par M. PABLO
DIMITROV, porte-parole de la stratégie stalinienne depuis l'avènement d'Hitler et la fin de la « troisième période », a prononcé au 5° Congrès du Parti Communisle Bulgare, en décembre dernier à Sofla, un grand discours dans lequel il a rendu publiques les nouvelles consignes reçues du kremun, en ce qui concerne les " problemes de la Démocralie Nouvelle La première partie de son discours Iut consacrée à la condamnation toute la politique des Parlis Commumistes et de la II* Internationale avant 1934, c'est-à-dire avant qu'ail élé inaugurée la taclique des • Fronts Populaires ». Dimitrov accuse les directions communistes d'alors d'avoir oublié l'enseignement léniniste • de la nécessilé des compromis révolutionnaires •. Ceuxoi consistent, d'après Dimitrov, dans la Russi nombreux que possible » afin que d'autres construction • Partis d'alliances larges non-communistes avec ouvrière aide d'abord ces la classe * fronts » à accomplir la « révolution democratique bourgeoise ». C'est seule. ment apres accomplissement de celte revolulion et quand la classe ouvrière a atteint une que le Parti Communiste qui la repré- * position dominante " sente peut se tourner contre ses alliés de la veille. A cette théorie menchevique, vieille d'un demi-sieele, et dont le stalinisme a fait l'expérience sanglante sur le dos des masses chinoises en 1925-1927 et des masses espagnoles en ces deux exemples), Dimitrov donne le 1935-1938 (pour ne mentionner que nom de « théorie des • deux lactiques » formulée par Lenine et appliquée par
Stalne • Pour des falsificateurs élevés dans l'école stalinienne, école unique dans dans l'histoire, il n'est naturellement pas étonnant que Dimitrov, quand condamne les directions communistes ", oublie par hasard avant son " ère deux petits faits Que ses a argua ments " se crilique de la " Tro sième Période » rapportent de 1929-1933, qui venalt après une périone (1925-1928) d'erreurs opportunistes grossières de toute la III° Internitionale, période dans laquelle les
• compromis » non seulement ne furent pas exelus, mais au contraire poussés u prolétariat par M. PABLO à leurs conséquences extrêmes. Mentionnons seulement le cas de la politique suivie pendant la révolution chinoise de 1925-1927, et celle du Comilé anglo-russe durant la grande grève générale des mineurs anglais de 1926. b) Que les responsables de celle poltique, aussi bien de 1925-1928 que de 1929-1933, ne furent pas seulement les directions communistes subordonnées au Kremlin, mais avant tout celui-ci et son maitre Staline. Mais a-t-on jamais vu du u camarade Staline • le moindre signe « d'aulocritique, premier devoir de tout vérilable bolchevik • ?
En réalile. cetle façon de a critide • critiquer • a posterlor; la politique du passé, et tout le flot « d'autocritique • déversé depuis là condamnation de Tito par les différents leaders staliniens, de Thorez à Zachariadés, ne sert qu'à permettre les rajustements « théoriques • nécessaires à la justification des nouveles exigences de la politique stalinienne. Politique dietée du Kremlin, et servant avant tout les interets propres de la bureaucratie soviétique dans monde et dans le • glacis » en paruculier.
Celul qui, dupé par la présentation • idéologique • et * theor que • de cette politique, cherchera à clariller ses idées dans les textes staliniens de • crilique « et • d'aulocritique », introduira la confusion la plus complète et son cerveau.
plus dangereuse pour un fonctionnement normal de son cerveau.
Voyons plutot la deuxième partie du discours de Dimitrov qui transmet au monde stalinien les dernières directives
• théoriques • de Staline que Dimitrov venait justement de quitter, après un long séjour auprès de lui, avant d'ouvrir le Congrès du Parti Communisle
Bulgare. Elles sont destinees, selon le mot de Dimitrov, • à aider toutes les démocratles populaires à résoudre leurs problèmes théoriques ».
Ces directives • théoriques » se rósument en réalité en une seule : du.
point de vue " marxiste-leniniste ».
conclut Staline après une longue méditation, la « démocratie populaire • n'est
QUATRIEME après tout qu'une : forme de la dietature du profétariat ».
Les cerveaux des • théoriciens staliniens ont usé une grande partie de leur matière grise à • digérer » théoriquement le contenu social de cette formule lancée au lendemain de la liquidation de la derniere guerre. En labsence de directions précises de la part du Kremlin, ils ont en général évité toute définition concrète, soit en sinstallant dans la rhétorique plate (à la bourgeoisie, mais oe n'est pas non plue t diotature du prolétariat (2).
