Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 7, numéro de l’été

La question de la Macédoine

Quatrième Internationale, vol. 7, numéro de l’été · été 1949 · p. 54-59 · 2 571 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

( Traduit de "'LA LUTTE OUVRIERE", organe illégal du Parti Communiste Internationaliste (section grecque de la IVe Internationale)

La question de la Macedoine revient à nouveau à l'ordre du jour, à la suite des résolutions du 5è Plenum du C.C. du P.C. (janvier 1949) et du 2è Plenum du Conseil Central de la N.O.F. (+) qui ont lancé le mot d'ordre de l'unification de la Macedoine bulgare, yougoslave et grecque en un Etat unifié libre et indépendant au sein de la Fédération des Démocraties Populaires des Peuples balkaniques. Ce nouveau tournant du stalinisme grec sur une question qui a été considérée par lui comme inexistante pendant plus de deux décades vient porter à son comble la confusion que la politique stalinienne a répandue d'une façon systématique dans les masses travailleuses depuis 1924 jusqu'à ce jour par ses différentes positions erronées ou réactionnaires et par ses perpétuelles dérobades sur cette question.

Avant d'analysser notre position, celle du prolétariat révolutionnaire, sur la question de la Macedoine nous essayerons tout d'abord de montrer d'une façon concrète ce que fut sur cette question la politique stalinienne dans ses différentes phases incohérentes et contradictoires.

1) En 1924, à la suite des résolutions du 5è Congrès mondial do l'I.C., de le Tème Conférence Balkanique et du Congrès extraordinaire du Parti Communiste Greo, 11 a lancé le mot d'ordre de "la Macedoine unifiée et indépendante" et de "la Thrace unifiée et indépendante", en tant que not d'ordre politique central. C'était fondamentalement faux quant à la seconde moitié du mot d'ordre (en ce qui concerne la Thrace) pour la très bonne raison qu'une nationalité ou une question thrace était purement et simolement inexistante. Mais, même dans sa première partie, ce mot d'ordre demeurait complètement incompréhensible pour les masses; il était par ailleurs théoriquement ot politiquement faux car la question de la Macedoine qui existait bel et bien, était considérée d'un point de vue territorial et non du point de vue national telle qu'elle était en réali-

Ce mot d'ordre avait été imposé au PC grec en raison : a) de la ligne politique erronée adoptée par le 5è Congrès de l'IC (première étape de la dégénérescence bureaucratique de l'IC) où le rapporteur Manouilsky déolara (à la suite des défaites prolétariennes de 1923 en Allemagne ot de 1923-24 en Bulgarie) que les soulèvements nationaux des diton, des croates, des Slovaques, des Macedoniens, eto., constituaient une "bombe" destinée à saper les fondements du capitalisme européen ; b) de l'aventurisme politique de la direction du Parti Communiste bulgare Kolarov-Dinitrov, à l'époque, direction qui préconisait une alliance avec

+) Organisation des Slavo-Macedoniens, montée et contrôlée par les staliniens. (Note du traducteur).. - 54- la Comité Macedonien d'Alexandrov et Protegerov en faveur de laquelle i1 fallait a tout prix lancer le mot d'ordre de l'indépendance de la Mace -doino, quelles qu'en fussent les conséquences pour le PC grec, dât-il y pordre son influence de masse •

2) Le mot d'ordre en question fut en réalitó abandonné peu apros avec la débacle lamentable de la politique aventuriste de KolarovDinitrov et il cessa d'otre au centre de la politique du PC grec. S'il a été conservé pour la forme dans certains docunents (résolutions des 3ème ut 4ème Congrès du PC grec et du Plenun du CC de décembre 1931) ce ne fut que pour des raisons de prestigo, en face de l'Oppositiondo Gauche dirigéo par la camarade Pouliopoulos.

3). Le not d'ordre disparait pour ln première fois complotemont de la résolution du 5ème Plenur du CC (décenbre 1932) puis réspparait sous une forne retouchée et de facon accidentelle dans la résolution du 6òne Plenum de janvier 1934 ( Droit' de disposer a'eux-mêmes jusqu' a la séparation des Macedoniens et des Thraces opprinés) et du 5ène Congrès de mars 1934 (Droit d'autodétermination nationale des minorités jusqu'a le séparation). Il est abandonné dans le programme au CO du PC groo en janvier 1935 ; enfin, les résolutions du 6ème Congrès (déceubre 1936) proolament officiellement que la question nationale de la Macedoine est inoxistante per suite de la modification de la composition ethnique. En FEn Parlement la moindre revendication macedonienne.

