par E. Germain
II. LES DIFFICULTES STRUCTURELLES DE LA PLANIFICATION
L'examen des tendances générales de l'évolution économique dans les pays de l'Europe orientale (1) a montré qu'à partir du début de 1948 pays ont été soumis à un processus accéléré d'assimilation structurelle à l'économie et à la société soviétique. Il a montré en même temps que processus est encore loin d'atre schevé et qu'il subsiste dans l'économio des pays du glacis des élimenta décisifs qui rendent sa nature et son fonotionnement encore qualitativement différents de celle de l'URSS. Il s'agis maintenant de rechercher ces différences non sur le plan de la structure mais dans la vie économique onnorète do tous les jours. C'est de cette étude qua se dégagera comme conclusion générale l'existence d'une série de difficultés laturales de planification dans le glaois, d'où découle la caractérise -tion de cette planification en tant que planification partielle et hybride, à mi-chemin saure la planification soviétique, elle-même déformation bureauoratique de la planification socialiste, et le dirigisme capitaliste, PRODUCTION CAPIIALISTE 1-++i-H-I Nous avons déjà indiqué dans le biET Lan de la seconde vague des nationalisaPETITE PRODUCTION MARCHANDE tions dans le glacis que, si l'étatisa-
LA CAMPAGNE tion de l'industrie et du conmerce cong se trouve pratiquemen achevéo dans la plupart des pays de l'Europe orientale, l'agriculture au contraire rosto dominéo par la petite exploitation paysanne privée. La partie des exploitations agricoles qui sont entre les mains de l'Etat constitue une fraction inégale de la superficie cultivée totale. Parmi les exploitations privées OZL trouve toute une gamme de types divers de propriété, depuis les "pro -priétés-naines" d'un. héctare et même moins, à de grandes exploitations cultivées à l'aide de salariés, s'étendant sur plus de 50 ha. La structure de _a propriété agricole varie d'un pays à l'autre, non seulement en fonction de altierendes bistoriques et nationales considérables, mais aussi suivant la portée souvent différente des réformes agraires réalisées entre 1945 et 1948. L'exemple hongrois suffira pour indiquer la diversité très prononco qui subsiste dans la structure de la propriété agricole du glacis : -(*) Voir dans le No de janvier-février 1949 de "QUATRIEME INTERNATIONALE" 1a première partie de cet article.
- 16 -
PROPRIETE EN
ARPENT S
(1 arpent:
0,58 ha.)
Petits paysans :
0 8 5
De
Paysans moyens :
à 10
De à 20
De
Koulaks:
à 50
De
NOMBRE
DE
PROPRIET AIRES
1.406.325
388.179
175-428
71.164
%
DU
TOTAL
---
68,1
18,8
8,5
3,4
SUPERFICIE
ARPENTS
EN
2.871.958
3.388,857
2.789.353
2.359.004
% DU
TOTAL
17,9
27,1
17,3
14,7
50 ₴ 100
14.864
De a
5.525
De
4.629
200..
Au dessus de
2.066.114
0,7
,
1.295.506
714-512
2.662.654
16.081,844
8,1
4,4
16,5
Par conséquent les petits propriétaires qui constituent plus des 2/3 des paysans hongrois ne possèdent actuellement qu'un sixième de la terre ; les paysans moyens qui constituent un quart de la paysannerie possèdent plus de 45 % de la terro ; et une petite minorité de Koulaks , a peine 5 % de la paysannerie, possède bien plus d'un quart du sol, c'est-àdire plus que toute la masse des petits paysans! Quant aux propriétés excédant 200 arpents, elles sont pour la plupart constituées par des forêts, des propriétés communales ou collectives, des domaines d'Etat ou des fermes modèles.
De tels rapperts de forces impliquent une supériorité constan.te du koulak sur le reste du village. La masse des paysans sans terre reoovant de véritables lots-miniatures ne possède ni bête de trait ni outillago agricole le plus rudimentaire. C'est le koulak qui les leur procurera et gul Iixera lui-même le prix de ce service. L'impôt agricole en nature "le quota de livraison obligatoire") qui, dès le début, fut de rigueu dans tous les pays du glacis excepté la Pologne, frappe beaucoup plus fortement le petit producteur que le grand, le koulak profite de la période de récolte, de la durée de son transport et de sa vente, souvent exoessivement longue, pour obliger le petit paysan à lui vendre par avance l'ensemble de ses produits, en échange de quoi le koulak lui procurera la quantité à fournir à l'Etat. La spéculation sévissant aussi bien à la source ( rassemblement de la récolte) qu'à la répartition (marché noir ou "libre" dans les villes) favorise exclusivement les éléments cossus qui disposent de toutes les réserves et qui peuvent attendre les moments les plus opportuns pour chacune de leurs opérations.
