Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 7, numéro de l’été

Retour à l'utopie

Henri Vallin · Quatrième Internationale, vol. 7, numéro de l’été · été 1949 · p. 62-66 · 2 327 mots

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L'imago du monde n'ost pas complète si ollo no comporto pas en tion de la société capitaliste ne s'est manifestée avec autant de vigueur que dans la décomposition des esprits. Et aucun aspect de la criso mouvement ouvrier n'est aussi significatif que la dégringolado idéologique do toute uno série do courants contristes et d'intelloctuels, jadis revolutionnaires, en Europo comme en Amérique. sentont appolés à mattro en lumière las aspects nouveaux, barbares, du mondo d'aujourd'hui. Meis dans cette dégenérescence, ils occupent eux-mêmos unc Les éditeurs de la rovue "CONFRONTATION INTERNATIONALE" SC place méritéo, si modeste soit-olle. La confusion dos idéos, la démoralisation, la banqueroute politique ot idéologique, lo doute métaphysique stérile, la légèreté irrosponsable avea lesquels des "conclusions théoriques" manifostations de la décrépitudo démontrent que les centristes de "CONFRONtoutes ces tristes TATION INTERNATIONALE" ont abandonné définitivemont la lutte contro le coudo la potite bourgooisie à bout de ressources. d'offondrements que ceux qui s'étalent sur les pages dos deux numéros pa- Il surait en effet difficile de confrontor un plus grand nombre rus do "CONFRONTATION INTERNATIONALE". Demazièro, jadis militant révolutionnairo, a liquidé en quelques pages de mauvaise littérature le prolétariat on tant que facteur historique déterminant de notro temps, ot ne sait entremettour, Beaufrèro do son côté déclaro péromptoirement que le stali - pout-être même "une combinaison des doux"? plus à quel saint se vouer : peut-âtre sera-ce Tito? Délaissant ces entreprisos a' peut-être Garry Davis? nisme est une forco anti-capitalisto officace. Comment pourrait-on co cas émanciper le prolétariat du stalinisme, si celui-ci émancipe la so.ciété du Capital? Renvoyant audacieusemont la ballo à d'autros amatours d'astrologio, un cortain Tomori répond sans difficulté à cette question : tion, vers une sorte de capitalisme d'Etat éclairé et vers les Etats-Unis au fond, l'Amérique et la Russio évoluent tous les doux dans la même direcdu Monde. Ne s'occupant que do porspectives "larges", Tomori est plein d'optimismo pour l'avenir de l'humanité : quand le capitalisme aura achové son évolution (1) mondiale, on devra bien choisir le socialisme. Quello classe l'instaurera, avec quels moyens et quelle politique et par quelle voie? Questions absurdement soctaires, évidemmont. Notro novateur préfèro do touto évidenco so retrancher dans lo domaine non exploré dos râves lointains. un article plein d'invraisemblable confusion, il s'efforco do définir la Paul Parisot préfèro, lui, los fantômes aux rêvos d'avonir. Dans position marxisto olassiquo envers la guerre et le pacifismo, et notamment tion : que la guerro, à l'époque impérinlisto, ost le résultat inévitabla, collo do Lénino, en passant sous silonce l'élément essontiel de cette posifotal, dos contradictions capitalistos et que pour cotte raison aucune

