Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 8, n° 1

Crise du régime et crise du stalinisme en France

P. Frank · Quatrième Internationale, vol. 8, n° 1 · décembre 1949-janvier 1950 · p. 18-22 · 3 551 mots

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• y a un an les mineur.

traient battus après huit semaines d'une grève dans laquelle se manifesta l'admirable combativité d'un prolétariat dont la puissance était gaspillée et exploitée par des dirigeants au service du Kremlin (1). Cette défaite ouvrière a eu d'importantes conséquences au cours de l'année 1949, tant dans levolution du capitalisme français que dans le développement du parti stalinien.

Le capitalisme français, ramené à une position d'impérialisme de second ordre, ne peut espérer maintenir sa domination qu'en transforinstaurant un « Etat fort », c'estmant son régime politique et en à-dire en établissant un régime totalitaire dans lequel le standard de vie du prolétariat serait extrêmement réduit et la classe ouvrière se trouverait dans l'impossibilité de bouger pour l'améliorer. Mais la marche à « PEtat fort » présente de grosses difficultés. En 1947 et en 1948, le capitalisme avait commencé à créer l'instrument de la réalisation de cette politique, le « Rassemblement du Peuple Français », dirigé par le général de Gaulle qui, aux élections, obtenait un nombre très important de suffrages. Ainsi, opposés violemment l'un à l'autre, deux blocs - le P.C.F. et le R.P.F. -allaient se heurter, méprisant la nouvelle combinaison gouvernementale et parlementaire, la « 3ª Force » qui unissait socialistes, M.R.P. et radicaux, c'est-à-dire suffisamment de voix pour faire une majo-

La défaîte des mineurs permit au capitalisme français de commencer la réalisation d'une politique de « gaullisme sans de Gaulle ».

Cette défaîte d'une corporation qui avait mené, isolée, un combat dont la victoire ne pouvait être assurée que par la lutte générale de

(1) Quatrième Internationale, n° de janvier-février 1949 : F. Moreau : « Huit semaines de lutte des mineurs français. » 18 rité à l'Assemblée Nationale, bien que sa base dans le pays fut plutôt insignifiante.

Mais, comme en 1935, la marche directe à « l'Etat fort » parut au grand capital pleine de dangers. La classe ouvrière était encore assez puissante; l'influence du Parti communiste français reste très grande froide », celui-ci est tout à fait cadans la période de « guerre froide », celui-ci est tout à fait capable de pousser les luttes ouvriè res plus loin, surtout au cas où le gaullisme tenterait de s'emparer du pouvoir. Enfin, bien que le gaullisme ne soit pas tout à fait identique au nazisme allemand ou au fascisme italien, ces deux exemples ont montré à la bourgeoisie que le recours à des formations extra légales présentait aussi, en cas de victoires tel que d'utiliser au maximum lappareil d'Etat.

L'impérialisme américain n'a au moins dans ses couches dirigeantes guère manifesté de sympathies pour de Gaulle, mais il ne l'a pas fait par amour de la démocratie contre les tendances autoritaires de celui-ci. Les dirigeants de la politique américaine se sont, en général, contentés de faire confiance aux capacités politiques des politiciens de la bourgeoisie française qui savent mieux qu'eux jouer un jeu subtil et adroit danp rai site tion périlinsiste air situation périlleuse. près des hommes politiques français (et européens) pour une politique d'ordre capitaliste contre les mouvements ouvriers. toute la classe ouvrière lut, tout d'abord, le point de départ d'une offensive renforcée du patronat contre les conditions de travail et de vie des ouvriers. Les salaires restèrent bloqués (sauf à de rares intervalles, ou ils étaient accrus de quelques indemnites insuftisantes). Dans les usines, le travail au rendement battait son plein, les cadences étaient accélérées. La discipline à l'usine se faisait de plus en plus rigoureuse.

APRES LES COMMUNISTES, LES SOCIALISTES

APRES LES COMMUNISTES, LES SOCIALISTES

En même temps, le gouvernement renforçait son appareil de répression. Des centaines et même des milliers de militants mineurs étaient emprisonnés. Pour redonner à la police un esprit de corps perdu au cours des années d'occupation, celle-ci était de plus en plus fréquemment employée contre des manifestations de rue ou même dans des circonstances absolument anodines du point de vue de « l'ordre public ».

