A Chambre des Représentants des L Pays-Bas et le K. N. I. P. (Parlement républicain provisoire de Djokjakarta) viennent d'accepter les décisions de la Conférence de La Haye. Aux Pays-Bas, les représentants des organisations de droite (Parti anti-révolutionnaire, etc...) et les staliniens votèrent contre la ratification de l'accord. A Djokjakarta, le Partai Murba (Parti Prolétarien, fondé par Tan Malakka) et le P. C. indonésien (stalinien) ainsi qu'un certain nombre d'autres députés, rompant la discipline de leurs groupes respectifs, se prononcèrent contre une acceptation des accords de La Haye. Les socialistes déposérent • des bulletins blancs.
Pour comprendre la signification des accords, il faut mentionner que
L'accord de La Haye sera certainement suivi par une répression du mouvement ouvrier. Mais la bourgeoisie indonésienne sur laquelle s'appuye le régime Hatta-Soukarno ne dispose pas d'une force importante en raison de ses positions dans l'appareil de production. Avant Tinvasion japonaise, il n'y avait aucun capital indigène, si ce n'est du ca-• pital commercial ou usurier, et encore celui-ci se trouvait en grande partie entre des mains chinoises ou arabes. A la suite de l'invasion japonaise, la bourgeoisie indigène montante commença à fonder des entreprises ; mais dans les conditions de guerre et de révolution, elle ne put le faire que sur une échelle relativement restreinte. La position économique de la bourgeoisie indonésienne serait absolument insuffisante, pour donner un rôle politiquement dirigeant aux Hatta et Soukarno. Ceux-ci qui possèdent une conscience claire des rapports de forces SOciaux sont en réalité républicains malgré eux. Deux incidents caractéristiques illustrent nettement cette thèse.
Le 17 août 1945, Soukarno et Hatta 42 le ministre de la Justice de la République indonésienne déclara au K. N. 1. P. que son gouvernement poursulvra tous ceux qui se trouvaient impliqués dans le soulèvement communiste de septembre 1948. L'aventure stalinienne criminelle qu'était le putsch de Madioun a déjà affaioli considerablement le mouvement ouvrier. La bourgeoisie indonésienne exploite maintenant à fond cette situation contre tous les militants prolétariens. Ainsi s'impose une comparaison entre l'accord d'aujourd'hui et celui conclu il y a deux ans entre la bourgeoisie indonésienne et l'im périalisme néerlandais à la fin de la preniereuseme colonien, accord première guerre coloniale, accord déclaration du premier ministre Sjariffoudun au sujet des poursuites contre Tan Malakka. lancérent une proclamation fort moderee et vague, annonçant la proclamation de la République d'Indonésie. Ils appelèrent les masses à un meeting au cours duquel cette proclamation devait être confirmée. Des tracts convoquant à ce meeting furent distribués par les Pemoudas (groupes de jeunes nationalistes, ayant eu une certaine instruction militaire avec l'aide japonaise). Les autorités japonaises qui avaient été chargées par les Alliés du maintien de l'ordre, interdirent le meeting et firent placer des détachements de mitrailleurs sur le terrain. Soukarno recula rapidement. Il fit imprimer de nouveaux tracts annonçant que le meeting n'aurait pas lieu en raison de l'interdiction. Les Pemoudas rayerent sur le tract la phrase disant que le meeting ne se tiendrait pas ; et malgré la présence des détachements des mitrailleurs japonais, une foule considérable se rendit au lieu indiqué. Des groupes de Pemoudas allèrent chercher Soukarno et Hatta chez eux et les obligèrent à prendre la parole. Ainsi fut proclamée la République indonésienne. • En décembre 1948, des détache-
UN PEU D'HISTOIRE
UN PEU D'HISTOIRE
UAT RIE ME I N ments de parachutistes néerlandais occupèrent la capitale républicaine, Djokjakarta. Alors qu'une résistance s'organisait qui devait assurer la défaite militaire de l'impérialisme néerlandais - défaite voilée par l'intervention de l'O. N. U. - Hatta et Soukarno se laissèrent arrêter dans leur demeure. Ils furent déportés et internés hors du territoire de la République, sur l'ile de Banka. Les yeux
La prospérité et l'indépendance de limpérialisme néerlandais avaient été basées uniquement sur l'exploitation de possessions coloniales 60 fois plus grandes que la métropole, c'est-à-dire d'un empire aussi vaste que toute la partie de l'Europe qui se trouve en-deça du rideau de fer. Cet empire risquait de disparaître définitivement au moment où un homme d'affaires américain entreprenant Matthew Fox, obtint en juin 1948 du gouvernement républicain le droit exclusif de vendre tous les produits d'exportation des iles principales Java et Sumatra. Le caractère monopoleur de l'accord Fox fut dénoncé par le gouvernement Truman ; l'impérialisme néerlandais considerant que tous les produits d'exportation étaient propriété des plantations néerlandaises, enferma le territoire de la République dans l'étau d'un blocus rigoureux. Mais l'accord Fox resta en vigueur, et la formulation du fameux « point quatre » du programme Truman (développement des régions arriérées par des investissements de capitaux américains) était une menace directe à la position dominante que l'impérialisme néerlandais possédait jadis dans cette partie du monde. La guerre coloniale déclenchée par la bourgeoisie des PaysBas en décembre 1948 n'était donc pas seulement dirigee contre la revolution indonésienne. Elle était également une révolte du capital colonial néerlandais contre le dollar. Cette révolte échoua, ainsi que chacun pouvait le prévoir. Grâce à l'action de l'O. N. U. et de l'U. N. C. I. (commission des Nations Unies pour l'Indonésie dirigée incontestablement par | Américain Merle Cochran, Soukarno et Hatta furent ramenes de leur exil temporaire à leur capitale Djokjakarta. Et PO. N. U. évita en même temps que Djokjakarta ne fut occupée par les partisans...
