Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 8, n° 1

Adenauer contre Schumacher (L'accord sur les démantèlements et la situation en Allemagne occidentale)

Lenz · Quatrième Internationale, vol. 8, n° 1 · décembre 1949-janvier 1950 · p. 30-32 · 1 751 mots

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'ACCORD que le chancelier de l'Allemagne occidentale, Konrad Adenauer, vient de conclure avec les Hauts Commissaires Alliés concernant les démantèlements, pose une série de questions politiques importantes qui méritent d'élre considérées de plus près.

Il faut tout d'abord constater qu'Adenauer a conclu un accord international de grande portée à l'insu et sans l'accord du Parlement. Quel beau début pour cetle jeune « démocratie » allemande ! Pourrait-on, après cet incident, douter qu'Adenauer et ses amis pourronl demain, s'il leur convient, prendre des décisions intérieures en passant outre à leur propre « légalité » ? Même la presse du principal parti gouvernemental, l'Union chrétienne démocratique (CDU), constate avec géne qu'il est toujours préférable de conclure des accords internationaux sur la base d'une majorité parlementaire très large. Mais Adenauer qui n'élait pas sûr d'oh enir une « majorité très large » préféra agir tout à fait indépendamment du Parlement.

Les apologistes d'Adenauer prétendent que le Chancelier a dû « agir » immédialement afin d'obtenir l'arrêt des démantèlements ; les résultats des pour-

En échange de l'arrêt — partiel ! — des démontages, Adenauer a accepté la participation du gouvernement fédéral allemand à « l'Autorité Inlernation le de la Ruhr », c'est-à-dire la reconnaissance de fait de la souverainelé alliée sur l'industrie lourde allemande. « En signant le statut de la Ruhr », écrit Yorgane du PC de Bavière, « Adenauer a accepté d'enlever aux organes économiques allemands.. le contrôle sur le charbom, l'acier et le fer » (1). Ces messieurs du PC allemand ont « oublié » que leur blie » que leur chef. Max Reimane! chef. déclara en février 1947 à Londres * Nous sommes pour le contrôle international de la Ruhr par les représentants démocratiques ( 1) des Alliés ». Le PC allemand n'avait aucune objection au « retrait aux organes économiques allemands du contrôle sur le charbon,

(1) Il est piquant de constater qu'au měme moment, le PCF brandissait le même accord comme un épouvantail de « renaissance du Reich tout puissant aux portes de la France »... 30 pariers sont célébrés comme un • succes » pour le gouvernement fédéral. Mais il y avait el il y a encore un autre moyen d'empêcher le pillage des usmnes, un moyen qui, bien sur, ettraye un nonnete parlementaire jusqu au plus protond de son élre : la large lutte ponuque des masses laborieuses. Un mouvement gréviste généralisé, déclenché par les syndicats contre le démantèlement des industries vitales, aurait pu rapidement arrêter ces démanlèlements. Un tel mouvement eut élé possible ; les ouvriers de toules les entreprises menacées de destruclion auraient rencontré dans toute l'Allemagne la sympathie et le soutien actif à une résis ance éventuelle de leur part. Si leur mouvement avait été conduit dans l'esprit de la lutte de classe contre leur propre bourgeoisie et dans l'esprit du soc alisine, ils auraient pu s'adresser aux travailleurs des puissances occupantes pour obtenir leur soutien dans cette juste lutte. L'autorité des syndicats et du mouvement ouvrier aurait élé immensément accrue. Mais l'altitude lâche de la bureaucratie syndicale a empéche qu'ait lieu cette lutte — et ce succès possible ! - contre les démantèlements, et a ainsi ouvert la voie aux marchandages et aux maquignonnages d'Adenauer. l'acier et le fer », - à condition, bien entendu,. que la bureaucratie soviétique reçoive sa part du butin

Non moins repoussant que hypocrisle « nationale » des staliniens est le commentaire professoral du président de la Fédéra'ion Syndicale allemande (DGB), Böckler. sur le slatut de la Ruhr. commentaire qui a soulevé grand enthousiasme dans les milieux gouvernementaux allemands.

* Le statut de la Ruhr », écrit Bück ler. « est une réalité économique et Juridique dans le développement allemand e: européen ». C'est pourquoi il se sent appelé à le justifier et à le reconnattre ! « Tout ce qui existe est raisonnable », c'est un principe honorable a un portcien conservateur. Oui, le statut de la kuhr est une réalité imposée par les exploiteurs impérialistes à l'économie et. en dernière an lyse, à la olasse ouvrière allemande. Mais, de pareilles " réalités » ne sont pas à « reconnaitre » mais à combattre implacablement I

Böckler présente encore un autre argumeni, repris avidement par les apologistes du chancelier Adenauer : « (Le

CE QUE REPRESENTE L'ACCORD

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R gouvernement fédéral) pourrait maintemant s'efforcer de développer cette or= ganisation (l'autorité internationale de la Ruhr) en un organisme de contrôle de tou e l'industrie lourde en Europe ». N'est-ce pas ridicule ? Ils n'ont même pas un mot à dire dans la répartition du charbon allemand et de l'acier altemand ; par quelle baguette mag que espèrent-ils pouvoir « contrôler » l'industrie lourde de toute l'Europe ?