Le gouvernement se lançait à l'attaque contre le P. C., F. Ses jour•naux sont poursuivis, comme du temps de Tardieu. Le ministre Jules Moch se livrait à une dénonciation des subventions que le P.C.F. aurait reçues de l'étranger. Des centaines d'originaires des pays du glacis étaient expulses de France. Dans toutes les administrations, des épurations étaient opérées, aussi bien dans les anciennes administrations (il n'y a plus de préfets staliniens et il reste très peu de hauts fonctionnaires staliniens en activité) que dans les Conseils d'administration des industries nationalisées (où les staliniens s'étaient taillé de véritables fiefs).

Enfin, l'année 1949 a permis, au cours des élections cantonales, de réduire de façon considérable la représentation des staliniens au moyen d'un système de scrutin qui permet au second tour d'opérer toutes sortes de combinaisons pour supprimer presque complètement la représentation de 30 % environ des électeurs, qui ont voté pour les candidats du parti stalinien.

Mais la bourgeoisie — qui a ainsi marqué des points considérables — dispose d'une représentation parlementaire qui ne correspond pas à ses besoins politiques actuels. Les staliniens ont plus de 180 élus sur 600 ; et les socialistes ont une représentation correspondant à leur nombre de voix de 1946, beaucoup plus grand que les suffrages qu'ils recueillent aujourd'hui. Le Parlement actuel a connu une majorité tripartite (P.C.F., P.S., M.R.P.), il parvient à obtenir difficilement une majorité « 3° force » (P.S., M.R.P., Radicaux), grâce à l'appoint de quelques « indépendants » d'appellations diverses. Mais il n'est pratiquement pas possible d'v obtenir quement pas possible dy obtenir une majorité de droite, excluant le P.S., à moins d'y inclure des gaullistes et d'entraîner des ruptures sur la gauche dans le M.R.P. et chez les Radicaux (2).

C'est cette situation qui a donné un écho au mot d'ordre de la dissolution de l'Assemblée Nationale et de nouvelles élections, jusqu'alors défendu presque exclusivement par les gaullistes. Apparemment to plus ou moinsjourd'hui accepmot d'ordre est tacitement par tout le monde. Les gaullistes sont, quoiqu'ils mettent l'accent sur une bien entendu pour la dissolution, révision de la Constitution. Radicaux, M.R.P. et autres indépendants, défendent à leur tour Pidée de nouvelles élections. La majorité du P.S. s'est aussi déclarée prête à affronter de nouvelles élections. P.C.F. on a dit : si vous voulez de nouvelles élections, nous n'y vovons pas d'inconvénient (3). Mais, runanimité sur ce point s'arrête à ces déclarations générales. Chaque parti dans son ensemble ou chaque député en particulier, est préoccupé du résultat d'éventuelles élections. Et cela met en cause une question qui soulève de grandes divergences, le mode de scrutin.

Le systeme de scrutin proportionnel (tres incomplet) qui servit en 1946 est défendu par les staliniens et le M.R.P., mais il est repoussé unanimement par les autres, saut peut-étre par les gaullistes. Des elections au système proportionnel donneraient une nouvelle assemblée où les staliniens se retrouveraient en nombre sensiblement égal et les gaullistes beaucoup plus nombreux, autrement dit une assemblée où il serait encore plus difficile sinon impossible, de former une majorité viable pour la bourgeoisie.

Or, dans l'Assemblée actuelle, le P.C.F. et le M.R.P. peuvent bloquer à peu près à coup sûr l'adoption

(2) Ces deux formations, le parti radieal qui domina la plus grande partie de la 3e République et le M. R. P. qui a été le parti bourgeois le plus important dans les premières années de la 4º République, pré sentent l'un et l'autre une gamme ininterrompue de nuances et de tendances, allant de l'extrême-gauche à l'extrême-droite. Derrière les radicaux se trouve la franc-maçonnerie ; le M. R. P. est lié à l'Eglise catholique.

(3) La Constitution prévoit qu'en cas de dissolution un gouvernement intérimaire serait constitué par le Président de l'Assemblée Nationale chaque groupe les staliniens gouvernement temps, ce qui tion pour les comprenant le dirigeant de parlementaire. De ce fait pourraient se retrouver au pendant un cours laps de est aussi un motif d'hésitaautres partis.

LATRIEME 1 N d'un autre mode de scrutin, notamment le mode de scrutin de vote majoritaire à deux tours, qui permettrait de réduire. considérablement la représentation des staliniens (pour un même nombre de voix) et qui ferait perdre au M.R.P. des élus dans un très grand nombre de départements.