C'est avec beaucoup de retard que les dirigeants staliniens se sont rendus compte du fait que toute leur position agricole à partir de 1944-45 n'avait fait que favoriser les koulaks. Alors que la IVe Intorna -
- 17 - tionale a dénoncé et précisé ce fait dès juillet 1945
•, oe n'est que durant l'été 1948 que les dirigeants staliniens se virent obligés par une expérience par trop éloquente de prendre position sur cette question.
Hilary Mino, ministre polonais de l'Industrie et principal spéolalisto dos questions économiques, non seulement pour la Pologne mais pour tout lo glacis, écrit dans l'organe du Kominform du ler octobre 1948 :
" Les éléments riches à la campagne sont les produoteurs les plus importants pour alimenter le commerce du blé.
Ils manoeuvrent pour provoquer une baisse des prix afin de pouvoir acheter tout le blé (eux-mêmes) ot le revendro ensuite à des prix élévés aux coopératives et aux fermes a 'Etat... Le Plenum(du CC du PPR)... a indiqué qu'une partie considérablo des 13 milliards de zloty alloués en tant que oredit aux paysans petits et moyens était tombée entre les mains des éléments cossus, malgré les instruotions gouvernementales",
Et Gerö , "l'homme fort" du parti stalinien hongrois écrit dans l'organe du Kominform du ler décembre 1948 :
... la direction de notre Parti est arrivée à la conolusion que la réforme agraire appliquée sur une vaste echelle n'avait nullement arrêté le développement oapitalisto
Elle avait eu, en fait, l'effet opposé • à la campagne.
Une enquête conduite dans des centaines de village montre
, olasse exploiteuse à la que pendant les années passées la
-les koulakss'était renforoé e numériquement campagne et s'était : ainsi considérablement onriohie".
En fait, les dirigeants staliniens ont été obligés de constater dans tous les pays du glacis -à l'excoption de la Yougoslavie et de la
Bulgarie où ces phénomènes se sont également produits mais avec moins d'intonsitéque les koulaks avaient introduit partout un régimo de salariat camouflé, établi un véritable monopole sur le commeroe du blé, ot étaient en train d'acheter la terre, oontournant les obstacles légaux existant, par des formes d'opérations souvent fort ingéniouses. (En Hongrie par exemple, par des oontrats de métayage transformant en fait le métayer en salarié du
Koulak).
Le principal obstacle qui limita un développement analoguo
URSS au cours de la NEP fut la nationalisation du aol , interdisant la vente et l'achat de la terre que les paysans avaient seulement reque on usufruit de l'Etat. Cet obstacle n'existe pas dans le glacis où les paysans possèdent la terre on pleine propriété, et où existe soulemente une limito légale de l'extension de cotte propriété, variant de pays à pays (de 30 ha. en Pologne, de 50 ha, pour certaines catégories et de 200 ha. pour d'autres catégories en Tohécoslovaquie, eto.). Aussi la politique stali - nienne s'est-elle surtout efforcéo de transformer le système des coopératiyes paysannes en rempart essentiel contre un développement accentué du oapitalismo à la campagne.
- 18 -
Dans certains pays balkaniques, les cooperatives paysannes possèdent une longue tradition historique. En Yougoslavie elles ont souvent opéré le passage direct d'une économie patriarchale, basée sur la propriété communale de la terre, à la petite production marchande contemporaine. En Bulgarle, elles se sont développéos sur la baso de la combinaison d'une multitude de petites propriétés paysannes individuelles. Mais quelle que soit son origine historique, la coopérative paysanne impliquant la propriété privée du sol et de ses produits constitue sans aucun doute une forme do potite production marchando, engendrant constamment le capitalisme, et nullement -comme le prétendent les théoriciens du PC yougoslaveun "secteur déter -miné de l'économie socialiste". Sur ce plan, les critiques adressées par le Kominform à Tito étaient justifiées, mais elles ne signalaient naturellement pas que cette théorie erronée provenait directement de Moscou et qu'elle avait été répandue dans tout le glacis au cours des années passées.
