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La revue › vol. 7, numéro de l’été

L'assassinat de Léon Trotsky

Quatrième Internationale, vol. 7, numéro de l’été · été 1949 · p. 15-19 · 1 995 mots

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Un anniversaire de plus, le neuvième, de l'assassinat de TROTSKY. L'homme qui mit au cours de toute son existence les dons les plus variés et les plus prestigieux -de théoricien, d'écrivain, d'orateur, d'organisateurau service du prolétariat mondial, qui dirigea la Révolution montante en 1905 et en 1917 ; qui, après avoir pris le pouvoir, mena la lutte contre la réaction bureaucratique; qui assura la continuité de l'organisation internationale du prolétariat dans une des plus noires périodes de l'histoire en fondant la IVe INTERNATIONALE, est tombé sous les coups d'un stipendié de Staline. C'est ce qui est ressorti de façon irréfutable au procès de ce " Jacson-Mornara". Mais l'identité exacte de l'assassin jusqu'à présent n'a pu être établie. Si Mosoou a recouru à un tel luxe de précautions pour cacher cette identité, aussi bien avant le procès que tout au cours des années qui se sont écoulées depuis, c'est que la con -naissance de cette identité pourrait être préjudiciable à la poursuite des crimes contre-révolutionnaires du Guépéou. Aussi est-il important tant pour éclairer le passé que pour combattre à présent le stalinisme de relever toute indication permettant de préciser l'identité de l'agent du Guépéou qui a tué Trotsky.

Dans des numéros précédents, nous avons publié un arti -ole d'Alfred Rosmer et une lettre de Natalie Trotsky stigmati -sant le caractère mi-publicitaire et mi-fantaisiste du livre sur l'assassinat de Trotsky, publié en collaboration par l'Espagnol Gorkin, membre du POUM, et le chef des services secrets de la Po11oe mericaine au moment de l'assassinat, Sanchez Salazar, dont le r8le au cours de l'enquête ne fut guère brillant, pour ne pas dire davantage. Sans avoir à modifier en quoi que ce soit notre ap -. préciation générale de ce livre et des intentions de ses auteurs, nous relevons toutefois que, dans une annexe à celui-ci, Gorkin prétend établir l'identité réelle de "Jacson-Mornard" et se dé -clare prêt à apporter la preuve de ses affirmations. Nous reproduisons ci-dessous cette annexe à titre de documentation et, sans préjuger des efforts que nous ferons de notre part pour les vérifier, nous voulons espérer que Gorkin produira ses preuves.

++ ++ LA VERITABLE IDENTITE DE L'ASSASSIN DE LEON TROTSKY ve livre, truit d'une recherche minutieuse, basé sur la seule documentation otticielle et complète qui existe, ne serait cependant pas un livr

-15- achevé si la véritable identité de liassassin de léon Trotsky restait douteuse, J'ai en vue bien entendu l'assassin matériel, c'est-à-dire l'instrument d'exécution, car personne ne peut avoir le moindre doute sur 1'identité de l'autre assassin. Cette identité a été definitivement établie d'une façon concluante.

Comme il est dit par ailleurs dans ce livre, plusieurs réfugiés catalans qui avaient occupé des postes responsables dans l'organisation communiste pendant la guerre civile espagnole et qui se sont ensuite placés en dehors de celle-ci -et même contre elleont reconnu l'assassin d'une 1agon ind bit 110 4 11a port de un attire de 29 tatares et du pea A l'appui de leurs affirmations ils allèrent jusqu'à suite d'une blessure qu'il rogut quand il était au front, ce que j'ai fait vérifier sans que l'assassin puisse le soupçonner. Sorupuleux à l'extrême, j'ai voulu attendre d'autres preuves supplémentaires.

Celles-ci me sont enfin parvenues Quelques-unegles plus importantes, de Moscou même, Le rideau de for, dressé par le totalitarisme stalinien en vue d'isoler le peuple russe martyre, a ses fuites. En tout cas, je suis en mesure de faire toute une série d'affirmations et d'en prendre l'entièro responsabilité. Je dirai même que je suis prêt, si besoin est, à apporter la preuve de mes temoignages à n'importe quel moment.

Da mère de l'assassin vit encore, elle s'appelle Caridad Mercader, C'est une Catalane hardie, énérgique et fanatique, une femme qui a tout placé sur la carte du stalinisme. Elle demeura pandindroplusieurs années en France et en Belgique, y élevant ses cing enfants : quatre garçons et une fille. Cela explique pourquoi ils parlent tous un français correot et pourquoi l'assassin de léon Trotsky, le troisième de ses enfants, a pu se faire passer pour Belge.

