« A Loubliana, deux soldats yougoslaves montèrent dans mon combientôt, partiment et, bientôt, ils se mirent à m'expliquer que Staline était.
un déviationniste, et l'avait toujours été — et avais-je entendu parler du Testament de Lénine ? Il n'y a qu'en Yougoslavie, disent-ils, qu'on trouve le pur marxisme-léninisme. »
(Alexandre Werth, correspondant à Belgrade de The Vation.)
• La plus grande transformation survenue l'année dernière en Yougoslavie, particulièrement dans les derniers mois, est celle qu'ont subie les communistes eux-mêmes. »
(The Economist, 4 février 1950.)
P OUR l'historien de l'avenir, le plus grand mérite de la Quatrième Infernationale sera peut-être d'avoir, seule entre toutes les tendances de l'opinion publique mondiale. compris dès la rupture ouverte du Kominform avec Tito, la signification profonde — le contenu de classe — de événement, et, avec plus d'un an d'avance sur n'importe quelle autre tendance ouvrière, de s'être prononcé résolument pour le soutien inconditionnel de la République Fédérative Populaire Yougoslave et du Parti Communiste Yougoslave contre le Kominform.
Cette prise de position, dont les évé-
Le dénominateur commun aux diverses théories révisionnistes est, on le sait, en opposition à la théorie trotskyste de l'Etat ouvrier dégénéré, la définition du régime de l'U. R. S, S. — et par extension des pays du glacis — comme un nouveau régime de société divisé en classes, baptisé, suivant les auteurs, collectivisme bureaucratique, capitalisme d'Etat, ou encore capitalisme bureaucratique, selon le dernier évangile prêché par Saint Chaulieu. La bureaucratie stalinienne devient alors une classe, au sens où le marxisme empiole ce terme, élevée en U. R. S. S. et dans le glacis au rang de classe dirigeante et exploiteuse, sur la base de la propriété étatisée (1). Mais, pour le le " fil conmatérialisme historique, ducteur, qui dans le labyrinthe et le
(1) En dernier lieu, Chaulieu parle de la bureaucratie « classe parasitaire et extérieure à la production proprement dite » (!) (Soctalisme et Barbarie, 4, p. 61) sans se rendre compte, semble-t-il, que cela revient précisément à dénier à la bureaucratie le rôle d'une classe, au sens de la théorie marxiste qui définit les classes par leur rôle dans le processus de production, par Jeur situatlon au sein du mode de division sociale du travail.
nements ont toujours davantage confirmé la justesse, ne fut le fruit ni du hasard, ni d'un flair politique particulier chez les militants trotskystes ; si nous avons vu clair, c'est parce que notre armement ideologique etait assez puissant pour nous permettre de faire face rapidement et correctement à cette situation nouvelle. L'évolution de la Yougoslavie constitue la vérification la plus éclatante de la théorie élaborée par Léon Trotsky quant à la nature de I'U. R. S. S. et du stalinisme et signifie la l faillite irrémédiable de toutes les théories révisionnistes.
e découvrir l'existence de lois (est)... naos apparent (de lhistoire).. la théorie de la lutte de classe » (2). Autrement dit, pour le marxisme, les contradictions, les conflits d'intérêts entre les diverses classes constituent le ressort principal de l'histoire. Les contradictions entre les diverses fractions d'une même classe, notamment entre les fractions appartenant aux diverses nations, si importantes qu'elles puissent etre, leur demeurent toujours subordonnées. C'est ainsi que l'Europe téodale fit bloc contre la Révolution française, que Bismarck soutint Thiers contre la Commune, que les Alliés vainqueurs donnèrent à la République de Weimar les moyens nécessaires pour lutter contre le que la bourgeoisie
« cordon sanitaire volution d'Octobre, prolétariat allemand.
mondiale dressa un
» autour de la Réetc.
Quels problèmes pose donc aux révisionnistes le conflit Staline-Tito, qui, d'après eux, est un conflit entre la bureaucratie, classe dirigeante de l'U. R. S. S., et la bureaucratie, classe dirlgeante de la Yougoslavie, sur la base
(2) Lénine, « K. Marx et sa doctrine ›. (Ed. Sociales, p. 16.)
FAILLITE DU REVISIONNISME
FAILLITE DU REVISIONNISME des mêmes rapports sociaux ? Staline s'est d'abord efforcé, par le blocus de la Yougoslavie, de contraindre celle-ci de faire à Wall Street de telles concessions qu'elles rendaient inévitable le rétablissement de la « libre entreprise » en Yougoslavie. Ces plans ayant échoué, et les Yougoslaves, face a une pression américaine croissante, ayant exprimé catégoriquement leur volonté de ne faire aucune concession quant à la structure de leur régime, Staline s'est efforcé et s'efforce, même au prix de concessions importantes, de s'entendre avec Truman contre la Yougoslavie. En un mot. Staline se comporte comme s'il considéralt Tito comme l'ennemi principal. La bureaucratie, classe dirigeante de PU. R. 8. S., serait dono prête à s'entendre avec la bourgeoisie américaine contre la bureaucratie, classe dirigeante de la Yougoslavie, même au prix de la destruotion des rapports de propriété existant en Yougoslavie, qui sont d'ail-
Le 9 juillet 1948 — 10 jours après la prise de position du Kominform contre la Yougoslavie - Shachtman (4) bien qu'il eût caractérisé la résistance de la « bureaucratie yougoslave » à Staline comme « fondamentalement la même que celle de la bourgeoisie montante des peuples coloniaux cherchant à accroitre son indépendance vis-à-vis des grandes nations capitalistes qui les dominent », renvoyait néanmoins Staline et Tito dos à dos en ces termes :
« Aux deux tyrans rivaux, nous disons : " Allez-y, bandits Approtondissez la taille entre vous 1 Les peuples surgiront par la brèche que vous ouvrez parce que vous êtes obligés de l'ouvrir. Et quand ils surgiront votre glas aura sonné. votre glas à tous ! Et l'heure des peuples commencera à faire retentir sa note de défi, de libération ! » (The New International, aout 48.)
