ES événements de février 1948 n'avaient rencontré que peu de résistance en Tchécoslovaquie. La bourgeoisie, en grande partie affaiblie par la domination allemande, entre 1938 et 1945, avait vu ses positions se restreindre encore davantage sous l'effet des nationalisations ite bourgensie n'avaratio directipe,
STABILISATION DU
Depuis lors, le gouvernement stalinien s'est fortement consolidé. Il a occupé la plupart des positions-clé dans l'appareil d'Etat, avec l'aide d'anciens membres des partis socialdémocrate, socialiste-national (parti de Benes) et agrarien qui rejoignirent en peu de temps le parti communiste. Le passé souvent suspect de ces éléments constitue pour la direction communiste le moyen le plus sûr de les menacer en perma nence et de leur enlever tout esprit critique. Ce sont eux qui constituent aujourd'hui, la base la plus obéissante de la direction kominformiste, face à la masse des vieux membres du Parti. En imposant aux partis petitsbourgeois des comités d'action, le parti communiste les réduisit à n'être plus que ombre d'eux-mêmes. La fusion socialiste-communiste, ardemment désirée en 1945, par la grande masse des travailleurs, ne correspondait plus du tout à leur volonté, tout au contraire, après fevrier 1948, mais n'en fut pas moins réalisée bureaucratiquement et sans rencontrer de résistance active de leur part en juillet de la meme année. Cette soi-disant fusion n'a pas laissé un seul membre de l'ancien parti socialiste à la tête des sections locales ; la direction nationale du parti unifié n'en comprend qu'un : le ministre Fierlinger, dont l'humour populaire a caractérisé le rôle comme celui de « l'âne de Troie ».
La fusion s'étant ainsi effectuée 38 ni espoir, ni perspectives. La seulefigure politique qui possédât auprès d'elle un prestige énorme, le président Edouard Bénès, capitula lui-même devant la pression du parti communiste et installa officiellement le gouvernement qui en sortii, coupant ainsi court à toute idée de résistance immédiate de la part des classes moyennes. NOUVEAU REGIME sous la seule direction stalinienne, et ayant laissé en dehors du nouveau parti les militants socialistes les plus actifs, notamment ceux de certaines usines métallurgiques, la question de l'épuration de ce parti ne s'est posée qu'au lendemain immédiat de l'unification. Mais la résistance des communistes d'avant-guerre — une minorité — à l'obéissance passive exigée par le Kominform, ainsi que les conséquences de l'affaire yougoslave, rendirent inévitable une épuration de grand style. Ce n'est pas par hasard que Parti a commencé trois mois à peila vérification des cartes du ne après juin 1948. Au lendemain de février, la bureaucratie du parti avait besoin d'une base aussi large cae possibles alie sai perfique possible, afin d'agir plus effiforma cependant cette base en un poids mort dont la direction essaya de se débarrasser. Du point de vue social, l'épuration fut, en outre, marquée de deux aspects contradictoires : la suppression de tout contrôle des directeurs d'usines par la base provoqua la résistance des membres ouvriers du parti qui furent ainsi les premières victimes de l'épuration ; mais ceux d'entre ceux-ci qui demeurèrent obligèrent, par leur pression, la direction à éliminer aussi en partie les petitsbourgeois carriéristes qui s'étaient introduits dans le parti, dans la mesure ou ces éléments aspiraient à des privilèges que la bureaucratie
RUATRIEME n'aime guère partager avec d'autres.
