DANS re e vul-Naa née de la
• guerre au Viet-Nam les positions de l'armée colonialiste, forte de 140.000 hommes, s'établissent ainsi :
deux tiers du territoire échappent totalement à son contrôle et sont admimistrés par le gouvernement Ho-ChiMinh : la zone de territoire occupée par cette armée est constituée au Nord par le delta tonkinois avec les villes de Hanoi et de Haïphong, au Centre par quelques villes cotieres dont tue est la plus importante, au Sud, par une assez large portion de la Cochinchine avec la ville de Saïgon.
C'est dans la zone occupée par l'armée colonialiste que se déroulent combats et coups de mains incessants contre les guerillas viet-namiennes en vue du contrôle des voies de communications. (1)
Situation bien précaire pour les impérialistes en dépit d'un effort de guerre considérable qui équivaudrait, selon cer-
A LA RECHERCHE DE •
Installée dans ses pantoufles, la bourgeoisie française préférait les placements « sûrs » et les opérations usuraires à l'investissement de capitaux dans ses colonies. Elle voyait dans la non-industrialisation des colonies un gage de sécurité pour son empire, craignant par-dessus tout la naissance d'un prolétariat colonial nombreux et l'élévation culturelle des masses.
Ainsi s'explique l'état -extrêmement arriéré de l'économie (2) du Viet-Nam, qui n'a connu de l'impérialisme que son seul aspect spoliateur et pillard.
Le tableau, à la veille de la deuxième guerre, était le suivant :
D'une part le développement en volume de la production industrielle était infime : les matières premières représentaient des 96,5 % de la masse des exportations. Le latex n'était pas transformé industriellement, mais exporté bas prix au profit du trust français du caoutchouc Michelin. Bien que les produits du sous-sol abondent (charbon, fer et métaux non ferreux), il n'existe sur tout le territoire de l'Indochine qu'un seul haut-fourneau, si bien que les 2/3 du charbon produit passaient à l'exportation. Ajoutons que le riz représentait la fraction de loin la plus importante des exportations, aux dépens de la consommation des masses.
La bourgeoisie française poussa la taines estimations sérieuses, à la totalité de l'aide Marshall à la France.
En septembre 1945, le gouvernement socialiste-communiste-M. R. P., préside par de Gaulle, dépensa 100 milliards rien que pour mettre en route le corps expéditionnaire. Depuis, ces sommes ont été largement dépassées chaque année.
Les impérialistes s'efforcent d'augmenter leurs effectifs combattants par le recrutement sur place de troupes auxiliaires bao-daïstes. Jusqu'à présent, ces effectifs recrutés sur place ne depassent pas 3.000 hommes. La récente révolte d'un détachement auxiliaire tenant un poste avancé est d'ailleurs significative des dangers d'un tel recrutement.
La bourgeoisie française éprouve les plus grandes difficultés à doubler ss propre intervention d'une guerre elvile.
Ces difficultés découlent directement des procédés de colonisation appliqués pendant 80 ans. « COLLABORATEURS » prudence jusqu'à remplacer l'industrie concentrée, nécessaire même pour la préparation du latex ou pour le décortiquage du riz, par un pullulement de peutes exploitations artisanales.
Le capital bancaire, représente par la toute puissante Banque d'Indochine, s'est abaissé au rôle médiéval de préteur sur gage et d'usurier, tenant en sujétion les propriétaires fonciers ; par leur intermédiaire il pompait la plusvalue extraite aux coolies, métayers et fermiers.
La structure des campagnes est, également, très arriérée.
D'un côté la grande propriété foncière : 700 colons européens possédent 1/5° des terres cultivables, dont ils ne
(1) Dans une conférence organisée le 26 février 1950 par le Ministère des Colonies, un officier du corps expéditionnaire défnissait comme circulation est maine, sous la installées tous ainsi pour les
* libres » les routes où la possible deux jours par seprotection de tours de guets les kilomètres. Il en est routes partant de Saigon, en
Cochinchine, où la position du corps expeditionnaire est infiniment meilleure qu'au Tonkin.