- 62 - lutto pour la paix ne peut ôtre efficace si elle n'est pas uno lutte pour le ronvorsoment du capitalisme. Cola lui pormet d'arriver, à travers une potito citation tronquéo d'Engels, à la conclusion qu'aujourd'hui s'est la Russio stalinienne qui a bosoin de la guerre ot non l'Amérique impérialisto "pour qui la consolidation de la division du travail à un niveau élevé implique le rolèvomont de l'économie curopéonno par oxemplo". Il est vrai que de tout tomps, à des étapas différontes du cyole économique, les grandes ontroprisos capitalistes équipaient d'abord leurs concurrents pour les abattre ensuite ; on en déduirait difficilement la disparition de la concurronce capitaliste avec toutes ses conséquences. Mais même si l'on voulait tirer cette conclusion absolument injustifiée des rapports inter-impérialistes actuels, comment peut-on nior que l'ouverture du marché russe et le ronvorsement des barrières partielles qui barrent les capitaux ot marchanlisos américaines du glacis, de la Chine etc., sout les buts véritables do toute guerre de demain? Présenter la production de guerro commo un but en soi et non pas comme un moyen pour obtanir une solution véritable dans la conquête de nouveaux marchés ; la détacher dos objectifs précis poursuivis par le grand capital; bavarder sur la "décomposition do l'impérialisme" en laissant sous-ontondro que les lois do développement du régimo capitalisto cessont do jouer à l'époque do son déclin, alors qu'en réalité cotto époquo ne fait que mettre davantage en reliof ces mêmes lois, tout cola n'ost pas seulement ridiculo du point de vue théorique, cola comporte on mêmo tomps une logique dans los conclusions politiques qu'il faut dénoncor pour ce qu'elle est : un pont jeté vors le camp impérialiste dans la prochaine guerre.

Car il y a un système dans ces absurdités et, y à rogarder de plus près, une ligno commune apparaît dans cet enchevêtroment de "thèsos" contradiotoires et sans fondoment. Dans le No 1, Andréo-Gelo donnaient oncore au mouvement ouvrier le conseil de critiquer "aussi" los impérialistos américains afin de pou voir battre plus "efficacement" le stalinisme. Mais déjà "IABOR ACTION", l'organe de Shachtman, la vedetto du comité de rédaction do "CONFRONTATION INTERNATIONALE", donne sos consoils à la justiCos stalin 00 1 2 0t-und du 13001909). a dont 1 combat juin 1949). Et le même Sahchtman a fait la déclaration solonnolle devant le Loyalty Board du Ministère du Commorco des Etats-Unis que tous los membres de son organisation se comportoraient en "oitoyens américains loyaux" durant la prochaino guerre. Tevenir l'opposition loyale de l'impérialismo "démocratique", cela circonscrit le maximum des ambitions politiques de la plupart des membres du comité do rédaction do "CONFRONTATION INTERNATIONALE", comme le Rassemblement Démocratique Révolutionnaire, lour organisation francaise, circonscrit sa lutte contre le colonialisme dans le cadre d'une Union Francaise "démocratique ot révolutionnaire". On mériterait certainement une poine de galères "démocratiques et révolutionnairos" pour de telles confusions!

Le pont jeté langoureusement vers le camp impérialiste ne manque pas non plus du plus classique de tous les étais : la lutte contro lo trotskysno. Marcel Rousseau, dans "CONFRONTATION INTERNATIONALE", en voulant drosser le bilan de la criso do la social-démocratie françaiso, fait en mômo temps le bilan de la destruction de courants révolutionnaires progressifs par la rédaction de "CONFRONTATION INTERNATIONALE". Au cours son analyse, Rousscau eu szrive à caractérisor en passant la IVe Internationalo comme uno orgenisation "bureaucratique"! Ni plus ni moins... Le mômo Roussoau a cortes connu un gonro de démocratie supérieure à la démo-

- 63 - cratie prolétarienno la plus complèto qui règne dans la IVe Internationale: coile de la SFIO où la direction foule aux pieds les décisions des Congrès; ou colle dus Jeunossos Socialistes où une potite elique "arrangeait la ligno politique on dehors de toute vie politiquo de la base ; ou encoro celle du Rassemblomont Démogratique Révolutionnaire au Congrès duquel los opposents sont noyós de la listi des orateurs "par manque de temps" et où lo voto "unanimo" aruno "motion de synthèse" pormot aux Rousset ot Cie de continuer une politique personnelle. La naïvoté do nos redacteurs doublée do loun mauvaise foi pourrait-ollo accoucher d'autros monstres du mêmo gunre? Il n'a pas fallu attendre longtemps pour s'en rendro compto. Dans lo No 2 do lour rovuo parnit en offot un ignoble articulet signé par un certain Juan Roy, dans luquel on roprend contre nos camarados boliviens, qui so battent avoa la prolétariat minicr osclavo du capital étrangor amérioain, la plus caractéristique la toutos les calomnies staliniennes : les trotskystes, alliós des nazis. Colment pourrait-on s'on étonner, quand on sait quo déjà auINTERNATIONALE", Rousseau et Cie s'étaient, dans l'ASR, alliés aux agonts stalinions pour axelure les trotskystes? Cela ne les empêche pas, naturellomont, d'occuser los trotskystes do poursuivre une politique pro-stalinien220. dos centristes, alors que la logique do lours actes éclate eu grand jour? Mais qui chercherait une logique dans les idées contradictoires de

