Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 8, n° 5-7

L'Afrique s'éveille à son tour

Quatrième Internationale, vol. 8, n° 5-7 · mai-juillet 1950 · p. 7-8 · 878 mots

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A mainmise impérialiste relâchée, brisée même, en Extrême-Orient, a tendance L à se renforcer sur le continent africain, dernière réserve colonialiste.

Le « développement du continent africain » devient de plus slogan favori des impérialistes américains et européens en quête de nouveaux marchés pour leurs marchandises et surtout leurs capitaux.

Ce mouvement s'accélère au fur et à mesure que la surproduction menace tous les pays capitalistes et que les marchés existants approchent de l'état de saturation. D'où l'orientation vers une économie « eurafricaine » chère à Schuman à travers laquelle les magnats de l'industrie lourde française et allemande espèrent développer le cartel qu'ils projettent. D'où aussi l'intérêt grandissant que l'impérialisme américain porte à l'Afrique incluse avant toute autre zone dans celles qui vont bénéficier du « quatrième point » concernant le développement des « territoires arriérés ».

L'intérêt que l'Afrique présente du point de vue des investissements sur grande échelle, se combine à celui provenant de sa production minière et de sa stratégique. Minerais divers d'Afrique du Nord, d'Algérie, de Tunisie, uranium du Congo Belge ; de l'Afrique Occidentale Française Cameroun : étain du Cameroun: charbon de la Sakoa au Sud de Madagascar, etc., sont des richesses encore insuffisamment exploitées et qui intéressent à un très haut degré l'industrie européenne et même américaine.

D'autre part, c'est en partant des bases sûres en Afrique que les stratèges atlantiques espèrent maintenir leurs lignes de communications et mieux frapper la puissance soviétique en Europe et en URSS même.

Cependant, des obstacles importants, qui feraient échec à leurs plans, dressés devant le mouvement de repli que les impérialistes esquissent en direction

L'éveil des masses africaines, qu'il s'agisse des populations musulmanes de l'Afrique du Nord de l'Afrique centrale et de l'Afrique du Sud, est partout puissant e: il est impossible qu'à la longue des minorités européennes minimes se livrant à une politique de plus en plus réactionnaire, de terreur et de discrimination raciale, puissent tenir en échec l'écrasante majorité des Africains.

Le contraste entre la prise de conscience politique et nationale de plus en plus grande par les masses africaines et la politique réactionnaire à laquelle est acculée la bourgeoisie impérialiste a abouti déjà à la création d'une situation très tendue dans plusieurs endroits du continent noir, qui rendra inévitable de grandes explosions révolutionnaires dans un avenir plutôt proche.

En Afrique du Sud, le gouvernement des nationalistes réactionnaires du Dr. Malan s'est acharné à isoler complètement les 8.000.000 d'indigènes des 2.000.000 d'Eu-

Men les soumettant à un statut d'esclavage d'autant plus révoltant dans un régime d'économie mixte qui, de l'avis même de Malan, protagoniste de cette politique moyennâgeuse de APARTHEID (de ségregation complète) « dépend largement de la main-d'œuvre indigène ».

Il n'est pas par conséquent étonnant que la tension monte fièvreusement dans ce pays ei que, de temps en temps, des épisodes sanglants viennent illustrer l'état d'exaspération extrême à laquelle sont acculées les masses sud-africaines.

En Afrique noire française, le mouvement d'émancipation des masses indigènes a pris une ampleur considérable la guerre, pour la première l'adminisiration colonialiste a senti la pression de millions d'hommes et de femmes éveillés enfin à la vie politique et à la conscience de leurs droits élémentaires

Les staliniens français ont pu canaliser dans le RASSEMBLEMENT DEMO-

CRATIQUE AFRICAIN ce courant et l'organiser au début. Mais, dans la suite, voulant l'utiliser pour les intérêts de la politique internationale de bureaucratie soviétique, ils ont entrepris un cours aventuriste, d'une agitation incohérente, ne tenant compte ni des conditions ni des intérêts propres de

Ice mouvement. Ils ont ainsi facilité l'œuvre de répression de l'administration colonialiste et provoqué une crise grave à l'intérieur du RDA.

En Afrique du Nord, enfin, de Tunisie au Maroc en passant par l'Algérie, le mouvement d'émancipation des masses musulmanes du joug de l'impérialisme français gagne en ampleur, tandis que s'intensifie la répression de l'administration.

La tension est particulièrement grande en Algérie, point névralgique de toute l'Afrique du Nord. Dans les mois de mars-avril 1950, l'administration colonialiste, sentant une nouvelle montée des masses algériennes influencées par le

Parti Populaire Algérien de Messali Hadj, a pris l'offensive et a tente par des arrestations massives et la terreur, de décapiter cette organisation d'une partie de ses cadres.

De tous les partis nationalistes de l'Afrique du Nord, le PPA a ceci de particulier, d'être une organisation ayant une large base d'ouvriers et de paysans pauvres, qui determine une très grande combattivité et une intransigeance remarquable envers l'impérialisme français, le PPA luttant pour l'indépendance totale et inconditionnelle de l'Algérie.

Naturellement, le danger qui guette aussi bien les autres partis nationalistes des colonies africaines que le PPA, est de les voir sombrer, faute d'une compréhension et d'un programme marxiste révolutionnaire, dans une politique opportuniste qui ne servira en définitive que d'autres impérialismes que P'impérialisme français (l'impérialisme américain et anglais dans une certaine mesure) et les classes réactionnaires indigènes.

Afrique, qui entre à son tour dans le tourbillon révolutionnaire de époque, la tâche principale est la formation d'une avant-garde marxiste révolutionnaire capable de formuler le programme et la tactique transitoires qu'il faut appliquer dans chaque partie distincte du continent noir pour propulser le mouvement des masses et l'élever progressivement au niveau de la révolution socialiste.

dehors d'elle il n'y a pas, pour l'Afrique aussi, aucune autre solution. définitive.

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