Le développement des coopératives, loin de constituer un barrege aux koulaks, avait été utilisé jusqu'à présent par les éléments riches pour accentuer leur mainmise sur toute l'agriculture. S'étant emparés souvent de positions-olés dans le parti stalinien (comme l'admet Gerö dans l'artiole mentionné), les koulaks dominaient les coopératives (t s'adju - des engrais et des semences que les coopérativos doIls utilisaient également les bôtes de trait et les machines, propriété des coopératives, pour travailler Leurs propres terres. Moute cette évolution était favorisée par le fait que les coopératives dite de "consommation" ne s'occupaient en fait que du commeroe do certain Prodults, on Pologno par exemple surtout de la voaka, monopole d'Etat. "La direction des coopératives, écrit Janczyk dans "PRAG"(25 août 1949), so trouvait dans la plupart des cas ontre les mains des paysans riohes et leur activité, par conséquent, g'est orientée vers la satisfaction dos besoins des paysans rioheg".
A la suite des directives données par la réunion du Kominform où fut prononcé la condamnation de Tito, un piranat fut opéró dans la politique agricole des partis staliniens du glacis. Ce tournant pout être résumé ainsi : s'efforcer d'engager la lutte contre les koulaks par une inter -vention étatique favorisant les éléments moyens et pauvres (ce dernier point -du moins, sur lo papder). L'etat dispose pour cotte action de différents loviers, dont les plus importants sont : le marché dos produits industriols, la politique des prix, la politique des impôts, la possibilité de modifier légalement l'organisation des coopératives, eto.. Tous oes loviers ont été effectivement utilisés d'une manièro ou d'une autre. En Hongrie par exemplo, le gouvernement a instaimé une échello mobilo de livraisons des produits agricoles à l'Etat, obligeant le koulak à fournir trois fois et demi plus de blé par arpent que le petit paysan. En Pologne, le gouvernement a décroté un prix unique pour le blé pendant touto l'année, afin d'éviter la chuto du prix qui arrivait après la récolto et constituait la meilleure arme de petits paysans ont aussi obtenu uné priorité absolue pour l'acquisition spéculation du koulak. Jusqu'au début de soptembre de chaque année, les d'engrais.. Mais l'ensemble de ces mesures ne peut stre efficace que s'il (3) Une des imitations caractéristiques de Staline par les dirigeants polonais consista dans l'introduction d'un monopole d'Etat pour la vento de la vodka, 15 % des recettos budgetaires totales en 1947 provinrent do cotte source.
- 19 - va dans le sens et non pas à l'encontre de la logique du jeu des lois éoonomiques. Sinon, il provoque inévitablement un ensemble de réactions (1imitations artificielles de la production, vente du bétail et de l'outillage agricole, abattage forcé du bétail, eto.), capable de provoquer une véritable orise agricole et alimentairo. C'est co qui s'est produit en 1948 Tchécoslovaquie, où le gouvernement a été obligé d'opérer un recul et d'ins•* taurer un secteur libre des produits industriels afin de provoquer un intérôt économique véritable à l'augmentation de la production agricole. De même en Pologne, le gouvernement a été obligé de donner aux paysans fournis -sours de blé des bons leur permettant dlacquérir des produits industriels au-dessous des prix du marché ("GLOS LUDU" 4-5-1948). Ces mesures corres -pondent au fameux phénomène des ciseaux : l'agriculture s'étant relevée rapidement des années de famine et de basse production, et les industries de produits de consommation connaissant un gros retard sur celles des moyens de production, les paysans risquent de n'avoir plus aucun intérêt à augmen- . ter la produotion, en raison de la baisse des prix agricoles et de la hausse des prix des moyens de consommation. • La stabilisation du prix du blé en Pologne s'efforce également d'aller à l'encontre des préoccupations de la paysannerie.
