Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 8, n° 2-4

« Chasse aux sorcières » au pays du dollar

Quatrième Internationale, vol. 8, n° 2-4 · mars-avril 1950 · p. 18-24 · 5 793 mots

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D EPUIS la tin de la guerre pour les

« quatre libertés », les droits démocraliques du peuple américain ont subi un assaut jamais égale. Cet assaut témoigne du conflit toujours aigu qui oppose les trusts maitres des légories les plus différentes de citoyens Les premières victimes ont été les deux millions de fonetionnaires soumis à l'intrusion totalitaire du F. B. I. dans leurs idées, leurs relations et leur vie privée. Des milliers ont été inculpés, révoqués ou contraints de démissionner et innombrables sont ceux qui sont constamment menacés d'être persécutés pour leurs convictions.

L'épuration entreprise par Truman au nom de la « fidélité envers le gouvernement » a rapidement servi de modele et s'est étendue aux fonctionnaires départementaux et municipaux d'un bout du pays à Tautre.

Au Texas, non seulement les maîtresmais aussi les étudiants doivent signer mo n dinte anitont cioner une déclaration pro-gouvernementale. Des universilaires et des savants renommés ont été interrogés et pourchassés par le Comité des activités nonaméricaines. le F. B. L., et autres org"nismes. Dans l'Ohio, les chômeurs doivent jurer fidélité au gouvernement pour percevoir leurs allocations. Dans le New-Jersey, on a exigé que la sélection des candidats aux fonctions publiques soit opérée sur la base du serment. Ces candidats doivent signer des déclarations de non-appartenance à cerlaines organisation de films, de été traînés sorcières des noires s politiques. Des auleurs theatre el de la radio, ont devant les « chasseurs de

•et inscrits sur les listes prêtres employeurs. Des d'opinions libérales ont été l'objet de sanctions, comme le Révérend John Howard Melish qui a perdu son siège au chapitre de Brooklyn, sous prétexte que son fils appartenait à une organisation qui se trouvait sur la liste « subversive » dressée par le Procureur Général. Des hommes de loi ont été sanetionnés, condamnés à des peines de prison ou menacés de radiation du barreau pour avoir détendu les droits politiques et sociaux des minorités et des organisations ouvrières. Des milliers de travailleurs étrangers ont été arrêtés par les services de l'immigration afin d'être déportés.

Mais c'est dans l'industrie privée el dans les syndicats qui groupent la majorité des travailleurs que l'épuration a pris l'aspect le plus menaçant. Là. les culottes de peau se liguent avec les patrons pour frapper les militants syndicaux et les autres travailleurs sons prétexte de " menaces contre la sécu-

A. aux intérêts de S. rité du pays. Décidés prix leurs privilèges leurs profits contre des masses pour la américain vers la et ses préparatifs l'Union Soviétique pas du mouvement la grande majoà défendre à tout

• leur pouvoir et les revendications paix, la sécurité, mondiale de guerre contre exigent la mise au ouvrier, la militarisation du pays et la suppression des tendances et des voix qui s'élèvent contre la politique et les pratiques impérialistes.

Ges assauts répétés contre les droits civiques, inspirés par les capitalistes, menacent directement l'existence même de la démocratie et du mouvement ouvrier aux Etats-Unis. Ils apportent quotidiennement la preuve que le peuple américain ne peut pas sauvegarder, mettre en pratique et élargir ses libertés, à moins de remplacer la dictature de la ploutocratie par son propre gouvernement, celui des ouvriers et des paysans.

La " chasse aux sorcières » fut conçue et inaugurée par les plus hauts organismes du régime capitaliste. Dile a été reliée à la guerre froide sous le prétexte d'éliminer les staliniens comme agents d'une puissance étrangère. Cette manœuvre a été facilitée par le fait que le Parti Communiste s'est attiré le discrédit, la méfiance et hostilité de larges milieux en se faisant l'apologiste et l'instrument du Kremlin. Mais, de plus en plus, les événements ont montré indiscutablement que les persécutions contre le Parti Communiste n'étaient que le prélude et le prétexte à une offensive générale contre les droits fondamentaux du peuple américain tout entier. Aujourd'hui les atteintes systematiques à la liberté de pensée, venues de Washington, ont envahi presque toutes les sphères de l'activité du pays et affectent les vies et les libertés des ca18 l'égalité et la liberté les représentants du grand capital sont amenés à priver le peuple des droits qu'il a cherement conquis, à détruire les organisations démocratiques et à entreprendre la transformation de notre pays en Etat notre policier. Les visée is de l'impérialisme du grand capital sont amenés à priver le peuple des droits qu'il a cherement à détruire les organisations démocratiques et à entreprendre la transformation de notre pays en Etat notre is de domination