(2) Voir Anh-Van et Jacqueline Roussel : « Mouvements nationaux et lutte de classes au Viet-Nam ».
mettent en valeur que la moitié environ ; un nombre un peu plus élevé de gros propriétaires annamites écrasent leurs fermiers sous le poids de l'usure (3).
De l'autre côté, l'immense masse des paysans pauvres possédant moins de 2 hectares : au Tonkin 62 % de cheis de familles possédent moins du tiers d'un hectare et 8 % seulement en possèdent plus de 1,80 ha. Même dans la parcellaireande propriété la culture est la culture laminale, privee des outils les plus élémentaires et privée d'engrais (les phosphates du Tonkin sont exportés, ce qui rapporte de plus gros profits). Les travaux d'irrigation réalisés sont minimes. Tout ceci explique la basse productivité des rizièmes indochinoises, dont le rendement est de 12 a 14 quintaux à l'hectare, contre 32 quintaux au Japon.
L'obstacle mis par la colonisation à la transformation capitaliste de l'Indochine a empêché le développement d'une forte bourgeoisie nationale.
Le commerce ou la fabrique ne joue qu'un rôle accessoire pour le capitauste annamite qui est presque toujours en même temps un propriétaire foncier,
On comprend la faiblesse extrême de la bourgeoisie indigène qui « s'avère incapable de jouer seule un rôle révolutionnaire ou contre-révolutionnaire efficace » (2).
Liée organiquement à la classe des propriétaires fonciers-usuriers, elle ne peut entreprendre le premier et principal pas de la révolution democratiquebourgeoise : la solution du probleme agraire. Bien plus, elle se trouve en opposition directe de classe avec les
Paysans pauvres ou sans terre qui constuent 92 % de la population du VietNam.
Faible numériquement, véritable « avorton historique » (2), la bourgeoisie viet-namienne ne peut constituer le point d'appui contre-révolutionnaire dont aurait besoin l'impérialisme français pour briser de l'intérieur la lutte du peuple viet-namien et pour arriver à un compromis du type dien ou indonésien.
La dialectique de l'histoire a changé la force de l'impérialisme français en sa faiblesse ; faute d'un parti bourgeois conséquent, faute d'un Nehru ou d'un Soukarno (4), il n'a personne avec qui traiter. Il est pris dans le dilemne du tout ou rien : ou reconquérir l'Indochine et rétablir sa domination dans les formes antérieures, ou perdre tout. Malgré sa recherche de « collaborateurs », l'impérialisme ne pourra trouver aucun partenaire capable de Taire passer dans les faits un accord sauvegardant l'essentiel de ses positions dans son ancienne colonie. accord. Son seul défaut, c'est qu'il ne représente pas les masses viet-namiennes en lutte. Il s'avère même incapable de souder autour de lui une force bourgeoise et féodale indigènes suffisante pour servir de paravent entre l'impérialisme et les masses.
Depuis la conquête de l'Indochine, la bourgeoisie française a fait et défait les dynasties impériales, mettant sur le trône les marionnettes les plus dociles.
(3) Op. Cit. Au début de la saison le fermier est tenu d'emprunter au propriétaire. Six mois plus tard, à la récolte, il devra le rembourser en riz à un taux d'intérêt de 300 %. Au total, le propriétaire prélève 70 % de sa récolte.
(4) L'impérialisme hollandais freina également l'industrialisation de l'Indonésie. Mais la bourgeoisie nationale indonésienne est aujourd'hui incomparablement plus forte que la bourgeoisie vietnamienne.
C'est ainsi que 50 % des plantations d'hévéas appartiennent à la bourgeoisie indonésienne tandis qu'en Indochine 70 % des mêmes plantations appartiennent à des sociétés françaises.
De plus, l'Indonésie, occupée pendant toute la guerre par le Japon, s'est alors industrialisée notablement.
car la culture - son e l'usure — sont une source grands profits individuels là que le commerçant ou omplément plus de c'est donc l'industriel investit de préférence les capitaux accumulés.
