Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 7, numéro de mars-juin

La Chine de Mao-Tsé-Tung

Spero · Quatrième Internationale, vol. 7, numéro de mars-juin · mars-juin 1949 · p. 12-15 · 1 908 mots

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par SPERO aux abords des trois provinces du Sud-Ouest de la Chine : Hunan, Kwangsi et Les armées de Mao-Tsè-Tung qui ont occupé Shanghai sont maintenant ne résistance prolongée au Kwangsi et dans le Yunnan qui commandent l'accès aux frontières du Viet-Nam et de la Birmanie, et d'empêcher ainsi une aide néant les espoirs de certains milieux des Etats-Unis de pouvoir organiser u- dernières, achevera en réalité la conquête de toute la Chine et réduira à Yunnan. Le contrôle de ces trois provinces, particulièrement celui des deux tout le Sud-Ouest de l'Asie. efficace de la part des staliniens chinois aux mouvements de ces pays et de armées de Mao-Tsè-Tung? Mais que signifie exactement la "libération" de la Chine PSF. les XXe siècle, problèmes que ni la révolution de 1911 ni celle de 1925-1927 n'ont Les problèmes à résoudre dans cet immense pays depuis le début du re, et de l'indépendance du pays vis-a-vis de l'impérialisme. pu mener à terme, sont ceux de l'unification du pays, de la révolution agraique sous le régime de la dictature du prolétariat expropant les féodo-capitaque la solution de ces problèmes, formant un tout organique, n'est possible Trotsky a soutenu pendant!la période de 1925-1927 et depuis lors listes indigènes et les impérialistes étrangers, nationalisant la terre et somême à présent essentiellement la thèse de la "révolution démocratique-bourdu commerce extérieur. Les staliniens par contre ont défendu et défendent cordant son usufruit aux paysans qui la travaillent, établissant le monopole geoise" distincte de la révolution prolétarienne, révolution qui consisterait dans l'établissement d'un régime social de relations économiques oapitalistes, mais qui serait supervisé par un pouvoir politique "populaire", en l'occurrence un gouvernement de coalition entre le Parti Communiste et les partis bourvolution chinoise de 1925-1927, et qui correspond au nouveau rapport des for- Le seul "progrès" accompli par les staliniens depuis la deuxième réla direction du pouvoir politique à la bourgeoisie mais s'efforcent de la garces militaire entre eux et la réaction chinoise, c'est qu'ils ne confient plus der pour enx-mêmes.

Précisant les caractéristiques sociales et économiques de la "nouvel1e" Chine, Mao-Te-Tung, dans le rapport qu'il fit au CC du P.C. Chinois lo ot le capitalisme monopoleur. Elle ne detruit pas le capitalisme en général , "In -Crolution de la Démocratie Nouvelle ne vint à détruire que le féodalisme 25 décembre 1947 au moment où son armée passait à la contre-offensive, déolera: ni la petite ou moyenne bourgeoisie. tre objectif général : le développement de la production ; la prosperité ; la suissaotion simultanée des ouvriers et des patrons". (+). "L'évolution de notre économie nationale doit être orientée vers no-

(†) "Cahiers Internationaux", février 1949 - pag. 107-108.

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Cette ligne semble maintenant s'affirmer dans tous les territoiros contrôlés par les staliniens. On a pu croire, à un certain moment, avant ue les armées de Mao-Tsè-Tung n'entrent dans les grandes villes, Pekin , tournant de tous leurs confrères des "Démocraties populaires" européennes, shangha1, Hankéon , eto., que les staliniens chinois, imitant en cela l étaient en train d'adopter un programme plus radical qui tienne compte du prolétariat, de ses revendications et de ses aspirations. En réalité, aveo l'entrée dans les granges villes, il s'est plutôt produit un abandor tion de la réforme agraire. Ainsi, dans les huit points résumant à nouveau promesses qui avaient faites jusqu'alors aux paysans quant à une accélerades le programme de Mao-Tsè-Tung, programme qu'il a fait connaître le 26 avril dernier ("), figure celui de "la redistribution ultérieure des terres" , c'est-à-dire, en réalité la suspension de la réforme agraire. Par contre les nouvelles autorités multiplient leurs assurances à l'adresse du capital indigène et étranger pour que celui-ci se fixe dans le pays et se développe.