Ce nouveau tournant du Parti stalinien grec sur la question de la Mecedoine (qui dura jusqu'en janvier 1949) en vertu duquel il alignait se politique sur celle de la bourgeoisie nationale, fut inauguré de la tacon la plus catégorique pour faciliter la "ligne générale" , c'està dire la politique du Front Populaire et du Bloc démocratique antifascisto avec l'aile libérale démocratique (!) de la bourgeoisie. (cf. Accord Sklavéna-Sophoulis, etc).

Poursuivie avant, pendant et après la guerre, cette politique nationaliste du PC grec atteignit son apogée avec les mots d'ordre de la défenso de "l'indépendance et de l'integrité de la nation", du "Front national", de la "guerre de libération antifasciste", du "gouvernement a' union nationale", de la "rectification des frontières aux dépens de la Bulgarie", etc.

4). Le récent tournant stalinien effectué au 5ème Plenum du CC de janvier 1949, reprend en substance l'ancien mot d'ordre de 1924 dans dos conditions historiques nouvelles. Cette position n'a aujourd' hui,plus encore que pax le passé, absolument aucun rapport avec les intérâtá de la Révolution soolaliste grecque, balkanique ou mondiale, à laquelle le stalinisme est irreductiblement hostile à l'échelle nationale, balkanique et mondiale. Ello sort uniquement les intérêts de la bureaucratie soviétique.

Celle-ci, exploitant les aspirations d'autodétermination du peuple macédonieny en raison de son impuissance à triompher en Grice par La guerre des Partisans, vise à créer un Etat Macedonien "indépendant" constitué par les trois Macedoines: grecque, bulgare, yougoslave, mais dépendant en réalité du Kremlin par l'intermédiaire de la Bulgarie, ce

- 55 -

La) affaiblirait la "Démocratie Populaire Pédéralc" de la Yougoslavio le Tito ;

Mb constituerait un grave danger sur ses flancs ; au Kremlin donnerait/ l'accès vers la mer Egèe tant convoitée ; a) menacerait les avant -postes impérialistes dans les Balkane, à savoir la Grice et la Turquie.

Le but de la bureaucratie soviétique qui a déterminé le mot d'ordre de "l'Etat Macedonien unifié et indépendant" ayant pour axe aujourd'hui la lacedoine bulgare de Pirine, hier la Démocratie Populaire de la Macedoine yougoslave, n'est pas , réperons-le, ni la libération nationale d els MeceLobions (qui, selon des déclarations staliniennes maintes fois répétées •serait déjà réalisée au sein des régimes de démocratie populaire de Tougoslavio et de Bulgurio), ni la progression des positions de la Révolution socialiste dans les Balkans ; c'est uniquoment, aux dépens de l'impérialisme certes, mais en même temps également cux dépens des masses ouvrières et paysannes opprimées et exploitées, c'est la liquidation do leur avant-garde révolutionnaire, la suppression chez celles-ci de tout contrôle, de toute critique, de toute initiative, la cormiption de leur critèré, de classe -tout cela au nom d'un "socialisme" qui constitue la negation même de l'essence du socialisme et du communtisme et qui couvre les monstrueux privileges d'une bureaucratie tyrannique et omnipotente,

Mais cette voie dans laquelle la bureaucratie soviétique s'est engagée par peur de la Révolution prolétarienne et de l'impérialisme, conduit en fin de compte au renforcement de l'impérialisme aux dépens de la Revolution Mondiale et des derniers vestiges des conquites de la Révolution d'Octobre on URSS. Ceux-ci en effet ne sauraient être sauvegardés par une velle guerro mais uniquement par dos révolutions prolétariennes qui briseraient l'échine de l'impérialisme et de la burcaucratio et rendraient impossible la guerre et possible l'instauration du socialisme par les masses et pour les massos à une échelle mondiale.

Après 17 ans d'orientation nationaliste du PC gree en ce qui concerne la question de la Macedoine, le rebondissement inopiné de cette question au 5ème Plenum de 1949, la fapon dont elle est envisagée et le moment où elle se retrouve placée au centre de sa politique, non seulement ne réparent aucune des erreurs passées mais constituent une double trahison du prolétariat grec ot des Macedoniens opprimés par la bourgeoisie hellenique. Désarmant idéologiquement le proletariat, elles le livrent politiquement confus et im buissant à l'assaut idéologique et à la pression de la bourgeoisie, ce qui rend encore plus difficile le regroupement de ses forces atomisées. ( La preuve en est la vague de capitulations et de désertions des derniers mois).

