Par M. PABLO
" La Plan Marshall entre dans une phago critique" clame la presse internationale un an à peine après sa mise en application. Et on constate avec étonnement que jamais l'Europe occidentale
• yIns éloignée" de son unification économique et que jamais f.ns meins depuis la derntère guerre) Londres et washington ne so sont entendus "sur la manière de réscidre les problèmes économiques mOndiaux du moment" "le Monde, 24 juin 1949). Pour sa part, The Economist affirme : "A moins que/soit adopun tal changement de méthode, l'Europe occidentale continuera s'enfermer dans sa propre camisole autarcique et , en 1950, el e pourra trouver qu'elle s'est elle-même privée de toute capacité de mouvement et même de la capacité de respirer", (11 juin 1949) L'alarme est donnée de tous côtés en ce premier anniversaire du Plan Marshall. Walter Lippman, dans un article au titre significatif "Cassandre parle" publié dans le New Yort Fonald Iribune écrit: "Le problème du relèvement de l'Europe est mantestement poue profond el plus opaniâtre que la plupart des exécutants du plan Marsnail ne le réalisaient, et qu'anoun d'entre eux n'était disposé à l'admettre publiquement L'épuisement économique de l'Europe occidentale était plus grand que les estimations officielles ne l'admettaient, et la dislotion des circuite commerola • des moyens d'échange était telle que c'est centomant pur des dispositifs extrêmement artificiels par conséquent tout à fait temporaires qu'on a rétabli un volume modéré de commerces "Le relèvement fragile qui a été réalisé est maintenant menacé . - 27 - par une déflation mondiale, dans laquelle, à la différence de 1947, les Etats-Unis sont impliqués. te avant, que l'Allemagne et le Japon soient encouragés à entrer dans la La déflation a commencé avant, mais tout jusconcurrence mondiale pour des marchés se contractant". - (10 juin 1949).
Cependant le premier objeotif du plan Marshall, ls restauration de l'économie de l'Europe occidentale aux niveaux d'avant-guerre, fut atteint. Selon le rapport publié par la Commission Economique pour l'Europe, la productien des pays "marshaliens" (à l'exception de l'Allemagne qui vient de loin) a dépassé le niveau de 1938 de 13 % | la productivité augmenta de 9% en un an, et le volume d'exportations de 30 %. Cet élargissement de la production doit être en effet attribué directement à l'aide apportée par le plan Marshall qui a fourni aux pays bénéficiaires non seulement une grande partie des matières premières et des machines nécessaires à leur production industrielle mais aussi des investissements de Ainsi sur 148 milliards de francs investis dans l'industrie du capitaux. charbon, de l'électricité et du gaz en France pendant l'année 1948, 90 milliards proviennent du plan Marshall.
Mais une fois la production rétablie aux niveaux de 1938, le problême des marchés et du commerce extérieur n'a pu trouver une solution aussi relativement aisée que pour le premier objeotif du plan Marshall.Au contraire. Le relèvement de la production alla de pair avec une recrudescence de la conourrence entre les pays ouropéens, et entre ceux-oi et les EtatsUnis. qu'un des buts du plan Marshall fut de rendre l'Europe occidentale indépen- Examinons tout d'abord le second aspect de ce problème. On sait 1952 un équilibre de sa balance des paiements avec la zône du dollar. Or, dente du "défioit en dollars" en lui permettant d'atteindre vers l'année l'opinion est maintenant unanime à considérer que ce but ne sera pas atteint et qu'un sérieux déficit en dollars continuera à peser sur la balance de I Europe occidentale, même longtemps après cette date. jusqu'à constater que ce déficit n'est ni accidentel ni dû à des causes pas- On va même maintenant sagères provoquées par la dernière guerre, mais qu'il s'agit là plutôt d'un fait imputable à la nouvelle structure organique du marché capitaliste mondial : Les Etats-Unis conserveront et renforceront une balance des paiements excedentaire par rapport à l'Europo ; leur économie pressée par la crise qui commenoe s'oriente de plus en plus vers l'acroissement de ses exportations en Europe, et la diminution de ses importations de cette région. cela signifie que les Etats-Unis accentueront leur mainmise sur le En d'autres marohé ouropéen et mondial, au detriment évidemment de tous leurs concurrents termes d'Europe • En 1948, les pays de l'Europe occidentale sont arrivés à réduire d'un milliard de dollars environ le déficit de leur commerce avec la zone du dollar, en diminuant leurs importations des Etats-Unis et du Canada. Mais, au cours de la même période, leurs exportations en direction de l'Amérique du Nord ne s'élévèrent qu'à 150 millions de dollars à peine, c'est-à-dire à un chiffre bien inferieur au chiffre correspondant d'avant-guerre. L'annéo 1949 nes on direction de l'Amérique. Il y avait ainsi en 1948 un déficit de l'Iu- a commencé avec une chute considérable de toutes les exportations européenrope occidentale envers l'Amérique de 2.300 millions de dollars environ. •Ce leticit peut varier d'un an à l'autre mais il subsistera de toute façon,l'Europe ne pouvant pas se passer d'importations américaines tandis que les Etats-
Unis peuvent et seront obligés, pressés par la crise, de diminuer de plus en plus leurs importations d'Europe.