Comme d'autre part ses forces propres ne lui permettent pas non plus de mener à bien la reconquête, après cinq ans de guerre, la bourgeoisie française recourt a un de ces artifices juridiques dont elle est si friande : elle baptise « Gouvernement » du Viet-Nam des hommes à elle.
Déjà, en juin 1946, le gouvernement tripartite à participation communiste, crea le gouvernement fantoche du Dr Thin : sur ses onze ministres sept étaient des colonialistes français.
La carrière de ce « gouvernement » se termina tragiquement par le suicide du Dr Thin.
Ce fut ensuite, en octobre 1947, la constitution du « gouvernement » du général Xuan, général... de l'armée francaise. Xuan ne sest pas suicide, mais son « gouvernement » n'a pas eu plus de succès que son prédécesseur.
Enfin, en avril 1949, le ministère des Colonies expédie en Indochine sa majesté Bao-Dai et le met à la disposition du corps expéditionnaire, qui l'installe dans la résidence de Dalat.
Nanti de si hautes protections et l'une lettre du Président Auriol confirmant les fameux accords du 8 mars 1949, sa majesté Bao-Dai devient le partenaire rêvé pour signer un bon 30
ARTIFICES JURIDIQUES
ARTIFICES JURIDIQUES
Bao-Dai fut l'un des fruits de cette sélection (5).
Bao-Dai n'a pas et n'aura pas les masses populairés avec lui. Il reste aujourd hui comme avant un instrument
Le gouvernement Ho-Chi-Minh est, sans aucun doute possible, le représentant des larges masses vietnamiennes en lutte contre l'impérialisme. Aussi est-ce le devoir du prolétariat international de combattre pour la reconnaissance de ce gouvernement afin de retirer aux impérialistes l'ombre de justification que représente pour lui soutien de celte ombre qu'est le gouvernement Bao-Dai.
Cela n'implique nullement l'approbation de la politique d'Ho-Chi-Minh.
En effét, le Viet Minh, avec sa direction stalinienne, fut jusqu'en 1949 le champion de « l'indépendance dans le cadre de l'Union Française ».
Ainsi s'explique, sur le plan intérieur, l'œuvre de liquidation des organes d'autogouvernement des masses, l'assassinat des militants révolutionnaires et, en premier lieu, de notre camarade Thu Tau quelques semaines avant le compromis du 6 mars, la dissolution du Parti communiste dans le Viet Minh, la nomination du traître Bao-Dai comme conseiller du gouvernement. Sur le plan extérieur, ce furent les efforts constants de compromis avec la France, efforts qui eurent les mêmes résultats que ceux au gouvernement indonésien de Soukarno : permettre à l'armée d'invasion de renforcer ses positions. Telle fut la signification des accords du 6 mars 1946 : le corps expéditionnaire du général Leclerc était alors dans l'impasse. Après s'être emparé de Saïgon le 23 septembre 1945, avec Taide des troupes anglaises, il n'avait la force ni de réduire l'action des partisans viet-namiens en Cochinchine, ni de prendre pied dans le Nord, où stationnaient des troupes chinoises Tchang Kai Chek. L'offensive fit alors (5) Il se trouvait par là-même tout prét à collaborer avec l'Impérialisme japonais lorsque celui-ci occupa l'Indochine (mars 1945). Dix jours après la capitulation japonaise, il abdiqua : aucune main ne tenait plus les ficelles de la marionnette. C'est alors que Ho Chi Minh le nomma * conseiller de la République » du VietNam, faisant de lui le symbole de sa volonté de rester * dans le cadre de l'Union Française ». (6) Saravane Lambert, député hindou à l'Assemblée Nationale du 28 janvier.