Personne ne peut prévoir l'effet immédiat de l'ensemble de ces mesures empiriques et fragmentaires tendant à limiter l'influence du koulak à la fois sur la paysannerie et sur l'économie nationale dans son ensemble. Une chose reste copendant certaine : aussi longtemps que subsistera le rógime actuel d'exploitation et de propriété agricole, les lois économiques continueront à jouer en faveur des éléments cossus et l'accumulation primitive restera le moteur essentiol du développement des campagnes. Ce n'est pas hasard que les théoriciens stalinions ont brusquement sorti de son ensevelissement la célèbre formule de Lénine : "LA PETITE EXPLOITATION INDIVIDUELLE ENGENDRE IE CAPITALISME ET LA BOURGEOISIE DE FAÇON PERMANENIE, CHAQUE JOUR, A TOUT MOMENT, AVEC UNE FORCE ELEMENTAIRE ET SUR UNE ECHELLE MASSIVE". C'est en effet cola qui se produit aujourd'hui dans les pays du glacia : 80 % environ de la population active sont occupés dans l'agriculturo en Roumanio et en Bulgario, près de 70 % en Yougoslavie et plus de 50 % en Hongrio, en Pologne, en Tehécoslovaquie ; en outre "les grands artisans et les commercants engagés dans l'exploitation de la main d'oeuvre salarié!" - lo secteur de l'économie urbaine qui reste capitaliste selon la définttion de Gottwald (Rapport au CC du PC tchécoslovaque du 17 et 18 novembre 1948)-- constituent les alliés naturels et permanents des éléments capitalistes à la campagno ; enfin il faut aussi rejeter le point de vue absolument erroné,
"le point de vue que j'appellerai celui des spécialistes suivant lequel toutes les questions de notre agriculture seront résolues par la seule application intensive de mesures de technique agriToutefois, la petite propriété agricole impose à la méoanisation agricole et aux mesures agro-techniques des limites fixéos et bien définies. Ces mesures sont insuffisantes et elles ne profiteraient qulaux capitalistes des campagnes et des vil(très justel) aux dépens du petit et moyen propriétaire payssn". (Kardelj, "BORBA", 26 avril 1948) On doit nécessairoment conclure quo l'actuelle structure de la propriété agricole dans le glacis constitue ot restera aussi longtemps qu' elle existera, l'obstacle structurel le plus important à toute planification
- 20 - même sous les formes bureaucratiques et déformées où, celle-ci existe on URSS.
(4)
UNE BASE MATERIELLE la planification de l'économie n'axige pas
INSUFFISANTE seulement la nationalisation de tous les moyens
ET TROP ETROITE de produotion et d'échange (dont le sol resto l'élément le plus important dans un pays agri -cole). Elle exige aussi l'abolition des frontières nationales qui constituent aujourd'hui, tout comme la propriété privéo des moyens de production, un frein absolu à un nouveau développement des foroes productives. Ce n'est pas seulement un axiome marxiste d'un point de vue général et abstrait, s'opposant à la théorie absurde du "socialisme dans un seul pays". C'est aussi une considération absolument primordiale pour juger de la nature et de la possibilité d'une économie déterminée. L'édification d'une économie socialiste n'est possible que sur le plan international. Mais, à l'exoeption de quelques ultra-gauches, aucun courant du mouvement communiste n'a jamais nié la possibilité d'entamer cette construction pen -dant une période transitoire dans un cadre concret national donne par victoire de la révolution prolétarienne ; c'est l'opposition de Gauche ollomême qui à cette fin dressa le premier plan en URSS, contre une résistance farouohe de la bureaucratie et de la fraction stalinienne. Mais 11 ne s'ensuit nullement que n'importe quel cadre national se prête à la planifics -tion à la seule condition que le pouvoir soit préalablement conquis par prolétariat. Il est évident qu'un minimum de base matérielle préalable est indispensable & tout travail même préparatoire de planification socialiste. Entamer la construction du socialisme en Roumante, au Luxembourg ou au Paraguay constitue une absurdité encore plus criante que de prétendre gohever cette construation en URSS.
La base matérielle sur laquelle on établit un plan est donnéepar l'ensemble des ressources économiques d'un pays : richesses du sol et du sous-sol, population active, somme des instruments du travail et des machines, niveau moyen de produotivité et de culture, eto. Plus cette base matérielle est étroite et plus le développement économique dépend de l'étranger, et plus la pression de l'étranger limite à l'extrême les possibilités de développo -ment autonome. De tous les pays du monde, l'URSS est sans doute celui qui, a côté des Etats-Unis, possède les plus grandes richesses naturollos ot, pour ootto raison même, connait sur ce plan une dépondance moindre de l'étranger que d'autres pays. Mais par contre, son caraotère de pays arrièré, son bas niveau de productivité ot de culture, la rendaient, dès le début de la planifiostion, extrêmement dépendante de l'étrangor du point de vue de la techniquo. aussi bien de la produotion que du travail. Dans la mesure où les quatre plans quinquennaux n'ont fait qu'accentuer les besoins techniques do l'économie russo, ils n'ont pas diminué mais augmenté otto dépendance.