D'autre part, dans son article * La Tutte entre le nouveau et le vleux • (3), A. Leontiev écrivait :
Il est suffisamment connu que le marxisme-léninisme congoit la transformation socialiste de la société comme devant s'opérer principalement (sic) par la diotature du prolétariat que la classe ouvrière établit en renversant par la voie révolutionnaire la dictature de tallant daus la to manière • de Duclos mocratie Nouvelle el rgie et rénovée, faisant corps avec milliers de héros, combattants ont
S définissant la Dé• une démocratie concrète et vivante, le peuple, dont des de martyrs et de culpté le lumineux
Paniveaue la bourgeoisie... Mais, en même temps, les olassiques du marxisme-léninisme ont souligné plus d'une fois que le passage du système capitaliste au socialisme suppose une variété immense de formes sociales... Ni Marx ni Lenine n'ont préhanation de l'im.
visage " elc.) soit dans requivoque la plus embarrassante : régime hybride, transitoire, original, pour la •première fois vu dans l'histoire •. elo. (1)
Cependınt, malgré l'équivoque qui régnait jusqu'ici, avant que le Sphynx étaient plutôt d'avis que de toute fane parle, les théoriciens staliniens gon il ne s'agissait pas de confondre • Démocratie Populaire » et Dictature du Prolétariat ». Les témoignages en sont nombreux. Cilons quelques-uns : Franz Marek, théoricien du Parti Communiste Autrichien écrivait dans Weg und Ziel (Vienne, n° 2, février 1947) : Il y a différentes voies vers le socialisme mais chaoune signifie la lutte contre le capital et la liquidation de l'appareil d'Etat qul sert les intérêts du capital. De notre temps, la dépossibilité d'arriver au soci-lisme sans mocratie populaire offre une nouvelle guerre civile et sans la dictature du prolétar at comme elle fut Introduite en poursuivent une autre voie vers le so- Russ'e.... Les démocraties populaires cialisme que les bolcheviks. ›
Dans son article « Démocratie d'un type nouvenu ", E. Varga écrivait :
L'organisation socile de ces Etats
(Démooraties Populaires) est différente de toutes celles que nous connaissans jusqu'à présent, c'est une chose absolument nouvelle dans l'histoire de l'humanité. Ce n'est pas la diotature de la
(1) A l'exception, il est vral, des dirldirlgeants • titistes = yougoslaves qui n'ont
Jamais admis que la • Démocratle Populaire » fut une • étape • distnete de la
• dictature du prolétariat ». Ce qui permet aujourd'hul à Tito de dire avec une certaine justineation, dans son discours au
24 Congrès du Parti Communiste Serbe (21 janvier 1949): * Le camarade Dimitrov, dans son dis dans son discours an 5º Congrès du P. C. B., a donn ce que nous avons supposé étre les formu lations concernant le caractère du pouvoi dans les démocraties populaires. Cependan ceci a été déjà au dans nos document avant et durant le Congrès de notre Parti, vu cette forme (de libération de l'impérialisme et de mouvement vers le socialisme que représente la démocratie nouvelle) et ne pouvalent la prévoir. »
Le même Leontiev souligne la distinction entre • l'Union Soviélique qui a édifié le socialisme à base de dictature du prolétariat », et les démocraties populaires qui édifent le socialisme par « d'autres voies » que la dictature du prolétarial. Citons enfin le lémoignage de M. Thorez citant Dimitrov non moins significatif de saient jusqu'ici les dirigeants staliniens la conception que se faide la démocratie populaire :
« Cette démocratie populaire, a déolaré Dimitrov, n'est ni socialiste ni soviétique. Elle est le passage de la démoratie au socialisme Elle crée les cond tions favorables au développement du soclalisme par un progrès de lutte et de travail. Chaque pays passera au socialisme par sa voie propre. L'avantage de cette démocratie populaire, c'est que le passage au socialisme est rendu possible sans dictature du prolétarial. • (Au service du peuple de France, discours au Congrès de Strasbourg, 25 juin 1947).
Avec un air des plus naturels, Dimitrov bouleverse d'un coup et de fond en comble cette conception, La démocratie populaire, préeisa-t-il :
• Est en fait la dictature du prolétariat sous une nouvelle forme.. Selon les principes marxistes-leninistes, le système soviétique de gouvernement et le système du gouvernement dans les pays de démocratie populaire sont deux formes d'un même pouvolr — le pouvoir de la olasse ouvrière alliée à la paysannerie travailleuse et la dirigeant.