N TERNATIONALE de l'impérialisme. Et il n'est pas douteux, comme le disait un député (6).
que " le peuple viet-namien saura lui infliger le chatiment que mértent ceux qui trahissent leur pays ». place à la diplomatie : en échange de promesses vagues, plus vagues mêmes que celles qui sont incluses dans l'actuel accord avec Bao-Daï (7), le gouvernement Ho-Chi-Minh ouvrit au corps expéditionnaire les grandes villes et les voies de communications décisives, appelant la population à recevoir amicalement les troupes françaises. Il vint ensuite en France, à la conférence de Fontainebleau, où les débats furent traines en longueur par le gouvernement français jusqu'au 14 septembre date de la signature d'un « modus vivendi » qui confirmait les concessions capitulaires de Ho-Chi-Minh.
Cette période de sept mois fut mise à profit par le gouvernement français à participation communiste pour renforcer en hommes et en matériel son corps expéditionnaire et pour constituer à Dalat le gouvernement fantoche du Dr Thin.
Le 20 novembre, l'armée d'invasion, rentorcée, est en mesure de reprendre les hostilités. Le 24 novembre la flotte française s'empare de Haïphong après un bombardement qui causa 6.000 morts. La guerre ne cessera plus jusqu'à ce jour en dépit de propositions constantes de Ho-Chi-Minh.
(7) Les accords du 6 mars 1946 définissaient le Viet-Nam comme « Etat libre » faisant partie d'une « Fédération indochinoise » et de l'Union Française.
Ainsi était rejetée par la France la revendication essentielle du Viet-Nam, son unité nationale (unité des Trois Ky), la question devant être subordonnée à un référendum ultérieur.
En outre, le compromis n'accordait aucune représentation diplomatique au VietNam et n'abordait pas la question des possessions françaises en Indochine.
Les accords du 8 mars 1948 élargissent la convention du 6 mars.
Le Viet-Nam est défini comme Etat indépendant associé dans l'Union Française.
L'Unité nationale du Viet-Nam est reconnue.
Le Viet-Nam a droit à une représentation diplomatique à l'étranger.
La bourgeoisie française a donc accordé à Bao-Dai beaucoup plus que ne demanda Ho-Chi-Minh. Mais en vain.
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LE VIET MINH ET LE GOUVERNEMENT HO-CHI-MINH
LE VIET MINH ET LE GOUVERNEMENT HO-CHI-MINH
LA POLITIQUE INDOCHINOISE DES U. S. A.
Conscient de l'impasse du colonialisme français, l'impérialisme américain voyait sans déplaisir s'éterniser cette guerre. Il avait dû renoncer des 1945 à ses projets de trusteship et se contenta pendant cing ans d'élever quelques protestations vertueuses contre la solution militaire choisie par l'impérialisme français. Son réalisme stratégique le poussait dernièrement à sonhaiter que le compromis intervienne avant la victoire previsible de Mao Ise Jung; lopéralion Bao-Daï ne le satisfaisait donc pas.
Dans les derniers mois de 1949, a loccasion de la livraison d'armements prévue par le Pacte Allantique, il exigea que ces armes ne seraient en aucun aucun cas utilisées en Indochine. En un mot l'impérialisme américain attendait son son heure et réservait l'avenir.
La victoire de Mao Tse Tung et la reconnaissance du gouvernement HoChi-Minh par PU. R. S. S. a changé cette politique. Jessup, ambassadeur de -Truman, va à Dalat Tain an, vanto balat poua prendre en pour deux maîtres, le valet-souverain est reconnu en droit comme gouvernement du Viet-Nam.
Si l'impérialisme américain est sorti de sa réserve défiante c'est en vue de répliquer à la reconnaissance d'Ho Chi Minh par l'U. R. S. S. et de remplir, froide, son rôle de garde-malade sur ce nouveau front de la guerre de l'impérialisme pourrissant. Mais c'est c'est sans enthousiasme que la presse yankee commente la reconnaissance de BaoDai :
« Les Français, écrit le « Baltimore
La reconnaissance d'Ho ChiMinh par la Chine de Mao Tse Tung, annoncée le 20 janvier 1950, n'avait pú décider les impérialistes à franchir ce pas aventureux.
Ils s'y résignèrent seulement après que l'U. R. S. S. ait à son tour reconnu le gouvernement Ho Chi Minh (31 janvier 1950), imité par une série de « démocraties populaires ».