Ce qui est vrai pour l'URSS est mille fois plus vrai pour les pays du glacis qui non seulement sont arriérés du point de vue de leur dévo -loppement technique, mais encore trop petits et trop pauvres pour pouvoir parvenir à un degré d'autarole comparable à celui do 1'URSS. (4) la seule voie efficace de lutte contre les koulaks passe par l'organisation et la lutte autonome des pauvres aux villages. Seuls des comités de pauvres (soviets) au village sont capables de contrôler la gestion des ooopératives de fagon à éliminer tout avantage pour leskoulaks. En substi-
- 21 -
Or, le maintien des frontières nationales en tant que cadre ooncret dans lequel évolue la vie économique de tous ces pays n'est nullemont un produit historique inévitable ; il est exclusivement le produit d'une orientation politique de la bureaucratie stalinienne. Aucun faoteur majeur, aucune force sociale, n'auraient pu empêcher le prolétariat de balayer dans toute l'Europe centrale et orientale (et bien sûr, également en Europe occidentale!) les anciennes frontières nationales désuètes durant sa montérévolutionnaire de 1943 à 1945, pour ériger à la place les Etats-Unis Socialistes d'Europe ou, à leur défaut, au moins une Fédération Socialiste balkano-danubienne. Cela ne s'est pas réalisé exelusivement en raison de l'orientation de la bureaucratie, de ses efforts pour étouffer aussi vite que possible tout élan des masses, de sa tentative de création d'un glacis à travers des accords et des compromis avec l'impérialisme (Téhéran, Yalta, Potedan, Paris), du besoin qu'elle ressentit de maintenir les anciens appareils étatiques répressifs pour les utiliser dans son aotion contre-révolutionnaire, etc. Si cette bureaucratie voit une fois de plus dans sa vio se rebeller contre elle les forces et des théories créées par elle, et si elle est aujourd'nui forcée de polémiquer contre la théorie évidemment grotesque du "socialisne victoricurement construit en Yougoslavie", elle ne recoit la que le chatiment légitime de ses propres crimes contre la révolution internationale dans l'espace balkano-danubien.
Entamer la construction d'une économie socialiste pendant une période transitoire même sur un plan national ou international limité, ne signifie en aucune mesure le faire sur une base autarcique. C'est encore un de ces paradoxes de l'histoire que la même bureaucratie stalinienne qui s'était faite, pendant le premier plen quinquennal, contre l'Opposition trotskyste, l'avocat de la thèse d'un "plen autaroique" en Russie, se voit aujourd'hui forcée de combattre sa propre théorie dans le glacis. Développer en premier lieu les seoteurs de l'économie permettant d'obtenir un maximum de productivité et réussiecatt à dépasser la productivité moyenne du marché mondial dans ce secteur et utiliser cette production en tant que monnaie d'échange pour obtenir le maximum de marchandises capitalistes produites également dans les meilleures conditions de productivité ( tout en veillant bien entendu à la protection militaire et économico-stratégique pour le cas d'un conflit militaire ), constitue la méthode la moins cou -teuse pour entamer la construction d'une économie planifiée,non seulement d'un point de vue striotement économique mais aussi du point de vue sociol. Seule cette méthode permettrait de limiter à l'oxtrême les sacrifices que le prolétariat devra s'imposer pour entamer le bouleversement de l'économie. En agissant ainsi, un Etat ouvrier commencerait à battre le capitalismo sur son propre terrain, accentuerait les contradictions économiques du monde capitaliste et commencerait à compenser sa propre dépendance du marohé mondial, qui subsiste et augmente même fatalement, par une interdépendance reciproque entre le narché capitaliste et l'Etat ouvrier. Cette politique, plus efficace que l'orientation autarcique suivie par Staline on URSS, exige cependant comme celle-ci un minimum de base matérielle de départ, sans laquelle elle devient de toute évidence un songe creux. ...
tuant l'action adminietrative à l'action des masses, les dirigeants staliniens ne réussiecent qu'à mobilisor la poggannesie dans son ensemble contre l'Etat.