Selon le journal chinois "Chang Pao" de Shanghai, quotidien des milieux financiers et industriels qui a entrepris pour une enquête dans les territoires occupés par les staliniens "l'industrie Leur compte privée se voit offrir les mêmes possibilités de développement que l'industrie d'Etat et en Mandchourie par exemple vingt-quatre grandes usines, gèrées auparavant par le gouvernement nationaliste, ont été soit vendues a des organismes privés, soit absorbées par le capital privé pour devenir des entreprises mixtes à participation gouvernementele. Toutes les industries privées sont rendues à leurs propriétaires initiaux et des crédits leur sont alloués pour leur permettre de se remettre rapidement à fonctionner".

Le même journal relate d'autre part que les impôts sur le capital ont baissé et que les bénéfices de plusieurs entreprises ont considérablement augmenté , stimulant de nouveaux investissements.

Cette politique s'applique aussi au capital étranger. D'autre part , ce journal confirme oe qui a déjà été relaté de plusieurs côtés; à savoir que les staliniens ont partout maintenu une journée de travail de plus de 8 heures et introduit "dans un grand nombre a! entreprises privées le salaire au rendement". Par contre dans les multi -ples conflits du travail, où les ouvriers encouragés par l'arrivée de l'armée de Libération de Mao-Tsè-Tung ont commencé à revendigner, les staliniens sont intervenus aux côtés des patrons : "Nombreux sont les renseignements indiquant que les communistes ont brisé dans l'oeuf les tentatives res de participer même indirectement à la gestion des entreprises". ouvrièsemblables en ce qui concerne Shanghai même, oû les ouvriers, à plusieurs Le presse internationale a publié depuis lors des informations reprises, ont déclenché, après l'entrée des staliniens, des mouvements rovendicatifs et se sont attaqués à la direction capitaliste des entreprises. Peut-on expliquer cette politique de protection et de développement du capitalisme en Chine comme une sorte de NEP adaptée aux conditions chinoises?

Qu'il soit nécessaire de faire appel au capital indigène et étrangor afin d'éviter une chute catastrophique de la production, qu'il soit nó»oossaire d'avancer prudemment en ce qui concerne la paysannerie, et que toute une politique économique souple soit nécessaire pendant toute une période de transition en Chine, nous ne mettons évidemment pas c cela en question.

Mais tout le problème consiste à savoir dans quels cadres soctaux - 13 - et politiques peut se mouvoir cette NEP pour qu'elle garantisse une évolution vers le socialisme, et ne perpétue . pas au contraire l'état de chosos antérieuz.

Les bolcheviks ont adopté la NEP dans le cadre d'une révolution prolétarienne qui, en 1917, avait effeotivement renversé le régime social des féodo-capitalistes et instauré un Etat prolétarien basé sur les comités démocratiquement élus des ouvriers et des paysans. Cette Etat prolétarien à lui seul, par son contrôle effeotif constant de toutes les cellules de la vie économique et politique du pays, constituait la plus sérieuse garantie contre un retour au capitalisme à travers la NEP. La Révolution d'octobre avait doté d'autre part cet Etat prolétarien d'armes supplémentaires : La nationalisation du 80l , des banques, des grandes entreprises ; le monopole du commerce extérieur.

Aux yeux de Lénine c'était l'ensemble de ces conditions qui rendait la Révolution capable de manter une arme aussi dangereuse que la NEP, et de Le tenir en definitive au service du socialisme.

En Chine aucune de ces conditions n'est remplie. Il n'y ni natio -nalisation du sol, des banques et des industries, ni monopole du commerce extérieur, Mais il n'y a surtout pas un Etat prolétarien qui supervisera et contrôlera le capitalisme "dirigé", Le gouvernement central (+) auquel songe Mao-Isi-Tung sera un "gouvernement démocratique de coalition" qui "comprendra des représentants de toutes les organisations démocratiques et populaires, des minorités raciales et des Chinois vivant à l'étranger" - ("]'Humanité", 20 juin 1949).