Les chiffres ci-dessous, tirés des publications officielles, n'indiquent l'ampleur de l'épuration que pour
TERNATIONAL E l'on tient compte du fait que certains fonctionnaires du parti se sont attribué les pouvoirs des organismes élus, ce qui a abouti à l'emploi de méthodes dictatoriales. Ils ont fondé leur autorité sur l'intimidation et la terreur envers les adhérents, et non pas sur la confiance ». La nature réelle de cette intimidation prend tout son sens quand on tion prend tout son sens quand on lit la suite du même article :
« Le secrétaire à la sécurité du Parti a émis des mandats d'arrêt. Avec l'aide de la police, les responsables du Parti organisèrent une enquête sur les adhérents et les permanents. Il y eut des cas oucertains secrétariats communiquèrent à la police des remarques faites au cours d'assemblées intérieures du Parti, et exigèrent à ce sujet des enquêtes et des mesures policières... A la suite des critiques qu'ils avaient nrononeées. prononcées, certains membres du certains membres arm Parti ont, non seulement été exclus, mais encore renvoyés de leur travall, expulses du district où ils habitaient et même arrêtés. Les lettres de la commission disciplinaire du district du Parti à Podborany, se terminaient régulièrement, ces dermers temps, par la menace suivante : « celm des membres de votre organisation qui s'opposerait de quelque facon que ce soit à notre décision, sera immédiatement exclu du parti et évacué de son domicile ». tion de tous les généraux pro-occidentaux qui n'avaient pas encore déserté à l'étranger. Avec le temps, l'épuration s'étendit aux officiers subalternes. La formation accélérée de nouveaux cadres militaires, ainsi que l'intégration de certains commandants des milices dans l'armée, a cependant permis leur remplacement.
La seule force d'opposition réactionnaire au régime qui subsistât alors fut l'Eglise. En Bohême-Moravie, la classe ouvrière et de nombreuses couches petites-bourgeoises possèdent une puissante tradition anti-religieuse. Cependant, au lendemain de février, on put constater un afflux inaccoutumé de gens dans les églises. Cela ne signifiait d'ailleurs nullement la. conversion en masse de la petite-bourgeoisie, mais seulement son opposition indirecte all au nouveau régime. En Slovaquie, l'Eglise n'avait jamais cessé d'occa- la Bohême et la s'appliquent pas à an après Février, 1.600.000 membres, résultats suivants :
Membres blâmés
Membres jugés 70,6 %.
(« Funkcionär » tionnaires du Part
Le même organe fort pourcentage gradés au rang de de 20 ci. s'est 1 la Slovaquie. Un l'épuration, SUI avait donné les : 0,7 % ; favorablement :
revue des fonci, 14 mars 1949). admet que le plus d'éléments rétrocandidats : plus résenté dans les de 20 %, sest presente dans les grandes villes : Prague et Brno. Les résultats de l'épuration apparaissent sous une lumière fort significative. si l'on considère les faits révélés par la même revue le 7 mai 1949, après que celte épuration eut pris fin : « La plupart des organes du parti, y it-on, et surtout lappareil, ne jouissent plus de la confiance des adhérents ». Et voici comment est caractérisée la situation dans le district de Karlsbad à la même époque : « Les raisons de cet état de choses sont faciles à découvrir si
Dès Pépoque de février, la police fut épurée de tous les membres du parti de Benés, sur la base de leur participation à divers complots. Les gardes-frontières qui se composaient traditionnellement de membres de ce parti, furent complètement dissoutes et intégrées à la police par suite de la croissance du nombre des fuites vers l'étranger. A lexceplion du général Svoboda, l'armée ne comprenait que des officiers d'avant-guerre, ou formés durant leur émigration en Angleterre. Ces éléments réactionnaires avaient attendu en vain un appel de Benés à la résistance anti-communiste durant les journées de février 1948 et avaient exprimé ouvertement à cette occasion leurs opinions politiques. L'épuration du corps des officiers fut accomplie en un an. Le général Kutlvasr fut décapité vers la fin de 1948. Une série retentissante de procès aboutit à l'élimina-
Membres exclus
Membres exclus du Parti : 3,3 %;
Membres rétrogradés au rang de candidats pour un ou deux ans :
18,2 % :
Membres suspendus pour une pé.
riode de 3 à 6 mois : 7,2 %.
LUTTE CONTRE LA REACTION ET L'EGLISE
Moravie; ils ne
Membres exclus du Parti : 3,3 %;
Membres rétrogradés au rang de candidats pour un ou deux ans :
Membres suspendus pour une pé.
riode de 3 à 6 mois : 7,2 %.