Cette reconnaissance tardive de Staline n'apporte pas grand chose à la République du viet-nam. en elet, sa force réside surtout dans cette réalité qui bouleverse la structure du monde : la levée en masse des peuples de l'Asie en train de se libérer des chaînes de l'impérialisme. Staline veut utiliser aujourd'hui cette force irrésistible, canaliser le torrent de l'indépendance pour en amener les eaux à son moulin de la guerre froide guerre troide.
Sun » après la reconnaissance, ne sont pas doues pour la sorte de politique qui a trouvé son expression dans l'Inde quand l'Angleterre a octroyé à ce pays la liberté tout en le retenant dans le dire encore si l'expérience Bao-Dai est Commonwealth.. Personne ne peut appelée à être un suocès. Les perspectives ne sont pas très bonnes...»
Le " New-York Herald Tribune », de son côté, constate mélancoliquement: « Les puissances occidentales sont dans une situation difficile. Le régime de Bai Dai ne peut pas être considéré comme réellement indépendant tant que les troupes françaises demeurent au Viet-Nam... D'un autre côté, si les troupes frangaises quittaient l'Indochine, les forces de Ho Chi Minh conquerraient le pays en entier. »
La presse anglaise elle-même, en dépit de la solidarité qui lie les deux impérialismes possesseurs de colonies, écrivait à la veille de la reconnaissance de Bao Dai : « Nous nous préparerions une grave défaite de prestige si nous reconnaissions Bao Daï avant d'avoir pris les mesures qui le préserveraient du désastre. Une reconnaissance prématurée serait pour Bao Daï d'un bénéfice douteux.»
Ainsi les alliés impérialistes ont eu la main forcée. Ils ont dû constituer un nouveau tront dans la guerre froide en surmontant leuts propres rivalités et leur méfiance dans la solidité de l'opéles U. S. A. s'efforceront de ravitailler ration Bao Dai. Engagé dans cette vole, directement en dollars et en matériel de guerre le gouvernement de Dalat, supplantant l'impérialisme français.
Dans les années 1945-194T, la reconnaissance soviétique eut rendu de réels services à la République viet-namienne; permettant un soutien matériel, elle aurait abouti rapidement à l'éviction de l'armée d'invasion. La position du Viet Minh était à cet époque plus forte qu'actuellement et n'était meme pas contestée par l'impérialisme français qui devait traiter avec Ho Chi Minh.
Mais à cette époque Staline appliquait scrupuleusement les accords de Yalta, cette Sainte-alliance contre-révolutionnaire, aux termes de laquelle le Viet-Nam devait rester colonie dans l'Union Française. Le secrétaire du Parti Communisme Français, Maurice Thorez, était vice-président du Conseil; tout au long de la Conférence de Fontainebleau (mai-septembre 1946), ce parti fit quotidiennement pression sur Ho Chi Minh pour qu'il capitule devant les représentants français.
RECONNAISSANCE D'HO CHI MINH
RECONNAISSANCE D'HO CHI MINH
NOUVELLE POLITIQUE STALINIENNE
Le 27 janvier 1950, à l'occasion des débats sur les accords du 8 mars, le parti communiste français déclencha une attaque violente contre la politique menée par l'impérialisme français. En particulier, Jeannette Vermeersch, députée de ce parti se plaça sur le terrain de la lutte pour le retrait du corps expéditionnaire par laction du prolétariat international contre l'impérialisme. Elle alla jusqu'a stigmatiser le massacre de
40.000 Algériens dans le Constantinois le 8 mai 1946, sans toutefois rappeler que le gouvernement responsable de ce crime avait un vice-président communiste, Maurice Thorez, et que les avions qui bombardèrent les villages du Constantinois étaient envoyés par un ministre de l'Air communiste, Charles Tillon.
De meme, tout au long de son discours, l'oratrice laissa entendre que la guerre dure depuis 3 ans et tous les orateurs staliniens reprirent la même affirmation. Sans doute leur but était d'accréditer dans les masses ouvrières lidée que l'attaque colonialiste n'a commencé qu'en 1947, c'est-à-dire après le départ des ministres staliniens du gouvernement (8).