N rité ». Trois faits récents soulignent le danger que constitue l'épuration pour les organisations ouvrières : six leaders grévistes de la Bell Air Craft Corporation à Buffalo, renvoyés par la compagnie, furent révoqués de leur emploi par une commission d'enquête gouvernementale sous prétexte qu'ils appartenaient à des organisations étiquetées comme subversives ; la Wright Aeronautical Corporation à Patterson a exigé que la convention collective lui garanfisse le droit d'éliminer les travailleurs « subversifs ». Dans le but avoué de • décapiter les syndicats, la Stewart Warner Corporation à Chicago a révoqué 5 délégués d'entreprise qui avaient reTusé de signer une déclaration de nonappartenance aux organisations communistes. Ansı, •les travalleurs de rındusirie privée comme ceux de lEtal, les professeurs comme les étudiants, les savants comme les écrivains, les ecclésiastiques comme les avocats, les chômeurs comme les étrangers ont déjà été pris dans le filel de plus en plus vaste de la « chasse aux sorciéres ».

Les épurateurs recourent à toute la gamme des méthodes réactionnaires et des techniques totalitaires. Ils ont insutue les procès d'opinion, les listes les nolres et les comedies judiciaires. Ils •ont fait litière des garanties traditionnelles de la procédure en introduisant l'usage des condamnations de culpabilité là où l'innocence ne peut être prouvée, et la punition des avocats qui remplissent leur rôle de défenseurs. Le F. B. I. s'est développé jusqu'a devenir

TERNATIONALE tème de listes noires politiques officielles est sans précédent dans l'histoire des Etats-Unis et est directement emprunté à l'arsenal de terreur idéologique des Etats totalitaires. L'épuration pratiquée par le gouvernement au moyen des listes noires a inspiré et justifié toute une campagne contre les droits civiques.

La loi Smith, loi scélérate qui fut invoquée pour la première fois afin d'emprisonner dix-huit dirigeants trotskystes, vient d'être employée de nouveau pour monter le proces pontique qui a abouti à la condamnation de onze dirigeants du Parti Communiste. La confirmation des condamnations des staliniens par les instances supérieures aiderait énormément le gouvernement à mettre hors la loi et à supprimer toutes les organisations politiques de gauche.

L'ensemble de ces mesures ouvre la voie à des atteintes légales et illégales de plus en plus profondes contre les droits et les libertés du peuple américain. Les trusts et les militaires poursuivent un double but : en premier lieu, ils mettent au point l'établissement d'une dictature militaire en cas de guerre. Le sénateur républicain Mc Carthy, du Wisconsin, a récemment accusé "l'armée de suivre le plan tracé par un général nazi pour assurer le contrôle des militaires sur les civils avant même l'entrée en guerre effective. L'Etat-Major a même déjà publié les noms de certains capitalistes et administrateurs d'entreprises promis au commandement des régions de NewYork et de Pittsburg.

en second neu, on veut provoquer sur une grande échelle des réactions hystériques contre les « Rouges » et contre le mouvement ouvrier, afin de créer un climat politique et psychologique dans lequel les idées, les forces et les activités les plus réactionnaires pourront se manifester, impunément. Ces dernières années, une série d'événements ont indiqué combien l'atmosphère engendrée par la « chasse aux sorcières » provoque et encourage la violence de masse contre les groupements persécutés, les noirs, les juifs, et les dirigeants syndicaux. Les plus spectaculaires ont été les attaques montées à Peekshill contre deux récitals de Paul Robeson, avec la collaboration de la presse locale, de la police, des personnages officiels, des hommes de main et de l'American Legion qui matraquèrent des centaines de gens exerçant pacifiquement leur droit de réunion. Le Nord a été témoin d'une attaque contre un militant syndical de race blanche qui avait invité à son domicile, à Chicago, quelques-uns de ses camarades nègres ; le Sud a été soumis à la terreur lorsque toute la population noire de Groveland, en Floride, s'est enfuie de peur d'être massacrée.

Cette atmosphère a provoqué un re-* nouveau d'attentats contre les dirigeants ouvriers, comme. le montrent les coups de feu tirés contre Victor Reuther, le dynamitage des locaux de l'U. A. W.

une arme à longue portée maine de la police politique posant sur les mouchards vateurs à gage.