- 22 -
C'est exactement ainsi qu'il faut définir l'effort poursuivi sotuellement, non seulement en Yougoslavie mais dans tous les pays du glacis , pour édifier une économie planifiée dans le cadre de frontières nationales étroites et avec une base matérielle de départ ridiculement restreinte, était évident qu'à mesure que cet effort de planification commencerait passer le stade préliminaire de la reprise économique (1945-47), i1 se développerait dans le cadre d'une dépéndance du marché mondial capitalisto qualitativement différente de la dépendance qu'a connue et connait 1 'URSS. Il suffit, pour s'en rendre compte, de comparer le volume total du commerce extérieur de 1'URSS qui représentait quelque 6 à 7 % du revenu national jusqu'en 1932 pour tomber en dessous de 3% à partir de 1935, au commeroo extérieur de la Tohécoslovaquie ou de la Pologne qui représente entre 35 et 40 % du revenu national! (74,3 milliards de Kos en Tchécoslovaquie en 1948 sur un revenu national estimé à 200-210 milliards de Kos). La signification théorique de ce pourcentage est évident : par le jeu de la loi de la péréquation du taux moyen de profit, le capital mondial participe au partage de la plus-value produite par l'ouvrier du glacis et opère ainsi une sorte do fusion avec les éléments capitalistes à l'intérieur même du pays. Cela est compris, dans des moments de lucidité, aussi bien par les staliniens (ofr. discours de Rakosi, rapporté dans le "New York Herald Tribune" du 30 novembre 1948) que par les bourgeois, comme le prouve la remarque suivante "Journal de Genève" (29 mai 1947) parlant de la Hongrie :
"Le passif résultant de la différenoe entre les prix du marché intérieur (et ceux des produits importés) est payé par l'Etat hongrois ; los profits par contre qui résultent d'une telle décision vont aux entreprises privées et 1'Itat n'y touche rarement ou pas du tout". De l'insuffisance de la base matérielle des pays du glacis enformés chaoun dans sos limites nationales pour la construotion d'une économie planittée, il découle une série de conséquences extrêmement importantes quant au caractère même de cette planification :
La) Elle dépend dans une mesure immédiate (et non pas indirecte comme c'est le cas pour 1'URSS) de l'approvisiónnement en matières pro -mières sur le marché mondial capitaliste. Tout bouleversement, on oo qui concerne la quantité, la qualité ou le prix des produits nécessaires, bouleverse immédiatement le plan. L'industrie des textiles hongroise par exemple a subi l'effet, durant l'été 1948, 4 la fois des diffioultés d'approvisionnement et des diffioultés des prix, l'importation de coton a reculé de 2400 tonnes en avril, à 1696 en mai, à 1334 en juin et à 1011 en juillet, oe qui provoqua en juillet une diminution de la production de 25 % et une diminution des exportations de cotonnades de 50 % ("Neue Zürcher Zeitung", 17 septembre 1948). b) Elle dépend dans une mesure immédiate et non pas indirecte comme c'est le oas pour 1'URSS) de marchés étrangers capables d'absorbor les marchandises exportables, seul moyen d'obteni» les ressources nócessaires pour importer matières premières et maohines. Quand ces marchés disparaissent ou se rétrécissent, l'ensemble du "plan" ost immédiatemment mis en question. Un exemple est fourni par la TohécoLosvaquie. Des secteurs entiers de l'industrie tohéque ont pordu ou sont en train de perdre leurs marchés étrangers, soit par suite du rétrécissement du marché mondial, soit par suite de la concurrence étrangère. Nous ne citerons que l'industrie des bijoux artifi -oiels ot de la verrerie et surtout l'industrie des textiles. Pour - 23 - celle-c1, le déficit total de la production depuis la "libération" ess évalué à 5 millards de Kos (et à 14 milliards si l'ont tient compte des livraisons gratuites de matières premières par 1'UNRRA jusqu'en
1947) et le gouverneur de la Banque Nationale, le Dr. Nebesar, a déclaré nettement que si elle ne reconquiert pas rapidement ses marohés extérieurs , elle devra limiter fortement sa production (" Ne u e
Zürcher Zeitung", 21 septembre 1948). •
Ce facteur est un des éléments décisifs pour se rendre compte de la nature véritable de la planification actuelle du glacis. En réalité, cette pianification est dire tement ture l'économie capitaliste mondiale.
Il suffit de prendre le cas de la Pologne dont 50 % des exportations sont constitués par le charbon (valant en 1948 250 milliens de dollars) pour comprendre comment une éventuelle surproduction mondiale provoquent la dépression influerait de façon décisive sur l'économie polonaise, à la fois par la perte des marchés et par la chute des prix.