Et, dans The New international de septembre 1948, Hal Draper fonce... contre la Quatrième Internationale. Sous le titre alléchant « le camarade Tito et la Quatrième Internationale », c'est à une véritable danse du scalp autour de " la dégénérescence politique galopante de la direction de la Quatrième Internationale » qu'il nous faut assister. Outre un aperçu de l'ampleur de sa culture littéraire — comme les chapitres de Walter Scott, chaque subdivision de l'article de Draper est surmontée d'un épigraphe poétique approprié — Draper nous donne une démonstration de la supériorité de sa méthode logique sur « la dialectique simpliste d'Engels » a laquelle ces • staliniens de gauche atteints de sénilite » ont la faiblesse d'être attachés. Malice, s'écrie triomphalement Draper, je vous prends ! N'avez-vous pas caractérisé la yougoslavie comme un Etat capitaliste et l'U. R. S. S. comme un Etat ouvrier ? Et voilà, misérables, que vous vous rangez aux côtés d'un Etat capi-46
TERNATIONAL leurs identiques à ceux sur lesquels la bureaucratie russe base son exploitation du prolétariat ?
Il y a là une contradiction mortelle pour les théories QUI FONT DE LA BUREAUCRATIE UNE CLASSE, et le moins curieux n'est pas le fait que les tenants de ces théories ne semblent même pas l'avoir aperçue. Le développement de la Yougoslavie et plus généralement de la crise du stalinisme les obligera à l'abandon, soit de leurs théories, soit des notions fondamentales de la sociologie marxiste.
Nous consacrerons la plus grande partie de cet article à l'étude des positions prises face au conflit Tito-Staline par le groupe de Shachtman aux EtatsUnis (3) ; l'éloignement de ces camarades, non seulement de la méthodologie marxiste, mais tout simplement de la réalité s'y manifeste d'une manière éclatante. taliste contre un Etat ouvrier | Dans un pareil cas pourtant, " le défaltisme revolutionnaire le plus strict et même le délaitisme militaire » seraient de rigueur !
Laissant de côté ici la question de la nature de classe de la Yougoslavie, qui est actuellement en discussion dans Internationale, nous rappellerons a Draper, que, tout au moins pour des " dialecticiens simplistes », aucun critère donné une fois pour toutes, pas même celui de la nature de classe des états en présence, ne peut permettre une prise de position automatique en face d'un conflit particuner, en denors d'une étude de la situation concrète créée par ce conflit. C'est ainsi que nous avons defendu, dans le cas de l'Ethiopie, un état féodal largement base sur lesclavage contre un état capitaliste avancé, dans le cas de la guerre d'Espagne, un état bourgeois contre un autre etat bourgeois, et les shachtmanistes eux-mêmes, après leur dernier tournant, soutiennent un état « bureaucratique collectiviste ». Notre époque, transition entre le capitalisme et le socialisme est. el sera encore davantage sans doute dans l'avenir, fertile en phénomènes complexes, dans lesquels les aspects les plus contradictoires seront inextricablement mélés et qu'aucun critère forgé une fois pour toutes ne permettra d'élucider. C'est précisément pour l'étude de tels pro-
(3) Pour éviter des répétitions, précisons que le « Workers Party », fondé par Shachtman après la scission du parti trotskyste américain, le Socialist Workers Party, s'est transformé lors de son dernier Congrès (avril 1949) en « Ligue Socialiste Indépendante ». Il édite l'hebdomadaire Labor Ac-. tion et la revue The New International.
(4) The New International, aott 1948.
LA PREMIERE POSITION SHACHTMANISTE
LA PREMIERE POSITION SHACHTMANISTE blèmes que cette pauvre vieille dialectique a été inventée !
Dans le reste de son article. Draper Dans le reste de son arucle, Draper ironise lourdement sur l'idée grotesque suivant laquelle il y aurait une chance même minime de voir le P. C. Y. dans son ensemble retourner au léninisme. Aussi ne voit-il dans la politique du Secrétariat Internationa' qui s'ádresse " au Congrès, au Comité Central et aux membres du P. C. Y. », qu'une manœuvre grossière, faite par des gens qui se croient très malins, mais s'empétreront dans leurs propres ruses.
Dans The New International d'octobre 1948 — tandis que Shachtman conseille aimablement au Secrétariat de la Quatrième Internationale de prendre désormais le titre de « Conseillers Amicaux des Dictateurs Policiers Staliniens sur la Manière de Transformer le Tota-• litarisme en Démocratie, le Capitalisme en Socialisme, les Partis contre-révolutionnaires en Partis Révolutionnaires, les Oppresseurs du Peuple en Leaders Progressifs du Peuple, les Dirigeants en Dirigés et les Dirigés en Dirigeants, dans l'intérêt des Dictateurs, oppresseurs et Contre-Révolutionnaires Buxmêmes » (cet homme est étonnamment bavard) — Hal Draper affirme que « le conflit entre le Yougo et le commissaire
Pourtant, lors de leur Congrès d'avril 1949 — alors que les Yougoslaves ont montré leur capacité de résistance et qu'une agression russe parait vraisemblable — les shachtmanistes sentent la nécessité de réviser une première fois leur position. « Dans l'éventualité « d'une attaque armée de la Russie " contre la Yougoslavie », déclare leur résolution internationale (6). " la * position des travailleurs antistaliniens * serait de souhaiter la victoire de la « Yougoslavie dans cette guerre contre * l'envahisseur... Cependant, tant que • le conflit entre les deux régimes to* talitaires reste propagandiste et di« plomatique et à un niveau bureau« oratique, les marxistes ne doivent * aucun soutien d'aucune sorte au ré* gime tito-staliniste (Sic) en Yougo« Slavie, mais au contraire dénoncent « son caractère réactionnaire et son * identité avec le régime de Moscou,
TE
R
N porte sur la bénéficiera
Dans ses
E.