Laccord de La Haye porte donc nettement la marque commerciale :
TERNATIONALE du monde entier étaient fixés sur eux. Montreraient-ils, par la grève de la faim ou une résistance passive, qu'ils désiraient appuyer la lutte des masses laborieuses ? Leur seule action fut de mentionner le bon traitement et l'excellente nourriture qu'ils reçurent des impérialistes, alors qu'une lutte sanglante des partisans se déroulait dans les îles de Java et de Sumatra... Made in U. S. A. Le délégué indonésien a Lake Success, Palar, pour cette raison refusa même de faire une déclaration commune avec la délégation néerlandaise sur le caractère satisfaisant de l'accord. Il dit que PIndonésie n'avait pas conclu un accord mais qu'on lui en avait imposé un, et il précisa immédiatement sa pensée en insistant sur le fait que l'Indonésie n'avait nul besoin d'entrer en contact commercial avec le reste du monde par l'intermédiaire de la Bourse d'Amsterdam, et en ajoutant qu'il invitait le capital américain à faire de larges investissements dans son pays. De son côté, le sieur Stik ker, exportateur de bière et ministre des affaires étrangères des Pays-Bas, expliqua la nature de la pression que l'impérialisme américain avait exercée sur son gouvernement. Celui-ci avait été menacé continuellement d'un arrêt de l'aide Marshall aux Pays-Bas, et l'aide Marshall à l'Indonésie fut effectivement arrêtée. Si les Etats-Unis n'organisèrent pas le boycott des navires hollandais, c'est seulement en raison de l'intervention d'un secrétaire du mouvement syndical néerlandais qui parvint à expliquer aux dirigeants syndicalistes américains les « motifs » de l'action gouvernementale de son pays. Le président du parti travailliste néerlandais, Vorrink, pour sa part contribua à améliorer la position internationale de son pays en prenan l'avion pour Oslo afin d'expliquer au gouvernement social-démocrate norvégien, nouveau membre du Conseil de Sécurité, le bon droit de « son » colonialisme national. Le ministre Stikker a ainsi mis à nu le caractère particulier de l'internationalisme social-démocrate, qui trouvera sans aucun doute son expression dans la nouvelle Fédération Syndicale Mondiale « Libre », fondée à Londres, et ou un réformiste néerlandais, Vermeulen, fut élu comme secrétaire.
LE ROLE DE L'IMPERIALISME AMERICAIN
LE ROLE DE L'IMPERIALISME AMERICAIN
M E
LES TERMES DE L'ACCORD
Les résultats de la Conférence de La Haye sont les suivants :
1. → Les Pays-Bas transfèrent la souveraineté complète aux « EtatsUnis d'Indonésie », ceux-ci étant constitués par les territoires de la République et des Etats vassaux séparatistes constitués par l'impérialisme néerlandais.
2. - Entre le royaume des PaysBas et les Etats-Unis d'Indonésie est établie une « Union libre et durable » à la tête de laquelle se trouve Sa Ma jeste la Reine des Pays-Bas, et ses héritiers légitimes. (« Libre » et ‹ durable » sont des termes contradictoires : si l'Union doit être durable, l'Indonésie n'est pas libre de s'en séparer ! L'accord est plein de contradictions de ce genre, qui indiquent seulement que lIndonésie ne se trouve nullement détachée des Pays-Bas).
3. - Toutes les propriétés qui appartiennent à des personnes néerlandaises et étrangeres seront rendues à leurs « propriétaires légaux » (à une exception très importante près, sur laquelle nous reviendrons plus loin).