LUTTE CONTRE LA REACTION ET L'EGLISE
QUATRIEME TIN per une position prépondérante dans la vie sociale grâce à sa mainmise sur la paysannerie, classe la plus nombreuse de cette région. Dans ces conditions, le nouveau régime ne put réaliser la séparation de l'Eglise et de l'Etat : il préféra nationaliser l'Eglise. Un décret a transformé le clergé en un corps de fonctionnaires qui doivent prêter serment, non seulement à la Constitution, mais encore au gouvernement, et ne peuvent disposer d'autres fonds que des salaires que leur
Sous la première République, la Tchécoslovaquie possédait une sur la défense de l'Etat qui fut toujours dénoncée comme anti-démocratique puisqu'elle immunisait pratiquement le Président de République et les membres du Gouvernement contre toute critique ouverte, Les staliniens ont cependant jugé cette loi insuffisante pour la protection de la démocratie populaire. Le 6 octobre 1948, ils firent voter la loi N° 231. Parmi les dispositions nouvelles introduites par cette loi dans le code penal, signalons notamment le paragraphe 32, alinéa 5:
« La mise en circulation de nouvelles alarmantes sera punie d'une peine de trois mois à trois ans de travaux forcés. Sera puni de la même peine quiconque mettra consciemment en circulation une nouvelle de nature à mettre en danger la sécurité de l'Etat, sa capacité de défense, la sécurité publique, la monnaie tchécoslovaque, le prestige de la force publique ou l'ordre public. La même peine sera appliquée si cette nouvelle est susceptible de provoquer le renchérissement des produits de consommation, des achats ou des ventes précipités et massits, ou un retrait précipité et massif des dépôts en banque ou dans les caisses d'épargne. Si lon ne peut prouver que le caractère mensonger de la nouvelle mise en circulation ait été connu, la peine sera réduite à une période d'un mois à un an de prison ».
Commentant cette loi, son auteur, le Docteur Cepicka, à l'époque Ministre de la Justice, précise qu'elle ne s'applique pas seulement à la propagation des nouvelles menson40
TERNATIONALE paye l'Etat. Le gouvernement s'est réservé la prérogative de nommer lui-même les hauts dignitaires de l'Eglise. Le parti communiste a prouvé l'importance qu'il accorde à la question religieuse en nommant ministre des cultes le Docteur Alex Cepicko, le propre beau-fils de Gottwald. Dans sa résistance au gouvernement et au régime, l'Eglise fait flèche de tout bois, spéculant sur la superstition, organisant des « miracles » et provoquant la résistance passive des paysans arriérés. gères et que quiconque propage des nouvelles, même conformes à la vérité, est passible des mêmes peines si cette propagation n'est pas désirable à un moment donné. Bien plus, les peines en question restent applicables à ceux qui propagent sans mauvaises intentions des nouvelles véridiques n'ayant pas eu les effets énumérés dans le texte de la loi, si ces nouvelles sont jugées comme ayant pu avoir des conséquences néfastes. (Loi sur la défense de la République Démocratique Populaire. Préface et commenaire du Docteur Alex Cépicka. Editions Nasche Vojsko. Prague 1949, pages 64-65).
La même loi introduit dans la législation tchécoslovaque le principe de la détention d'un condamné audelà de la durée de sa condamnation. Cette détention supplémentaire varie entre trois mois et cinq ans, selon qu'il s'agit de délits ou de crimes. Le sursis est inapplicable pour tous les condamnés âgés de plus de dix-huit ans (Op. cit. pages 84-85).
La nouvelle législation est d'autant plus élastique qu'elle étend considérablement la notion de secret militaire et assimile tout ralentissement du travail au sabotage. Aussi tend-elle à introduire jusque dans les usines la dénonciation mutuelle. Pourtant, la lutte contre l'extrême-gauche n'a pas encore pris une forme organisée sur les lieux de travail, car la classe ouvrière demeure souvent désorientée et n'a pas encore procédé à un nouveau regroupement de ses forces que le gouvernement pourrait considérer comme immédiatement menaçant.
UNE LOI A DOUBLE TRANCHANT
UNE LOI A DOUBLE TRANCHANT
STRATIFICATION PROGRESSIVE DE LA CLASSE OUVRIERE
En 1945, on avait systématiquement nommé dans toutes les grandes entreprises quatre directeurs appartenant chacun à l'un des quatre grands partis du Front National. La seule fonction des trois directeurs non-communistes consistait en général à dépenser leurs salaires très élevés. Après Février 1948, l'appareil de l'économie fut épuré, mais en même temps, les directeurs furent soustraits à tout contrôle de la part des travailleurs.