Elles sont toutes deux des formes alternatives de la dictature du prolétariat, »
La démocratie populaire « assume les fonctions du pouvoir soviétique
Ainsi se trouve élucidée l'énigme de la démocratie populaire dont l'avènement fut rendu possible, nous dit encore Dimitrov, « uniquement grace a la mission libératrice de l'Union Soviétique ».
(2) Démocratie Nouvelle (N° 9, Sept. 1947).
qui s'est tenu plus eurs mois avant le Con-
(3) Démocratte Nouvelle (N° 12, Déc. 47).
grès du P. C. B. »
3T
Depuis ce discours, l'idée de l'identité entre la dictature du prolétariat et la democratie populaire se fraye discrètement une voie dans la presse stalinienne. L'un après l'autre, les dirigeants el journalisles staliniens, avee la même assurance que lorsqu'ils mettaient l'accent sur la • diversité des voies pour ediller le socialisme », soulignent actuellement l'identilé du fond jur se cache sous la " diversite des ormes pourques du pouvoir *. celle de la dictature du prolétariat.
Ainsi, par exemple, Anna Pauker dans Ainsi, par exemple, Anna Pauker, dirigeanle du P. C. roumain, écrit son article paru dans l'organe du Cominform Pour une paix durable I pour une démocratle nouvelle !
* Le régime de la démocrate populaire réalise victorieusement les fonctions de la dictature du prolétariat, d'est-à-dire les fonctions d'élimination des classes exploiteuses, de leurs positions économ ques, d'écrasement des tentatives de rétablissement de l'ordre ancien, d'attraction de la population laborieuse dans l'œuvre de construction du socialisme sous la direotion du prolétariat, En d'autres termes, lo régime de la démocratie populaire est une forme de la dicature du prolétariat. » (15 Janvier 4949.)
Le rédacteur en chef de la Pravda, Pospelov, parlant à Moscou, le 21 janvier, à la réunion commémorative de la mort de Lenine, dit :
« S'appuyant sur Paide de l'U. R. S. S. et des pays de la démocratle populaire, personnifiant le pouvoir des travailleurs dirigée par la classe ouvrière, [le régime de démocratie populaire] remplit les fonctions de la dictature du prolétariat pour réprimer et Equider les éléments capitalistes et organiser l'économle socialiste. Il remplit les tâches de la période de transition du capitalisme au socialisme. » (Humanité, 24 Janvier 1949.)
A quels changements et à quelles considérations correspond ce tournant si important dans la « théorie » de la démocratie populaire ? Il est indiscutable que les « démocraties populaires » ont atteint un développement politique et économique très différent de celui qui existait depuis leur formation jusque vers le milieu de 1948 . Le parti communiste contrôle et gère maintenant, d'une manière exelusive, l'Etat et les mesures de nationalisation et de controle étatique du domaine encore privé de l'économie (précisément de la paysannerie) ont été partout amplifiées.
Cette évolution pouvait permetire aux staliniens de dire qu'à l'étape actuelle
(et non au début) le pouvoir de la démocrade populaire sidentifle à celui de Is dictature du prolétariat, pour quelqu'un bien entendu qui partage la conception et la pratiqué staliniennes de la révolution prolélarienne et de la dictature du prolétariat.
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Mais la principale raison qui incita le Kremlin à ce tournant ne se trouve certainement pas dans un besoin d'ajuster la théorie aux faits. Depuis que l'Affaire Tilo a éclaté et que les forées centrifuges dans le glacis ont pris une forme plus tangible, le Kremlín s'emploie à resserrer constamment son emprise dans tous les domaines, politique, économique, idéologique.
L'unilé de doetrine sur la démocratie populaire est nécessaire pour couper court à tout égarement possible dans les * diverses voles (jusqu'ici admises) pour identifier le socialisme » et pour consolider encore plus le principe de l'hégémonie du Parti communiste soviétique et de son • expérience dans l'édiflcation du socialisme » sur tous les partis communistes. Dimitrov était sur ce point catégorique :
« Tous les communistes doivent réaliser importance d'une complète coordination des activités de tous les partis communistes dans le monde sous la diroction du parti communiste russe. Tous les partis communistes ont une politique • commune et reconnaissent le grand parti communiste russe comme le parti dirigeant du mouvement ouvrier International.»