Les théorioiens staliniens ont dû nolens volens se rendro à l'évidence et ont eux-mêmes indiqué combien la situation de leur commerce extérieur. les rend vulnérables.
La peur d'une crise économique mondiale les hante constamment.
* C'est préoisément une tâche des plus importantes du plan quinquennal dans le domaine du commerce ex-.
térieur qui consiste à provoquer un essor du commezce extérieur aveo les Etats à économie planifiée.De cette façon, les répercussions des fluctuations économiques mondiales sur l'économie tchécoslovaque se trouvent considérablement diminuées" - (prudence romarquable...) - écrit Radovan Simacek dans
"Parallèle 50" (31 décembre 1948). Mais en même temps, les "planificateurs" ne pouvant pas sauter par-dessus les dures nécessités matérielles sont obligés d'admettre qu'à la fin de la période des plans d'industriallisation (c'est-à-dire en 1952 ou 1953) les relations commerciales avec les pays occidentaux s'établiront encore autour de 50 % du volume total du commerce extérieur des trois pays les plus avancés du glacis : Pologne, Tohécoslovaquie et Hongrie. Le ministre du commerce extérieur tohèque, Anton Gregor, prévoit 55 % du commerce total aveo le moide occidental à la fin de la période quinquennale (5).
Hilary Mino estime que la moitié du commerce extérieur restera orientée vers le monde occidental à la fin du plan de six ans
(6) et le but du plan triennal hongroda est également l'orientation de 50 % du commerce extérieur vers 1'URSS et les
"démooraties populaires" (7).
On n'est pas encore prêt d'atteindre cos
(5) Déoleration au correspondant de "Reuter" - 8 septembre 1948-
(6) Bulletin d Informe lone nolonaises - 20 décembre 1948,
(7) "La situation économique de la Hongric" , bulletin du 5 janvien 1949 sompulsé d'après des documents officiels.
- 24 - buts, du moins en Pologne et en Tehécoslovaquio (en Hongrie, 48 % des im - portations de 1948 sont venus de l'URSS et du glacis et 51 % des exportations y sont allés), ainsi que le prouvent les chiffres du commeroe extérieur de ces pays en 1948 :
% des IMPORTATIONS
% des EXPORTATIONS venant de l'URSS allant vers 1'URSS et du glacis le g 1 a cis
POLOGNE
37,82
37,82
TCHECOSLOVAQUIE
Une autre conséquence fort grave qui déooule de cette situation de dépendanoe envers le marché mondial capitaliste est le fait que ces pays ont été foroés de reconnaitre les anciennes dettes et de payer de larges indemnités au capital étranger nationalisé, imposant ainsi une charge supplémentaire à l'économie déjà tendue à l'extrême. Citons =
- l'accord franco-polonais d'indemnisation du capital frangais , du 19 mars 1948 ;
- l'accord suisse-tohèque d'indemnisation du capital suisse, de Juin 1948;
- l'accord anglo-hongrois d'avril 1948 sur le payement des dottes hongroises d'avant-guerre;
- l'acoord franco-tchèque d'indemnisation du oapital frangais, de juillet
1948 ;
- l'accord anglo-yougoslave d'indemnisation du oapital anglais, de novembre 1948 ;
- l'acoord suisse-hongrois de payement des dettes hongroises d'avantguerre, d'octobre 1948 ;
- l'accord suisse-bulgare de payement des dettes bulgares d'avant-guerre, de décembre 1948 , eto, eto.
LES RELATIONS COMMERCIALES MUTUELLES
Cependant, la dépendance do
DES PAYS DU GLACIS
L'ensemble des pays du glacia
ET LE FINANCEMENT DES INVESTISSEMENTS envers le oapitalisme mondial ne serait pas si lourde si l' économie de ces pays était effectivement gérée et planifiée comme un tout.