Mais la mécanique électorale ne suffit pas à expliquer pourquoi au fond il y a peu de chances que se produisent des élections législatives en 1950 (l'Assemblée doit être normalement renouvelée en 1951). Le grand capital trouverait bien le moyen d'amener à résipiscence un nombre suffisant d'élus du M.R.P. sur la question du mode de scrutin (il n'est pas impossible de remplacer un siège de député par quelques avantages matériels) s'il n'était arrêté par une crainte de nature politique. Avec de nouvelles élections, on ne sait pas l'importance que • pourrait avoir - quel que soit le mode de scrutin - la représentation gaulliste. Or, le capitalisme français, pour le moment, ne voudrait pas d'un gouvernement dont

L'autre fait important dans la situation française, c'est le développement de la crise de l'organisation du Kominform en France. On sait qu'en dehors des « démocraties populaires », le Parti Communiste français était le plus puissant des partis communistes, au lendemain de la « libération ». Certes, le P.C. italien était et est encore à plus de membres que le P.C.F., la situation italienne plus explosive jouait aussi beaucoup en sa faveur. Par contre, le P.C.F., qui bénéficiait du soutien de la majorité de la classe ouvrière, de fortes sympathies dans la petite bourgeoisie urbaine et rurale, du fait qu'il avait pu agir légalement pendant 20 ans, disposait entre le Comité Central et la classe ouvrière d'un réseau fort de quelques dizaines de milliers de militants ouvriers, liés à la direction du P.C.F. et transmettant sa politique dans la classe ouvrière sur laquelle ils avaient une autorité acquise aul cours de longues années de lutte. Le P.C.F. avait connu des fluctuations dans le nombre de ses électeurs, des lecteurs des mpresst ou as mais i de sa presse ou des partitravers tous ses tournants, il avait conservé une armature de militants ouvriers inébranlablement fidèles à 20

TERNATIONALE la majorité parlementaire comprendrait les gaullistes. De nouvelles élections, au scrutin majoritaire à deux tours, pourraient fort bien conner, de ce point de vue, une nouvelle Assemblée où la seule différence avec l'actuelle, serait l'existence d'une forte fraction gaulliste • la place de la forte fraction communiste d'aujourd'hui.

C'est pourquoi, pour le moment, la perspective la plus probable est la continuation de ce système de gouvernement reposant sur des majorités insignifiantes, dans lequel la Tragilité de l'édifice social en Fran-• ce se conjugue à l'habileté et à la rouerie de quelques-uns de ses hommes politiques.

Bien entendu, cette politique ne peurra finalement aboutir à rien de stable. La bourgeoisie gagne du temps et affaiblit les travailleurs. Mais il n'y aura d'issue en France que dans une épreuve de force qui se terminera soit au profit des travailleurs, soit au profit d'une formation de combat comme le gaullisme. la direction, n'ayant aucun doute quant aux objectifs finaux et aux destinées finales de ce parti.

A quoi ont abouti les cinq années qui nous séparent de la « libération » en ce qui concerne le P.C.F.?

Nous avons déjà signalé l'élimination des postes dont il disposait dans l'appareil d'Etat, mais cela joue plutôt en sa faveur dans la classe ouvrière. La crise du P.C.F. ne se manifeste guère dans les résultats électoraux partiels. On peut dire à coup sûr que, dans des élections générales, la majorité des travailleurs des villes voterait encore communiste ; le P.S. ne mord visiblement pas dans les masses ouvrières, bien que celles-ci ne répondent pas aux appels du P.C.F. et de la C.G.T. qui agit grossièrement comme sa succursale. Cet aspect de la situation se manifeste également dans le mouvement syndical. La C.G.T. a connu des pertes considérables d'effectifs, mais ni « Force Ouvrière » ni les autres nouvelles centrales syndicales, ni la C.F.T.C. n'en ont bénéficié ; aux élections de délégués d'entreprise, ce sont les candidats de la C.G.T. qui, le plus souvent, emportent le plus grand nombre des voix dans les catégories ouvrières.

LA CRISE DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

LA CRISE DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

La crise du P.C.F. se manifeste par contre, sous bien des formes. La presse communiste est en baisse très importante. L'Humanité tire à 240.000 au lieu de 450.000 il y a cinq ans. Plusieurs quotidiens et hebdomadaires communistes de province ont disparu. Cette baisse de la presse stalinienne, déjà signalée dans une Conférence nationale du P.C.F. qui se tint au cours du premier trimestre de 1949 n'a fait que se poursuivre tout au long de cette année. Les manifestations du P.C.F. ou des organisations annexes sont P.C.F. Tenuit suivis sA Penis, de PCF¿Hiv, qui contient 20.000 plaVel d'Hiv, qui contient 20.000 placés et plus fréquemment à des salles plus petites. Les effectifs du P.C.F. ont diminué, bien qu'il ne soit pas possible de connaître sur ce point de chilfres précis (4). L'organisation des Jeunesses, P'U.J.R.F., n'avait récemment encore de vie que dans quelques rares endroits (5).