Les épurateurs ont enrôl dans le dosecrète reet les indié pour leur propre compte tous les services du gouvernement. Ils mènent leur jeu en usurpant par voie de décret des pouvoirs contraires à la Constitution. Le Congrès entérine la législation anti-ouvrière, comme la loi Talt-Hartey, et subventionne des organismes inquisitoriaux odieux comme le Comité des activités non-américaines. Le buent des amendes aux organisations syndicat des mineur s tribunaux distriet des assignations uvrières comme le s. Posant en champions de la loi et de l'ordre, le Procureur général et le F. B. I. n'en hésitent pas moins à narguer la loi par les tables d'écoute ou, comme Parnell Thomas, en détournant les fonds publics.

Les deux armes principales des « chasseurs de sorcières » ont été « le programme de loyauté » de Truman et la scélérate loi Smith. Le premier Jette l'interdit sur des organisattons uniquement en raison de leurs conceptions et frappe leurs membres et leurs sympathisants de peines administratives arbitraires. Ces organisations sont placées sur la liste noire du Procureur Général sans notification, sans être entendues et sans même que les accusations portées •contre elles soient spécifiées. Un tel sys-

-à Detroit, l'assassinat du dirigeant syndical William Lurye à New-York, etc...

Le but final que poursuivent les forces capitalistes sous le couvert de la " chasse aux sorcières » est d'abattre toute opposition organisée à leur dodomination sans frein, Cela implique avant tout que l'on paralyse et que l'on détruise les puissantes organisations ouvrières. Les dispositions anti-syndicales de la loi Taft-Hartley et ses clauses anti-communistes sont intimement liées.

C'est seulement à la lumière de ces événements qu'il est possible de mesurer le rôle véritable de la haute bureaucratie syndicale et l'ampleur de sa trahison envers la cause de la démocratie. Les travailleurs organisés, alliés au peuple noir et aux autres minorités, peuveni exercer une pression et déployer une force plus que suffisantes pour enrayer l'offensive de la réaction. Mais la bureaucratie n'a ni pu ni voulu stouper leur puissance pour organiser un mouvement de résistance massive.

Les bureaucrates syndicaux ne peuvent pas combattre les ennemis de nos droits civiques parce qu'ils soutiennent l'ensemble de la politique intérieure et extérieure du gouvernement Truman, premier inventeur de la « chasse aux sorcières » ; plus encore, ces bureaucrates sont eux-mêmes devenus des rouages indispensables de l'appareil d'épuration.

Á quelques rares exceptions près, les dirigeants syndicaux actuels ou bien applaudissent aux persécutions contre le Parti Communiste, ou bien y demeurent indifférents. Bien qu'opposés parole à l'épuration des fonctionnaires par Truman, en fait, ils n'y résistent pas avec énergie. Ils ne mènent même pas une lutte de principe contre l'extension de l'épuration à l'industrie privée, les listes noires, les brimades et expulsions qui frappent les syndiqués dans les usines. Compromis avec In politique du Département d'Etat et fermant les yeux sur l'épuration de Truman, ils sont conduits a faire concessions sur concessions aux « chasseurs de sorcières ». Pratiquement, leur opposition se réduit à des larmes de crocodile, rares et inefficaces, contre les abus les plus flagrants et les excès les plus néfastes de l'offensive anti-démocratique.

Loin de prendre la tête d'un mouvement de masse contre l'épuration, les bureaucrates de l'A. F. L. et du C. I. O. sont occupés par l'épuration de ceux qui s'opposent à eux dans les syndicats. Car là est le rôle de la bureaucratie syndicale : assurer le moral de l'arrière dans la guerre froide menée par l'impérialisme américain et ses exécutants politiques. Les dirigeants syndicaux cherchent à dissimuler leur manque de comhativité envers les ennemis 20

TERNATIONAL E La destruction des syndicats ne peut être obtenue de manière complète que par le recours au fascisme. L'atmosphère Taft-Hartley, l'anti-communisme, les listes noires, les atteintes à la liberté de pensée, la provocation au pogrome, le racisme sont des phénomènes préfascistes typiques. Ils démontrent , que la « chasse aux sorcières » d'aujourd'hui prépare le terrain et sème les germes de mouvements franchement fascistes aux Etats-Unis. des (ravailleurs et la faillite de leur politique en ce qui concerne lamélioration de la condition ouvriere, par des deboldements d'anti-communisme diriges non seulement contre les staliniens mais aussi contre les trotskystes et contre d'autres militants. Ils espèrent préve • nir et étouffer toute critique de la base par leurs hurlements anti-communistes. par les sanctions, l'intimidation et l'exclusion des syndiqués et de leurs porleparoles.