On objectera que les "démocraties populaires" européennes ont commencé leur évolution par des gouvernements semblables et ne furent épurées dea "ministres capitalistes" que progressivement. Seulement, les différences entre la Chine et une "démocratie populaire" quelconque d'Europe ne sont pas simplement d'ordre quantitatif. L'échelle incomparablement plus grande à 1squelle se posent tous les problèmes, jointe au caractère extrêmement arrieré du pays, à l'immensité de la paysannerie et aux rapports qui la relient aux capitalistes, à la depéndance à ce jour du pays tout entier envers l'impérialisme, etc,. rend la Chine infiniment moins maniable et dirigeable aux mains d'un appareil stalinien restreint que n'importe quelle "Démocratie populaire" d'Europe•

En Chine, plus qu'ailleurs, il faut une véritable révolution prolétarienne établissant un pouvoir prolétarien effectif, c'est-à-dire une organisation effective des masses ouvrières et paysannes pauvres en classe dominante, pour arriver À exercer un contrôle effectif sur les forces capitalistes et impérialistes qui renaissent chaque jour par lesimombrables pores de sa structure sociale, et pour venir à bout des milles tâches que pose Le reconstruction socialiste de cet immense pays.

(+) Le Parti Communiste Chinois s'efforce de coordonner l'action dans toute la Chine "libérée" ; mais l'administration étatique reste encore hautement décentralisée en six unités régionales : Manchukuo, Nord-est, Nord, Nord-ouest, Est et Centre. Ces régions administratives sont découpéos selon les frontières des anciennes provinces. - 14 -

Cette tâche peut-elle être accomplie à defaut d'une révolution prolétarienne, par un appareil bureaucratique? La réponse que l'Histoire donnera à cette question dans les années à venir aura une importance beauooup plus générale concernant l'avenir de la révolution socialiste à notre époque.

Il y a enfin une autre question, liée du reste à la précédente, posée déjà elle aussi par la victoire de Mao-Tsè-Tung : son régime dans l'hypothèse où il se consoliderait peut-il rester subordonné au Kremlin?.

Les observateurs politiques de la bourgeoisie n'ont pas manqué d'apercevoir les similitudes qui existent entre le régime de Tito et colui que Mao-Isè-Tung est en train de fonder : "libération" du pays par l'ef -fort principal des forces populaires autochtones, construction d'un fort appareil de Parti et d'Etat qui échappe ou qui peut échapper au contrôle absolu et direct du Kremlin. D'autre part le marché chinois est convoité plus que jamais par les impérialistes qui commencent à sentir les premiera effets de la dépression et de la crise économique. Américains et Anglais se hâtent afin de savoir qui d'entre eux profitera le premier et exclusivement de la "souplesse" dont Mao-Tsè-Tung fait preuve en politique économique. Celui-ci par conséquent dispose déjà d'une position internationale de grande puissance et peut se considérer incomparablement plus apte que Tito à secouer la tutelle du Kremlin. •D'où les espoirs des impérialistes de voir le "titisme" gagner la Chine, et les dementis que le Kremlin a cru nécessaire d'imposer par la plume de Liu-Shao-Chi, membre du CC du P.C.C. ("Pravda", 8 juin 1949), affirmant "que jamais les communistes chinois ne trahiront la solidarité internationale du prolétariat, jamais Ils ne oritiqueront 1 'URSS comme le fait Tita ", (+). Il n'y a cependant pas de doute que le "titisme" soit une variante très probable d'évolution de la Chine.

Le Kremlin s'efforcera de parer à ce danger, entre, autre en exploitant sa mainmise totale sur la Mandchourie, qui peut commander pour une l longue période le développement industriel du reste de la Chine et qui onstitue de toute facon une pointe soviétique a l'intérieur meme du corp: le la Chine. Mais cette mainmise soviétique sur la Mandohaurie peut s'avérer d'autre part un des points de départ du conflit potentiel entre le pouvoir du Kremlin et le nouveau pouvoir qui émerge en Chine.

Il faut se garder d'extrapoler sur les données encore insuffisantes , mais en réflechissant bien sur l'essence profonde du stalinisme, qui n'est que l'expression des intérêts de caste de la buregucratie soviétique, il faut bien arriver à la conclusion que l'ère de l'expansion du stalinisme s'avèrera aussi être l'ère de sa dislocation.

Juin 1949

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(+) Voir aussi son artiole "Internationalisme et Nationalisme" dans l'organe du Kominform du 14 juin 1949.

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