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D'autre part il ne faut pas oublier que l'aide Marshall est accordée aux pays européens sous condition d'achats obligatoires en Amérique.
Reste à examiner les difficultés inter-européennes qui "menacent" Le plan Marshall, mais qui sont en réalité une conséquence du poids écrasent que fait peser sur la structure capitaliste de l'économie de l'Europe oocidentale et sur le marché mondial tout entier, l'économie américaine avec ses exigences attisées d'avantage par la crise qui vient. Le plan Marshall visait à la"cooperation économique" de l'Europe occidentale jugée nécesscire à son "relèvement". En réalité cette "cooperation" signifie pour 1' impé -rialisme yankee la possibilité de faire circuler librement ses marchandises et ses capitaux à travers le marché européen compartimenté et hérissé jusqu'à présent de mille obstacles. C'est pour cette raison qu'il était, dès le début, posé aux barrières douanières, au commerce bilateral, à la nonconvertibilité des monnaies. Wall Street désire un marché libre dans lequel peut jauer pleinement la concurrence, pour laquelle il est mieux armé que n'importe quelle autre puissance capitaliste. Mais personne en Europe n'est prêt à s'enthousiasmer pour ce libéralisme. Etant donné la structure concurrente et non complémentaire de la production en Europe occidentale, et les différences importantes qui existent de pays à paya quant à la produotivité et au niveau des prix de revient et de salaires, les pays de l' Europe occidentale - loin de s'orienter vers une fusion économique. plus intimese sont engagés chacun dans "un plan d'investissements propre" dans "un planisme national", réflexe d'auto-defense contre les autres concurrents européens et contre les Etats-Unis eux-mêmes.
La publication de plans à long terme des pays du plan Marshall a révelé, constate avec amertume The Economist, que "le planisme de l'Eu -rope occidentale est basé -inconsciemment peut-âtre, mais de manière déoisivesur l'idéal de l'autarcie nationale. Dans chaque plan on insiste sur les mêmes éléments d'un puissant développement industriel. Chaque plan supprime quelque aspect de la spécialisation industrielle européenne.
Le Benelux et la Suisse par exemple développent leur production textile, la Suède développe l'horlogerie et, en matière de produits colo -rants , d'acier, de pièces detachées, de cotonnades, les pays qui en produisaient le moins avant la guerre envisagent maintenant d'en augmenter fortement la production. Avec ses plans actuels, l'Europe sortira de l'o Marshall moins unie économiquement qu'elle ne s'y est engagée". (11 juin 49).
