Quatrième Internationale inaugure à partir du présent numéro une rubrique consacrée au développement de la révolution yougoslave, sur le plan social et idéologique.
13 décembre 1949. - E. Kardelj prononce devant l'Académie des sciengrande importance (1) Sur 1s vene Slovénie un discours d'une de la science marxiste-léniniste ». Il y dénonce la transformation du marxisme en dogmatisme et en pragmatisme vulgaire par les staliniens, la théorie devenant ainsi la « servante d'une bureaucratie utilitaire et dépourvue de principes ». Il dénonce le « culte fétichiste de l'Etat qui, avec l'appareil de ses dirigeants, est posé en interprète infaillible de la vérité absolue ». Le P. C. Y. a une politique différente : il ne considère pas « la création scientifique comme une espèce de complément de l'appareil de l'Etat ›. Il estime que les travailleurs scientifiques « doivent être libres dans leur création, précisément parce que, sans heurt d'idées, sans discussion solentinque, sans critique et sana vérification par la pratique des positions théoriques, il n'y a pas de progrès ». Il condamne la condamne la conceptlon russe de « l'esprit de parti » dans la science.
8 Janvier 1950. — Le C. C. du P. C. Y. définit le but de l'enseignement « éduquer dans les écoles l'homme socialiste nouveau, libre et courageux, dont les conceptions sont larges et variées, auquel le bureaucratisme et la rigidité de pensée sont étrangers ». Ce but sera atteint « en amplifiant la lutte " en opina des opinions, en développant l'initiative dans tous les domaines, en échangeant librement des expériences pratiques et des conceptions sur la ligne de redincation socialiste dans notre pays ».
Rapporteur sur cette résolution, M. Djilas affirme que, contrairement à ce qu'on croit en U R. S. S., la pensée ne peut etre l'objet « d'une planificaton quelconque ». " Dans un Etat socialiste, précise-t-il, l'appareil administratif ne peut exercer un monopole idéologique sans enfreindre les principes de la démocratie populaire, sans Imiter l'initiative des masses, sans diminuer par là-même l'ampleur de la lutte salutaire livrée aux vestiges du passé. » La lutte contre le Kominform " a pris une ampleur exceptionnelle ; elle a éveillé des forces nouvelles et libéré la pensée créatrice. Les marxistes et, plus généralement, les milieux progressistes de notre pays. ont le senti-
(1) Nos lecteurs le trouveront dans le Bulletin d'information Yougoslave, n° 8, ou dans la revue Esprit de février 1950. ment d'être débarrassés d'une sorte de gangue qui, à leur insu, tenait emprisonné leur esprit ».
Le budget de l'instruction et de la cuiture populaire s'accroit de 60 % en 1950 par rapport à 1949 (alors que la croissance du budget total n'est que de 7 %) .
11 janvier. -- Des conseils = ouvriers sont crées dans les usines. Ils sont élus pour 1 an par tous les ouvriers et employés syndiqués ou non, au scrutin secret. Ces organismes consultatifs ont, parmi leurs attributions, celle d'influer pour une bonne rémunération des ouvriers et employés. Ils sont responsables devant leurs électeurs, et. en cas de conflit avec le directeur de l'entreprise, peuvent faire appel aux instances supérieures.
15 Janvier. - « Il n'est pas suffisant que les masses ne participent au pouvoir que par l'intermédiaire de leurs représentants élus aux Conseils populaires et aux Assemblées nationales. S nous en restions là, nous serions bien plus une démocratie parlementalre qu'une démocratie populaire socialiste. Les travailleurs. doivent prendre part à l'administration de l'Etat... également par l'intermédiaire des commissions. des conseils de citoyens auprès des comités populaires... Toute cette activité doit être continuellement développée et popularisée dans les masses. »
20 Janvier. - La nouvelle loi sur les assurances sociales place la sécurité sociale sous le contrôle des syndicats Elle assure aux travailleurs à partir de 50 ans une retraite égale au salaire moyen de la dernière année. Les assurances sociales sont gratuites pour les ouvriers et employés, qui ont droit en cas de maladie au plein salaire pour une durée qui peut atteindre deux ans L'assure et sa famille ont droit aux soins et médicaments gratuits.
25 Janvier. - « La participation consciente accrue des masses dans l'administration de l'Etat et dans la direction de l'économie constitue en réalité, selon Marx et Lénine, la condition de l'édifloation de la société socialiste et de l'existence de la démocratie socialiste ». déclare Djilas.
Au cours du mois de Janvier une
« Ordonnan main-d'œuv de contrats d'au moins l'industrie, ce sur la stabilisation de la décide la conclusion re » de travail pour une durée mois pour les ouvriers de la rupture unilatérale du contrat pourra entraîner la suppression de la carte d'alimentation.
D'autre part, le Conseil central des syndicats yougoslaves adresse un appel au mouvement ouvrier international protestant contre la campagne antiyougoslave du Kominform.
