La question nègre par Charles HENLEY
Récemment, « Fourth International », la revue de nos camarades américains, consacrait un numéro entier à limportante question negre. Le moment etait bien choisi, car le Congres (Parlement) venait de saboter la loi sur l'égalité en matière d'emploi que Truman avait promise aux nègres, une partie des amis politiques du président ayant fait obstruction et le Parti Démocrate pratiquant son double jeu habituel: démagogie sociale et libérale pour la galerie, politique capitaliste en réalité. De son côté, la Cour Suprême des Etats-Unis a eu à s'occuper, durant ces derniers temps, de quelques allaires de discrimination raciale; elle a condamné celle-ci dans trois cas déterminés — mais légalisé, par contre en même temps, autre cas de « segregation » (stricte séparation entre blanes et noirs) en matière de logements. Il y a quelques mois. la même Cour Suprême. docile instrument gouvernement Truman, avait refusé d'invalider d'autres mesures anti-nègres (loi électorale dans l'Etat de Georgie; condamnation d'organisateurs blancs d'un match de tennis interracial dans un pare public à Baltimore par un tribunal local). Et malgré les concessions faites dans trois cas (études universitaires dans les Etats d'Oklahoma et du Texas et utilisation des wagons-restaurants dans le Sud sans segregation), concessions que les dirigeants negres ont saluées à tort comme constituant une grande victoire. le principe humiliant de la segregation bla nas et nois étend meat a tes por facilités (prétendument) égales pou n'a nullement été aboli; la segregation reste debout, dans le Sud notamment, dans presque tous les domaines. Cela aussi est typique du régime Truman : quelques gestes plus ou moins spectaculaires pour impressionner les foules; aucun changement profond, sauf l'évolution menaçante vers l'Etat policier. C'est cela le fameux « Welfare State »...
Le moment était bien choisi pour analyser la situation des nègres américains, parce que l'on se trouvait aussi veille du congrès annuel de l'Association Nationale pour l'Avancement des êtres de couleurs (N.A.A.C.P.), la plus grande des organisations nègres.
La N.A.C.C.P. a été fondée en 1909: depuis lors, elle n'a cessé de défendre les droits des nègres et mene de nombreuses campagnes. Dès le début, elle comptait également un certain nombre de membres blancs. Pendant la deuxième guerre mondiale, la N.A.A.C.P. lutta pour l'égalité des droits quant aux emplois dans l'industrie et contre la segregation dans l'armée (censée sauver la « Démocratie »); le nombre ses membres atteignit 500.000. Apres la guerre cependant. il commença à diminuer. Actuellement, il ne dépasse guère les 250.000. La principale raison de ce recul, c'est la déception des negres face aux maigres résultats de l'activité de l'organisation depuis 1946. Les causes en sont avant tout la politique de collaboration de classe surtout avec des politiciens partisans de Truman) des dirigeants petits bourgeois et conservateurs de N.A.A.C.P., leur crainte de toute action de masse. la structure non démocratique de leur organisation. Afin de pouvoir résoudre ses tâches, la N.A.A.C.P. a besoin d'une direction combattive, démocratiquement élue.
En dépit de ses défauts, la N.A.A.C.P. peut toutefois être considéré comme une force progressiste: de fortes tendances anti-impérialistes sy manifestent, s'orientant vers une ligne indépendante et pouvant éventuellement amener un renouvellement, un véritable renforcement de l'organisation.
Le congrès de 1949 de la N.A.A.C.P. (à Los Angelès), se prononça contre la politique d'épuration anti-communiste du gouvernement, contre la « chasse aux sorcières » Intcher, victime de celle-ci. et se solidarisa avec notre camarade victime de celle-ci. D'excellentes résolutions y furent volées. En tout cas, ce n'est pas le programme de la N.A.A.C.P. qui est mauvais.
Mais désireux de détourner l'attention de leurs membres des revers subis durant l'année 1949-50 au lieu d'en rechercher les causes. les dirigeants ont décidé de déclencher une petite épuration à eux. Ils sont parvenus à faire voter au congrès de 1950. à Boston, une résolution autorisant une commission spéciale nommée par les directeurs à exclure ou à «réorganiser » toute section locale « se trouvant sous le contrôle des communistes ou de toute autre organisation politique ». C'est là un pas en arrière par rapport à la résolution de l'année dernière.
Certes, les staliniens ont trahi la lutte pour l'égalité des nègres pendant la guerre. sous le prétexte de la « defense nationale », et la N.A.A.C.P. a de bonnes raisons de s'en souvenir. Mais onne peut lutter pour l'égalité des droits, les libertés civiques, contre la « chasse aux sorcières », contre l'épuration générale
- el imiter en même temps le gouvernement capitaliste et certains bureaucrates syndicaux. Les libertés démocratiques sont indivisibles. D'ailleurs ce n'est pas une « épuration » bureaucratique ni l'appui donné à des politiciens bourgeois dits « libéraux » qui renfor ceront la N.A.A.C.P. • Les résolutions se rapportant à la solidarité avec les syndicats et leurs revendications et à la lutte dans les syndicats contre toute discrimination raciale (existant encore dans certains d'entre eux) sont par contre satisfaisantes.
La résolution sur la politique étrangère marque un progrès indéniable en direction d'une attitude anti-impérialiste, indépendante de Washington et de Moscou, malgré la pression que l'Ambassadeur negre) des Etats-Unis à Monrovia (Libéria), représentant du State Department, exerça sur le congrès. La casont don &Point tes de trumen aeveloppement des territoires arriérés) doit servir avant tout les peuples indigènes. que les organismes culturels et scienti38
NTERNATIONALE fiques des Nations Unies ne doivent pas être un instrument de la politique des Etats-Unis, mais plutôt des Nations Unies et appuyés comme tel. Et elle continue : « En Indochine et partout dans le Sud et le Sud-Est de l'Asie, il ne faut appuyer que des mouvements de libération authentiques qui aspirent à libérer les peuples de la domination par l'Amérique. les pays d'Europe occidentale, ou la Russie. »
Le Militant. organe du S.W.P. (Trotskystes américains). souligne le fait que cette résolution reflète une saine méfiance des mement le gard de laisrops ande des masses la Democratie ». et que la N.A.A.C.P. saura arracher d'importantes revendications et appuyer efficacement la lutte de tous les peuples coloniaux pour leur liberté, si elle continue à évoluer dans cette voie el si elle comprend toujours mieux le rapport entre la politique intérieure réactionnaire de Washington et sa politique réactionnaire à l'étranger.
En luttant aux côtés de leurs camarades blancs contre la bourgeoisie impérialiste. les 15 millions de travailleurs noirs des U.S.A. lutteront aussi pour leur propre émancipation, contre le racisme et la misère.
New-York, juillet 1950.