question de savoir lequel le l'exploitation des masla livraison de novembre de la même revue, poursuivant son étude, il certifie que « les accusations d'aventurisme portées par le Kominform contre Tito contiennent plus qu'un grain de vérité » quant aux objectifs du plan quinquennal qu'il juge trop ambitieux et, à propos de l'Albanie et des efforts yougoslaves pour réaliser la fédération balkanique, il dénonce le « sous-impérialisme yougoslav d'impérialisme est, par les marxistes un sens précis. Il la politique des e » (5). Le terme employé on le sait, depuis Lénine dans ne caractérise pas irigeants d'un pays donné, ni leur « volonté de pulssance », mais une modification dans la structure économique du capitalisme de ces pays. Pour pouvoir parler à leur aise d' « impérialisme russe », les shachtmanistes sont obliges d'employer ce terme dans le sens courant — et vague — de domination, ce qui lui ote tout contenu historique précis et le prive de ses implications politiques. Pourquoi ne pas parler alors avec la bourgeoisie de I « impérialisme de Ho Chi Minh », par exemple ? Et, si les troupes de Mao Tsé Tung franchissent la frontière vietnamienne, entendrons-nous Shachtman dénoncer " l'impérialisme chinois » ? « et cherchent à mobiliser tout appui • populaire contre lui. » Autrement dit, nous entraverons tant que nous pourrons les préparatifs économiques, politiques, militaires de Tito pour résister à l'agression stalinienne, ainsi que ses efforts pour trouver des appuis dans le mouvement ouvrier international -mais si cette agression a lieu, nous le soutiendrons !
Voilà la politique de gens qui, comme chaoun sait, ont la chance de ne pas ne pas être empêtrés comme la Quatrième Internationale dans des schémas préfabriqués, ce qui leur permet d'adapter leur politique a la mouvante realte ! Pour compléter le tableau, la même résolution entérine le soutien apporté par le Workers Party à Mikolaïtchik, leader réactionnaire lié à l'impérialisme anglais, contre le gouvernement stalinien de Pologne... « goslave, et tous les autres peuples
(5) Le 12 juillet 48, Labor Action parlait déjà des inquiétudes de Staline devant les • ambitions impérialistes de Tito »...
(6) The New International, avril 1949.
(7) C'est ainsi que dans La Révolution Prolétarienne d'octobre 1949, R. Hagnauer, peu suspect de philostalinisme, écrit : « Nous perdrons le droit de nous opposer « à la sale guerre d'Indochine si... nous. « ne crions pas à Staline : « Bas les pattes. « devant la Yougoslavie ! »
Mais, au cours du la crise mondiale du fondit, et divers " des P. C.
route »
2° semestre 1949, stalinisme s'approde compagnons se prononcent en taveur de la Yougoslavie, ainsi que certaines organisations et courants politiques (7) ; la position prise par la L. S. I. devint alors intenable, et un tournant s'imposa.
Le 21 novembre 1949, un « article de discussion » signé Rudzienski et inséré par Labor Action affirmait que * nous devons défendre le peuple you-
LA DEUXIEME POSITION SHACHTMANISTE
UN NOUVEAU TOURNANT...
LA DEUXIEME POSITION SHACHTMANISTE
UN NOUVEAU TOURNANT...
• dominés par le Kremlin contre l'a" gression russe aussi bien que contre * l'intervention capitaliste », mais, bien entendu, sans " nous identifier avec Tito " comme la 4° Internationale ». (Profitons de l'occasion pour signaler au •camarade Rudzienski que nous ne nous « identifions » pas plus avec Tito et le P. C. Y. qu'avec les mineurs de Bolivie
La méthode employée par Draper dans son étude ne peut manquer de faire rêver le lecteur sur l'ironie insondable que déploie l'histoire, dans les petites choses comme dans les grandes ; c'est en effet typiquement la méthode dogmatique et métaphysique que Draper et ses amis accusent la 4° Internationale d'utiliser I
Draper commence par verser un pleur sur les pauvres hères (tout le monde saul la L. S. I.) qui ne peuvent évidemment rien comprendre au titisme, puisqu'ils n'ont pas bénéficié de la révélation shachtmaniste touchant la nature du stalinisme. Le stalinisme, rappelle-t-il, est « un système social d'exploitation,,, dans lequel la bureaucratie d'Etat dirige une économie qui est la propriété de l'Etat, lequel est à son tour la propriété de la bureaucratie ». Ayant ainsi éclairé sa lanterne, Draper, procédant par déduction avec une magnifique ignorance des faits, va nous décrire la crise mondiale du stalinisme -ainsi que la situation en Yougoslavie.
Le titisme, nous explique-t-il, c'est le national-stalinisme il peut se denmır « en cinq mots (8), qui constituent « aussi le titre d'un livre récemment " publié par le professeur George S. * Counts. C'est une traduction d'un ma" nuel russe pour l'éducation des en" fants... dont le titre est « Je veux « etre comme Staline » (9).. C'est • tout ce que veut Tito en dernière « analyse : être comme Staline » !