La direction de l'A. F. L. est connue depuis bien longtemps pour son anticommunisme. Ce qu'il y a de nouveau, c'est la participation sans restriction à la croisade « anti-rouge » des gros bonnets du C. I. O. qui ont tenté d'y associer leur centrale. Cette manœuvre a pris toute son ampleur au Congrès national du C. I. O. de 1949 où l'appareil de Murray s'attribua un droit de contrôle sans précédent sur les militants de base, porta atteinte à l'égalité entre tous les syndiqués par des mesures de discrimination politique en interdisant l'accès des responsabilités nationales aux « communistes », exclut le syndicat des travailleurs de l'électricité et s'orienta vers l'exclusion d'autres fédérations contrôlées par les staliniens.

• L'épuration dirigée d'abord contre les. staliniens s'étend maintenant aux autres militants et aux autres groupes qui désapprouvent l'appareil de Murray et les actes anti-démocratiques qui découlent de sa « politique nationale » dans le C. I. O. L'exemple le plus eynique • de celte épuration est donné par clique de Curran dans le Syndicat National des marins avec l'institution des serments de loyauté, le recours aux exclusions à grande échelle, le piétinement des droits les plus élémentaires des syndiqués et même, à New-York, l'appel à là police pour chasser l'opposition qui s'y trouvait en majorité. De semblables épurations et expulsions anti-statutaires se sont produites dans les syndicats de marins dépendant de l'A. F. L. ceux de la côte Est comme ceux de la côte Ouest.

Les bureaucrates abusent de leur domination complète sur les appareils syndicaux, de leur contrôle sur les salaires et sur l'embauche pour priver

ROLE DE LA BUREAUCRATIE SYNDICALE

ROLE DE LA BUREAUCRATIE SYNDICALE les opposants de la base non seulement de leurs droits démocratiques mais même de leur travail.

Aussi, la lutte pour le maintien de

Bien qu'ils soient aujourd'hui la cible principale des attaques anti-communistes, les dirigeants staliniens ont mené, sur le terrain des droits démocratiques, une politique non moins perfide que celle des gros bonnets de T'A. F. L. et du C. I. O.

En 1941, le P. C. applaudit aux poursuites engagées à Minneapolis contre les dix-huit dirigeants trotskystes en vertu de la loi Smith, poursuites qui pourtant fournirent un précédent pour leur propre procès et pour leur condamnation duite a dernière. Et de même, leur con- l'année Et de même, leur con-

Ice moment a donné un prétexte plausible et a lourni un precedent aux Burseerades vindimes sounise es n- oureaucrates syndicaux pour se desinl'épuration. Là où les staliniens ont cherché un soutien en dehors de leurs propres cercles, la politique pourrie qu'ils avaient menée dans le domaine des droits civiques, et notamment leur refus de défendre les trotskystes poursuivis, s'est retournée contre euxmêmes. Apologistes des méthodes totaIllatres et des crimes innombrables du Kremlin, Il leur est difficile de se présenter comme les défenseurs de la démocratie, aussi bien dans le domaine de la politique étrangère que dans les syndicats. Les syndicats contrôlés par eux sont connus pour leur manque de démocratie, leur bureaucratisme et pour l'absence de liberté de parole.

Même aujourd'hui, alors qu'ils subissent une dure répression, les dirigeants staliniens s'obstinent dans ce comportement criminel, bien que cela

Le peuple américain est fermement attaché à ses glorieuses traditions de lutte pour les principes démocratiques. Au cours de l'année qui vient de s'écouler, se sont multipliés les signes d'indignation contre les « chasseurs de sor- • cières » et de résistance accrue à leurs attaques contre les Droits civiques. Les révélations apportées au cours du procès Coplon que la police politique secrète d'Edgar Hoover a mis en place un immense réseau de mouchards et d'indicateurs à gage, pénètre dans les vies privées de nombreux citoyens et défie la loi par de nombreuses tables d'écoute, tout cela a suscité un puissant mouvement de protestation parmi les personnalités du pays, dans la presse et même chez certains sénateurs.

Des pédagogues notoires, des sociétés culturelles et des groupements professionnels ont critiqué les entorses à la liberté artistique suscitées par les serments de fidélité, l'anti-communisme et

TERNATIONALE la démocratie dans les syndicats et contre la bureaucratie syndicale se relie. directement à la lutte contre l'épuration dans l'ensemble du pays. nuise à leur propre défense et les discrédite grandement aux yeux de l'opinion publique. Ils tentent de saboter la campagne nationale d'aide à James Kutcher (1) et s'opposent à ce que les dix-huit dirigeants trotskystes soient amnistiés et recouvrent leurs droits civiques. En juillet 1949, a New-York, lors de la Conférence Nationale des Droits Civiques, ils ont montré qu'ils préféraient saboter un front unique prometteur, plutôt que de soutenir la moindre revendication de droits civiques pour leurs adversaires de tendance.

Les agents du Kremlin ont montré amplement qu'ils se soucient aussi peu de remplir leur devoir élémentaire de solidarité de classe et d'unité d'action contre l'épuration que les dirigeants syndicaux, agents du Departement d'Etat. Les uns et les autres mènent à l'égard de leurs adversaires de tendance des politiques symétriques ; chacun encourage l'autre dans la voie antidémocratique, apportant ainsi de l'eau au moulin des forces de répression et affaiblissant le combat pour la liberté. Les uns et les autres répètent ainsi, dans les conditions d'aujourd'hui, la politique fatale de division face à la réaclion la plus brutale qui conduisit la classe ouvrière au désastre dans l'Allemagne pré-hitlerienne.

(1) Militant trotskyste qui a perdu les deux jambes à la guerre et a été chassé de son poste de fonctionnaire pour le seul fait d'être membre du Socialist Workers Party. l'offensive du conformisme idéologique. Des recteurs et des facultés en Californie, dans l'Illinois, à New-York et ailleurs se sont fermement prononcés pour la liberté de pensée et d'expression face aux tentatives de submerger les établissements d'enseignement sous les « épreuves de loyauté ». Leur opposition a coupe court aux projets d'autodafé du Comité des activités non-américaines. La conférence natronale du N. A. A. C. P. (2) a résolument pris position contre l'épuration dans son ensemble en tant qu'instrument de discrimination raciale et politique. La Conférence Nationale de mobilisation pour la défense des droits civiques qui s'est tenue en janvier à Washington est née de l'impatience et de la méfiance des noirs devant le refus de promulguer une légis-

(2) Association Nationale pour l'avancement des Peuples de couleur.

PERFIDIE DES DIRIGEANTS STALINIENS

RESISTANCE CROISSANTE A LA « CHASSE AUX SORCIERES »

PERFIDIE DES DIRIGEANTS STALINIENS

RESISTANCE CROISSANTE A LA « CHASSE AUX SORCIERES »

N lation garantissant les liberté démocratiques. Parmi les manifestations les plus significatives et les plus encourageantes de cette volonté de combat contre l'épuration se place le mouvement de masse en faveur de James Kutcher. Des représentants éminents de presque toutes les couches du peuple américain, menacées par la nouvelle Inquisition, se sont dressés pour soutenir cette campagne, notamment des centaines de syndicats locaux, régionaux et nationaux.

Cette opposition grandissante a commencé à faire sentir son effet sur le gouvernement. Les récentes décisions de la Cour Suprême annulant les lois Ober. Feinberg et Tumulty, ont sans aucun doute été inspirées par lhostiété lité générale contre l'épuration politique.

Chez les libéraux, on observe deux attitudes différentes envers la « chasse aux sorcières ». Les sociaux-démocrates de droite, inspirés par la philosophie du New Leader et les autres trumaniens ont participe manente tout en commont participé rageusement à la campanant ça et là quelques excès de zèle de ses exécutants. De tels éléments veulent bien d'une épuration limitée, pour le moment, aux staliniens. Mais les agents directs des trusts et de l'Etat-Major ne tiennent aucun compte de telles « réserves » : ils tinent avantage de l'épouvantail rouge et de la

POLITIQUE ET TACHE DES

Se servant de l'exemple horrible du stalinisme, les propagandistes du grand capital affirment que socialisme signifie esclavage et que le maintien du sys-

1 D RNATIONALE guerre froide pour réduire de plus en plus au silence tous ceux qui s'opposent a leur politique. Ils vont jusqu'à se servir de l'affaire Hiss pour présenter certains épurateurs eux-mêmes comme des dupes ou des jouets des « rouges ».

En face de ces auxiliaires de l'épuration, se trouve un autre groupe de libéraux conséquents et combatifs, notamment ceux du parti de Wallace, qui se font une idée exacte de la marche vers un état policier et se sont montrés décidés à défendre les droits de toutes les victimes de la répression, sans égard à leurs idées ou à leur appartenance politique. Ge sont ces libéraux et ces progressistes non-staliniens qui se sont élevés contre les manœuvres du P. C. et se sont joints aux représentants du S. W. P., à la Conférence Nationale des Droits Civiques et ailleurs pour mener une lutte de principe en faveur des droits civiques pour tous. En outre, de nombreux membres, militants syndicaux ou même sympathisants du P. C. ont refusé d'accepter la honteuse ligne de suicide stalinienne dans ce domaine.

Toutes ces forces de résistance qui se sont levées contre l'inquisition imposée à l'Amérique fournissent une base pour batir un puissant front unique de masse qui préservera et élargira les libertés civiques. TROTSKYSTES AMERICAINS

D'autre part, un mouvement qui défend le bien-être populaire et n'a pas d'intérêts séparés ou distincts de ceux du peuple n'a pas de raison de craindre les masses ni d'hésiter à se soumettre en toutes choses à leur jugement et à leur décision. La lutte pour l'émancipation du joug capitaliste et de toutes les formes de servitude peut être menée bien plus facilement et bien plus efficacement dans un climat de liberté complète pour les masses. C'est pourquoi. tout en se rendant compte que, dans une société de classe et sous la domination du capitalisme, la liberté ne peut etre que limitée, les revolutionnaires, les socialistes ont toujours revendique • le us loui a avant-gardes des tute pour la défense et l'extension des liberlés populaires.

Aujourd'hui. l'intensification de loffensive réactionnaire contre les droits civiques et lo libre exercice du droit syndical fait de la lutte contre les capitalistes chasseurs de sorcières la tache la plus urgenle de chaque travalleur et de quiconque se soucie du progrès social aux Etats-Unis. Le principe fondamental de cette lutte doit être la défense sans condition de toutes les victimes de la répression réactionnaire et une opposition unie aux moindres restrictions des droits démocratiques : « un tort causé à un seul est un tort causé à tous ». Tolérer ou soutenir la tème capitaliste de la « prise » peut seul garantir la de la liberté en Amérique.

mentent doublement. Tout capitalistes et leur maîtres ibre entresauvegarde

Ces gens-lad'abord les s partisans.

organisateurs de la « chasse aux sorcières » sont aujourd'hui les ennemis numéro 1 des libertés civiques et ouvrières aux Etats-Unis. En second lieu, le stalinisme n'est pas seulement antidémocratique mais aussi anti-socialiste dans son essence. Le totalitarisme stalinien découle de l'hostilité irréconciliable de la bureaucratie soviétique et de ses agents envers le programme et les défenseurs du socialisme.

La réalité est donc toute différente. Du point de vue de la démocratie comme de celui du socialisme, il existe plusieurs points de ressemblance entre l'impérialisme et le stalinisme. Malgré leurs bases sociales opposées, et les capitalistes avec leur « chasse aux sorcières » et les staliniens avec leurs méthodes policières procèdent, dans leur destruction de la démocratie, d'un même mobile : le maintien du pouvoir et des intérêts de groupes privilégiés et la peur des masses. C'est pourquot impérialistes et staliniens s'allient et s'imitent si souvent et si facilement dans la lutte contre les intérêts du peuple. 22

QUATRIEME violation des droits d'un groupe ou d'un individu encourage facilite des attaques les autres.

Les staliniens mémorable sur les épurateurs et les ultérieures contre reçu une leçon dangers qu'il y a i violer la démocratie ouvrière et les principes de solidarité de classe. Ils sommencèrent par saboter les réunions nn ta lac réunions de leurs adversaires de tendance, puis ils refusèrent de défendre ceux-ci contre les persécutions capitalistes et finalement appelèrent les autorités, y compris le F. B. I., à agir contre eux. Ces Ta soin pantro actes inqualifiables non seulement se sont retournés contre leurs auteurs mais encore ont causé le plus grand tort à l'auto-défense ouvrière en général en contrecarrant l'unité d'action et en fournissant un exemple que la bureaucratie syndicale s'est empressée de suivre.

Malgré nos divergences insurmontables avec les staliniens, malgre les erimes quils ont commis contre notre mouvement et contre les intérêts des travailleurs, nous, trotskystes, avons sans exception soutenu les staliniens victimes de la répression et appelé l'ensemble de la classe ouvrière à agir de même. Nous suivons cette ligne de conduite, non pas en vertu d'un accord particulier conclu avec les staliniens ou parce que nous leur pardonnons leurs crimes, mais seulement en raison de notre ferme attachement au principe de In solidarité de classe.

Notre parti est devenu le portedrapeau et le principal réalisateur de cette politique aux Etats-Unis. Nous sommes systématiquement venus en aide à toutes les victimes de la réaction, dans le pays comme à l'étranger. Nous avons défendu les objecteurs de conscience, les témoins de Jehovah, les nationalistes de porto-Rico, les travailleurs immigres, les anarchistes, les ecclésiastiques libéraux, les professeurs, les savants, les écrivains et les journaux menaces par la censure, les tonctionnaires et beaucoup d'autres. Nous avons entrepris plusieurs luttes et participé à beaucoup d'autres en défense des minorités : noirs, mexicains et juifs, comme dans l'affaire de Fontana (Californie), dans l'affaire Hickmann à Chicago, dans l'affaire de Freeport (NewYork). A Minneapolis, à Los Angeles et ailleurs, nous avons pris la tête de la mobilisation des travailleurs et de leurs alliés contre les menaces de terreur fasciste de Gerald L. K. Smith, A Detroit et dans d'autres centres industriels, nos membres et nos sympathisants ont été les initiateurs des maniTestations syndicales contre la loi TaftHartley. Dans les syndicats, les trotskystes ont constamment combattu les atteintes à la démocratie intérieure et aux droits de la base, qu'elles vinssent de la bureaucratie syndicale ou des staliniens. C'est surtout au procès de Minneapolis et dans l'affaire Kutcher que nous avons mis sur pied et soutenu

TERNATIONAL E de puissants mouvements à l'échelle nationale contre les lois scélérates et l'épuration trumanienne.

Les libéraux, les fonctionnaires syndicaux et les staliniens en appellent souvent au gouvernement et à ses or-

Or -ganes contre les éléments archi-réactionnaires. Les organisations juives, par d exemple, les Postes lation de la campagne trotskystes, emandent à l'administration de ne pas assurer la circupresse antisémite. Dans leur de diffamation les contre

« agents fascistes », c'est au gouvernement que les staliniens ont demandé d'interdire The Militant pendant la guerre, etc. La classe ouvrière et les minorités doivent s'opposer avec la plus grande énergie à la moindre transgression de leurs droits civiques et constitutionnels, d'ou qu'elle vienne, er utiliser toutes les garantes assurees par la loi. Mais elles ne peuvent pas confier la proteclion de leurs libertés au régime capitaliste, ni attendre des pouvoirs publics qu'ils enrayent ou extirpent la menace fasciste.

Car c'est en premier lieu le gouvernement lui-même qui poursuit aujourd'hui l'attaque contre les droits du peuple. Cest le President qui ordonne l'épuration politique. C'est le Congres qui vote les lois anti-ouvrières. Ce sont les tribunaux qui frappent d'amendes et assignent les syndicats. Ensuite, ce sont les partis capitalistes qui marchent la main dans la main avec les racistes du Sud et les trusts anti-ouvriers du Nord, inspirateurs de l'épuration. Troisièmement, les pouvoirs publics ont maintes et maintes fois montré, par leur action ou par leur inaction, qu'ils ne se soucient pas de punir ou de déplacer les instigateurs de la violence contre les noirs, les syndicats et les libertés populaires. Jamais le gouvernement fédéral ni ceux des Etats n'ont condamné aucun des auteurs de lynchs dans le Sud et l'Administration n'a pas mis plus de zèle à découvrir les assaillants et les meurtriers de Reuther, Carlo Tresca, William Lurye et autres dirigeants ouvriers. Au contraire, l'appareil d'Etat capitaliste soustrait aux recherches et protège les forces fascistes avec lesquelles il collabore étroitement. A Peekskill, les autorites locales et la polioe ont participé aux attaques des hommes de main et des nervis ; les enquéteurs du Gouverneur Dewey les . ont blanchis, et l'ensemble de la presse a gages s'est efforcé de les décharger de toute responsabilité dans l'emploi de la violence contre les « rouges ». Même lorsque, sous la pression des masses, les fonctionnaires du gouvernement rétendent sévir contre les nervis e es membres du Ku Klux Klan, ils ne font en réalité que des gestes théatraux destinés à apaiser l'indignation de l'opinion publique, mais sans réellement punir les vrais criminels. Pour chaque tape légère que donnent les pouvoirs capitalistes à droite, ils portent cent coups violents à gauche. On

N en a eu un exemple avec la loi Smith. Tandis que les trente fascistes inculpés en vertu de cette loi pendant la guerre furent laissés en liberté, les trotskystes et les staliniens furent condamnés à de lourdes peines de prison. Les mêmes principes ont été appliqués dans l'épuration politique. Tandis que la liste noire du Procureur Général ne comprend qu'un nombre infime de groupecontraire presque tous les membres des ments fascistes, on y voit figurer au organisations de gauche. Le Ministère de la Guerre a donné la pleine mesure de son • jeu en excluant de sa propre liste d'organisations subversives le Ku Klux Klan, les Chemises d'Argent et autres groupements fascistes.

Les travailleurs conscients ne tomberont pas dans le piège qui consisterait à demander la restriction des droits civiques de quiconque, même pas des fascistes. Mais en même temps ils reconnaîtront qu'en demandant la liberté pour les fascistes, certains libéraux opèrent une diversion destinée à égarer le peuple et à dissimuler la situation réelle. Car les droits civiques des éléments fascistes ne sont nullement menacés, tout au contraire, les autorités les défendent. Ils ne risquent pas d'être atteints et n'ont aucun besoin d'être protégés, Les fascistes ne sont pas les victimes mais les parrains et les bénéficiaires de la répression actuelle. La menace du fascisme ne résulte pas de la propagande des fascistes, mais bien de leur gangsterisme, des attaques de leurs nervis contre l'avant-garde prolétarienne, contre les organisations ouvrières et contre les noirs. Avec la complicité tacite des autorités, les fascistes remplissent le rôle d'agents extralégaux de la répression dirigée contre les institutions et les libertés de classe ouvrière et des minorités. C'est pourquoi la situation de fait oblige celles-ci à pratiquer l'auto-défense pour se protéger de la violence réactionnaire.

L'histoire de l'Italie et de l'Allemagne prouve éloquemment qu'il est inutile et fou de se fier au gouvernement capitaliste, à sa police ou à ses partis pour combattre le fascisme. Les masses ne peuvent sauvegarder leurs droits, leurs obligations et leur vie même qu'en mobilisant toutes leurs forces dans la plus vigoureuse, la plus indépendante et la mieux unie des actions de défense contre le racisme, l'antisémitisme, les jaunes et les hommes de main qui les menacent.

Les travailleurs organisés ont la possibilité et le devoir de prendre la tête de ce combat. Les syndicats ne sont pas seulement les plus forts remparts de la démocratie et les centres de la puissance prolétarienne, ils sont aussi la principale cible des capitalistes car la « chasse aux sorcières » a pour but final la destruction du mouvement ouvrier. La campagne anti-syndicale et l'hystérie anti-rouge sont deux aspects inséparables de l'offensive des trusts qui visent à établir un Etat policier 24

TERNATIONALE dans notre pays. C'est pourquoi la défense des libertés démocratiques est une question de vie ou de mort pour les travailleurs américains.

Sans une démocratie et une liberté d'expression complètes dans leur propre sein, les syndicats ne peuvent pas remplir efficacement leurs tâches de défense des conditions de vie des travailleurs et de lutte contre la réaction. La défense de la démocratie syndicale se relie ainsi directement à la lutte générale pour les libertés démocratiques.

L'objectif actuel de notre parti est de oréer dans tout le pays un vaste mouvement défensif composé de toutes les forces que menace la repression el destine a proteger toutes les victimes de la réaction. Un tel mouvement ressuscitera à un niveau plus élevé l'esprit de solidarité populaire qui caractérisa le mouvement socialisie et ouvrier avant la première guerre mondiale.

Il est possible et nécessaire de relier entre elles les plus larges couches à l'échelle locale comme à l'échelle nationale dans des actions de défense communes à propos d'événements déterminés, comme le prouve l'expérience de l'affaire Kutcher et les manifestatiens contre Gerald Smith. Les militants de notre parti doivent être constamment sur la brèche pour proposer et commencer à réaliser une lelle unité d'action, y participer avec tous les moyens à leur disposition, la conduire sur une ligne politique correcte et lui insuffler le maximum de vigueur.

L'administration de Truman et les libéraux qui s'en font les porte-parole répandent Tillusion que la vague répression actuelle est le fruit d'une hystérie provisoire qui s'épuisera d'ellemême à brève échéance. Les travailleurs ne peuvent plus se permettre d'être dupes de ce mensonge conscient.

Les tendances à l'inquisition et à l'établissement d'un état policier découlent des besoins les plus profonds et les plus pressants des trusts et de l'Etat-Major américains. Washington a organisé et mené l'épuration ainsi que les persécutions qui Politique s'ensuivent de manière préméditée et méthodique. Les « chasseurs de sorcières » n'ont pas l'intention d'adoucir leur persécution mais de l'étendre, si on moyens.

Les mesures de pas épisodiques ni de l'intensifier et leur en laisse les répression ne sont transitoires ; elles sont une caractéristique permanente du capitalisme en décadence. La seule voie pour arrêter le bras des inquisiteurs et pour mettre fin à leurs attaques est de construire et de mettre en mouvement contre eux une puissante opposition de masse, c'est aussi de conduire la lutte contre la réaction capitaliste jusqu'à sa conclusion logique : la constitution d'un gouvernement ouvrier et paysan, représentant authentique des intérêts du peuple.

Février 1950.

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