En jennar 1t lalee sense re su En janvier 1949, le quinquennal fut sous le signe de l'augmentation de la productivité du travail. Mais, dans l'esprit des auteurs du plan, cette augmentation ne devait pas résulter d'un accroissement de la mécanisation ni d'un progrès de la rationnalisation, ces facteurs ayant déjà atteint un niveau très élevé dans l'industrie de Bohême-Moravie. En pratique, laccroissement de la productivité fut donc laissée à laugmentation du rendement individuel. Or, la classe ouvrière tchèque avait été éduquée pendant plusieurs générations dans l'esprit d'une lutte de principe cuntre la rationalisation capitaliste. Cette tradition était tellement forte que les occupants nazis ne purent jamais réussir à introduire en Tchécoslovaquie le système REFA, réplique allemande du système Bedeaux d'accélération des cadences. Aussi, en 1949, la campagne pour l'accélération des cadences s'estelle heurtée à la résistance énergique des vieilles générations ouvriéres et a dû s'appuyer presque exclusivement sur la jeunesse. L'augmentation de la production en quantité se fit donc au prix d'un abaissemeut de la qualité. L'organe de la jeunesse Mlada Fronta rapporte, par exemple, qu'en février 1949, de ouvrières qui avaient à remplir des sachets de produits chimiques augmentaient le nombre des sachets remplis en ne les fermant plus.
D'autre part, l'augmentation de la production a souffert de l'accroissement de l'absentéisme et de celui de l'instabilité de la main-d'œuvre La Section de Statistique de lOffice du Travail a, par exemple, revele que dans les neuf derniers mois de 1948, deux cent trente trois heures de travail par tête d'ouvrier furent perdues, ce qui représente en moyenne une journée de travail individuel par semaine. Dans un charbonnage du district de Kladno, la rotation de la main-d'œuvre s'éleva à 75 % en un an. En Moravie, la caisse de maladie de la ville de Nové Mesto adressa un appel radiodiffusé à toutes les autres caisses de maladie du pays en les appelant à une compétition socialiste (1) à qui reconnaîtrait malades le plus petit nombre d'ouvriers. Dans les charbonnages Zarubek à • MoravskaOstrava, deux cent quatre mineurs s'étaient déclaré malades. Un tribunal du parti communiste entra en action, convoqua un médecin du parti et ordonna à tous les mineurs malades de se faire réexaminer. 147 se présentèrent et dix-sept seulement furent reconnus malades. Les autres furent forcés à reprendre le travail et seize d'entre eux furent poursuivis pour sabotage (1). Les ouvriers boulangers avaient conquis longtemps avant la guerre la suppression du travail de nuit. Le Ministre du travail E. Erban, la maintenant réintroduit « dans l'intéret public » et l'organe central du Parti communiste, Rude Pravo, s'est fortement plaint du « manque de compréhension » des ouvriers boulangers envers cette mesure. En outre, des engagements soi-disant bénévoles ont été extorqués aux ouvriers multiples occasions, comme l'anniversaire de Staline, afin qu'ils augmentent gratuitement leur rendement et leur temps de travail. Dans ce but, des contrats collectifs avaient été conclus dans les entreprises par les directions syndicales, sans consultation de la base, puis soumis à chaque ouvrier pour être signés.
Une des méthodes les plus brutales employées envers les travailleurs est la transformation de certains travailleurs intellectuels en travailleurs manuels affectés de force aux travaux les plus durs, les plus insalubres et les plus mal payés. Il existe aussi plusieurs camps de travail forcé. Bien que ces camps ne constituent pas des lieux d'horreur où les travailleurs seraient exterminés de sang-troid, comme le pretend la presse capitaliste, on n'y arrache pas moins le maximum de travail à chacun de ceux qui s'y trouvent avec un minimum d'outil-
(1) Les sections du P. C. convoquent régulièrement les médecins et leur imposent un nombre maximum de malades par usine: au delà de ce nombre aucun ouvrier ne peut être reconnu malade.
lage et de protection sanitaire. Ainsi, bien que la nourriture y soit en général fort suffisante, l'usure physique et une mortalité élevée déciment leur population. Le pire d'entre ces camps est celui de Joachimstadt, près de la frontière de la zone d'occupation soviétique d'Allemagne. Les mines d'uranium qui s'y trouvent sont aujourd'hui exploitées exclusivement par des forcats à la seule exception de techniciens et de mineurs allemands non expulsés et sur lesquels on peut donc faire peser en permanence des menaces d'expulsion en Allemagne orientale où ils seraient d'ailleurs envoyés aussi dans les mines d'uranium.