La même explication de la crise du stalinisme vaut hors de " l'empire russe », nous annonce-t-il la semaine suivante : « Le but des staliniens est • de réaliser le pouvoir stalinien dans « leur propre pays. Eux aussi veulent « etre comme Staline. » Cette « théorie », si l'on ose s'exprimer ainsi, per-" met à Draper de caractériser la " tendance néo-staliniste : " En France, " écrit-il, les intellectuels « compa" gnons de route » bien connus comme * Jean Cassou, Claude Aveline, Martin* Chauffier, se sont déclarés pour -* Belgrade contre Moscou. Pas un seul « de ces gens n'en a modifié ses vues " si peu que ce soit. Ce qui est carac« téristique de ce type néo-stalinien " c'est qu'il n'est pas entré dans l'or* bite stalinien par idéal soclaliste mê-
TERNATIONALE • et leur syndicat, mais que nous sommes sans réserve aux côtés des uns et des autres dans la lutte.)
Et le 5 décembre 49 commence dans Labor Action la publication d'une série d'articles intitulée « le titisme et le socialisme indépendant », dans laquelle Hal Draper croit nécessaire de reprendre la question dans son ensemble. • niflée. Pour eux, le titisme... est le " stalinisme, leur stalinisme » (10).
Evidemment, Hal Draper, satisfait de la profondeur de ses vues théoriques, n'a pas éprouvé le besoin de les confronter avec, par exemple, des écrits comme « Quarante-huit » de Cassou ou l'article de rupture de celui-ci avec le stalinisme « La Révolution et la Vérité » (11). Il aurait dû alors se rendre compte qu'il était difficile de dénier à leur auteur la moindre parcelle « d'idéal socialiste » (12).
Citons seulement ici la dernière en date de ces « néo-staliniennes », Agnès Humbert, ex-présidente des « Combattants de la paix » du 13º arrondissement de Paris.
« Qu'on se souvienne du mot d'or* dre de Lénine : * On ne doit pas « mentir au peuple ». Actuellement, on « ne fait que lui mentir. Notre révolu« tion de 89 s'est effectuée sous le " signe de la vérité, la révolution d'Oo« tobre aussi. » (13).
On le voit, le désir « d'être comme Staline » revêt des aspects inattendus |
Mais, à son cinquième article, Draper semble se préoceuper de ce qui se passe en Yougoslavie depuis la rupture avec le Kominform. C'est, naturellement, pour nous assurer qu'il n'y a pas le moindre signe, « même visible au microscope » d'une démocratisation du régime. Pourquoi ? Mais parce que la théorie du collectivisme bureaucratique le veut ainsi :
« La classe dirigeante bureaucratique « se base sur la possession du pouvoir « d'Etat, et par l'entremise du pouvoir " d'Etal sur l'exploitation d'une éco« nomie complètement étatisée... La « démocratisation signifie son abdication (souligné par Draper) comme classe dirigeante. . Une telle abdication n'aura pas lieu. La Yougoslavie sera démocratisée par le renversement de la dictature, non pas son « adoucissement. »
Aussi Draper, s'il cite évidemment les
(8) Six mots en anglais.
(9) « I want to be like Stalin. »
(10) Souligné par nous.
(11) Esprit, décembre 1945. Voir aussi Quatrième Internationale, vol. 8, n° 1, pp. 53-55.
(12) Nous reprocherions plutôt à Cassou de croire à la nécessité de « compléter • le marxisme par quelques grains de « l'esprit de 48 ».
(13) Voir Combat du 21 février 50.
" me perverti (10)... mais • considère la planification -" solution des difficultés « social et que la Russie comme larchétype de la -48 parce qu'il comme la du système lui apparait société pla-
...REVELE UN GRAND METAPHYSICIEN
...REVELE UN GRAND METAPHYSICIEN
I N déclarations de Djilas contre la création d'une nouvelle Internationale, passe-t-il
TERNAPIONALE cupations. Aucune confusion n'est possible entre leurs déclarations et la pratique stalinienne courante de dénonciation des « méthodes bureaucratiques » d'un fonctionnaire de second plan servant de bouc émissaire. Kidritch prend d'ailleurs soin de préciser qu'il « s'agit du bureaucratisme comme phénomene social ».
Ce n'est pas le lieu ici de montrer que les dirigeants yougoslaves ont encore un long chemin à parcourir dans cette voie — qu'ils doivent avant tout comprendre que la lutte contre le bureaucratisme ne peut, en définitive, etre victorieuse que si elle s'appuie sur le proletariat international, et finalement sur une extension de la révolution a l'échelle internationale - ni d'entreprendre une critique détaillée des mesures prises par eux, critique qui ferail ressortir qu'après deux pas en avant, ils font souvent un pas ou un demi-pas en arrière. Mais l'essentiel est le tait de cette évolution dont la direction générale ne fait pas de doute.
Les lecteurs de Draper ignoreront naturellement les déclarations récentes de Djilas, Kidritch, Kardelj: comment pourrait-il les expliquer ? Simple poudre aux yeux ? Mais pour tromper qui ? bes travailleurs yougoslaves auxquels ils s'adressent ? Mais comment Ples tromper longtemps sur l'état de choses qu'ils ont sous les yeux, sur leurs conditions d'existence ? Et quelle étrange classe dirigeante qui fournirait à ceuxlà mêmes qu'elle exploite d'excellentes armes idéologiques pour la combattre ! Il serait pourtant si facile au contraire, en arguant de la situation difficile de la Yougoslavie encerclée par des forces hostiles d'insister sur la nécessité de renforcer le pouvoir, etc. !
Ces déclarations ont-elles alors pour objet de tromper la bourgeoisie ? Mais en quoi celle-ci est-elle intéressée à « l'approfondissement de la démocratie socialiste » ?
