N a rarement l'occasion de disposer d'une expérience de laboratoire histoire et en politique, observait Trotsky dans une lettre que nous publions par allleurs dans ce numéro. Dans la « guerre froide », qui oppose Américains et Soviétiques, les élections de Berlin constituent précisément une de ces expériences de laboratoire pleine d'enselgnements.
Depuis plus d'une année, la guerre froide se poursuit entre l'Est et l'Ouest.
Depuis plusieurs mois, le territoire berlinois est soumis à un blocus de la part des troupes soviétiques. La partle occidentale de la ville qui se trouve sous le contrôle des Américains, des Anglais et des Français, n'est rellée au reste du monde que par le « pont aérien ». La querelle s'envenime quotidiennement.
Peut-étre pour la première fois dans l'histolre, une ville de plusieurs millions d'habitants est partagée aussi longtemps en deux tronçons, partage caractéristique d'une batallle de rues dans une guerre étrangère ou dans une guerre civile. C'est dans des conditions, absolument extraordinaires, que la population de Berlin a été appelée à voter pour sa municipalité.
Les Soviétiques, hostiles à la municipalité sortante, avaient fait désigner peu avant les élections, dans des conditions qui n'avaient rien de commun ni aveo la démocratie bourgeoise ni non plus aveo la volonté révolutionnaire des masses, une nouvelle municipalité dont l'autorité est limitée aux territoires sous contrôle soviétique. Puis ils avaient en fait empêché - sous menaces de sanctions graves — la population des territoires qu'ils contrôlent à prendre part au vote.
Dans le reste de Berlin, leurs hommes qui dirigent le S. E D. avalent appelé les travailleurs à boycotter les élections tenues sous les auspices des « Alliés *.
Il serait faux de parler d'élections libres à Berlin, car il ne peut y avoir d'électlons vraiment libres dans un pays occupé ; mais dans par cette occupation, les habitants de la zone occidentale de Berlin ont pu aller ou ne pas aller voter et ont pu choisir entre plusieurs listes (1).
Berlin, c'était, avant l'arrivée des nazis au pouvoirs, une ville rouge, dominée par la social-démocratie et le parti communiste. En Allemagne elle première place comme bastion prolétarien qu'au grand port de Hambourg. Certes, profitant de la lutte fratricide entre ouvriers sociaux-démocrates et communistes, Goebbels était parvenu à y imposer avant 1933 la présence des nazis et leur droi à la parole. Mais, même après 1933, les quartiers proletariens de Neukön, de Wedding..., s'ils avalent subi le nazisme, n'avaient jamais été gagnés à lui.
La première constatation qui s'impose des élections de Berlin, c'est le nombre très réduit des abstentions, en diminution sur les élections précédenles C'est un du recul notable de l'influence stalinienne et de l'hostilité masses berlinoises à l'occupation soviétique méthodes nombre des abstentions n'est pas du tout localisé aux quartiers bourgeois petits bourgeois ; la forte proportion de votants est tout aussi accusée dans les quartiers prolétariens, où le parti communiste dominait autrefois.
D'autre part, masses travailleuses de Berlin, dans leur majorité, ont voté pour la social-démocratie et ont rejeté les candidats des partis bourgeois. Que signifie particulièrement ce vote ? Il est vrai que la social-démocratie allemande est particulièrement marquée au sein même de la social-démocratie internationale : Il est également certain que, malgré les années de dictature fasciste, les travailleurs allemands n'ont ni oubllé ni passé l'éponge sur les crimes des Noske, Ebert, Scheidemann, Wels, Severing, Zoergiebel, eto. Il est également vrai que la social-démocratie allemande, sous la direction de Schumacher, s'est mise au service des Alliés. Mais, ce qui est non moins certain, c'est que, dans les conditions du vote de Berlin, parmi tous les candidats et partis qui pouvaient se présenter, les sociaux-démocrates faisalent figure de seuls candidats ouvriers contre les candidats bourgeois. Et, faute de mieux, les ouvriers ont voté pour eux. Les ennées de dictature nazie n'ont pas pu effacer les frontières de classe ; les années d'ocoupation militaire n'y parviendront également pas.
Mais la situation telle qu'elle s'est manifestée à Berlin montre d'autre part que, dans les conditions de contrainte inouie auxquelles sont soumis les Berlinois, l'exaspération des masses a pu être utilisée au profit des impérialismes contre l'U. R. S. S. N'a-t-on pas vu, dans les semaines qui précédèrent les élections, de violentes manifestations de masses contre les occupants soviétiques, cela visiblement sous la bienveillance et l'instigation des chefs militaires alliés L'antistalinisme plus que légitime des travailleurs berlinols risque d'être utilisé par l'impérialisme à des fins anticommunistes.
Les élections de Berlin montrent que les travailleurs des pays occupés peuvent se prononcer I/brement ; la conscience de classe est loin d'être détruite en eux, mals elle ne peut s'exprimer que par les voies permises par les gouvernements militaires. Et ces professeurs de démocratie bourgeoise ou ne voient en eux que de la chair à canon. Il faut donner donner aux travailleurs des pays occupés la possibilité de se déterminer eux-mêmes librement. Il faut que travailleurs des puissances occupantes luttent pour imposer le retrait des troupes d'occupation. C'est en les aldant à se délivrer de la botte des gouvernements militares que les travailleurs des pays ocoupés trouveront, prolétaires des autres pays, la vole de la lutte internationale des travailleurs contre la 3º guerre mondiale qui se prépare, de la lutte pour les Etats-Unis socialistes d'Europe et du Monde.