Néanmoins, ce discours mémorable, synchronisé avec la reconnaissance diplomatique d'Ho Chi Minh par le gou-
(8) Le P. C. F. prétend que ses députés n'ont jamais voté les crédits pour la guerre du Viet-Nam, et bien souvent ses militants, surtout les jeunes, reprennent de bonne foi cette affirmation. Or :
- En septembre 1945, le gouvernement à participation communiste demande 193 milliards de crédits militaires dont 100 milliards spécialement destinés à la mise en route du corps expéditionnaire. Les députés du P. C. F. votent Pour.
— En janvier 1946, à l'occasion du vote du budget annuel, les députés socialistes demandent 20 % de réduction des crédits militaires. Tillon, ministre communiste de l'armement, proteste et fait repousser la demande socialiste. Les députés du P. C. F. votent pour le budget demandé.
→ Le 26 juillet 1946 un budget de 189 milliards est voté par les députés du P. G. E. le jour même où l'Assemblée adopte, avec leur accord, la définition de l'Union Française dans la constitution. - Le 3 octobre 1946, les députés du P. C. F. votent pour le collectif budgétaire 1946 comprenant les crédits de guerre.
- Le 23 décembre 1946, les députés du P. C. F. votent pour un budget provisoire 1947 comportant 70 milliards de crédits militaires nécessités par l'accroissement du corps expéditionnaire et par la reprise des hostilités en Indochine.
vernement soviétique, marque un tournant important de la politique stalinienne au Viet-Nam et l'abandon de tous ses efforts passés pour maintenir ce pays dans l'Union Française.
s'accompagna d'une campagne d'agitation entrainant dans des mouvements de grève ou de sabotage des minorités combattives de plusieurs corporations et localités.
Le tournant s'effectua à la manière bureaucratique habituelle, les ouvriers communistes étant lancés dans des actions convulsives extrêmement violentes, sans la campagne indispensable de préparation et de mobilisation systématique des masses, en piétinant la démocratie ouvrière, condition d'une prise de conscience de ces masses. Le resultat en est l'isolement des ouvriers communistes qui, dans certains cas, se retrouvent une poignée de grévistes exposés à la répression patronale et gouvernementale face à une énorme majorité d'ouvriers désorientés et passils (9).
Loin d'œuvrer à une politique de Front Unique qui permettrait une maturation de la conscience des masses et aiderait à leur mobilisation, le P. C. F. intensifie sa politique ultimatiste et sectaire dont le but est de détruire le parti socialiste. Par ses méthodes, il dresse l'un contre l'autre ouvrier communiste et ouvrier socialiste. Le stalinisme s'avère une fois de plus incapable d'une véritable politique de front unique de classe. ne peut que passer de la collaboration de classes à l'isolement sectaire pour revenir plus tard à la collaboration de classes.
— Le 21 mars 1947, quelques jours après le début du massacre de 80.000 Malgaches par les colonialistes, les cing ministres communistes votent 55 milliards de crédits militaires pour le 2º trimestre et votent la confiance au gouvernement qui dirige les massacres à Madagascar et au Viet-Nam.
Ajoutons que le 20 décembre 1946, un -mois après le bombardement de Haïphong, les 182 députés communistes votent avec l'unanimité de la Chambre, des félicitations au général Leclerc et à son corps expéditionnaire.
(9) A cette tactique désastreuse s'ajoutent les effets démoralisants de la calomnie. En voici un exemple : les ouvriers de Nice manifestèrent au nombre de 2.000 contre l'envoie au Viet-Nam d'une rampe de V2. Ils firent basculer dans le port les énormes caisses contenant l'engin.
Le lendemain ils purent lirent dans l'Humanité que cet envoi était destiné à... Tito. La campagne du Kominform contre la Yougoslavie indépendante use d'armes qui sabotent la lutte anti-impérialiste.