Sous le slogan de la « lutte contre le morne égalitarisme », le parti communiste a réussi à imposer aux travailleurs un système de dilférenciation progressive des salaires qui tend consciemment à briser l'unité de la classe ouvrière. Il a organisé une vaste campagne pour le remplacement du salaire horaire par le salaire aux pièces. Bien plus, les cantines des entreprises de findustrie lourde sont systématiquerestes vorispesses de industie legère. Les ouvriers des premières ont également reçu au cours de l'année 1949 une quantité considérable de produits textiles et de souliers, alors que le reste de la population ne peut s'en procurer qu'au marché libre à des prix exorbitants. C'est par l'insuffisance du salaire réel des ouvriers par rapport aux besoins familiaux qu'a été obtenue la généralisation du travail des femmes. Bien que réduit de 50 % en • La cessation des livraisons de l'U. N.R.R.A., la grande sécheresse de 1947 et la première réforme agraire qui se borne à transformer les grandes entreprises agricoles, exploitées de façon capitaliste, en petites termes privées, eurent des conséquences néfastes sur tous les plans et provoquèrent une terrible diminution des rations alimentaires entre l'automne 1947 et l'automne 1948. Cette situation servit de prétexte à la conclusion d'un accord commercial particulièrement défavorable avec TU.R.S.S., mais que les staliniens n'hesiterent cependant pas à présenter comme ayant sauvé la Tchécoslovaquie de la famine. Afin de donner corps à cette légende, les
TERNATIONALE janvier dernier, le prix d'une pairede souliers au marché libre reste égal à la moitié du salaire mensuel d'un ouvrier moyen.
Cependant, l'amélioration du système de rationnement en farine, ainsi que les baisses récentes des prix du marché libre représentent sans aucun doute une amélioration dans l'alimentation des couches les plus larges de la population. Le niveau de vie moyen des travailleurs s'est sérieusement élevé. Ce proces-. sus contradictoire s'explique en premier lieu par l'absorption detinitive de la propriété allemande retournée à l'Etat tchécoslovaque lors de la Libération, et dont la valeur totale est d'un milliard huit cent millions de couronnes-or (quatre milliards de dollars). Cette valeur énorme n'a pu être réintégrée dans l'économie nationale que progressivement, les entreprises industrielles appartenant à des Allemands ayant perdu, depuis l'annexion des Sudetes par Hitler, leur lien organique avec l'économie tchèque et ayant ensuite été condamnées à plusieurs années d'inactivité par l'expulsion en 1945 de la population allemande parmi laquelle se recrutait la plus grande partie de leur main-d'œuvre. Il est d'ailleurs à remarquer que le manque de main-d'œuvre qualifiée d'une part, les difficultés d'approvisionnement en matières premières étrangères consécutives à la baisse des exportations tchécoslovaques d'une part, ont signifié la ruine de secteurs entiers de l'industrie légère, comme celle du verre et des. jouets, dans le pays des Sudètes. dirigeants staliniens ne reculèrent devant aucune falsification, allant jusqu'à lancer sur le marché des paquets de beurre tchèque portant la mention : « Provenant des livraisons de l'U.R.S.S. ».