(14) Voir le dernier numéro de Quatrième Internationale.
(15) Trends and Tides, vol. 6, n° 1. On sait d'ailleurs qu'au moment de la rupture aveo le Kominform, les Yougoslaves ont souligné que sous-officiers mission en Yougoslavie gagnaient beaucoup plus (aux frais de la Yougoslavie évidemment) que les généraux yougoslaves.
(16) Tous les révisionnistes sont obligés de façon ou d'autre de remplacer la conception matérialiste de l'histoire par une conception volontariste : c'est ainsi que lecamarade Galienne qui se réclame, lui, de la théorie du capitalisme d'Etat, écrit dans l'Ecole Emancipée (9 février 1950) : « Et lorsque le triomphe de Tito a été assuré, il a construit lentement mais sûrement un Etat où la bureaucratie a remplacé la bourgeoisie nationale comme classe dominatrice, mais où l'exploitation des masses n'a pas cessé d'être la règle. »
(17) Voir dans cette revue « Chronique yougoslave ».
sous silence des documents brochure de Kardelj « La populaire » ou celle de M. « les Rapports économiques même que Tito pourrait « opposition » se manifeste tions du 25 mars et mettr son lecteur contre une telle Malheureusement, Tito a poussé rigoureusement ce comme la Démocratie
Popovitch entre Etats laisser une r aux élecen garde manœuvre. depuis reprojet, ce qui fournira sans doute une occasion à Draper de dénoncer sur • nouveaux frais le totalitarisme à l'œuvre.
En passant Draper accuse naturellement la procédure judiciaire yougoslave de « ne pas différer d'un iota » de la procédure stalinienne habituelle. Nous n'avons pas la place de réfuter ici cette affirmation en ce qui concerne le procès des Russes Blancs de Sarajevo. Mais le proces de quatre étudiants monarehistes a eu lieu récemment à Belgrade. Le Monde du 11 février, qui prend énergiquement le parti des accusés, se voit pourtant obligé de reconnaître que ce procès « ne ressemble point aux pro• cès habituels de derrière le rideau « de ier. Les accusés plaident non cou"pables et se défendent aprement ».
Quant à la « bureaucratie yougoslave », il semble que sa description théorique contente Draper : examiner si son existence se manieste objectivement, dans la répartition des revenus par exemple, ne semble nullement l'intéresser. Que l'éventail des salaires soit seulement de 1 à 4, ou 1 à 5 - que les mineurs et ouvriers qualifiés, suivant Adamic. gagnent plus que les ministres (15) - tout cela ne préoccupe pas Draper. Les bureaucrates, après tout, ce sont des gens qui « veulent étre comme Staline ». Et peu importe leur situation sociale ! (16) Que plan quinquennal consacre une part très importante des investissements à la production de biens de consommation, cela n'importe pas non plus. L'évolution récente de la Yougoslavie, nous l'avons dit, ne préoccupe pas Draper. Tout cela n'est que poudre aux yeux ou " mesures techniques ». Nous avons résumé par ailleurs (17) les principaux faits — déclarations des dirigeants et mesures politiques et administratives — survenus depuis trois mois. Il en ressort incontestablement que les dirigeants yougoslaves ont pris une - conscience beaucoup plus nette de la détermination sociale de la politique du Kominform, comme expression de « la dégénérescence bureaucratique de l'édification socialiste » (Kardelj) et que la lutte contre le bureaucratisme en Yougoslavie même est au centre de leurs préocsocialistes » (14), ou le discours de Kardelj sur la liberté de recherche dans la science ; cela ne l'intéresse pas car son opinion est faite. Ne décrira-t-il pas , ultérieurement (Labor Action, 20 février) les mesures de décentralisation de l'économie yougoslave comme " purement technique » ? prévoira socialistes » (14), ou le discours de Kardelj sur la liberté de recherche dans
; cela ne l'intéresse pas car son opinion est faite. Ne décrira-t-il
, ultérieurement (Labor Action, février) les mesures de décentralisation de l'économie yougoslave comme " pu-
OTATRIEME
De tromper le camarade Draper ? Il est bien trop malin, entreprise est désespérée. Alors ? Mais bien sûr de tromper la 4° Internationale et quelques autres " néo-staliniens » du même acabit ! (18)
Citons encore un autre « néo-stalinien » : le correspondant à Belgrade de
The Economist (19) : « La plus grande
« transformation survenue l'année der-
• nière, particulièrement dans les der-
« niers mois, est celle qu'ont subie les « communistes eux-mêmes. Les com-
• munistes yougoslaves ont éprouvé un
« soulagement intellectuel à tourner le
« dos à l'orthodoxie rigide du Kremlin.
« A la fin de l'année, le P. C. Y. a
• annoncé ce que son leader théorique * M. Pijade a décrit en privé comme « " le developpement idéologique le " plus important en Yougoslavie depuis « la résolution du Kominform : la réor• ganisation du système d'éducation ».
Le C. C. du Parti a décrété que, dans « les sciences sociales, des manuels « préparés par des professeurs yougo« slaves remplaceront les manuels so• vetiques et que, dans les sciences " physiques, les travaux de tous les « savants seront traités selon leurs méa rites, sans égard à leur nationalité... « La conception yougoslave du mar• xisme s'affirmera ainsi, comme op* posée à la méthode dogmatique des • Soviets, par un effort pour donner " une plus grande liberté intellectuelle *ăla jeunesse.