4. - Les directeurs de la Banque monétaire indonésienne ne pourront être nommés qu'après accord avec les Pays-Bas. Les Pays-Bas maintiennent leur contrôle sur les finances indonésiennes. L'Indonésie reconnaît une dette de 4,5 milliards de florins envers les Pays-Bas.
5. Une collaboration sera assurée dans l'établissement des rapports avec d'autres Etats. Cette collaboration est obligatoire en ce qui concerne les rapports avec d'autres pays européens.
6. La base navale de Sourabaya sera mise à la disposition de la mavine de guerre néerlandaise qui restera la seule marine de guerre importante dans les eaux indonésiennes. Les troupes néerlandaises seront retirées du territoire indonésien dans un délai de six mois, dans la mesure où les bateaux disponibles permettront cette évacuation. Une inission militaire néerlandaise assistera à la construction de l'armée indonésienne.
7. - La partie néerlandaise de l'ile
UN ACCORD
L'exécution de l'accord, surtout en ce qui concerne le retour des enrepreneurs coloniaux à leurs an11 de la Nouvelle-Guinée restera propriété néerlandaise pour une durée d'un an. La commission indonésienne de IO. N. U. décidera pendant ce temps du statut de cette île. Diverses parties distinctes de Indonésie pourront entrer en relations particulières avec les Pays-Bas et l'Indonésie, si un plébiscite sous contrôle de ... le decide.
8. - Les divergences de vue entre les partenaires de « Union » pourront être tranchées par une puissance étrangère impartiale, nommée comme arbitre par l'U. N. C. I.
On peut dire que cet accord donne à la République indonésienne un degré d'indépendance supérieur a celui qu'elle obtenait dans l'accord de Linggadjati, en décembre 1946. On peut même dire que la bourgeoisie indonésienne montante a aujourd'hui beaucoup plus « d'indépendance » qu'elle n'est une « bourgeoisie » Cette contradiction s'explique par le fait que les masses populaires qui appuyaient le mouvement des partisans n'auraient en aucun cas accepté un accord, même temporaire, sur une base moins lavorable que celle fixée à La Haye, ainsi que par le fait que derriere les dirigeants républicains impuissants, Soukarno et Hatta, se profile l'ombre protectrice des EtatsUnis. Sans l'intervention américaine cette bourgeoisie impuissante aurait été écrasée depuis longtemps entre l'impérialisme néerlandais et le mouvenient des masses.
Mais les Etats-Unis eux-mêmes sont impuissants à enrayer le développement des rapports sociaux en Indonésie. Leur tentative d'arrêter au moins la révolution comporte déja l'acceptation de certains résultats obtenus par le mouvement agraire. L'accord de La Haye inclut en effet une clause qui stipule que les plantations sur lesquelles ont été construites des demeures, ou sur lesquelles depuis l'occupation japonaise des cultures de produits de consommation indigène ont été commencées, ne seront pas rendues à leurs anciens propriétaires « afin de ne pas provoquer des troubles ». Dans ce cas les anciens propriétaires seront indemnisés. ELASTIQUE ciennes plantations, ne sera pas lacle. La bourgeoisie indonésienne, arrivée au pouvoir sans efforts et sans force propre, ne pourra s'y maintenir qu'en usant constamment de la violence contre les ouvriers et les paysans pauvres. Elle ne pourra le faire sans une aide active de l'étranger. Il lui sera impossible de réaliser ses tâches. Ainsi, après le retrait des troupes néerlandaises, ses propres troupes devront maintenir l'infégrité des Etats vassaux dont la population voudra se joindre à la République. L'existence même de ces Etats vassaux devient de ce fait de Plus en plus problématique. Contre plus en plus problématique. Contre cains, la population laboriense de volonté des dirigeants ces Etats ne pourra rejoindre la République et transformer les EtatsUnis Indonésiens en un Etat Indonésien Unifié, qu'en écartant Soukarno et Hatta.
Il est impossible de déterminer la force exacte des partis intransigeants, comme le Parti Murba, et celles importantes des partisans du Darul Islam. Il est même impossible de
TERNATIONALE savoir exactement les noms des dirigeants révolutionnaires ou staliniens qui sont encore en vie. Aussi longtemps que « le manque de bateaux disponibles » - notion fort élastique ! maintiendra des troupes néerlandaises sur le sol indonésien. le gouvernement se sentira assez fort pour essayer de liquider toutes les forces « extrémistes ». Toute la question est là : en aura-t-il la force ? Des luttes sociales et politiques violentes sont à l'ordre du jour en Indonésie. C'est le devoir du mouvement ouvrier du monde entier d'intervenir activement dans cette lutte en exigeant la rupture de l'Union néerlandaise-indonésienne, l'expropriation sans indemnisation de toutes les propriété coloniales, la suppression des bases navales, ete... Le mouvement révolutionnaire indonésien, de son côté, fera encore parler de lui.
Amsterdam, le 14 décembre 1949.