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INT
E
SOCIALISTES ET GENERAUX
Les dirigeants réformistes s'en trouvent beaucoup plus à l'aise pour mener leur politique de suiveurs et de complices honteux de l'impérialisme. Nulle proposition concrète d'action à refuser, nulle explication à donner, mais la tacile réponse aux injures et altaques forcenées de leurs partenaires staliniens.
Pendant des années, la social-démocratie réclama timidement que l'on traite avec Ho Chi Minh. Depuis pusieurs mois elle se fit la complice de l'opération Bao-Dai, se contentant de présenter un amendement aux accords du 8 mars, au terme duquel lesdits accords ne seraient qu'un point de départ
Indochine, l'appareil parlementaire de ce parti s'eftorçait d'intriguer en faveur du compromis dans les milieux affairistes, militaires et administratifs. Ceci n'allait pas sans les compromissions habituelles aux sphères dirigeantes corrompues de l'impérialisme français, sans lucratifs trafics de devises, sans « pots de vins » ni sans agents doubles.
Embourbés dans ces opérations, qui reflètent bien le degré de dégénérescence d'un parti qu a renoncé depuis plusieurs décades à la lutte de classe, les dirigeants socialistes furent pris pour cible par la droite du M.R.P., porte-parole de la Banque d Indochine (10), orientée vers l'intensification de l'effort de guerre. Ce fut le « Scandale des généraux » qui, en s'élargissant au delà des limites fixées par le M.R.P. Coste Ploret, révéla en même temps la pourriture de tous les milieux dirigeants bourgeois et de leurs agents baodaïstes. GUERRE D'INDOCHINE
La lutte du peuple Viet-Namien est depuis 1945 un élément très pesant du rapport de force entre les classes en France même. La bourgeoisie n'a pu exploiter que très partiellement ses victoires de 1947 et 1948 sur le prolétariat français parce que les prolétaires et paysans vietnamiens la tenaient en échec en Indochine. La montée de De Gaulle a été freinée par la même réalité, car il devait se limiter à critiquer telle ou telle faiblesse, telle ou telle hesitation du gouvernement, sans plus efficace. Il n'avait rien de meilpouvoir y opposer une autre politique leur, rien de moins mauvais, a proposer aux cercles dirigeants de la bourgeoisie française pour sortir de l'impasse indochinoise.
Dans les masses travailleuses françaises l'hostilité à la guerre d'Indochine va croissant. Les fonctionnaires de l'Etat savent que le relèvement de leur traitement se heurte au dévorant budget de guerre. Les paysans et les classes moyennes y entrevoient une des raisons des lourds impôts qui les frappent. Les prolétaires comprennent que la guerre d'Indochine est une des caures de l'abaissement de leur niveau de vie. Les jeunes appelés au service mi-
(11) La légation américaine à Saigon et la mission Griffin sont déjà sollicitées par Bao-Dai qui réclame l'attribution directe d'une aide de 140 millions de dollars. Le gouvernement français s'efforce d'obtenir in charge de répartir lui-même l'aide américaine entre Bao-Dai et le corps expéditionnaire français. Le département d'Etat américain a donc la partie belle.
et non un aboutissement. dement battu les député votèrent néanmoins pour tout en réclamant une d'armes.
Mais comme les Congrès tent périodiquement pour
Leur amenS socialistes les accords, suspension
S.F.I.O. vola paix en
PERSPECTIVES DE LA
Les perspectives de l'Impérialisme français en Indochine sont extrêmement sombres.
Impossibilité de provoquer la guerre civile au Viet-Nam.
Impossibilité de signer un compromis sauvegardant sa domination économique, taute de couches sociales capitalistes ou féodales suffisamment fortes piur constituer un parti de gouvernement qui mettrait fin à la guerre de hberation.
Impossibilité de reconquérir militalrement l'ancienne colonie.
