ES grandes grèves qui ont éclaté dans les derniers mois de 1948 en Argentine, L en particulier celle des typographes et des ouvriers de l'industrie sucrière.
Sont mis en évidence le caractère réactionnaire et instable du gouvernement Peron.
Pendant quatre ans, depuis les élections de 1946 qui ont porte Peron au de ce pays-clef de toute l'Amérique latine été endormi, en partie par des promesses, en partie par des avantages réels rendus possibles grâce à l'essor de l'économie argentine provoqué par la guerre (exportation de viande et de produits agricoles). Mais depuis lors, la courbe est devenue descendante et, dans la mesure où la production agricole mondiale s'améliorait et atteignalt même la surproduction, l'Argentine entrait insensiblement en criseLes dépenses consacrées par le régime de Peron à son maintien, basé sur un appareil policier et bureaucratique pléthorique (la bureaucratie syndicale pant une place importante entre toutes), et celles consacrées à l'industrialisation sur une grande échelle, jointes à une balance commerciale de plus en plus défavorable, ont entraine une importante inflation. Devant la montée du coût de la vle, les masses ouvrières sont entrées en lutte pour une augmentation des salaires. avec l'illusion habilement entretenue par la démagogie du du régime bureaucratie syndicale à sa solde, que celui-ci leur étalt favorable et sincérement « anticapitaliste ».
Jusqu'en octobre dernier, quand le Ministre de l'industrie et du Commerce annonça que les prix de certains produits de consommation seraient bloqués, le gouvernement n'avait pas encore insisté sur la nécessité d'une politique parallèle de blocage de salaires. Mais en réalité, à toute d'augmentation salaires, Peron opposa de plus en plus une politique de salaires, bureaucratie syndicale et la répression policière pour briser les luttes ouvrières.
La politique d'équilibre entretenue jusqu'alors personnellement par Peron dans son gouvernement, où se manifestent des tendances opposées représentant les différentes couches de la bourgeoisie argentine, est en train de prendre fin. Toutes les mesures policières prises au cours des derniers mois (arrestations perquisitions, fermeture des journaux, eto.) visent à juguler par la force Popposition montante au régime. Celui-ci avait été soutenu à ses débuis par trois forces : la petite bourgeoisie nationaliste et anti-impérialiste, anti-yankee en particulier ; le prolétariat, qui avait bénéficlé durant la guerre de hauts salaires et qui, influencé par la petite bourgeoisie, voyait lui aussi on Peron le champion épris de justice sociale et de la lutte anti-impérialiste ; et enfin, l'armée.
La petite bourgeoisie, gravement atteinte par la crise, l'inflation et la politique de fiscalité écrasante du gouvernement, lul est actuellement hostile. Le prolétariat, poussé par de vie aggravées du régime de Peron, est à son tour entraîné dans un processus de désaffection grandissante a son égard.
Il ne reste au Colonel que l'armée, base traditionnelle des diotateurs latinoaméricaine, mais dont la fidélité est susceptible de flottements dangereux pour le régime, đès qu'il apparaîtra que celul-ci a perdu sa base populaire et que d'importantes couches de la bourgeoisie elle-même le désertent.
De ce point de vue, les dernières élections de la province-clef de Buenos Aires sont significatives, les peronistes reculant nettement au profit des radicaux qui montent.
L'évolution de la situation en Argentine a des répercussions profondes dans toute l'Amérique latine. L'ascension de Peron au pouvoir avait contribué à afferles tendances dictatoriales dans plusieurs autres pays de ce continent. guisés en attachés du travail ou militaires dans chaque Ambassade, les emissaires du Colonel répandaient abondamment la bonne parole au sujet de la « révolution peroniste », noualent des relations habiles avec les bureaucraties syndicales (1),
(1) Le plus large groupement ouvrier de Panama se déclara ouvertement peroniste, tandis qu'à Haiti, à Cuba, au Mexique, au Salvador, au Pérou, au Brésil et ailleurs, des groupements ouvriers plus ou moins importants ne cachaient pas leur sympathie pour le régime peroniste et sa politique « ouvriériste ».
QUATRIEMEINTERNATIONALE ainsi qu'avec les camarillas qui, dans chaque armée latino-américaine,
Sont joue un rôle prépondérant dans l'établissement des récents régimes dictatoriaux. En 1944-1947, la forte poussée des masses petites bourgeoises urbaines et des masses paysannes et prolétariennes, avait amené la chute des anciennes dictatures et l'instauration régimes démocratiques au Bresil, au Pérou, au Venezuela et à Cuba en particulier. Mais depuis 1947, les anciennes féodalités politiques reprirent partout leurs places : au Pérou où le général Manuel Odria chassa le président Bustamente, celui-ci ayant déjà écrasé son soutien de masse le plus imporcant, le Parti apriste ; au Venezuela où le régime du président Romulo Gallegos, Teader du parti de l'Action Démocratique, fut renversé par le coup d'Etat militaire de novembre 1948 ; en Colombie, pays en état de guerre civile larvée, où le parti libéral est cruellement pourchassé et où Laureano Gomez, admirateur des nazis et ami de Franco, fut élu président bien que soutenu seulement par les conservateurs. Au Brésil, au Chili, en Bolivie, un parlementarisme de façade cache à peine la tendance dictatoriale de régimes qui, sous divers prétextes, ont réduit à l'illégalité les organisations révolutionnaires et le mouvement syndical qui n'est pas contrôlé par leurs agents.
Dans l'instauration de certains de ces régimes, l'influence indiscutable, particulièrement au Pérou et au Venezuela. Dans d'autres — Brésil, Bolivie et Chili en particulier — l'influence américaine a joué dans le même sens.
partout, la peur du moment montant des masses, qui risquait de s'amavec l'évolution générale de la conjoncture économique vers, la crise, la principale cause qui poussa les oligarchies nationales à revenir à leur méthode traditionnelle de domination, la dictature militaro-policière plus ou moins ouverte.
Les craquements qui se font entendre actuellement dans le régime de Peron, et particulièrement les luttes du prolétariat argentin — seule avec conséquence et efficacité la dictature - vont grandement stimuler l'opposition des masses dans tous les autres pays latino-américalns.