La "reconstruction" de l'Autriche est un drame en cing actes. Le premier acte commence en avril 1945. Les capitalistes s' étatónt enfuis à l'ouest du pays, où ils jouissaient de la protection des troupes impérialistes. Ceux qui étaient restés dans les provinces occupés par les Russes se cachaient prudemment, les ouvriers souffraient les moyens les plus primitifs, les usines et les instruments de travail , dans la mesure où ils n'avaient pas été démontés ou enlevés. Ils achovèrent une grande partie de ce travail de reconstruction réelle sans aucune intervention des capitalistes. Ceux-ci, au début, se com -portèrent avec beaucoup de timidité et de réserve, mais ils étaient restés les propriétaires des moyens de production! Par la suite ils voulurent cueillir tous lesefruits de cette reconstruction...
Plus la reconstruction avançait et plus s'ouvraient les ciseaux entre les salaires réels et les profits, Les prix montaient sans cesse et les salaires suivaient clopin-clopant, sous la pression des grèves. En mai 1947 l'activité des masses atteignit son point culminant, Mais à ce moment la bourgeoisie autrichienne se sentait déjà à nouveau en selle. Le gouvernement, formé par une coalition de partis bourgeois avec les sociaux-démocrates et les staliniens, resta d'abord indécis , puis proclama en août l'accord sur le blocage des prix et des salairos, qui fut accepté par les syndicats et par l'Association patronale.
Ainsi débuta le deuxième acte du drame de la reconstruction, Les salaires furent bloqués effectivement ; les prix par contre conti -Luèrent leur ascension malgrè l'accord d'août 1947 et malgré toutes les promesses des politiciens bourgeois et réformistes. Ils montèrent si vito que la situation fut caractérisée par une tendance inflationniste dangereuse, Ce danger inflationniste fut conjuré en décembre 1947 par le soi-disant réforme monétaire. Cette "réforme" était connue d'avance des capitalistes qui transmirent leurs fonds à des comptes momentanément bloqués qui se trouvèrent protégés par la loi. La masse fiduciaire "excó dentaire" qui se trouva épongée par l'opération fut done constituée par la masse d'argent entre les mains des petite gens (salariés, petits épargnits,petits commerçants et paysans etc.) qui fut échangée à l contre 3 au cours de la réforme, à l'exception d'une petite somme fixe.
Et voilà le rideau levé pour le troisième acte de l'assainissement du capitalisme autrichien. La stabilisation de la monnaie aiguisa L'appétit de la bourgeoisie, Elle commenca par liquider ses stocks en jetant toujours plus de marchandises sur le marché apparemment insatiable, Par suite des restriotions imposées aux masses durant et après la guerre, la demande était énorme et l'offre n'arrivait pas à la couvrir. Cela entraina & nouveau une hausse des prix malgré le blocage officiel. En même temps, la bourgeoisie commençait à miner systématiquement le rationne-
- 37 - ment des principaux produits do-consommation de masse. Ayant consolence de leur responsabilité devant la nation, les burosucrates du PS et des syndicats veillaient jalousement au maintien des salaires au níveau f1xé en août 1947. Mais quand le marché noir se trouva en fait légalisé pendant l'été 1948, une nouvelle "adaptation" des salaires aux prix était devenue inévitable.
Le deuxième accord sur les prix et les salaires, conclu soptembre 1948, inaugura le quatrième acte du drame d'après-guerre du prolétariat autrichien. 4 nouveau on dit que le danger inflationniste était définitivement conjuré. L'inflation était d'ailleurs la grande menace au moyen de laquelle les travailleurs furent périodiquement détourne du Parti Socialiste présentait les pouvaient seuls empêcher l'inflation dans leur propre intérêt. Elle so choses comme si les travailleurs ment : "Il fout faire baisser les prix continuellement", Le président des syndicats, Böhm, déclara que le pacte avait "partagé équitablement les charges", et le vice-président du conseil, le réformiste Schärf considéra le pacte comme un "succès satisfaisant", Mais malgré toutes ces explosions de joie, le coût de la vie continuait à s'élever, et les salaires et traitements restaient bloqués. Alors que la part des travailleurs dans le revenu national n'avait cossé de baisser depuis 1945, mômo les salaires réels commencèrent maintenant à baisser. Les réserves officielles servant de subsides pour les prix desproduits de première nécossité (pain, charbon etc.) et constituées par la contre-partie dos 11vraisons UNRRA, disparurent et le budget autrichien commenca à signaler un détioit croissant. Finalement, vers le milieu de mai 1949, le Parlement vota une série de lois contenant un troisième accord sur les prix et les salaires. Ces lois doivent mener à bon terme la reconstruction de l'Autriche, c'est-ầ-dire aboutir à un assainissement général du capitalisme autrichien, Les traitements et salaires se trouvent, par le nouveau paote conclu dans le dos du prolétariat, augmentés dans une mesure qui ne compense même pas la hausse officielle des prix des produits rationnés (farine, pain, matières grasses, sucre, viande) et des tarifs de services d'Etat (gaz, électricité, cheminsde fer, tramway, PTT). Quant à la hausse massive des prix desproduits de consommation non rationnés -la grande majorité de ces produitselle n'est même pas formellement considérée dans le calcul du nouveau barême de salaires!
