenant sont très positives, et vont dans le sens d'une clarification, d'une élévation de la conscience de classe. Avec sa capacité théorique bien connue, , le prolétariat allemand assimilera celles-ci rapidement et les portera à un niveau plus élevé.

Grande est la responsabilité qui repose actuellement sur les militants et les cadres qui ont pris l'initiative de la constitution de l'U.A.P. Des erreurs graves pourraient faire échouer la première tentative sérieuse de reconstruction du mouvement ouvrier allemand, el rendre plus difficile encore cette reconstruction a l'avenir. Le mouvement de la IV Internationale, tous les militants révolutionnaires du monde entier doivent contribuer par leur apport et leur crilique fraternelle enrichir Lavant-garde allemande de toutes les leçons de l'avant-garde internationale et lui faciliter la solution de sa tache actuelle. Si l'U.A.P. réussit à devenir un véritable parti révolutionnaire, rassemblant des milliers de cadres éduqués et liés à leur classe, restant fidèles an programme du communisme internalional, évitant tout sectarisme et tout opportunisme, son développement pourra constituer un tournant dans l'histoire du mouvement ouvrier de l'Europe occidentale dont les conséquences, à l'échelle internationales, seront incalculables.

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