La fagon dont le tournant est effectué (séparation étatique de toute la Macedoine greoque), le moment où il a lieu (période de recul sensible au mouvement ouvrier grec) et la soudaine remise en question du problème macédonien par le PO grec, qui, lui-même, pendant de longues années, a systématiquement propagé et encoregó des conceptions nationalistes, limitent à l'extrême la large base sociale qu'exige aujourd'hui l'oeuvre immense du renversement du régime capitaliste en Grèce, branlant certes, mais puissumment et puvertoment soutenu par l'impérielisme amériesin.

- 56 -

D'autre part, le stalinisme trahit même la lutte historique du pouple lecédonien parce que 1º 11 11solo du prolotariat grec sans l'aido ot la victoire révolutionnaire duquel la libération nationale des Macédo niens opprimés par la bourgocisie grecque ne saurait être réalisée. Et 20 : ses aspirations éventuelles à l'indépondance nationalo, impossibles à réaliser sans la compréhension fraternelle, la coopération et le soution ¿ a prolétariats yougoslave, bulgare at greo, il les exploite on vue de a créa tion d'un Etat-pion entre los mains du Kremlin, c'est-a-diro d'un la bureaucratie "démocratique populaire" et politiquement utilisées pour vat dont les masses seraient oppriméos ot exploitées économiquement par servir aux fins réactionnaires de la bureaucratie soviétiquo, on premier lieu dans sa lutte contre la Yougoslavie de Tito.

Comment se pose dans les conditions historiques présentes, du point de vue de la politique révolutionnaire prolétarienno, la question de la ¡lacédoine? Quelles sont les tâches qui en découlent pour le proléta -riat groo et les Macédoniens opprimés par la bourgeoisio hollénique?

Nous nous efforcerons de les résumer le plus clairemont possible. T1 existe effectivement dans la Macédoine balkanique bulgaro, you oslave et grooque uno nationalité macédonienne opprimée yant une consciongo nationalo, sa languo, des mocurs et ses coutumes, et qui a mené nant fut atteint lora de la révolution noyée dans lo sang de Ilinten en dos luttes révolutionnaires d'émancipation nationale dont le point culmi1903. Cette minorité ethnique est concentrée dans sa plus grande partie en Macedoine bulgare do Pirin, dans la "Démocratie populaire" yougoslave de Macódoine (la plus étendue du point de vuc territorial), et dans une sono frontiiro de la Macédoine grooque habitéo, solon les inexactes statistiques officielles do 1928, par quatro vingts mille, mais en réalité par 200.00 a 250.000 Macédoniens. La composition ethnique de la Macédoino a toutefois été sunsiblement modifiée depuis 1932 dans le sens d'une prédominance de l'élément grec, par suite de l'échange des populations greoques et turques et de l'émigration "volontaire" greco-bulgare.

la minoritómacédonienne et son mouvement émancipateur eurent a faire faco, avant la guerre, à l'oppression la plus cruelle de la part des bourgeois balkaniques, de la bourgeoisie grecque et serbe surtout, et à une exploitation camouflóe et sournoise de la bourgeoisie bulgare qui poursulvait ses propres buts impérialistos. Depuis la fin de la guerre In minorité macédonienne fut soumise à une oppression nationale beaucoup plus intenso de la part de la bourgeoisie grecque, tandis qu'en Yougoslavia et en Bulgarie on lui conceda accordós aux autres peuples de ces deux pays, bien qu'elle resta comme eux soumise à l'exploitation et à l'opprossion incontrôléesde la bureaucratie stalinienne.

Ies trotakystes groes n'ont jamais ignoré la question nationale de la Macédoine et ils ont flotri la politique stalinienno de 1932 1949 en cotto matiire, comne une politique nationaliste et réactionnaire. Dans leur programme ainsi qu'en toute cutre cocasion, ils ont proclamé non seulement qu'ils défendaient les revendications nationales immédiatos do Macédoniens opprimés, par exemple leurs écoles nationales, le 11bro usago de la langue macédonienne, la liberté du culte, des droits égaux ma ans lour art at de durant on nate no

Les révolutionnaires n' ont opendant pas cessé de souligner que les masses ouvrières et paysan-

- 57- nos opprimées de la Macédoine (paysannes dans leur grande majorité) ne souraient parvenir à une émancipation totale et définitive que dans le cadre de la Fédération des Démocraties Socialistes des Balkans en vue de laquelle s'impose l'alliance de toutes les masses balkaniques explo1tées, contre leurs exploiteurs et leurs oppresseurs.