Cela n'a nullement été le cas dans le passé et ne l'est point encore au - jourd'hui. Au lieu de coordonner leurs efforts respectifs de reconstruction et d'industrialisation, les pays d'Europe orientale ont entreprides plans
1ut non seulement ne se complètent pas les uns les autres, mais qui souvent se contredisent 1'un l'autre. Sous la pression oroissante du marché mondial,
1a seule soupape de sécurité est l'accroissement du commerce entre les pays du glais, et entre oux et l'URSS. Mais jusqu'a présent oo commerce, quello qu'ait été son ampleur relative, ne modifia en rien son aotion perturbatrico du plan, La nature du commerce actuel entre les"démocraties papulairos" et entre elles et l'URSS, est déorite par Tito de la façon suivante :
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"Aussi longtemps que la forme capitaliste de commerce,..continue entre pays socialistes, chaque pays cherchant à vondre aussi chèrement que possible et à acheter aussi bon marché que possible, personne n'a le droit de nous demander de restreindre nos efforts pour exploiter nos propres ressources au maximum". (27 décembre 48) Cette situation implique différentes contradictions :
La) Chaque plan d'investissement et d'industrialisation prévoit un développement parallèle, 4 grands frais, dans ohaque pays, du môme type d'industries, alors que d'un point de vue rationnel une concentration géographique s'imposait. Ainsi, la Hongrie et la Yougoslavie s'engagent dans le développement d'une industrie d'acier qui a sa base naturelle en Pologne et en Tchécoslovaquie. b) Chaque pays cherche à tirer le maximum de profits de ses ressources économiques ou géographiques partioulières au dépens d'une "démocratie populaire." voisine. Ainsi l'Economist" du 3 juillet 1948 rapporte que la Tchécoslovaquie se trouve forcée, en raison de sa pénurie de dollars et de devises étrangères, de détourner une grande partie de ses exportations et de ses importations avea les pays occidentaux par les ports polonais. Elle regat graciousement une partie du port de Stettin de la part de la "république soeur", mais se trouve en même temps placée devant des tarifs portuaires plusieurs fois plus élevés que dans les ports d'Allemagne occidentale ou du Benelux. Chaque pays cherche à équilibrer sa propre balance commerciale et à cette fin pousse ses exportations à l'extrême, sans considérer si les produits exportés vers l'ouest sont indispensables à l'industrialisation des "démocraties populaires" voisines et si cellos -01 ne sont påa bloquées en fait par l'ouest dans l'approvisionnement en ces mêmes produits. Ainsi, V.Clementis, ministre toneque des Affaires étrangères a déclaré devant une commission • do l'ONU à Paris le 5 novembre 1948 qu'au cours do 1948, 89,9% de toutes les exportations de charbon, 74,5% de toutes les exportations d'acier et de fer, 50,2% de toutes les exportations de matériaux de résistanoe et 37,5% de toutes les exportations de machines-outils, étaient dirigéos vers les pays du "plan Marshal1" ("New York Herald Tribune", 6 novembre 1948). On peut se douter que les pays voisins auraient eu grand besoin de ces produits , surtout que certains d'eux se trouvent pratiquement privés d'exportation de nombre de pays occidentaux. Il est olair que chaque pays du glacis a été pratiquement abandonné à lui-même pour trouver les ressources nécessaires pour financer ses efforts d'industrialisation. C'est pourquoi, à défaut d'aide mutuelle, et après une brève période initiale pendant laquelle la reprise économique ne s'était pas enoore déolarée, les pays du glacis se sont à nouveau adressés aux pays occidentaux et aux institutions capitalistes internationales, oomme la Banque Internationale de Reconstruction et autres, pour obtenir les crédits nécessaires au financement de leurs différents "plans", Reces-» ment, la Banque Mondiale a accordé un petit crédit à la Yougoslavie et a la Finlande pour acheter l'outillage nécessaire à des soieries mécaniques et des pourparlers aveo la Tchécoslovaquie dans le même but sont en cours. Il faut noter également que la Pologne et la Tchécoslovaquie ont pu réali-
- 26 - ser de considérables investissements durant 1'annéo 1947, qui n'ont pas été financós par un nouveau recours à l'inflation, du fait que les énormes orédits bancaires (57 milliards de zloty en 1947 en Pologne) ont été largement couverts par des ressources étrangères excoptionnelles : vente marchandises de l'UNRRA, des biens ellemands saisis dans les territoires dits recouvrés, des terres allemandes saisies en Ichécoslovaquie etc. ces resources faisant actuellement défaut, et les pays du glacis étant désespérément à la recherche des crédits indispensables pour de nouveaux investissements, le problème aussi bien de la livraison matérielle que du patement des biens d'investissement semble le véritable talon d'Achille des nouveaux vastes plans d'industrialisation élaborés en 1949 (plan quinquennal tchèque et bulgare, plan sexennal polonais).
10 mars 1949 (à suivre)