LATRIEME IN
6 février. — Kidric expose devant le présidium de l'Assemblée nationale le projet de loi sur la décentralisation de l'économie. Après les textiles, le cuir et le caoutchouc, la production d'électricite et celle du charbon ont vu leur gestion remise aux administrations de six républiques fédérées, qui ont ellesmêmes transféré de nombreuses entreprises aux comités populaires d'arronlissements. Cette évolution sera poursuivie. A la tête des secteurs économiques seront placés des comités composés de représentants des gouvernements des républiques et des représentants du gouvernement fédéral.
• Karl Marx a souligné, déclare Kiirle, qu'un sérieux danger intérieur existe pour le socialisme : la bureauoratie et le bureaucratisme. Il s'agit ici. en premier lieu, du bureaucratisme en tant que phénomène social dans l'édification sociale dans l'édification socialiste », c'est-à-dire que « la démocratie populaire.. commence à être supplantée par une bureaucratie de plus en plus large qui, simultanément, s'éoarte de plus en plus du processus de production et s'élève au-dessus de lui comme son tuteur parasite.. Il serait naif de penser que... les tendances au bureaucratisme puissent être liquidées par un décret... (Sans une lutte systématique) l'édification socialiste dégénère on Etat bureaucratique. »
20 février. - Devant 50.000 personnes, Tito dénonce la pression qu'exercent les capitalistes américains sur la Yougoslavie, en faisant traîner en longueur les démarches d'emprunts yougoslaves. Il souligne la collusion Kominform et de la réaction américaine contre la R. F. P. Y.
« Nous n'accepterons Jamais que Pon marchande avec nos principes, affirmet-il. Nous sommes un Etat socialiste, nous sommes des communistes, nous bâtissons un Etat socialiste, le socialisme. Et en cela nous ne céderons pas, et nous ne ferons aucune concession, même pas dans notre politique extérieure... Nous irons plutôt en haillons, aussi longtemps que nous n'aurons pas créé avec nos propres forces ce qui nous est nécessaire... Toute attitude différente de notre part se vengerait ierriblement... Nous ne nous trouvons dans aucun camp, nous ne faisons parne d'aucun bloc. »
22 février. - Sur la demande de Ho Chi Minh, le gouvernement de la R. F. P. Y. reconnait la République du VietNam.
28 février. — Au cours d'un meeting électoral à Maribor, centre industriel de Slovénie, E. Kardelj souligne « que les peuples de Yougoslavie dans leur voie de l'édification du socialisme, qu'ils conçoivent comme le processus d'un développement de plus en plus large de la démocratie sociallste, et non pas comme la caserne à laquelle ressemble aujourd'hul le socialisme kominformiste, doivent savoir elairement... qu'aux efforts
TERNATIONALE des peuples yougoslaves s'opposeront toutes sortes survivants l'ancienne Yougoslavie vivant dans les pays capitalistes, le capital étranger qui n'a pas encore cessé d'espérer restaurer son ancienne position privilégiée et la politique kominformiste ".
« Notre pays n'a pas besoin d'opposition capitaliste (aux élections)
сат nous ne sommes pas hypocrites et nous déclarons ouvertement qu'aucun homme laborieux et conscient de notre pays ne pense même à permettre le retour à l'ancien régime, au capitalisme. Les listes capitalistes ne nous sont done pas nécessaires ».
7 mars, — Le maréchal Tito parlant à Split, devant 80.000 personnes, a déclaré : Le bureaucratisme sera Impitoyablement pourchassé Yougoslavie qui ne veut pas imiter à tout point l'Union Soviétique et surtout en ce domaine.
19 mars. - Au cours d'un grand meeting électoral d'étudiants et de professeurs à l'Université de Belgrade, Milovan Djilas, secrétaire du Bureau politique du Parti communiste de Yougoslavie, a déclaré que les questions fondamentales dans le développement de la Yougoslavie sont la démocratisation intérieure par la lutte contre la réaction bourgeoise et le bureaucratisme et pat l'incorporation des masses dans l'administration de l'Etat et de l'économie, par la lutte pour l'indépendance nationale dans le socialisme et la lutte pour l'édification socialiste. « Ces questions sont étroitement liées les unes aux autres ainsi qu'a la lutte menée par le Parti communiste, les masses laborieuses et tous les peuples de Yougoslavie contre le révisionnisme actuel dont le centre se trouve en Union Soviétique et, plus précisément, dans le comité centrai du P. C. (b.) de l'U. R. S. S. », a déclaré Djilas.
« Le développement des forces productives en Union Sovlétique, a dit Pjilas, a atteint un tel degré que les rapports sociaux ne lul correspondent plus, pas plus que ne lui correspondent les méthodes de direction du processus même de la production ni la manière de répartir les produits. »
• Etant donné, notamment, que l'U. R. S. S. fut le seul pays socialiste, que, de plus, il était riéré, encerclé par le capitalisme, et que le rôle de la consclence des masses dans la lutte pour l'édification socialiste était relativement faible de même que les forces révolutionnaires intérieures et extérieures, il en est résulté la création d'une couche privilégiée de la bureaucratie, le centralisme bureaucratique, la transformatlon provisoire de l'Etat en une pulssance au-dessus de la société. »
L'ensemble de ce discours, sur lequel nous reviendrons, marque une nouvelle étape dans l'évolution idénlogique du P. C. Y