Mais la crise s'est encore manifestée de façon plus précise. Les premiers éléments qui ont manifesté leurs doutes ou leurs désaccords sont évidemment ceux de nature sociale petite bourgeoise, notamment les intellectuels, membres du parti ou compagnons de route (6). La direction du parti stalinien spécule sur le fait que les premiers craquements ouverts proviennent de tels éléments pour dénoncer les petits bourgeois qui désertent quand le combat devient plus difficile (7). Mais la terreur morale que cherche à développer la direction stalinienne ne peut prévenir l'extension de la crise dans les milieux ouvriers. On signale dans plusieurs

(4) Dans la période du lendemain de la guerre, en même temps qu'une politique franchement social-démocrate, le P. C. F. avait adopté des formes d'organisation social-démocrates, ce qui — en France — signifie le vague le plus complet en ce qui concerne les chiffres.

(5) Il n'est pas exclu qu'à la faveur de la nouvelle politique contre la guerre du Vietnam, l'U. J. R. F. connaisse un regain de vitalité et de recrutement.

(6) La crise avait déjà commencé à se manifester chez ces éléments au cours des mois passés, lors de l'affaire Lyssenko et des injonetions staliniennes sur le « réalisme socialiste » en matière d'art.

(7) Evidemment comme le P. C. F. avait pu recueillir de très grands noms de la science, de la littérature, des arts..., dont certains sont en fait assez éloignés du communisme, les ruptures parmi ces éléments peuvent conduire soit à droite dans le camp de la bonne famille bourgeoise, soit dans le camp de la révolution.

TERNATIONALE cellules ouvrières des désaccords qui s'expriment même ouvertement devant l'ensemble des ouvriers. La division se fait entre ceux qui veulent appliquer coûte que coûte la ligne du Kominform, et ceux qui, se rendant compte du bluff de la thése Jdanov, à savoir que les forces démocratiques vont de succès succès, tendent à assouplir la ligne pour pouvoir rétablir le contact avec les masses.

Le phénomène le plus symptomatique de la crise du P.C.F., c'est l'apparition d'un Bulletin d'une traction clandestine « La lutte ». Les auteurs en sont anonymes et cela a donné lieu à diverses spéculations (des dirigeants préparant une rupture avec Moscou - des membres de base, soutenus par les Yougoslaves → une provocation organisée par la direction pour détecter les opposants et les exclure un à un). Quoiqu'il en soit, le fait même de l'existence d'un tel organe — ce qui ne s'était pas vu depuis plus de 15 ans — est caractéristique d'un profond état de crise.

Une autre manifestation de la diminution de l'influence du P.C.F. dans la vie politique du pays s'est exprimée au sein du Parti Socialiste Unitaire, qui fut constitué par l'aile pro-stalinienne du P.S. qui se détacha de celui-ci dans l'année 1948 au paroxysme de la « guerre froide ». Au cours de 18 mois d'existence, le P.S.U. a agi comme un simple appendice du parti stalinien. Au récent Congrès National (décembre 1949) sont apparus, parmi les éléments dirigeants les premiers signes de décrochage par rapport au parti stalinien.

Aucune divergence politique claire n'a été formulée, mais ce parti a manifesté des vélléités d'avoir une figure propre et, ce qui est plus intéressant, a pris la décision de consacrer à bref délai une assemblée nationale pour discuter du probleme yougoslave, ce qui veut dire qu'il n'emboîte plus le pas automatiquement aux stauniens sur le point où ils sont à présent les plus sensibles.

Le fond politique de la crise du parti stalinien se trouve dans la combinaison de fallaire yougoslave au retournement de la situation en France depuis cinq ans. Au moment de la « libération » le P.C.F. pouvait littéralement cueillir le pouvoir, il y a porté de Gaulle ; 1l a participé à plusieurs gouvernements bourgeois, il a ordonné à ses mili-

U AT R IEME fants de freiner la volonté de combat des masses et de torpiller leurs Juttes. Et puis, au fur et à mesure que les travallleurs, battus dans des combats partiels, désorientés et atfaiblis, se trouvaient rejetés sur la défensive, en face d'attaques patronales accentuees, la direction du P.C.F. a ordonne a ses militants une tactique de plus en plus agressive, contribuant à affaiblir davantage la classe ouvrière et à isoler davantage le P.C.F. dans la classe.

n'est pas de militant ouvrier à qui cela ne crève les yeux.