Le parti stalinien qui avait quitté le gouvernement à l'automne de 1947 à la suite du "tournant" généralement imposé aux partis communistes par le Kominform, oppose à cette nouvelle attaque contre le niveau de vie des masses le mot d'ordre : "Le peuple a fait suffisamment de sacrifices. C'est au tour des riches de payer!". Mais la politique atre ai du go dont de 00a1310%, Sao 10 ga20 2 régime d'occupation russe limitent de façon décisive 1' influence stalt -nienne sur les masses. La peur qu'ont les masses de la "démocratie populaire" freine dans de larges couches prolétattennes, pourtant indignées de ce nouviau brigandage capitaliste, la volonté de passer à l'action pour la défense de leurs intérêts. Néanmoins, le PC autrichien a réus8i à rassembler une foule considérable de travailleurs de Vienne et de
- 38 - la Basso Autriche sur la Rathansplatz de Vienne, le 1T mai 1949. On y a vu la manifestation ouvrlèro la plus imposanto depute de nombreuses années. directement on sortant de l'usine, mais ils n'étaient nullement convainous De nombreux ouvriers se mirent en marche vers le lieu de la démonstration de l'efficacité de cette démonstration. Les staliniens ne proposèrent nul programme d'action concret, nul objectif positif pour la démonstration, ils ne firent qu'une critique négative de l'accord sur les prix et salaires. D'après le journal stalinien Volksstimme, 170.000 personnes participèrent a la manifestation. Le journal réformiste Arbeiter-Zeitung estime le nombre des manifestants à 40,000.- blo do l'assair asement non pas du budget de la ménagère ouvrière, mais bien La bureaucratie social-démocrate se sent ouvertement responaaamidon pe contre que capitation de terre fonte fortement du budget de l'Etat bourgeois. Selon elle, la fixation des prix doit être masses, les chefs réformistes agitent surtout de façon démagogique la 101 des pensions ouvrières. Jusqu'à maintenant cotte loi ne semble pas changer autre chose que le nom au niveau, misérable des pensions de vieillesse;elle a surtout un caractère publicitairo prononcé. Et même si l'assurance-vieillesse se trouve améliorée pour les masses, cela ne peut en aucune façon compenser l'abaissement du niveau de vie pour les travailleurs,
Die Presse, l'organe le plus sérieux de la bourgeoisie autri1949. Il désigna franchement le nouvel accord sur les prix et les salaires conclu entre les deux partie de la coalition gouvernementale (réformistos une perspective peu réjouissante, mais une réalité nonmoins indéniable,Au--' et bourgeois), comme un faux calcul et termine ainsi : "L'affaire se solde de toute façon par une baisse des revenus réels et de la consonmation. Voilà cune construction d'esprit si raffinée soit elle. ne peut transformer ce problème". Devant les difficultés insurmontables d'expansion de ses exportations, le bourgeoisie autrichienne se rabat de façon réaliste sur u- ne exploitation accrue des masses laborieuses. L'exigence générale des capitalistes d'obtenir une productivité accrue du travail ne peut aboutir qu'à l'intensification du rythme de travail et à un accroissement considérable du chômage. Le cepitalisme n'offre plus aucun issue à ce cycle infemal "guerre-reconstruction-crise-guerre". Ce qui se produit aujourd'hui en tion typique de tout le capitalisme mondial. Autriche n'est pas une évolution typiquement autrichienne, mais une évolure le 13 mai 1949 que la poussée vers l'équilibre budgétaire par la suppression des subventions et par l'abaissement des salaires réels "g'est produite non tant en raison des intentions propres (du gouvernement) • Le journal Die Presse déola~ (se soldant qu'à la suite de la pression massive qui trouve ses origines du cote amerigain" mières "pensionnaires des Etats-Unis" --comme monsieur Hoffman l'a d'ailcela ne signifie rien d'autre que l'Autriohe est devenue une des pro- Et cela déjà trois ans avant la fin du Plan Mar - shall! Cela démontre une fois de plus que la crise et la destruction des libertés démocratiques des masses, aboutissant à la guerre, deviennent inéleurs déclaré lui-même.
vitables si le prolétariat ne retrouve pas le chemin de la révolution socialiste. Une seule organisation lutte à cette fin : le IVe Internationale!
LOUIS DRAGO
23 mai 1949