ET HAL
Au soir du sixième jour, le dieu de la Genèse contempla son œuvre et il la trouva bonne. Et il se reposa le septieme jour. Moins heureux, • le camarade Draper — après avoir développé dans un sixième article cette brillante idée : •le seul intérêt du titisme consiste en ce que, malgré le caractère absolument stanien de son ideologie, il est obligé de faire réfléchir les masses sur le stalinisme, et, tel Frankenstein, le pope Gapone et quelques autres, déchaîne ainsi des forces qu'il ne peut contrôler — a encore à remplir la tâche difficile de proposer dans un septième article « la défense de la Yougoslavie • au lecteur qui l'aura suivi jusque là.
- " Que peut-on bien défendre dans un pays pareil " », doit en ellet penser ce malheureux, « c'est plutôt contre Tito que les pauvres peuples yougoslives auraient besoin d'être défendus ».
Mais, nous apprend le marxiste Draper, « 1l taut clarifier cette idée marxiste élémentaire... que notre attitude envers un... régime donné ne détermine pas automatiquement notre attitude envers une guerre dans laquelle ce régime est impliqué » (21).
«Les marxistes, poursuit Draper, soutiennent toutes les luttes légitimes des peuples potr leur indépendance nattonale.. même s'ils sont eux-mêmes gou50
La La décision de décentraliser l'in-
" dustrie est d'une importance égale...
" En U.R.S.S: l'accent a été mis sur un
* contrôle central ou tédéral toujours plus étroit. Dans la Yougoslavie actuelle, •le gouvernement a hardiment
« renversé la tendance. Belgrade cède
* aux six Républiques la gestion d'en-
•- reprises toujours plus nombreuses
• et les republiques à leur tous trans-
" mettent des responsabilités plus gran-
* des aux Oblasti (districts). Ce pro-
• gramme de repartition des responsabllités et de stimulation de l'initiative a pour objet de prévenir l'apparition de la maşsive pyramide de la bureau-
• cratie soviétique au pesant sommet
* (20)... Il y a eu d'autres pas dans la • même voie, dans laquelle le parti rejette ce que certains membres appel« lent son " manteau stalinien ». Une « série de changements oppose la voie • prise maintenant en Yougoslavie à cel« le de l'Union Soviétique. La produc« tion de biens de consommation et de. • logements est accrue. La tendance à « oréer un intervalle aussi large qu'en " U. R. S. S. entre le haut et le bas de " la pyramide a été renversée et la di« rection du parti s'efforce, suivant les « instructions de Tito, « d'aller plus « près des masses » : le népotisme et le « favoritisme sont contenus ; le rôle « des organisations politiques de masses « et non seulement des organisations communistes ... a été acern.. ». DRAPER vernes par des tyrans ou des dictateurs indigènes ». Et il compare celte politique à celle du soutien de Chiang Kai Chek contre le Japon, alors qu'il n'y avait, affirme-t-il, aucune différence sociale entre les deux régimes ».
Mais c'est précisément la différence sociale, de structure entre le capitalisme chinois non impérialiste et le capitalisme impérialiste japonais qui constituait la raison essentielle du soutien apporté par les marxistes au premier contre le second et c'est sans doute, entre autres raisons, leur ignorance de er fait qui conduisit les shachtmanistes à
(18) Mentionnons pour les amateurs l'explication que donne le camarade Lefort de notre notre politique de défense de la Yougoslavie : * Le secrétariat de la 4e Interna« tionale perd en vérité toute retenue, surex« cité à l'idée (très puérile du reste) de • pouvoir se glisser au sein de la bureau« cratie. » (Socialisme et Barbarie, n° 4, p. 90.)
(19) The Economist, 4 février 1950, PP, 272-273.
(20) Souligné par nous.
(21) Quel dommage que Draper n'y ait pas pensé plus tôt, par exemple lorsqu'il écrivait son article « Le camarade Tito et la 4° Internationale › !
FRANKENSTEIN, TITO, GAPONE, CHIANG KAI CHEK
FRANKENSTEIN, TITO, GAPONE, CHIANG KAI CHEK abandonner pendant la deuxième guerre mondiale le soutien de la Chine (22).
Draper néglige d'ailleurs totalement de nous expliquer pourquoi son organisation a dû réfléchir dix-huit mois, et modifier deux fois sa position, avant de se souvenir que « les marxistes soutiennent toutes les luttes légitimes des peuples pour leur indépendance nationale » Et, bien entendu, il affirme sa volonté de poursuivre dans tous les cas la lutte sur deux fronts, vers la « révolution democratique socialiste qui signifiera la fin de Tito comme de Staline ».
Jusqu'où la stalinophobie peut conduire, on en jugera si l'on se souvient que, il n'y a pas si longtemps, Jack Brad appelait dans les colonnes de Labor Action à soutenir avec une « loyauté totale » le gouvernement réactionnaire de la république indonésienne, au moment même où celui-ci préparait l'assassinat de Tan Malakka !
Pour les marxistes, l'indépendance nationale ne constitue d'ailleurs pas notre époque une fin progressive en soi, Indépendamment des conditions historiques concrètes dans lesquelles elle est detendue. Et il est d'autant plus absurde de fonder exelusivement une politique de défense de la Yougoslavie (du • sous-impérialisme yougoslave », com-
UNE ORGANISATION ET UNE
Le P. O. U. M. (23) — qui doit entre autres raisons, a sa composition sociale essentiellement proletarienne d'avoir échappé a la dégénérescence qu'ont subi tous les autres membres de Pancien bureau de Londres tout en se rangeant, quant à la question russe, dans le camp défaitiste, a pris une position empirique sur la nature de l'u. R. S. S. et du stalinisme, sans se rallier à aucune des théories en présence. Cette position, avec tous les inconvénients inhérents à l'empirisme, a l'avantage de le laisser plus sensible à la réalité que ses amis shachtmanistes. Il est aussi moins impressionniste, et n'a pas éprouvé le besoin d'apporter un soutien même « critique » à Mikolaitchik, ni de substituer au mot d'ordre des EtatsUnis Socialistes d'Europe celui de * l'Union Occidentale Indépendante ». Enfin, comme nous allons le voir, il a, lu moins dans la derniere période, pris ur la question vougoslave une position beaucoup plus sérieuse que ses amis shachtmanistes.