Dans cette situation, l'affaire yougoslave vient leur montrer qu'ils n'ont pas affaire à une erreur que la direction corrigera aisément, mais que ce qui se passe en France est lié à la politique internationale du stannisme, laquelle est dictee par des considérations que la direction ne peut se permettre d'expliquer tranchement à ses membres et à la classe ouvrière.

La direction stalinienne réagit avec beaucoup de vigueur et de violence. Ses campagnes de presse, sur la question yougoslaves et contre les intellectuels sont, bien entendu, caracterisées par la plus grande indigence politique (8). Elle doit plaider contre l'évidence, dans un moment où — en dehors de l'ExtrêmeOrient — le stalinisme ne subit que des échecs. Des publications (mémoires, souvenirs, romans), se multiplient, qui apportent des aperçus sur les méthodes du stalinisme vues du dedans. Rien ne permet aux staliniens de passer à l'offensive sur un plan quelconque. Dans les colonnes de l'Humanité, on peut célébrer les cadeaux envoyés à Staline pour son 70° anniversaire ; mais dans les usines, les militants ouvriers du P.C.F . n'étaient guère fiers de cette campagne. Pour améliorer les rapport avec la base, Thorez circule à travers la France, sous prétexte de signer l'édition revue et adaptée de « Fils du Peuple ».

Mais les dirigeants staliniens qui ont une habitude des difficultés du passé procèdent surtout à des mesures d'organisation pour surmonter le présent : un peu partout, ils rem-

(8) Rien n'est plus pauvre que les écrits de Casanova, membre du Bureau Politique, chargé d'assurer l'ordre parmi les intellectuels staliniens, en réponse à Cassou. On n'y trouve même pas l'effort d'une argumentation ; Casanova brode simplement sur le thème : le camp de la paix et celui des fauteurs de guerre, Cassou ayant quitté l'un pour passer dans l'autre. 22

E RNATIONAL placent des cadres anciens par de nouveaux, des jeunes, souvent très inexpérimentés, mais qui ont lavantage pour les hommes du Bureau Politique, d'être ignorants de bien des choses et plus malléables. Les manifestations aventuristes servent incontestablement ince destaine selection pour trouver des jeunes susceptibles d'être embrigadés dans l'appareil. Une telle mesure, si elle ne peut endiguer le dé veloppement de la crise de ce parti, permet à la direction d'affronter les difficultés avec un parti apparemment plus cohérent.

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Au début de la nouvelle année, il est difficile de tracer des perspectives claires. La situation économique s'annonce plutôt mauvaise les derniers mois de l'année 1940 ont vu se produire une baisse sérieuse de la production sidérurgique. Une aggravation de la crise serait exploitée par les gaullistes dans les classes moyennes. Quant a la classe ouvrière, elle vient de se trouver devant quelques lock-out patronaux et, en raison de sa méfiance des vieilles directions, on ne peut encore dire quelles seront ses réactions. Quoiqu'il en soit, il est certain que la crise des rapports entre la classe ouvrière et ses vieilles directions ira s'approfondissant.

Dans quelle mesure une nouvelle direction révolutionnaire parviendra-t-elle à se dégager et à progresser ? Là aussi de multiples facteurs interviennent et plusieurs variantes sont possibles. Les tentatives de centrisme d'origine social-démocrate ont avorté (9). Que sortira-t-il du parti stalinien ? Y aura-t-il une organisation nouvelle ? Il faudrait consacrer tout un article à ce probleme.

Le P.CI. tiendra son 6° Congrès dans le courant de janvier 1950, il constatera que la situation créée au départ de l'ancienne direction de droite pour s'enliser dans le marais du R.D.R., a été surmontée, que l'organisation du P.C.I. a été consolidée et il étudiera notamment les moyens d'intervenir le plus vigoureusement possible dans les circonstances actuelles pour que la crise du stalinisme se développe au profit de la classe ouvrière.

(9) Voir Quatriéme Internationale no de janvier-février 1949 : P. Frank « Les évolutions d'un courant centriste en France ». Denuis que cet artice fut écrit, la dernière tentative centriste qui y est mentionnée, le R. D. R. a connu une fin sans gloire.

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