La seconde concession d'Adenauer était son acceptation de la remise de 40 % des capitaux des entreprises dont le démantèlement a été arrêlé aux intérets français. Cela se justifierait au nom de la cause de la « sécurité européenne ». Dans quelle mesure ce cartel germano-français monstrueux serait un facteur de « paix », nous en laissons juges tous ceux qui connaissent le rôle politique joué par les cartels internationaux à l'échelle mondiale. Mentionnons simplement le rôle des carlels américains en Amérique latine qui y renversent les gouvernements, organisent des « révolutions » et sont en gé-

LA POSTFACE

L'opposition parlementaire à Bonn a naturellement cherché à exploiter l'attitude arbitraire « illégale » d'Adenauer pour démontrer — elle en a si rarement l'occasion — qu'elle n'est pas seulement « constructive » mais encore une « opposition ». C'est à l'occasion de cetle action que le dirigeant social-démocrate Schumacher a laissé échapper l'exclamalion sensationnelle adressée à Adenauer : « Chanceller des Alliés ». Adenauer exigea des excuses, Schumacher refusa de relirer ses propos et fut exclu du Parlement pour vingt séances. L'exclamation de Schumacher avait dépassé de beaucoup la « limite » oppositionnelle fixée par sa fraction parlementaire. Mais il aurait perdu énormément de prestige s'il avait simplement retiré ces paroles lourdes de sens. aurait pu, par conire, appuyer celte exclamation par une sélection de preuves politiques, mais son « opposition » ne pouvait être « constructive » à ce point.

Dans son propre parti Schumacher s'est heurlé à la résistance de toute l'aile bureaucratique et ministérialiste, qui a déclenché ouvertement ou non une campagne contre lui. Il s'agit là surtout de carriéristes qui cherchent à revenir au gouvernement grâce à une coalition

Le facteur décisif pour amener Schumacher à se « réconcilier » avec Adenauer fut une intervention directe des aulorités militaires américaines. La situation intérieure de son propre parti l'imposait de toute façon. Les deux chefs ont publé une déclaration sous forme de communiqué de presse, dans lequel ils confirment réciproquemenl néral un facteur éminent de « pacification

Il n'est pas difficile de déterminer les motifs réels des concessions d'Adenauer. Il existe déjà une « tradition Adenauer » dans la politique allemande, car ce dirigeant bourgeois était, au lendemain de la première guerre mondiale, un des chefs du séparatisme rhénan. Dans la situation révolutionnaire qui exist.it a ce moment, les magnats de l'industrie lourde allemande cherchèrent à créer une base de domination un peu plus solide, en s'appuyant fortement sur l'impérialisme français vainqueur. Aujourd'hui, bien que la situation ne soit point révolutionnaire, l'insécurité n'en moins grande du point de vue bourgeois. La « socialisation » de l'industrie de la Ruhr n'a été évitée que par une décison pamel dans acts conamins, tes militaires magnats de l'industrie lourde qui se cachent derrière Adenauer préfèrent s'assurer du soutien de la bourgeoisie internationale en échange de la vente d'une partie de leurs capitaux et de leur acceptation du statut de la Ruhr. PARLEMENTAIRE avec la « gauche » démocrate-chrétienne. Schumacher est habitué à ne tolérer aucune opposition dans son parti ; cette résistance n'aurait pas suffi à le faire changer d'altitude. Mais des événements plus graves se produisirent. La prétendue « action de protestalion des masses » déclenchée par le PS fit lamen ablement faillile. Dans le centre industriel de Dortmund, 200 membres du PS constituèrent tout le public de la réunion de prolestation contre l'exclusion du Parlement du chef de la fraction socialiste 1

On ne peut impunément taire la vérité sur le caractère de l'occupa ion et sur celui de la réaction allemande -et espérer que le prolétariat se lève dès que ses " chefs » donnent un coup de sifflet. Comment les membres du PS peuvent-ils s'orienter politiquement si on ne leur explique pas le caractère de la guerre impérialiste et le caractère de l'occupation impérialiste qui en résulte ; si on introduit une différenciation entre l'occupation « démocratique » et l'occupation russe ? On ne peul s'attendre à ce que le prolétariat rassemble brusquement des énergies suffisanles pour mener une lutte dirigée en réalilé contre les autorités d'occupation. leurs « intentions honnêles » et leur bonne foi. Puis, l'on passa à l'ordre du Jour. Mais a Tordre du jour se trouve la nécessité de mobiliser toutes les forces de la classe ouvrière allemande contre les vagues monlanles de la réacles tion. Et les dirigeants sociaux-démocrates. tes se sont, une fois de plus, montrés des obstacles de premier ordre sur la

LA « RECONCILIATION »

LA « RECONCILIATION »

QUATRIEME voie de cette mobilisation.

Aux élections du maire d'Essen, la Aux principale ville industrielle de l'Allemagne occidentale, le PS a reçu son comple pour sa « réconciliation » honteuse avec la réaction. Bien que PS et PC aient décidé de bloquer leurs voix sur le même candidat social-démocrate, ce candidat n'obtint dans Essen-la-rouge qu'un tiers des voix du candidat démocrate-chrétien. Mais cette défaite éclatante du PS allemand n'est pas due à un vote des ouvriers d'Essen pour le candidat de la réaction. Non, Les ouvriers sont restés chez eux : 60 % des électeurs se sont abstenus aux élections ! Cette démonstration passive,

TER NATIONALE laute d'un candidat pour lequel les ouvriers auraient pu voter, prouve clairement que les prolétaires d'Essen en ont assez d'une direction qui s'effondre chaque fois que se présente une occasion de lutter. Les prolétaires n'ont pas encore trouvé une autre direction plus resolue, mais ils ont clairement montre qu'ils n'ont plus aucune confiance dans ceux qui sont censés ne les représenter officiellement. Tous les militants révolutionnaires allemands ne peuvent voir dans cette démonstration qu'un signal pour regrouper et unir leurs forces afin de construire cette direction que le prolétariat commence à réclamer.

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