On croyait que Caridad Mercader était entrée au service du Guépéou en Espagne au commencement de la guerre civile, Illenest pas ainsi. Ses liaisons avec cette sinistre organisation de police et d'espionnage datent de plusieurs années auparavani.

du Guépéou à Paris. Elle appartenait à par le service secroù, lequel agissait

En 1928 elle était déjà au service

"cellule spéciale" contrôlée une

-et agit encoresous le couvert do l'immunité diplomatique. Mais, comme du reete tous les autres agents du Guépéou, elle était entrée dans des organisations indépendantes de l' organisation communiste. C'est une vieille taotique du Guépéou, qui en usa et en abusa dans ma pauvre Espagne bien avant de l'avoir appliquée dans les pays qui aujourd'hui sont sous le joug stalinien. Avec sa fille Montserres, Caridad Mercader a appartenu pendant plusieurs années à la 15e section de Paris du Parti socialiote (SFIO). Les vieux militants de cotte section les connaiegent et se souviennent d'elles parfaitement.

Pendant la guerre civile espagnole, Caridad Mercader milita activement dans le PSUC (Parti Socialiste Unifié de Catalogne) qui adhéra à l'Internationale Communiste. Elle fit preuve d'un fanatisme aveugle ainsi que d'un manque total de scrupules dans l'exercice de la terreur. C'est ainsi qu'elle se fit valoir aux yeux des agents les plus importants du Guépéou, et notamment de "Pedro", le plus important de tous, ancien agent à Paris, à Bruxelles et à Barcelone, et qui est un de ceux qui ont organisé le coup de main politique et policier qui a placé la Hongrie sous le totalitomisme shainion,

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Caridad Mercader devint en Catalogne un des agents du Guépéou jouiseant de la confianoe de co rodoutable organisme, et elle y entraina en Espagne, L'aini habite Paris, il souffre d'une maladie chronique. Le sos-enfants. Le de ses fils esti del Rio Mercader. L'un d'eux mourut deuxième est la fille qui ne se sépare jamais de Caridad. Le troisième est le tristement célèbre Jacson-Mornard, l'assassin matériel de Léon Trotsky (1). Enfin, le benjamin louis demeure à Moscou où 11 est en train de finir ses études d'ingénieur,

Le prétendu Mornard appartint aux Milices Communistes de Catalogne. Au front il fut biessé à l'avant-bras, comme je l'ai dit plus haut. Personne ne sut jamais son métier ni de quoi il vivait. Il s'habitua à vivre sans travailler,à fréquenter les maisons de tolérance pour y satisfaire tous ses vices, d'était un petit aventurier sans avenir. A l'exemple de sa mère il devint un instrument docile aux mains du Guépéou, Celuic1 le destina à l'assassinat de Léon Trotsky, pour le cas où l'attentat confié au peintre Alfaro Siqueiros seion le plan qui a été décrit dans le présent livre ne réussirait pas. Dans l'enquête de la police, un point reste obscur, celui qui se rapporte à un éventuel séjour antérieur au Mexique, ainsi qu'au nom de Salvador Torkoft. S'agit-il d'une confusion de la part de l'aviateur russe qui déclara l'avoir reconnu comme étant son ancien chauffeur? On bien l'aviateur était-il lui-meme un instrument du Guépéou chargé d'embrouiller la police et d'éviter ainsi la découverte de la véritable identité de l'assassin? Tout est possible. L'aviateur en question a disparu. En tout ces, ce point-là a aujourd'hui une importance très relative,

Caridad Morcader résida à Moscou de 1940 à a0t 1944. On l'y traitait comme un important personnage. Elle était en Ilaison directe avec Beria, le tout-puiseant chef du NKVD, Il lui était formellement interdit de parler à personne de son troisième fils, Cependant. elle en parla à quelques communistes de confiance réfugiés à Moscou. Il y a quelque chose que le NKVD n'a pas réussi et n'arrivera pas à supprimer complètement : c'est la conscience individuolle, la confiance entr&egamarades et des amis intimes, les liens familiaux, le sentiment maternel...Et aussi la pensée critique des militants étrangers pour qui le contact avec. la réalité russe devait conatituer un choc violent. Si violent et si terrible qu'il devait pousser José Diaz, ex-secrétaire du Parti Communiste espagn/1 a se jeter de la fenêtre du 3e étage de l'Hôtel Intourist de Moscou.