Four renverser cette tendance, à défaut d'une planification véritable de l'économie européenne qui n'est pas concevable dans un autre régime que celui des Etats Unis Socialistes d'Europe, il fallait rétablir état de concurrence entre les industries européennes pour savoir "quel un pays se trouve le mieux placé et, par conséquent, dans quelle branche économique un Etat peut valablement développer ses investissements". enlevant les obstacles actuels qui paralysent* concurrence : question En langage capitaliste, il fallait faciliter la concurrenco en des paiements, barrières douanières et commerciales (contingentements, eto). l'accord est loin de règner parmi les occidentaux. provient de l'antagonisme qui oppose l'Angleterre à ses principaux concur- L'obstacle principal renta en Europe et dans le monde, à savoir la Belgique, l'Allemagne occidentale et les Etats-Uais. Les Anglais ne veulent ni commerce multilatéral (c'est-à-dire sans restrictions) ni convertibilité des monnaies (c'est-àdire droit pour un pays d'échanger une monnaie contre une autre sans limi-
- 29 - tation ni contrôle). Ils craignent qu'une telle liberté profite aux pays créanciers de l'Angleterre ou à ceux qui ont une balance commerciale favorable par rapport à elle, en l'occurrence dentale, les Etats-Unis. Avec la convertibilité du sterling, Londres risque de connaître à nouveau la sortie massive de l'or et des dollars restent, comme pendant la courte expérience qui fut faite pendant l'été l'été 1947, ainsi que de perdre une partie de sa clientèle au profit de ses créanciers. Mais d'autre part, son refus deconsentir cette mesure bloque tout le commerce inter-européen et accentue les tendances autarciques de ohaque pays "marshalien",
Mais jusqu'où peut aller la résistance de l'Angleterre? Les Etats pas à les employer au fur et à mesure que la crise commencée s'aggravera et Unis disposent de moyens de pression puissants sur elle et ils n'hésiteront l'Angleterre consentira à la convertibilité, et à la dévaluation qui s'enles poussera à accentuer leur mainmise sur le marché mondial, Le jour vert pour la première fois une brèche fatale dans le système économique sasuivra de la livre sterling, on pourra dire que l'oncle Sam aura enfin ouvamment aménagé sur lequel repose encore la puissance internationale de l'Angleterre. Le glas sonnera à ce moment pour l'Empire britannique, et l'Angleterre elle-même entrera dans une crise d'où elle ne trouvera plus aucune issue viable aussi longtemps qu'elle restera sur une base capitaliste.
Le bilandéfinitif de la dernière guerre pour l'Angleterre ne s'établit en réalité qu'à présent dans la bataille qu'elle livre pour se defendre contre les coups de boutoir que ses partenaires occidentaux, les Etats-Unis en tâte, lui portent pour forcer son empire.
+ Le plan Marshall fut concu par Washington comme un instrument économique et politique qui devait d'une part assurer aux Etats-Unis le niveau pour combattre le danger de la crise, et a' élevé d'exportations nécessaire autre part entraîner les pays économiquement dependants d'eux dans la lutte plan Marshall et le complète. Mais la réussite du plan Marshall, envisagé qui l'oppose à l'URSS et à ses satellites. Le PacteAtlantique repose sur le dans son aspect purement économique, était basée sur un ensemble de considé. rations qui faisaient abstraction des réalités du régime capitaliste et des conséquences inévitables pour ce régime de la liquidation de la deuxième guerconomique", même quand il s'agit d'une simple "coopération" à l'échelle re mondiale. Le capitalisme s'avère incapable d'accéder à une "planification éBenelux, la Belgique et la Hollande ayant remis à l'année prochaine le réalication de leur Ceci, à cause de la nature antagonistique de la production capita- "union douanière". liste entre Etats et dans l'intérieur de chaque Etat, des différences fondes qui existent de pays en pays dans les conditions de production et de distribution, et de la crise générale du régime qui fait que le relèvement relatif d'une puissance capitaliste quelconque ne peut se faire qu'au détriment des autres. Ainsi la "cooperation économique européenne" préconisée par le plan Marshall s'avère déjà n'être qu'un pur mythe, et on assiste au contraire à une concurrence plus vive que jamais des pays capitalistes de l'Europe et à un retour à la politique autarcique et au "planisme national".