La défense du droit d'autodétermination des Macódoniens jusque et y compris leur séparation a été considérée par notre Parti comme un élément indispensable a) Pour développer l'éducation internationaliste du prolétariat greo et combattre les influences de l'idéologie nationaliste dans ses rangs. Nous ne défendons pas notre "patrie", c'est-à-dire le terrain d'exploitation et d'oppression de la bourgeoisie grecque. Notre seule patrie, o'est la révolution en Grèce, dans les Balkans, dans le monde entier. Les capitalistes grecs et leur Etat sont nos ennemis irréductite de ten n t ts Pour retablir d'alliance classe entre le prolétariat grec et les masses macédoniennes opprimées et utiliser le mouvement de libération nationale en tant qu'élément de la lutto de toutes les masses opprimées et exploitées du pays en vue de la solution révolutionnaire socialiste. Mais, on même temps, nous n'avons jamais admis l'ancien mot d'ordre stalinien de "la Macédoine unifiée et indépen -dante", c'est-a-dire la séparation de toute la Macédoine greaque dans laquelle la nationalité macódonienne ne constitue aujourd'hui, apròs la politique d'hellénisation par la violence de la bourgeoisie grecque, qu'une petite minorité, et nous avons toujours montré son caractère aventuriste et seotaire.

Aujourd'hui plus que jamais la solution intégrale et définitive do la question macédonienne --autodétermination de la nation Macédonienno, sa constitution en un Etat unifié et indépendant-- est liée à la révolution prolétarienne socialiste dans les Balkans et à l'instauration de la Fédération des Démocraties Socialistes Balkaniques, avec laquelle la sinistre farce stalinienne des Démocraties Populaires n'a , bien entendu, sucun rapport,

Cette solution révolutionnaire prolétarienne comporte deux lignes paralliles :

En Grèce : une lutte révolutionnaire inéluctable du prolétariat et des masses exploitée contre la bourgeoisie grecque et contre 1'impérialisme étranger qui la soutient ; le regroupement du mouvement prolétarien atomisé qui, partant des revendications économiques et politiques immédiates, sera amené a soutenir non seulement les revenalcations nationales immédiates des Macédoniens opprimés par la bourgeoisie greaque, mais aussi leur droit à disposer d'eux-mêmes jusqu' à la séparation. Dans les autres Etats balkaniques : une défense opiniâtre, systématique et intransigeante, par tous les moyens de la lutte de classo, par les messes ouvrières et paysannes des "Démocraties Populaires" et los les Macédoniens eux-mêmes, bien entendu, contre la caste privilégiée et exploiteuse . d'un programme réellement révolutionnaire dont quelques éléments fondamentaux sont : 1.-F'onotionnement démocratique des syndicats et des organisations politiques. Liberté pour tous les partis ouvriers anti-capi -talistes, comprenant la liberté de presse, le contrôle et - 58 - le droit de critique des directions des partis, des syndicats et de l'Etat.

2.- Elections libres et démocratiques de comités d'ouvriers, de paysans et de soldats, contrôlés par les masses et revocables par elles, sans priviliges spéciaux, au lieu des organes bureaucratiques présents,

3.- Armement des ouvriers et des paysans pauvres.

4.- Libération de toute subordination économique, politique et idéologique au Kremlin.

5-- Suppression du blocus économique et cessation immédiate des interventions contre la Yougoslavie de Tito.

6.- Mise en liberté immédiate de tous les militante de la classe ouvrière emprisonnós en raison de leurs opinions politiques.

7.- Discussion libre et démocratique des appreciations politiques de la IVò Internationale, des Socialistes, de Tito, de Kostor, de Marcos, etc.

8.- Abolition des privilèges bureaucratiques, Expropriation totale économique et politique des exploiteurs.

matériel et moral absolu du prolétariat grec dans sa

9.- Soutien dure lutte anti-capitaliste.

10. - Fédération Balkanique,

Une erreur sur cette page ?