Caridad se sentit devenir la proie des remords et commença a hair du fond de son coeur la tyrannie russe et les chefs de l'organisme

(1) L'assassin de Leon Troteky s'appelle exactement Ramon del Rio Mercader. Il n'a jamais fait usage du nom du père (del Rio) mais soulement de celui de la mère (Mercader). Le frère ainé, qui séjours à Paris avec sa mère et sa soeur Montserrat, s'appelle Jorge (surges). Celui qui habite Moscou, le benjamin comme je l'ai déjà dit, =-pello louis, -- 17 -

-enquel allo et les siens étaient enchainós peut-être pour toujours.

Après des démarches longues et persévérentes, Caridad Mercador réussit dà sortir dampeS d la doto-indiquéo plus haut. Elle y laissa le plus jeune de ses fils qui est un otage répondant du silence de sa mère et de ses frères. Le NKVD n'ose pas supprimer Caridad par peur que son fils, l'assassin de Léon Trotsky, ne parle un jour, Il ne se décide non plus à supprimer celui-ci par peur de la mère. Tel est le cercle infernal.

Caridad Mercader séjourna au Mexique sous une fausse identité d'octobre 1944 à novembre 1945. Elle y fut en contact permanent avec son fils; elle vit à ce que rien ne manque, et, au moyen d'un avocat habile et d'un juge, elle tira toutes les ficeiles pour faire admettre la théorie de la "légitime défense" et obtenir une réduction de la peine à 20 ans et un jour.

Elle est à Paris depuis environ trois ans avec son fils niné et sa fille Monserrat. Mais elle reste toujours en liaison aveo une Commission d'agents directe du NKVD dans la capitale du Mexique, Ces agents on de gros appointements et se promènent en auto. Leur seule tâche est de pourvoir aux besoins de l'assassin de léon Trotaky -et de le surveiller aussi, J'ajouterai que l'organisation de l'assassinat de l'ancien chof de l'Armée Rouge, l'aide accordée à l'assassin et l'entretien de l'appareil đu NKVD au Mexique, tout cela a coûté à Moscou à ce jour la jolie somme de 600.000 dollars, Staline doit se dire que ces dollars sont bien employés. Pour lui, pour sa tyrannie totalitaire, la disparition de Léon Trotsky vaInit cette somme et plus encore.

Julian Gorkin, ++ #*+* Egalement à titre d'information sur l'assassin de I.Trotsky, nous publions les extraits suivants des "PAGES DE JOURNAL" de Victor Serge parus dans "les Temps Modernes" (juillet 1949) : "2 juillet 1946. -.., Bartoli et Agustin S. Puertolas ont cru reconnaitre

Men Jackson un nommé Mercader (ou Meroadet), communiste catalan, La mère de Mo était en Russie; il a une cicatrice au bras (J.aussi, paraft-11), Un policier d'origine catalan aurait affirmé que peu après l'arrestation, dans son désarroi, J. aurait parlé catalan (témoignage indiroct, douteux).

"Le Dr. Q. dit que J, connaissait mal l'espagnol et l'apprit pendant l'instruction, "Nous observimes ses progrès"'.

"Le Dr. Q. pense que Jo serait balkanique, Je dis: Peut-être

Caucasien ou du Moyen-Orient, d'après le type. Possible. - C'est aussi l'opinion de M, et A. Rosmer. - Le Dr. G. pense que J. connaît probablement le russe. Sounis au "détecteur du mensonge" , on lui montra un message en rusco,de nature à l'émouvoir (sa mère). Le débicteur enregistra une émotion vive".

→+* "6 août 194]. - La prison de Locumh rri (La Penintonnioria)...Le cahinet est spacieux ménligá..,Une tamn famme s'y trouve quand je sais - 18 - introduit...

"Jaokson Mornara entre d'un pas rapide. En me voyant, 11 éprouve

_un choc, mais se domine instantanément...De l'assurance et du bien-atre l'assurance et du bien-être physique dans toute sa tenue ,

"Je cherche à lui attriluer un type. Pas juif. Ni Russe. Ni Belge, n1 Français, ni Espagnol commun. Je suis dérouté, fe progède par élimination, en vain. Je songe aux types que je connais peu: Balkanique, Paro,

Caucasien, Arabe, Syrien. Finalement, le Syrien, l'Arabe, le Turo me

Arabe, Syrien.

paraissont les plus appropriés; ii se trouvent aussi au Caucase. Aucun indioe précis".

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