Il n'ost pes sans intérôt de rotracer ln voie idéologiquo de la rupturo avon lo marxisme do Parisot at Demazièro, amis des Shachtman et autros Roussoau. Portis, au londemain do l'armistico du 1940, de la fauaso notion d'un "grand parti" qu'il fallait construiro "aussi vito que possible"; considérint dès 1945 la dictaturo comme un danger "imminent", contre lequol il fell-it réogir "à tout prix" (Se rappello-t-on qu'ils défondirent le "oui" pour la Constitution bourgeoise au referendum de mars 1946 face "au dangor gaulliste"? Se rappello-t-on que le pauvre Demazière expliquait on février 194c quo le RIR était le dernier moyon d'éviter la guerre?) ile ont cuncombé a la vieille tentation opportunisto d'arriver au but révolutioanniro per quolquus Fec royaux kesoins du tomps". Les voilà partis, dicrord dans l'edaptation au nationalisme petit bourgoois, puis au stalinismo, onfin 4 la stalinophobio galopanto do la petite bourgeoisie effrayée. Io progrormo? les principes? Le drapeau? Ce sont 11 dos "notions seléroséos , ótriguéos, toutes faitos, stérilos" quos idéos-olofs et même do la confiance pure dans la "solido éducation mir- , dont on se moque! Il suffit de quelxisto dos militants", comme Denazièro s'exprimait avec une sincérité touchanto. Au cours do cetto chasso éternello dorrièro "les masses", on reconstruit un potit Front Populaire fentône. Pour lutter "pour la paix" on appareit lo moin dans la main avec dos députés ayant voté los crédits de guerre, ot on so bat (sur los tribunes) contro la dictature, en fratornelle embrassado avon nes chers amis, le ci-devant ministre dos flics do la IVo République et lo ministro de l'Allemagne occupée de Sa Majosté britanniquo, -après avoir rompu avec la IVo Internationale au sea nrisme inguérissable. Dans tout ce jou très fructuoux (on opposition à la politique "stérile" des révolutionnaires), on no réussit copendant pis du tout à gagner des "masses" ouvrières. On on conclut par conséquent que ces masses sont "arriérées", contaminéos par le stalinismo. L'étape suivante, c'ost alors do constator, comme le fait Rousseau, que co sont les classes moyennos (!) qui jouent un rôle prédoniant dans la politique contemporsine (Roussot, plus modoste, dit que cotto placo rovient en réalité aux intelloctuels). Une rapide décaction do "théorios nouvolles" donnera alers à l'opportunismo politique une base "solido". It on attend lo succès qui, hélas, tarde & venir...

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Le plus lamentable dans cotte affaire, c'est que cos "nouvesutés" sont désospérément vieilles et ont été usées jusqu'a la cordo au cours de cinquante années d'histoire de l'opportunisme dans le mouvement ouvrier. A qui n'ignore pas complètement cotto histoire, toutes ces "idées nouvellos" provoquent la sensation immédiate du réchauffé. Le "recul du prolétariot", c'est la base de tous les échafaudages théoriques des compagnons de route et des agents intellectuels du stalinisme pour justifier une politique de trahison de la révolution prolétarienno. La nécessité de so "concilier les classes moyennes", chèro à Rousseau, clost l'idée clef du réformisme comme du stalinisme dans sos manifestations les plus platement opportunistes. Les "phénomènes nouveaux", la "situation changée" , ce sont les étornels refrains que tous les opportunistes, de Bernstoin d'il y a 50 ans à Staline en 1943, ont entonnés pour liquider en douce un des principes fondamentaux du merxisme révolutionnairo. Le révisidhisme de "CONFRONTATION INTERNATIONALE" suit comme une ombre pâle ces grands précurseurs sur la voie de l'abandon de la lutte de classo révolutionnairo, est no manque que do l'efficacité et dos occasions historiques pour imiter égalament les crimes qu'ils commirent contre le prolétariat mondial.