Le premier numéro de « P.O. U. M. " (décembre 1949), bulletin théorique de cette organisation, est consacré à la question yougoslave. Il contient d'abord des documents et informations connus depuis longtemps en français, mais encore inédits en espagnol ; parmi ces documents, notons un extrait du n° 4 de Solalisme et Barbarie développant une position identique à la première position shachtmaniste « Pour comprendre l'antagonisme Tito-Staline, il
NTERNATIONALE me disait Draper) sur le mot d'ordre de L'independance nationale que la R. F. P. Y. constitue un état multinational, fédérant six nationalités principales et de nombreuses minorités. Et pour ne citer que les plus importants, Serbes, Croates et Slovènes étaient avant le régime actuel des « ennemis her taires » à peu près comme Français et Allemands.
On sait comment la dégénérescence de TU. R. S. S. entraîna l'oppression par la bureaucratie grand-russienne de Staline des peuples non russes de l'U.R.S.S. Si Draper passe sous silence le caractère multinational de Etat yougoslave, c'est parce qu'il serait obligé soit de tenir l'intéressante théorie, devant laquelle les staliniens eux-mêmes ont reslovenes, Montenegens, suivant laquelle les Croates,
Macédoniens, etc., qui vivent dans les frontières de la R. F. P. Y. seraient opprimés par la « bureaucratie pan-serbe » (ou, pourquoi pas ? le " sous-impérialisme serbe ») ; soit de reconnaître avec les observateurs de toute opinion que le régime de Tito a donné une solution harmonieuse à la question nationale au sein de la R. F. P. Y. et d'expliquer aiors comment le réactionnaire « colleclivisme bureaucratique » peut être en mesure de résoudre d'une manière progressive la question nationale ! POLITIQUE PLUS SERIEUSES est avant tout nécessaire de comprendre que les deux pays appartiennent à un meme type de systeme d'exploitation et qu'il s'agit d'un conflit typiquement interbureaucratique » et la traduction de la « Lettre ouverte au C. C. et aux membres du P. C. 1. » du S. I. de la 4° Internationale (voir Quatrième Internationale, n° 8-9). Enfin, dans une conclusion intitulée « Où va la Yougoslavie ? » le camarade Iglesias prend position.
Il commence, en termes excellents, par regler le compte de socialisme et Barbarie :
" Ce serait une très grande erreur « de se laisser entrainer par un ultra" gauchisme revolutonnaire pueril -• comme le fait par exemple le group « ex-trotskiste qui édite la revue so« cialisme et Barbarie — et de se li« miter à affirmer solennellement que « Staline et Tito sont frères jumeaux, * dignes représentants de deux régi« mes qui se ressemblent comme deux « gouttes connaissons la puérilité de ce byzantinisme qui s'en « tient à la lettre morte de formules
(22) « Pour combattre votre ennemi classique, l'impérialisme, il est nécessaire d'écarter le principal obstacle dans cette voie, Chiang Kai Chek. » (Shachtman aux travailleurs chinois. (The New International, juin 1942.)
(23) Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (Espagne).
* non moins mortes, incapable qu'il « est de comprendre les événements « dans leur dynamique interne..., atteint « de myopie devant tout ce qui ne se « présente pas selon les normes des schémas préfabriqués. Nous avons « déjà vu les fruits de cette idéologie « Simpliste en Allemagne, lorsque les « chefs staliniens se vantaient de con« fondre le fascisme, la social-démo« cratie et le libéralisme, avec largu« ment stupide qu'ils sont les représen« tants d'une seule et même classe « la classe capitaliste. Cet infantilisme, « la classe ouvrière allemande et eu" ropéenne l'a payé et le paie encore, " car les conséquences de la dielature " fasciste n'ont pas disparu. " Malheureusement, lorsque, par goût -de la symétrie, Iglesias attaque le point de vue opposé, il le fait avec moins de succès :
" Nous nous empresserons de mel« tre en garde certains de nos amis qui « se sentent inconsciemment enclins à " croire, ce qui n'est pas moins puéril, « que de la Yougoslavie actuelle de « Tito viendra le salut pour notre mou« vement socialiste si ébranlé. A tous • ceux-là il faut rappeler que les ti« tistes ont justement donne des preu« ves de leur adhésion inébranlable aux • principes staliniens, si tant est que « principe il y ait ; qu'au sein du Ko« minform ils ont été les staliniens les * plus intransigeants; que durant les " premiers mois de la rupture ils es* sayèrent vainement d'obtenir l'appui " de Staline, que leur nationalisme n'a « que peu de choses à voir avec l'in« ternationalisme socialiste ; enfin que « leur drapeau est la théorie stalinienne « de la possibilité du socialisme dans un " seul pays.»