La même idée est encore mieux formulée dans l'article écrit dans l'organe du P. C. bulgare, Rabotnichesko Delo, du 18 décembre 1948 :
• Il ne faut pas oublier — malgré le fait que l'internationale communiste n'existe plus — que tous les Partis communiste dans le monde forment un seul front communiste sous la direction du Parti communiste le plus puissant et le plus expérimenté, le parti de Lenine et de Staline ; que tous les partis communistes ont une commune théorie scientifique comme guide pour Paction, le marxisme-léninisme ; que tous les partis communistes ont une leader et un maitre reconnu par tous. le camarade Staline. ›
L'unité de doctrine sur la démocratie populaire va dans le sens général de la plus grande coordination politique (Cominform), économique (Conseil d'entr'aide économique), idéologique, que recherche actuellement le Kremlin, afin de consolider et de maintenir son contrôle sur tout le glacis.
D'autre part, il n'est pas exclu que l'unité de doctrine sur • le fond réel de la démocralie populaire » qui s'avère etre maintenant la dictature du proletarial, prépare la voie a l'assimilation strueturelle, au moins d'une partie du glacis, el à son incorporation sous une forme ou sous une autre dans l'U. R S. S. En Roumanie, par exemple, des pays les plus retardalaires du glacis, mais le plus proche de l'U . R. S. S. es plus facile à digérer que les autres, il n'est pas sans intéret de noter les conséquences du tournant sur la conception la démocratie populaire. Teohari
Georgescu, ministre de l'Intérieur, pré- senta le 12 janvier 1949 au Parlement une loi visant à la création de Consells du Peuple et déclara : « Nous, l'Etal : " Nous, de ceux qui travallent, déclarons ouvement la dictature du prolétariat. • La loi prévoit la constitution de sociétés sur le prototype (depuis longtemps décoralit ) des soviels. Ainsi ces • soviets » travailleront jusqu'aux " électons », à travers les comités exéculits désignés : ils auront comme principale lâche de » sauvegarder • l'ordre socialiste dans la vie locale, de mobiliser les masses pour l'accomplissement des plans économiques, de défendre et de développer la propriété du peuple.
Le vrai pouvoir restera en fait entre les mains du para, et plus partouherement entre les mains de la direclion du parti, incontrôlable, toute puissante et uniquement responsable devant ses maltres du Kremlin. Une telle organisation du pouvoir s'appelle, en langage stalinien, « dictature du prolétariat » (sous la forme ou non de la démocratie popuaire ) Toul autre était naturellement la conception de la dictature du prolétariat formulée et pratiquée par Lenine et que notre mouvement défend :
« L'essence du pouvoir des soviets, écrivait Lenine dans ses fameuses thèses sur * la démocratie bourgeoise et la d'etature prolétarienne • présentées au premier congrès de la 3ª Internationale, consiste en ce que la base constante et unique de tout le pouvoir gouvernemental est l'organisation des masses, Jadis opprimées par le capitalisme, c'est-à-dire les ouvriers et les demiprolétaires. Ce sont ces masses qui, même dans les républiques bourgeoises les plus démocratiques, tout en jouis-
TERNATIONALE sant de l'égalité selon la loi, étalent écartées en réalité par des milliers de
Get de mancuvres de toute participation à la vie politique, de lout coutumes usage des droits et des l/bertés démocratiques et qui sont mainten nt appelées à prendre une part considérable et obligatoire, une part décisive à la gestion démocratique de l'Etat.
« Le pouvoir des soviets, c'est-à-dire la dictature du pro étariat, est construit de façon à rapprocher les masses laborieuses de l'appareil gouvernemental. Au même but tendent la réun on du pouvoir législatif et exécutif dans l'organisation soviétique de l'Etat, et la substitution, aux circonscriptions électorales territoriales d'unités de travail, comme les usines et les fabriques. »
Ces principes, Lenine les a effectivement appliqués en Russie en construisant une organisation pyramidale du pouvoir basé sur des soviels réels, vivanls, démocratiques, gérant et controlant effectivement l'Etat, n'ayant pas seulement lillusion du pouvoir aujourd'hui concentré en réalilé entre les mains d'une bureaucratie omnipolente et incontrôlable.
Pour nous, comme pour Lenine, la révolution prolétarienne el la dictalure du prolétariat ne sont pas concevables autrement que comme l'org nisation du prolétariat en classe effeclivement dominante. Quant aux Dimitrov, la " démocrate populaire » se transforme en dictature du prolétariat dès que leur contrôle devient absolu non seulement sur les formations bourgeoises, leurs tari:t, dont ils identifient abusivement allés d'hier, mais aus:i sur le sur proléla dictature avec le régime de la bureaucratie.