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Le plan Marshall prévoyait d'autre part une situation évoluant on l'absence de la pression de la crise économique. Or, personne ne nie plus le fait que nous sommes déjà en présence d'un début de crise qu'on le nomme "dépression" "récession" , "vague déflationniste", ou de tout autre terme pour adoucir ses effets aux oreilles des affairistes alarmés. Une fois commencée, la crise bouleverse de fond en combie les calculs sur lesquels fut basée la réussite du plan Marshall. Tout d'abord par la pression acorue des Etats-Unis sur le marché mondial qui s'exercera au détriment de tous ses concurrents, et par la concurrence encore plus aigue entre les capita listes européens eux-mêmes. Dans l'alarme général, le slogan de tous risque de devenir "sauve qui peut" , ceci bien sûr se traduisant par une accentuation des mesures de protectionnisme et de "planisme national" en général.
D'autre part, le marché s'avèrant déjà saturé, le développement de la production enregistré dans les pays "'marshaliens" en 1948 connaît et connaitra bientôt partout un arrêt et même un recul, l'accent se déplaçant de la produution à la productivité, c'est-a-dire à la production la moins ohère possible pour affronter la concurrence. Mais un recul ou même un e stagnation de la production risque de perpétuer et d'aggraver la dependance des pays "marshaliens" envers les Etats-Unis et de les éloigner encore davantage du but fixé par le plan Marshell pour 1952 de rendre l'Europe occidentale indépendante du "déficit en dollars".
En effet, la France par exemple pour maintenir par ses propr moyens même son niveau de vie actuel doit porter sa production à 40 % au dessus du niveau de 1938 et accroître d'un même pourcentage ses exportations actuelles. Ceci est valable, dons des proportions analogues, pour tous les autres pays de l'Europe occidentale. Il est évident qu'un effort ausai considérable est impossible dans les conditions de la nouvelle con -Joncturo économique. C'est la productivité qui absorbera les principaux efforts dans les mois à venir. Elle reste en effet fort inégale entre les diftérents pays européens (la France occupant une des dernières places) ot l'Europe occidentale dans son ensemble et les Etats-Unis (moins de la moit16) .
Accroître la productivité signifiera finir partout avec le "plein emploi" et revenir à un chômago massif.
Il est caractéristique de la faillite éclatante du régime capitaliste à notre époque, de constater l'empirisme des remèdes que la pensóo bourgeoise découvre pour pallier aux tournants de la conjoncture économique. Pendant et après la crise de 1929-3933, les économistes bourgeois découvrirent les bienfaits du "plein emploi" et se smicout en général à l'école de Keynes pour préconiser une politique plus "sociale" qui fut en réalité subventionnée par les dépenses d'Etat pour les "travaux publics" et ensuite par les armements, comme seul moyen de revivifier l'économie.
Aujourd hui, pris entre les tenailles de la concurrence et de 1' étroitesse du marché à partager, ils se font les championa d'un rotour au chômage partiel pour réduire les prix de revient et faire exercer, par l' armée industrielle de reserve, la pression nécessaire sur les salaires ouvriers. Ainsi en Angleterre l'organe libéral, The Economist, se fait le champion d'une campagne pour le rotour à un chônage de 7% de la population ouvrière, c'est-ê-dire d'enviroa 1.500,000.- (4 et 18 juin 1949). Mais les adeptes de l'école de Keynes et de Bevoridge et tous les "New-Dealistes" de par le monde ne se considèrent pas battus pour cela. la crise qui vient
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Mais revenons aux perspectives du plan Marshall. Compromis par la recrudescence de la concurrence et les antagonismes de ses partenaires et par la crise qui commence, le plan s'achemine vers son échec inévitable en tant qu'instrument pouvant réellement rétablir une économie européenne se développant harmonieusement et progressivement et indepondanto des crédits américains. On n'espère plus que maintenir une "stabilité précaire" entrecoupée de temps à autre d'une "crise", à l'exemplo de celle que traverse à nouveau l'Angleterre, tandis que la galère de l'économie capitaliste dans son ensemble se trouve progressivement emportée par les vagues de la véritable crise économique qui commence. Juin 1949