Il ne reste plus à la bourgeoisie française, déjà battue, qu'à assister à la transformation de sa guerre de reconquête en foyer de la guerre troide et de céder le pas devant l'impérialisme américain (11). Cela ne lui permeltra pourtant pas de relâcher son effort militaire qui reste pour elle le seul moyen de revendiquer une partie de ses anciens privilèges. Autrement dit, la plaie suppurante, qui affaiblit depuis 5 ans le corps amaigri de l'impérialisme français, continuera, sans espoir de guérir jamais, sinon par une amputation plus grave encore.
(10) Dans la Banque d'Indochine les intérêts financiers du clergé catholique occupent une place prédominante. A Hamon écrivait en 1938 : « . la grande majorité des membres du Conseil d'administration des entreprises coloniales appartiennent a la catégorie des capitalistes catholiques ou de leurs représentants... L'Eglise catholique et ses congrégations investit des capitaux dans les entreprises coloniales. » (In « les Maîtres de la France »). - 36 36
ET TACHES DU PROLETARIAT FRANÇAIS
ET TACHES DU PROLETARIAT FRANÇAIS
N filaire vivent dahs l'angoisse d'être envoyés en Indochine pour renforcer l'actuelle armée de volontaires.
L'opinion publique est partiellement informée des crimes commis là-bas, non seulement par la lecture de la presse ouvrière, mais même par plusieurs journaux et revues libéraux ou catholiques (12). La guerre d'Indochine apparait clairement comme la guerre injuste, la guerre criminelle, la guerre sans issue, la « sale guerre ». (13).
Les travailleurs coloniaux émigrés en France, les peuples colonisés d'Afrique, savent que c'est leur propre sort qui se joue au Viet-Nam (14).
Ce qui freine aujourd'hui le mouvement des masses françaises c'est leur deliance dans le stalinisme qui n'a su organiser que des défaites. De nombreux travailleurs se refusent à être des instruments de Staline dans la guerre froide. Cette réfiance ne pourra être surmontée qu'en réalisant un véritable Front Unique prolétarien, appuyé sur des comités de base démorauques, agissant en fonction des intérêts de classe contre l'impérialisme et mobilisant les larges masses. Un tel Front Unique éveillerait un écho très vaste et déborderait lus moyens de répression de la bourgeoisie française. Celle-ci ne peut vaincre son propre prolétariat tant qu'elle n'est pas en mesure de vaincre en Indochine. Le Front Unique prolétarien paralyserait rapidement l'effort de guerre colonialiste, imposerait le retrait du corps expéditionnaire. Du même coup Bao-Dai s'effondrera et avec lui les espoirs de l'impérialisme américain.
L'impopularité croissante de la « sale guerre » met à l'ordre du jour cette perspective qui signifierait en France le passage à la contre-offensive ouvrière.
Le principal obstacle dans cette voie est la politique stalinienne qui s'oppose au Front Unique en posant comme un ultimatum aux organisations ouvrières l'adoption des objectifs et des méthodes du Kominform et qui, pour les besoins tactiques de la guerre froide, lance les militants communistes isolés dans des actions aventuristes décidées bureaucratiquement. L'échec inévitable de ces actions isolées ne peut avoir pour effet que de démoraliser l'avantgarde et de faire refluer les larges masses. Au contraire, dans le cadre d'une politique de Front Unique et d'appel aux masses, ces actions d'avant-garde prendraient un caractere d'exemple et élèveraient la conscience er la combativité des masses.
Le P.C.I., section française de la IV° Internationale, combat pour la réalisatiin du Front Unique prolétarien. La lutte sans défaillance qu'il mène depuis 1945 contre la guerre au Viet-Nam, pour le retrait des corps expéditionnaires, la confiance que lui a value cette lutte auprès des travailleurs viet namiens en France et auprès des partis nationaux des peuples opprimés, Jui font un devoir d'amplifier son action anticolonialiste dans la nouvelle situation.
(12) Témoignage Chrétien, Esprit.
(13) Titre d'un éditorial publié par l'hebdamaide bourgeois Une Semaine dans le Monde.
(14) Il est intéressant de noter que la bourgeoisie française n'a réussi à recruter qu'un nombre infime de mercenaires pour l'Indochine parmi les populations misérables d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire.