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La revue › vol. 8, n° 1

Les rapports entre « Etats socialistes »

Michel Pablo · Quatrième Internationale, vol. 8, n° 1 · décembre 1949-janvier 1950 · p. 9-15 · 5 326 mots

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Ls supports en probien giales pays Socialister

Yougoslaves considèrent avoir éte les premiers à aborder « théoriquement ». La deuxième guerre mondiale a donné naissance non seulement à la Yougoslavie « socialiste » mais à toute une pléiade de « démocraties populaires ». L'ensemble de ces pays gravitant aulour de. l'U. R. S. S. constituent, selon les Yougoslaves, le monde « socialiste d'après-guerre. Théoriquement il devrait y avoir une coexistence pacifique et une coopération étroite et désintéressée enIre ces pays « socialistes », disent les Yougoslaves. Or, pratiquement, il n'en est rien. Les dirigeants de l'U. R. S. S * déviant » du marxisme-léninisme ont établi des rapports « anti-socialistes » contre lesquels se révoltent à juste titre les Yougoslaves. Dans deux brochures parues récemment en francais (1), deux dirigeants yougoslaves, Djilas et M. Popovitch, ont entrepris l'étude théorique de ce que devraient être selon eux les rapports entre « pays socialistes » et ce qui est advenu sous la direction de rU. R. S. S.

L'étude de Djilas traite plus spécialement de l'aspect politique de ces rapports ; celle de Popovitch de leur aspect économique. L'une apparait le complément nécessaire de l'autre, mais on regrette que celle de Djilas ne soit pas pénétrée de la même compréhension de la réalité économique contemporaine qui caractérise l'étude de Popovitch. Cela aurait épargne a Djias de glisser si dangereusement sur le terrain de la « loi du développement inégal » « découverte par Lénine ». Il n'y a pas de désaccord sensible entre les deux exposés, mais on aperçoit aisément que Popovitch se mouvant sur le terrain des réalites économiques est beaucoup plus porté vers lidée de l'universalite de l'économie contemporaine, de l'interdépendance organique des économies natonales qui en réalité se fondent toutes dans une entité supérieure, l'économle mondiale, et par conséquent vers l'aspect International de l'édification du socialisme.

(1) M. Djilas : Lénine et les rapports entre Etats Socialistes ; M. Popovitch : Les rapports économiques entre Etats Socialistes (Editions du Livre Yougoslave.)

Ceci dit, examinons de plus près la laçon dont chacun de ces deux auteurs aborde son sujet et les conclusions auxquelles ils arrivent.

Djilas, dans toute la première parlic ce son étude se propose de systématiser les vues de Lénine sur ce qu'auraient sur dû être les rapports entre pays, et entre pays « socialistes » en particulier, et de mieux faire ressortir ainsi le contraste frappant entre la doctrine léniniste sur cette question et les procédés actuels de Moscou et du Kominform. En puisant dans les écrits bien connus de Lénine concernant surtout la question nafionale et l'autodisposition des peuples, Djilas prouve que Lénine était effectiveiment : a) pour le droit de chaque nationalité opprimée à accéder à son Etat national indépendant si elle le désire : b) pour la liberie de choix concernant la forme des rapports que chaque peu-ple (chaque Etat) désire entretenir avee les autres Etats (fédération, confédération, Etat indépendant).

Cette égalié des rapports entre pays. et entre pays « socialistes » en particulier, Moscou l'a liquidée complètement en lui substituant le principe de la nation dirigeante (en l'occurence IU. R. S. S.) qui commande à ses satellites et impose à tous ses propres vues sur toutes les questions. Ceci, dit Djilas, avec raison, est la négation complète du léninisme et constitue une déviation du marxismeléninisme, qui ne se limite pas à la seule question nationale mais « s'étend nécessairement, comme une contagion, a tous les domaines du marxisme, depuis la philosophie et la question de la culture jusqu'au problème de l'Etai ei de lavenir de l'édification socialiste ».

Il n'y aurait rien à redire à tout cela et à tout le réquisitoire que Djilas prononce plus particulièrement aux pages 74 à 84 de son ouvrage contre les pratiques du Kremlin envers la Yougoslavie, les autres « démocraties populaires » et les partis communistes en général, si Djilás n'avait eu la malencontreuse idée d'étoffer son exposé par la " théorie de la loi du développement inégal » qu'il attribue à Lénine, et en empruntant à ses études antérieures des manuels staliniens du type « Hisfoire du Parti Bolchevik Russe ». Selon ce monument de falsification stalinienne vulgaire, la loi du « développement inégal », « ignorée » de Marx et de

Q

Engels, fut « découverte » par Lénine et celle loi rend « la « théorie » trotskyste de la « révolution mondiale dépourvue de réalité ». (Page 46).

L'ignorance de Djilas en cette matière

L'amène à créer (ou plus exactement à recréer en empruntant les éléments à l'arsenal stalinien) une véritable mythologie concernant ce quil appelle a

« théorie de la Révolution mondiale ».

Les créateurs de cette « théorie », dit sérieusement Djilas, « réalité Parvus et Rosa Luxembourg : sont s'appuyant sur un passage de Marx compris de façon erronée, ils la défendirent sous le nom de la « révolution permanente ». Plus tard, Trotsky leur vola celte « théorie » et la répandit comme étant de lui ». (Page 47). El en quoi consiste la • théorie de la Révolution mondiale (ou Révolution permanente) » selon Djilas ? A l'affirmation de « l'impossibilité du triomphe de la Révolution et du socialisme dans un pays sans révolution mondiale simultanée » (Page 47, souligné par nous). Plus loin, nous trouvons une définition un peu différente : « nécessité du déclenchement de la révolution en même temps dans le monde entier, ou dans la majorité des pays évolués ». (Page 73).

a celle « theorie », Djilas oppose la concepton de Lénine basée sur la « loi du développement inégal » découverte par lui, c'est-à-dire la « théorie de la possibilité et du caractère inévitable de la révolution et du socialisme dans un seul pays », théorie qui « a remplacé ainsi comme périmée dans les conditions de l'ère de l'impérialisme la théorie de Marx et d'Engels sur la révolution simultenée dans plusieurs pays évolués », (Page 48). « Lénine a comme on le sait -, nous apprend encore Djilas. — Iraile la question de la révolution mondiale en prenant pour base la loi du développement inégal et des contradictions du capitalisme, qui prennent un reliet particulièrement aigu dans l'ère de l'impérialisme : c'est-à-dire qu'il l'a traitée comme une question de rupture de la enaine capitaliste tantôt ici et tantot là comme une question du déclenchement inévitable, possible et nécessaire de la révolution, et de la victoire du socialisme, d'abord dans quelques pays, ou mème dans un seul pays, el ensuite dans les autres pays ». (Page 18, Souligné par nous.)

Autant de mots, autant d'erreurs. d'ignorance impardonnable, surtout pour des révolutionnaires qui s'indignent à juste titre contre les procédés de fausse information, de mensonges et de calomnies introduits par Moscou sur une si gigantesque échelle dans le mouvement ouvrier. Pour rétablir la vérité sur P'histoire du mouvement ouvrier international. les militants yougoslaves feraient mieux de recourir aux sources premières au lieu d'emprunter leur érudition et leurs arguments aux écrits staliniens et de procéder comme Djilas qui a la naïveté de se reférer aux « tra1 • vaux de Lénine et à sa doctrine l'impérialisme et la révolution » d'après Sul la version donnée de ces travaux et de cette doctrine « dans l'Histoire du Parti

Communiste (bolchevik) » ! (P. 37).

Djilas trouve que les « enfants euxmêmes » savent aujourd'hui « qu'il n'y a pas de révolution mondiale simultanée c'est-à-dire englobant le monde entier à la fois » (p. 47). Nous pouvons l'assurer que ni Marx ni Rosa Luxemhourg ni Trotsky n'ont jamais passé par ce stade « infantile » dans l'élaboration de leur pensée théorique révolutionnaire. Et quand Djilas leur attribue sa conception de la « révolution mondiale », il enfonce en réalité des portes ouvertes.

Il n'a jamais été question d'une révolution mondiale simultanée, ni chez Marx, ni chez Rosa Luxembourg, ni chez TrolSky. Marx avait d'autres idées sur le développement de la révolution dont l'une est encore valable, et dont l'autre est en effet en partie périmée dans les conditions actuelles de l'impérialisme:

La première idée de Marx est celle de la révolution qui ne s'arrête pas à son étape bourgeoise-démocratique, mais progresse, en lutte consante avec toutes les forces de classe qui veulent la retenir, la limiter à ce stage seulement et l'empêcher de s'épanouir comme révolution socialiste et communiste (abolissant en définitive toute forme de domination de classe). C'est en ce sens que Marx parla du caractère permanent de la révolution à notre époque (celle du capitalisme). Cette idée établie par Marx reste toujours valable, et toute T'expérience ultérieure la confirmée et renforcée. Mieux encore, dans l'ère impérialiste il est impossible de concevoir une révolution s'arrêlant à l'étape démocratique qui permette au prolétariat de s'organiser pacifiquement pour accéder ensuite graduellement, en amplifiant les conditions de la démocratie, jusqu'au socialisme. Cette conception qui oppose l'étape démocralique à l'étape socialiste est en réalité celle du réformisme et du « marxisme » vulgaire des mencheviks, etc. Cette idée fut reprise par Staline et Boukharine après la mort de Lénine et fut appliquée avec des résultats désastreux en Chine et ensuite en Espagne. Nous la retrouvons au fond de la théorie de la « démocratie populaire » telle qu'elle fut professée par les dirigeants de l'U. R. S. S. el des partis communistes jusqu'a leur tournant de décembre 1948, à parlir duquel ils identifièrent « démocratie populaire » et diefature du prolétariat.

La deuxième idée de Marx était que la révolution pouvait commencer, avant fout, dans les pays les plus développés. les plus industrialisés de l'Europe (Angleterre, France, Allemagne) et s'étendre ensuite aux pays les moins développes. Ceci, Marx le prévovait grâce au dynamisme de la révolution démocralique-bourgeoise dans ces pays, dynamisme capable de pousser la révolution

QUATRIEME jusqu'à sa phase socialiste. Nous savons maintenant que la révolution démocratique de 1848 n'a pu tourner en révolution socialiste, mais pour cette même maison du reste n'a pu non plus s'achever en tant que révolution démocratique (c'est-à-dire résoudre effectivement les problèmes d'ordre démocratique bourgeois).

Marx se trompa sur le rythme du processus, mais non sur le caractère méthodologique. Marx n'envisagea jamais une révolution mondiale simultanée. envisagea le cas d'une révolution qui parvient à vaincre dans un pays et s'étend ensuite aux autres, il est vrai dans des delais rapides, délais que l'expérience nous montre maintenant être beaucoup plus longs. Mais sur les rythmes de propagation de la révolution d'un pays à d'autres, ce n'est pas seulement Marx qui se trompa; avec lui Lénine et toute la III° Internationale le firent. Djilas ignore-t-il que la victoire en Russie fut considérée par Lenine comme la premiere étape de la Révolution mondiale qui devait gagner rapidement d'autres pays, l'Allemagne en particulier, et que toute la politique de l'U. R. S. S. et toute le stratégie de la III° Internationale entre 1919-1923 furent en réalité axées sur cette perspective

Entre Marx et Lénine il n'y a pas de désaccord méthodologique sur le développement de la révolution, car tous deux parlaieni de la même compréhension du « développement inégal » du capitalisme. Seulement ce développemont inégal, à l'époque de Marx, mettait effectivement les pays développés de l'Europe plus près de la révolution que les pays arriérés. Tandis qu'au fur et à mesure que nous avançons dans l'ère de l'impérialisme, d'autres maillons de la chaine capitaliste deviennent plus « faibles », plus favorables à la victoire de la révolution.

C'est l'ignorance de Staline qui lui lit dire que la « loi du développement inégal » avait élé découverte pour la première fois par Lénine en 1915. Cette Toi est en réalité une loi universelle qui caractérise le développement de toute l'histoire humaine, de tous les régimes, et pas spécifiquement le capitalisme ou son ère impérialiste: L'humanité n'a jamais progressé uniformément, ni sur le plan économique ni sur le plan culturel. Elle a progressé inégalement et de façon combinée, et ceci tout aussi bien entre, peuples et pays différents qu'au sein même d'un peuple ou d'un pays donné. Par exemple, le capitalisme s'est développé comme système économique es social nouveau, sur un terrain d'une extrême diversité, d'une extrême inégaBit s son de passé des ie cents pene Me héritée du passé des différents pays. n'a pas aboli cette progression inégale : il a agi sur elle d'une facon dialectique que les théoriciens staliniens n'ont jamais compris ou n'ont jamais voulu comprendre, car cette compréhension s'oppose radicalement à leur théorie du

TBRNATIONALE " socialisme dans un seul pays ». D'un côté le capitalisme, en s'étendant dans le monde, en passant de pays en pays; des métropoles aux colonies, rapproche les niveaux économiques et culturels des différents pays et a tendance à les égauser. Mais, dans ce processus, le capitalisme opère par ses propres méthodes qui ne sont pas celles d'une coopération et d'une planification internationale harmonieuse et équilibrée ; par sa nalure anarchique et antagoniste sent un pays à l'autre, et dans chaque pays une branche économique à l'autre, poussant ici au développement de certaines forces productives et culturelles ; les arrêtant ou même les détruisant brutalement ailleurs.

De ce fonctionnement dialectique de la loi du développement inégal, il résulte un processus compliqué, combiné, à la fois unitaire et centrifuge, qui à la fois nivelle et différencie. L'impérialisme, loin d'atténuer l'unité dialectique de ces deux tendances opposées, renforce et approfondit son contenu. Le développement inégal de l'impérialisme rend possible et même inévitable la rupture de sa chaîne à ses maillons les plus faibles, c'est-à-dire dans les pays qui ont accumulé la charge la plus explosive des contradictions, pays qui sont souvent les plus arriérés. D'où la possibilité de la victoire de la révolution dans un seul pays sans révolution mondiale simultanée (ou sans révolution qui gagne simultanément un grand nombre de pays evolues). Mais developpement inegal de la chaine impérialiste ne doit pas Taire oublier qu'il s'agit tout de même d'une chaîne, d'une interdépendance organique de tous les pays, tissée par mille liens tout au long du developpement capitaliste et de la formation de Teconomie mondiale, du marché mondial, de la division internationale du travail. Par conséquent, qui dit développement inégal ne doit pas conclure à l'indépendance d'un pays par rapport aux autres.

Quand Djilas veut déduire de la « loi du développement inégal » la possibilité de la victoire et de la révolution et du socialisme, dans un seul pays, il répète une affirmation stalinienne qui n'a fait son chemin dans le mouvement ouvrier qu'après la mort de Lénine.

La résistance inégale des dillérents pays capitalistes à la poussée de la révolution permet le triomphe de celle-ci, c'est-à-dire la prise du pouvoir dans un seul pays, souvent dans un pays arriéré. Mais l'interdépendance organique (plus grande que jamais) de tous les pays à l'époque impérialiste ne permet pas l'isolement économique d'un pays du reste du monde, du reste du marché mondial, et par conséquent l'édification du socialisme dans chaque pays séparément, par ses propres forces ei sur ses propres ressources. L'économie mondiale actuelle n'est pas une juxtaposition de cellules économiques nationales autonomes. Elle est une en-

Q UAT R EME lite économique supérieure aux cellules nationales, dans laquelle celles-ci se fondent organiquement. Et s'il en est ainsi pour le capitalisme, le socialisme qui sera caractérisé par un développement des forces productives infiniment supérieur à celui du pays capitaliste le avancé (actuellement les Etats-

Unis) peut encore moins se concevoir nomme la juxtaposition de cellules socialisles nationales autonomes.

Il faut comprendre que la « loi du développement inégal » joue aussi à l'intérieur de chaque pays en provoquant le développement insuffisant de certaines branches économiques, d'une part, le développement « excessif » d'autres branches économiques, l'autre. L'equilibre s'établit par le marché mondial, seul capable d'absorber l'excédent et de suppléer aux insuffisances de chaque économie nationale. Saut conçoit la nation du « pays socialiste » le sens d'une politique malthusienne et d'austérité qui égalise et « socialise » la pauvreté et freine sciemment le développement de certaines forces producuves pour qu'elles n'entrent pas en conflit avec les frontières nationales.

Edifier, c'est-à-dire achever le socialisme dans un seul pays, doit signifier, selon la doctrine marxiste, la disparinon des classes, laquelle n'est possible que dans un régime d'abondance matérielle. Achever le socialisme, truire une société socialiste, cela veut dire arriver au seuil du stade où, grâce à l'abondance matérielle, il sera possible d'appliquer la maxime « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Un tel but est irréalisable dans chaque pays séparément, même si ce - pays est la Russie pour laquelle Staline avait émis en 1924 la théorie du « socialisme dans un seul pays », en prétextant de ses « ressources matérielles » exceptionnelles, « nécessaires et suffisantes » pour cette tache (2). Trente ans d'efforts depuis la révolution d'Oclobre n'ont pas suffi à « édifier le soclalisme en U. R. S. S. ». Malgré les déclarations mensongères teurs qui dirigent l'U. R. S. S. et les partis communistes, ce pays en est toujours extrêmement loin, la très grande

(2) Lénine n'a jamais parlé de la possibilité de construire, d'achever, le socialisme dans un " seul pays ». Lénine a souvent employé l'expression « victoire du socialisme dans un pays » soit dans le sens de la possibilité de la victoire de la révolution dans un pays, de la prise du pouvoir dans un pays, soit dans le sens des prémisses politiques nécessaires et suffisantes (Etatisation moyens de production, dictature du prolétariat, etc.) pour construire le socialisme dans un pays. Ceei est clair pour tout lecteur attentif des écrits de Lénine, qui s'est libéré de la pratique menchevique, scholastique et en définitive malhonnête des dirigeants staliniens qui, à coup de citations et de phrases arbitrairement détachées de leur contexte. tâchent de « prouver ceci ou cela ». 12

RNATIONAL E majorité des ouvriers et des paysans russes vivant encore dans des conditions de misère, et seule une mince couche de la population, quelques millions de bureaucrates, jouissent d'un niveau de vie comparablé à celui de la bourgeoisie des pays capitalistes.

L'U. R. S. S., grâce à l'étendue et l richesse de son territore, pouvait encore se permettre une expérience autarcique, au plus grand détriment naturellement du niveau de vie de la grande masse de sa population. Mais qu'adviendrait-il d'un pays comme la Yougoslavie. la Grèce, la Roumanie, la Hongrie, ete. lisme » seul ? Quel sens pourrait avoit s'engageant à " construire . le sociaune telle entreprise ? Tous ces pays.

dans chaque pas qu'ils font dans 1a reconstruction de leur économie, dépendent littéralement de l'aide extérieure. de leurs échanges avec le marché mondial (3). Ainsi toutes les fois que les dirigeants yougoslaves parlent de possiblite de la " victoire du socialisme » et de « l'édification du socialisme » dans un seul pays, il y a une équivoque : ou ils veulent simplement dire que la victoire de la révolution prolétarienne et la commencement de la construction du socialisme - les éléments nationaux de la sociélé socialiste internationale de dem in - sont possibles dans un seul pays, et nous sommes parfaitement d'accord à ce sujet (4) : ou ils veulent faire croire qu'ils arriveront a achever une société socialistr dans les frontières nationales de la Yougoslavie. Dans ce cas, toute leur orientation est naturellement fausse et ne

(3) Le cas même de la Yougoslavie est frappant ; elle commerce actuellement avec 16 pays et son effort de reconstruction ne se maintient en réalité que grâce à ses échanges aved le marché mondial. Qu'adviendrait-il de la Yougoslavie, par exemple. si au blocus actuel de l'U. R. S. S. et des autres « démocraties populaires » s'ajoutait un blocus plus ou moins général des pays capitalistes ?

(4) Cette perspective n'a rien de pessimiste, elle est au contraire la seule réaliste. la seule vraiment qui consolide la révolution à l'échelle nationale en attendant son extension sur l'arène internationale. Elle signifle en réalité l'orientation suivante : Au lieu de poursuivre le but utopique de construire, à l'intérieur des frontières nationales, une « société socialiste » indépendante de l'économie mondiale, on s'efforee d'obtenir les rythmes de construction socialiste les plus favorables en fonetion des circonstances, à savoir ceux qui découlent des conditions économiques intérieures et extérieures, et renforcent les positions du prolétariat, en préparant les éléments nationaux de la future société socialiste internationale et qui, en même temps et surtout. améliorent systématiquement le niveau de vie du prolétariat et renforcent son union avee les masses non exploiteuses des vil lages.

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N peut conduire qu'a une répétition de la deviation nationaliste que nous avons connue en U. R. S. S. et qui a servi en réalité de camouflage « théorique » à la bureaucratie soviétique.

Il est vrai que ni Djilas, ni surtout Popovitch ne nient la nécessité d'une collaboration économique étroite avec les autres pays, les « démocraties populaires » et l'U. R. S. S. en particulier. Il est même vrai que Popovitch considère qu'en l'absence d'une telle collaboration et qu'avec le maintien de rapports économiques seulement avec les pays capitalistes, le développement socialiste dans chaque pays sera fortement * entravé ». Néanmoins l'équivoque sur le sens de « l'édification du socialisme » subsiste, et nulle part les dirigeants yougoslaves n'ont tenté de la clarifier. • est un point capital, qui peut deveni celui de la cristallisation d'une positior opportuniste définitive avec toutes ses conséquences en ce qui concerne la politique intérieure et extérieure de la Yougoslavie, et ses rapports avec le mouvement ouvrier international.

Quant à la façon dont Djilas comprend la « théorie de la révolution permanente » que Trotsky « vola » à Parvus et à Rosa Luxembourg, il est impossible de la passer sous silence. Trotsky n'a jamais caché ce qu'il a emprunté à d'autres théoriciens marxistes, car il n'a jamais prétendu élaborer sa ligne sans s'appuyer sur l'ensemble des aequisilions positives de la pensée marxiste (et de la pensée humaine en général). Avec Parvus, marxiste allemand (qui, avant de dégénérer, eut une certaine notoriété), Trotsky avait en 1905, époque de la première élaboration •le sa théorie de la révolution permanente, des vues très proches mais non identiques (5) en ce qui concerne la révolulion russe de 1905. La théorie de la révolution permanente, sous la forme elaborée et systématique, appartient exelusivement à Trotsky qui sut développer et synthétiser en un ensemble cohérent les vues éparses de Marx et de Lénine sur le mécanisme et la dynamique de la révolution prolétarienne a notre époque, ainsi que les expériences pratiques vécues par le mouvement ouvrier international à ce sujet.

Certains dirigeants yougoslaves ont au moins très bien compris (6), grâce à l'expérience de leur propre révolution en Yougoslavie, deux des éléments de la révolution permanente, à savoir : a) que les tâches démocratiques (indépendance eb unité nationale, réforme agraire, etc.) mènent à la dictalure du prolétariat et

(5) Parvus entre autres assignait à la dictature du prolétariat en Russie des tâches exclusivement démocratiques. tandis que Trotsky précisait que la dictature du prolétariat combinerait la solution de celles-ci à la mise à l'ordre du jour des tâches socialistes et à leur solution.

(6) Voir la brochure de Kardeli, examinée Nius loin dans ce numéro.

TERNATIONALE que celle-ci. seule capable de les résoudre, mel en outre à l'ordre du jour les taches socialistes proprement dites ; b) que la revolution ayant une fois triomphé ne s'arrête pas, n'est pas finie, mais en lutte intérieure constante contre toutes les forces adverses, et transformé au cours d'une longue période les relations sociales (sur le plan économique, technique. scientifique, moral, etc.).

Le troisième élément de la révolution permanente que les Yougoslaves ne semblent pas encore comprendre, consiste dans le caractère international de la révolution prolétarienne à notre époque, à savoir : que la révolution commencée dans un pays isolé, progresse à travers des conditions intérieures et extérieures qui grandissent simultanément avec les succès remportés dans l'édification du socialisme, et qui en définitive ne se résoudront que dans la victoire du prolétariat englobant une partie décisive de léconomie mondiale. Envisagée de ce point de vue, une révolution à l'échelle nationale n'est pas une fin en soi, mais seulement un maillon de la chaîne internationale.

Ces trois éléments forment un tout cohérent et organique, et c'est dans cet ensemble que consiste la théorie de la révolution permanente si atrocement défigurée, il faut l'avouer, par Djilas.

Un dernier mot sur l'explicalion que Djilas donne du « revisionnisme » des dirigeants de l'U. R. S. S. et du Kominform.

Jusqu'à présent Djilas et avec lui tous les dirigeants yougoslaves semblent altribuer ce « revisionnisme » à l'incompréhension des dirigeants de l'U. R. S, S., à « leur refus de comprendre ce qu'il y a d'essentiellement nouveau dans les conditions actuelles », écrit textuellement Djilas (p. 123). Popovitch se réfère de son côté au « révisionnisme » de la II° Internationale et au « coup de grace » que celle-ci reçut de Lénine. Mais en cé qui concerne l'exemple de la II° Internationale, Lénine a précisément expliqué son revisionnisme et son opportunisme en en mettant à nu leurs racines économiques et sociales dans la corruption des chefs ouvriers (syndicaux el politiques) et de toute une couche du prolétariat, grâce aux surprofits impérialistes : dans la formation d'une bureaucratie ouvrière assise sur une couche « d'aristocratie ouvrière ».

Dans le cas de l'U. R. S. S., il s'est produit un phénomène analogue, a savoir : la formation, dans les conditions L'isolement prolongé de TU. R. S. S. ei de son état arriere, d'une puissante couche bureaucralique qui s'est élevée matériellement et politiquement au-dessus de la masse des travailleurs, qui est devenue omnipotente et dont la politique intérieure el extérieure actuelle ne reflète que ses intérêts propres, nécessairement distincts et même hostiles à ceux du prolétariat russe et du prolétariat

DATRIEME mondial. Aussi longtemps que les dirigeants yougoslaves n'arriveront pas à cette explication sociologique du révisionnisme dont ils parlent, ils se maintiendront dans le domaine des conséquences, des épiphénomènes, et non des causes premières et profondes de toul le mal (7).

L'exposé de M. Popovitch a pour but principal de faire ressortir deux idées essentielles : a) que dans les conditions du marché capitaliste mondial, les Etats les plus développés exploilent les Elats les plus arriérés du double point de vue des prix et de la structure des échanges ; b) que l'U. R. S. S., dans ses rapports avec les « démocraties populaires », au lieu de changer ces conditions capitalistes de commerce et de souder tous ces pays économiquement en un « bloc socialiste » qui pourrait de ce fait atténuer pour chacun d'eux les effets du marché mondial capitalisle, maintient et même parfois aggrave ces pratiques capitalistes de commerce.

Popovitch analyse en détail le premier pont. Il montre par quel mécanisme concret se réalise à travers le commerce mondial l'exploitation des pays arriérés par les pays les plus inréalité entre tous les pays une hiérardustrialisés, et comment s'élablit en chie dans laquelle ceux qui disposent d'une composition organique du capital supérieure à la moyenne mondiale obtiennent, grâce à la formation des prix mondiaux, un surprofit au détriment des pays dont la composition organique du capital est siluée au-dessous de la moyenne mondiale (8).

(7) Dans le dernier numéro de la revue Le Communiste, organe théorique du P. C. yougoslave, vient de paraître la première partie d'un article intitulé « Quelques questions sur la critique et l'auto-critique en U. R. S. S. », qui semble s'attaquer au problème de la bureaucratie soviétique et de la situation intérieure de l'U. R. S. S. Nous ne connaissons malheureusement qu'un résumé de cet article. L'auteur accuse le Kremlin de diriger l'U. R. S. S. d'une façon * incroyable pour un pays socialiste » et insiste sur le fait que la politique extérieure d'un pays n'est qu'une expression de sa politique intérieure. L'auteur dénonce le fait que la critique des aspects de la vie sovietique est monopolisée par le C. C. du Parti bolchevik russe et Staline en particulier ; ce monopole rend impossible tout « conflit d'opinion ». A travers le pays, les dirigeants se comportent comme des aristocrates « étrang ant même le développement économique du peuple ». Ce monopole des dirigeants conduit à l'exploitation et à l'asservissement des masses soviétiques. Nous aurons probablement à revenir sur cette étude qui semble être la plus avancée dans la critique et la compréhension des dirigeants de l'U. R. S. S. et de leur politique.

(8) Dans la formation des prix mondiaux il est tenu compte, selon la théorie marxiste de la valeur, du temps de travail sociale1

L'exploitation des pays de cette catégorie ne se limite pas du reste à question des prix mais s'étend aussi à la structure des échanges, ces pays n'exportant que des matières premières et des produits agricoles.

Avec l'avancement de l'ère capitaliste, cette double exploitation s'aggrave parce que les monopoles exercent leur influence sur le marche mondial des deux façons suivantes : " a) Dans le sens de l'augmentation des prix des produits finis que les monopoles capilalistes produisent et vendent aux pays arriérés :

b) dans le sens de la diminution des prix des matières premières agricoles fournies par les pays peu développés et par les colonies » (p. 23).

Entre " pays socialisles » des rapports économiques différents auraient du régner : selon Popovitch ils devraient consister en ceci : a) fixer dans chaque pays arriere le fonds d'accumulation produit par ses ouvriers et ne pas te. voir s'échapper à travers des échanges non-équivalents à d'autres pays plus développés. En d'autres termes, les pays socialistes les plus développés devraient éviter d'exploiter les pays socialistes les moins développés; b) les pays socialistes les plus développés devraient prê-. ter une assistance économique réelle aux socialistes les moins développés, ce qui n'est pas possible si on commerce et si on accorde des prêts selon les règles capitalistes du profit.

« Il n'existe pas entre les pays socialistes actuels, l'U. R. S. S. et les autres démocraties populaires, constate Popovitch, d'égalité économique réelle " (page 120). « A sa place c'est l'inégalité, le pillage, et l'exploitation qui font rage. » Or des rapports « socialistes » sont nécessaires pour deux principales calsons (pages 134-5) : a) pour que le développement des forces productives du socialisme dans un pays donné ne soit pas « objectivement entravé el freiné dans une grande mesure » par sa soumission aux lois du marché capitaliste mondial ; b) pour qu'on puisse opposer efficacement et même victorieusement au marché capitaliste mondial un bloc socialiste, une « union d'Etals socialistes égaux en droits formant un tout économique » dont la constitution même « démon|rerait sa force vitale de loin supérieure à celle de l'impérialisme » et porterait le « coup le plus efficace » au plan Marshall et autres plans impérialistes.

La compréhension que Popovitch montre à ce sujet, bien qu'elle ne détermine pas encore chez lui de conclusions quant au carnetère utopique et en ment nécessaire à l'échelle mondiale. Il s'ensuit que les inégalités nationales dans l'intensité et la productivité du travail jouent en faveur des pays développés au détriment des pays arriérés, et qu'en définitive, comme disait Marx, « les pays favorisés (les plus développés) reçoivent plus de travail échange de moins de travail

0 T R BME débinitive irrationnel de la construction du « socialisme dans un seul pays » se complète par une aulre point progressif que nous croyons nécessaire de souligaer.

" L internationalisme des partis communistes des pays capilalistes, ecrit-li (page 113), doit être avant tout une lutte opiniâtre, intransigeante contre leur oapilalisme, contre leur bourgeoisie, ce qui constitue en même temps l'aide la plus efficace et la plus réelle qu'ils puissent fournir aux pays édifiant chez eux le socialisme. »

Celte conception le différencie essenfiellement des dirigeants staliniens de IU. R. S. S. qui assignent pratiquement comme première tâche au prolétariat internalional, la « défense de l'U. R. S. S. » à travers des compromis et des pressions sur la bourgeoisie de chaque pays.

Michel PABLO.

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