Aujourd'hui, la politique agricole stalinienne tombe dans l'excès contraire et se dresse contre tous les paysans qui possèdent plus de quinze hectares de terre. Cette lutte contre les petits et les moyens paysans est menée de deux manières : par les impôts exorbitants et par les. normes de production irréalisables. Depuis un an environ l'Etat impose aux paysans des contrats individuels pour la livraison annuelle des. produits agricoles. La non-exécu-
COURS NOUVEAU DE LA POLITIQUE AGRAIRE
COURS NOUVEAU DE LA POLITIQUE AGRAIRE
UATRIEM E I l tion de ces contrats est considérée comme sabotage économique et punie par l'expropriation. « Les stations de tracteurs, dit le Rude Provo, sont autorisées à procéder à l'achat forcé des machines agricoles de tous les paysans dont le rendement insuffisant démontre qu'ils sont incapables de les utiliser. L'estimation du prix d'achat de ces machines sera faite par les stations de tracteurs elles-mêmes ».
Le même journal cite le cas de la commune de Krasna Hora en Bohème, qui bens, mais ne pouile le impose ne possède que 97 vaune norme de livraison de lail correspondant à la production de 120 vaches. Il s'agit de petits paysans possédant des terres de plus de 1s hectares, mais de moins de 23 ha. de superficie. Comme les paysans, membres du P.C. constituent en général le comité de gestion des municipalités qui élabore les normes des fermes individuelles, ils attribuent à eux-mêmes des suppléments de lait qu'ils vendent marché libre. Ce système, d'une double iniquité, aboutit ainsi à la situation paradoxale où les petits paysans sont obligés d'acheter du ne tibre, lait au marché libre, aux communistes, pour pouvoir accomplir leur « norme » et échapper ainsi à laccusation de sabotage 1
La constitution des coopératives de travail à la campagne n'a cepen-
LE TITISME EXISTE-T-IL EN
Le mouvement ouvrier international a le devoir de distinguer nettement, en ce qui concerne la Tché-. coslovaquie, entre les cinquante mille émigres reactionnaires qui ont quitté le pays depuis février, les aiciens officiers et les fascistes qui
TERNATIONALE dant pas fait de grands progrès, malgré la pression considérable exercée dans ce sens par l'Etat sur les paysans petits et moyens. Les anciens ouvriers agricoles, memdu P.C., auxquels furent attribuées durant la réforme agraire de nombreuses fermes, anciennes propriétés allemandes, s'accrochent aujourd'hui tout particulièrement a leurs exploitations individuelles. Dans son discours du 28 février 1950, le président Gottwald a déclaré que la solution de la question agraire n'a fait jusqu'à maintenant que des « pas de tortue », qu'on s'était appuyé démesurément sur la collaboration volontaire des paysans, que ceux-ci n'avaient pas compris les exigences de cette collaboration volontaire et qu'il serait donc nécessaire de développer dorénavant l'organisation des coopératives agricoles de travail « à pas de géants ». Dans le même discours, Gottwald annonça que par suite de la crise des exportations tchèques, une partie considérable de l'industrie légère manquerait de façon chronique des matières premières nécessaires à son fonctionnement normal, et devrait être supprimée. Ceci concerne dans une grande mesure des produits de consommation manufacturés, destinés au mar ché paysan, et rendra la solution de la question agraire dans le sens stalinien encore plus compliquée. TCHECOSLOVAQUIE ? me particulière de résistance passive qui s'exprime dans la mise en circulation de centaines de plaisanteries ridiculisant les mœurs des bureaucrates. Le brave soldat Chveik, symbole national de la résistance passive du temps de la domination autrichienne, est aujourd'hui l'ennemi numéro un du parti communiste. L'organe central du parti a été jusqu'à se donner le ridicule de publier un article intitulé : « Contre les Cheik ».
Les syndicats comme les sections du parti communiste se plaignent sans cesse de la passivité complète de leurs membres et de leur assistance irrégulière aux réunions. On a dû introduire un système de compétition socialiste pour l'assistance régulière aux réunions du parti et utiliser les projections de films ou les intermedes de music-hall au cours de ces réunions, afin d'aug- ont pris le lancien régime part les ouvriers villes et passent la veille de leur social, et d'autre qui s'évadent des à dans l'illégalité arrestation. C'est ainsi que les dirigeants staliniens n'ont pas hésité à arrêter un des chefs militaires de la résistance anti-nazie, Karel Vesely-Steiner, luimême membre du parti communiste.