Le marxisme révolutionnaire so base en définitive sur un nombre rostroint de conclusions, tirées de l'analyse de l'histoire dos société-is on général et de la société capitaliste on particulier. La lutte pouz le socialisme est utopique si elle n'est pas portéo par une classe de productours préparéo par tout le développement inévitablo de la société à so saisir du pouvoir. Les contradictions internes du système capitaliste, voilà la forco objective qui pousso toujours à nouveau le prolétariat sur la voio de la révolution. Le programmo révolutionnaire, expression conscionte du processus historique élémentaire, donne au prolétariat conscionco do sa mission, L'organisation révolutionnairo, incarnation de oe programme. propulso et dirige la lutte du prolétariat. Elle no peut le fairo qu'en utilisont certains moyens, une tactique principiello déterminée. L'utilisation de tout autre moyen opportuniste ne conduit pas au but socialiste mais à un but opposé. D'histoire du stalinisme l'e confirmé de façon trop doulourouso, et les tristes héros de cette confrontation de banqueroutiers s'efforcent copendant une fois de plus de combattre le stalinismo par dos moyons homéopathiques.

deux numéros de "CONFRONTATION INTERNATIONALE! C'est pourquoi les r confirment pleinement les conolusions qu'un"locteur de Taverny" a envoyéos à la revue : "nous voilà revenus des décades, sinon des siècles avant lo socialisme scientifiquo". Utopie que la lutte contre la guerre en dohors de la lutte de classe révolutionnaire du prolétariat. Utopie que l'espoir de construire un mouvement politique sans programme défini. Utopio que le rêve du socialisme dans l'éventualité de l'apparition d'une société postcapitalisto, basóe sur le travail d'esclaves. Utopie que la lutto antistalinionne si le stalinizme est réellement une force anti-capitaliste efficaco. Utopio que la "conquête des massos" sans ln lutte pour la direction des luttes ouvrières. Uter e que le rêve d'un mouvement politique porté par les intelloctuols et la petite bourgeoisie. L'utopio sort pour ainsi dire de chaque page de cette revue qui marque une rupture avec les prémiseos du socialisme scientifique. Utopie encore que les premisses du mêmo "locteur de Taverny" qui dumando lui-même qu'on passe à "l'ordre du jour" on dépassant le marxisme "a'un autre âge" de la IVe Internationale, Utopie encore que l'idéo de pouvoir brasser un courant en "confrontant" Los idéos les plus vidos et lus plus contradictoiros, qui écrasont 1c plu-

- 65 - part des lecteurs de bonne volonté comme une armée de points d'interrogetion, Une seule contribution, à la différence de cet assenblage lamentable, astond so livrer à une analyso marxiste, c'est celle du #.Solano, du POUM, i cherche à expliquer le développement du mouvoment ouvrier espagnol. Nous un l'occasion de l'étudier de plus pros, d'analyser la politique nationilo ot internationale du POUM.

Tous ceux qui se sont momentanément perdus dans 10 RDR n'ont-11s bas encore pordu l'occasion de tirer la leçon de la banqueroute de leurs anniena dirigeants? Il n'y a pas d'autro moyen de délivrer 1'humanitó du conchemar do la société actuelle qu'en construisant un parti révolutions

"dIre, basé sur le programme, la stratógie et la tactique en conformité stricte avec les principes marxistes. Si lente que soit cette construc - tion, quelque patience quelle exige, elle constitue le 9 eul moyen a'arriver au but socialiste.

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