Mais précisément le seul « principe » stalinien consiste dans la félité aveugle aux ordre du kremun ; et ce « principe » une fois abandonné, tout le reste est remis en question. Les lecleurs de cette revue savent que le P. Y. C. s'est déjà très largement orienté vers un retour au léninisme sur toute une série de questions, notamment sur le problème fondamental de la démocratie prolétarienne. Même sur la question, effectivement essentielle, du socialisme dans un seul pays, leur position est. loin d'être aussi claire que celle de
Dans The New International d'août 1949, on pouvait lire sous la signature d'Henry Judd les lignes suivantes " Nous devons dire, rétrospectivement. « que la deuxième guerre mondiale " marque une transition entre deux • époques — l'époque de Trotsky, en « tant qu'analysée par le dernier des « théoriciens et révolutionnaires marxis« tes classiques — et la nouvelle épo• que collectiviste - rétrogressive dont « nous nous eñorçons de comprendre 52
TERNATIONALR Staline. D'autre part une idéologie ne peut être considérée en soi, en dehors de son contexte historique. Staline a développé la théorie du socialisme dans un seul pays pour rompre les liens de dépendance de l'U. R. S. S. à l'égard du prolétariat mondial. Les Yougoslaves s'efforcent l'utiliser pour rompre aveo Staline. D'ailleurs le stalinisme n'en est plus à la théorie de la possibilité du socialisme dans un seul pays ; il en est à la « théorie » de la révolution exclusivement par l'armée rouge.
Iglesias d'ailleurs semble se contredire lui-même dans sa conclusion que voici : " La voie • du stalinisme étant " fermée, il ne reste que deux chemins " pour la Yougoslavie de Tito : accepter une évolution organique (24) qui le convertira en centre de polarisation d'un soclalisme révolutionnaire basé sur le plus authentique internationalisme, ou bien se laisser glisser sur la voie des concessions au monde capilaliste...»
Et depuis, le P. O. U. M. a reproduit dans sa presse, avec approbation, des extraits de la brochure de M. Popovitch « Les rapports économiques entre Elats socialistes » et du discours de kardelj sur la liberté de recherche dans la seience, qui démontrent à l'évidence que le P. C. Y. n'est pas « inébranlablement fidèle aux principes staliniens ».
Soulignons lopposition entre Shachtmanistes qui se prononcent pour un renversement révolutionnaire de Tito par les masses yougoslaves — en accora sur ce point avec le Kominform ! — et le P. O. U. M. qui considère comme un des chemins ouverts devant le - P. C. Y. « une évolution organique qui le convertira en centre de polarisation du socialisme révolutionnaire » ; ce qui comporte un rejet au moins implicite de la théorie qui fait du régime titiste un régime d'exploitation de classe et du P. C. Y. l'instrument de cette exploitation (25).
Il va de soi que, pas plus qu'Iglésias, nous ne considérons le retour du P. C. Y . au léninisme comme inévitable et assuré : l'évolution ultérieure du P C. Y. dépend d'un grand nombre de facteurs et, entre autres, dans une me sure qui ne peut être entièrement déterminée à l'avance, de l'intervention de l'avant-garde révolutionnaire internationale. * la nature.. et qui présente aux so« cialistes révolutionnaires une nouvelle
(24) Souligné par nous.
(25) Au cours d'une récente réunion, un dirigeant du P. O. U. M. a fondé la politique de défense de la Yougoslavie sur les trois considérations suivantes : 1º Défense de l'indépendance nationale ; 2º Une « certaine révolution » a eu lieu en Yougoslavie ; 3° Une évolution progressive y a commencé dans la dernière période.
Q l WATRIEME « série de problèmes à maitriser. Il est douteux, au moins pour l'auteur, que « les concepts du trotskysme classique • puissent nous y être de beaucoup * d'aide... » (26) Moins convaincu que Judd du caractère périmé des idées trotskystes, Joseph Staline s'était efforce, neuf ans plus tôt, de les anéantir
TERNATIONALE « antistaliniennes ». L'hydre de la " déviation qu'il croyait avoir tuée avant la guerre redresse la tête. Aussi ce jubilé glorieux n'est-il pas sans ombre. Ne serait-ce pas une vengeance « posthume de Trotsky ? »
C'est en effet la théorie élaborée par Trotsky — et enterrée par Judd, après mille autres fossoyeurs - qui nous permettait d'affirmer la présence, au cœur même de l'univers stalinien, profondément enfouie sous l'épaisse gangue bureaucratique, de la lave bouillonnante d'Octobre, non encore refroidie. • Nous pouvons à bon droit percevoir dans la révolution yougoslave, l'écho lointain, assourdi et déformé par vingt ans de contre-révolution stalinienne, de l'Octobre bolchévik de Lénine et Trotsky. L'attitude par rapport à la Yougoslavie pourra devenir un test aussi décisif, quant au jugement à porter sur les organisations révolutionnaires, qu'il y a trente ans l'attitude par rapport à la Révolution d'Octobre. Les événements Latmosaves endurellent avant mente vougoslaves renouvellent profondément autour de l'avant-garde prolétarienne. Ils rendront certaines scissions irrémédiables — ils peuvent être le point de départ de regroupements féconds.
La révolution russe fut le tremplin à partir duquel la Troisième Internationale prit son essor historique. La révolution yougoslave peut devenir le tremplein d'où la Quatrième Internationale s'élancera à la conquête des masses.
par l'assassinat de tagoniste,
Il s'est pourtant trine trotskyste - leur principal proavéré que la docla doctrine vivante du marxisme — plongeait dans la réalite de notre époque des racines plus solides que ne l'estimaient et Staline et Judd. « Staline, constatait le 20 décembre 1949 l'éditorialiste du Monde, • entré dans la vieillesse, voit naître • ici et là des fractions communistes
(26) L'article de Judd était, il est vrai, présenté comme « article de discussion » : mais il faut croire que les idées qui y sont exprimées trouvent un accord assez général chez les membres de la L. S. I., puisqu'aucune autre contribution à cette « discussion n'a paru jusqu'à présent dans The New International... »
Au moment d'imprimer ce numéro nous recevons le n° de janvier-février 1950 de New International, dans lequel Gates, autre dirigeant de l'I. S. L., combat les idées de Judd. Dans la « Ligue socialiste indépendante », les dirigeants sont au moins très indépendants les uns des autres.