Mais beaucoup plus d'importance et d'ampleur doivent cependant être attribuées à la résistance passi. ve des masses tchécoslovaques. Au caractère national particulier du peuple tchèque correspond une forle maquis pour rétablir menter l'assistance. Même dans ce cas, il arrivait souvent que la salle se vide vers la fin des représentations sans attendre la discussion politique. En désespoir de cause, les dirigeants staliniens commencèrent alors à intercaler la discussion politique entre deux parties d'un film ou d'une séance de music-hall.
Pareille rupture de fait entre les masses laborieuses et l'appareil du n'a pas été sans répercussions à Pintérieur même de celul-Ci. L'hostilite contre les privilèges exorbitants dont jouissent les couches supérieures de la bureaucratie du parti va croissant. En effet, il faut savoir, par exemple, que le budget de 1949 a porté le traitement personnel du président de la République, Gottwald, sur sa propre demande, de soixante et un à soixante douze millions de couronnes,. alors que le budget de sa chancellerie s'élève déjà à une somme presque égale à celle du budget de l'Assemblée Nationale tout entière. L'ouvrier qual:fie moyen ne manque pas de comparer ce traitement aux quarante deux mille couronnes de son salaire annuel.
Les faits connus révèlent une épuration massive des fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères. Le Docteur Klinger, responsable des relations avec la presse étrangère et qui avait rang de directeur à ce Ministère, a été arrêté et son procès semble être en préparation. En liaison avec cette affaire, le docteur O. Koste, chef du departement ac la presse etrangere au Ministère de Information, a également été arrèté. En même temps, Wilhelm Novy, rédacteur en chef du Rude Pravo et le seul communiste d'avant-guerre parmi les responsables du journal, a été relevé de ses fonctions, puis obligé de démissionner de son poste de député, en octobre 1949, sous prétexte de « manque de vigilance envers les ennemis du parti ». Il y a quelques semaines, il a été exclu du parti. Entin le 2 mars, on a appris nor seulement qu'il avait été arrêté, mais encore qu'il avait deja « avoué ses crimes ». Le même jour, l'agence officielle du gouvernement communiquait que le chef de la chancellerie de la Présidence du Conseil, Milan 44
TER NATIONALE Reimann s'était suicidé après avoir été interrogé par la police. Dans se cas de ces quatre dirigeants, il s'agit de hauts fonctionnaires du parti qui n'ont pas pu suivre sans murmure la ligne Gottwald-Staline qui a pour conséquence d'élargir tous les jours la breche entre les masses et le parti.
Bien que, à part le parti communiste yougoslave, le parti communiste tchécoslovaque soit le seul en Europe orientale qui possède une large base et une tradition de masse, et qui soit arrivé au pouvoir grâce à ses propres forces, il est douteux que les sommets de : l'appareil du parti, comme Gottwald, Zapotocky et Slansky puissent un jour rompre tous ensemble avec le Kremlin et suivre la voie de Tito. Ces dirigeants ont à maintes reprises depuis 1926 effleuré la ligne oppositionnelle, mais ont trahi chaque fois l'opposition et fini par appliquer la ligne stalinienne. Ils sont le produit d'une longue sélection qui a placé à la tête • du parti les éléments les moins indépendants et les plus conformistes. Depuis deux ans, ils ont eux-mêmes sapé leur propre base et leur prestige dans les masses et aujourd'hui, c'est en premier lieu sur des couches de carriéristes et d'éléments corrompus qu'ils s'appuient. Enfin, ils sont divisés entre eux par de nombreuses intrigues et luttes decliques.
Mais dans les masses du parti tchécoslovaque, la sympathie envers l'attitude du parti communiste yougoslave a été et demeure réelle. En août 1948, à l'occasion du Congrès des Sokols, le peuple de Prague a manifesté cette sympathie dans la rue, les ouvriers portant en triomphe la délégation yougoslave. Aujourd'hui, l'accroissement de pression policière rendrait impossible pareille démonstration. Néanmoins, la résistance des masses à la ligne stalinienne reste suffisantepour provoquer des réactions politiques saines de la part de nombreux éléments du parti. Ce n'est donc pas sans raison que Vladislav Kopriva a déclaré, à la réunion du Comité Central du 25 février dernier que le parti est plein de prétendus « agents. titistes ».