Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 7, n° 1-2

Dans les ténèbres de « l'espace-temps historique »

Tomas Robles · Quatrième Internationale, vol. 7, n° 1-2 · janvier-février 1949 · p. 20-28 · 5 363 mots

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Les coups d'Etat se succèdent en Amérique latine. Après celul de Gonzalez Videla, au Chili, il y a eu au Pérou l'écrasement de la révolte de l'APRA et l'installation de la clique du Général Odria : au Venezuela le président Gallegos futrenversé par les militaires au service des intérêts pétroliers de Wall Street, et la fièvre des pronunciamentos vient de gagner dans ces dernlères semaines les petites Républiques du Salvador et de Costa-Rica.

Les quelques libertés démocratiques accordées aux masses de ces pays semi-colonaux, au lendemain de la liquidation de la guerre, disparaissent rapidement et les cliques militaires, agents des féodocapitalistes indigènes et de l'impérialisme, installent à nouveau une dictature ouverte. Cette évolution s'inscrit en général dans le cadre de l'aggravation des rapports U. S. A.-U R. S. S. et de la préparation de la nouvelle la lutte contre le « danger rouge », rendent Illégales du même coup, guerre. Washington appule les cercles réactionnaires qui, prétextant avec les organisations staliniennes et trotskystes, toute formation char de guerre et aspire à se servir de ces régimes dictatoriaux démocratique. Washington enchaine ainsi l'Amérique latine à son pour drainer encore davantage les ressources naturelles de ces pays et éviter toute concurrence et toute pénétration étrangère.

L'Amérique latine doit rester une chasse gardée fermée de l'impérialisme yankee lancé dans la perspective de la nouvelle guerre. Dans cette entreprise, l'impérialisme et la réaction indigène sont grandement aidés tique représentée par quelques partis petits-bourgeois, ainsi que par l'inconsistance de l'opposition libérale et démocrala politique d'appui à ces partis des staliniens et par la faiblesse encore grande du camp révolutionnaire prolétarien.

L'opposition démocratique petite-bourgeoise qui s'efforce de donner une solution aux problèmes démocratiques-bourgeois de ces pays s'avère organiquement incapable de remplir une telle mission histo-

Ceci est particullèrement frappant dans l'exemple de l'APRA, le parti péruvien de Haya de la Torre, le plus radical de tous les partis démocratiques petits-bourgeois de l'Amérique latine, Fondé au lendemain de la Révolution d'Octobre sur un programme audacieux de lutte anti-impérialiste et anti-capitaliste, PAPRA dégénera ensuite au point de soutenir l'impéralisme américain durant la dernière guerre, et d'abandonner les plus radicales mesures de son programme économique et social. L'article du camarade T. Robles que nous publions, tradult de la revue « Cahlers Marxistes > (août 1948), organe théorique de la section péruvienne de la IV• Internationale, démontre l'inconsistance de la doctrine « libérale » de ce parti type de l'opposition petitebourgeoise, et sa véritable falllite devant l'épreuve des événements.

A peine deux mois après la publication de cet artiole, l'APRA, attaqué une première fois par le régime de Bustamante, fut disloqué sous les coups de la diotature d'Odria, qui avait déposé à son tour Bustamante comme étant trop « tlède » et Incapable de venir complètementà bout de toute résistance au régime.

Aprisme et D se présenter comme étant l'ap- ES ses débuts, l'aprisme voulut plication du marxisme à la réalité péruvienne et latino-américaine. L'évolution de l'Apra a révélé que ses idéologues se limitèrent à couvrir plus ou moins bien une politique petite-bourgeoise par une douteuse phraséologie marxiste. Nous ne voulons pas dans ce bref article marxisme montrer la contradiction criarde qui existe entre les phrases • marxistes » de ce parti et son activité politique réformiste et réactionnaire. Notre but est de prouver comment la pensée marxiste fut toujours absente chez les apristes. Jamais l'Apra ne se conduisit en marxiste parce que jamais il n'avait pensé marxiste.

Les récentes élaborations de Haya de la Torre sur « l'espace-temps historique », foncièrement vagues, confuses et contradicloires, constituent l'expression adaptée aux besoins du moment de la pensée déjà implicite dans l'aprisme dès ses premiers jours. Sa thèse fondamentale est la même que celle de ‹ Théorle et lactique de l'Aprisme » et en elle demeure l'essentiel de ses divergences avec le marxisme. On trouve cependant une différence entre la formudation première et la formulation acluelle: « L'application du marxisme à notre propre réalité › s'est muée en « négation du marxisme ›. Mais, aux dires de son auteur, cette « néga ion › prétend être fidèle à la pensée marxiste, en se prétendant même être un produit de la méthode du matérialisme dialectique. De ce point de vue maintes fois soutenu par Haya de la Torre au cours de son évolution e philosophique > si éprouvée, on ne devrait pas rigoureusement parler d'une « négation » du marxisme ni d'un « dépassement › de ce qui constitue l'essen. tiel du marxisne en tant que méthode de pensée. Par contre, il serait plus juste de dire que l'aprisme se refuse à appliquer à la réalité qu'il a devant les yeux les conclusions concretes formulées par Marx et Lénine à une autre époque,

Est-il vrai que les conclusions apristes proviennent de la même méthode matérialiste que Marx, Engels, Lénine, etc., avdient employée, parait-il, pour les besoins exclusifs de l'Europe ? Autrement dit : estil vrai qu'avant la venue de Haya de la Torre sur la terre le marxisme se limitait à envisager la réalité européenne et à rechercher des solutions pour cette réalité et seulement pour cette réalité ? Si l'on répond par l'affirmative, il faudrait encore demander s'il est vrai qu'il faille dépasser le marxisme afin de l'appliquer à la réalité latino-américaine.

Seule, l'ignorance profonde que la plupart des gens ont du marxisme nous oblige à poser de telles ques.

tions. Cette ignorance constitue la seule base sérieuse de cette supercherie qui s'appelle le a dépassement du marxisme ». Il faut n' avoir pas lu la riche littérature du socialisme scientifique, de Marx, d'Endans d'autres pays, bref à un autre " espace-temps historique ». C'est ainsi que Haya de la Torre s'expliquerait si ses excursions théoriques étaient mues par un souci sincère et ne représentaient pas ce qu'elles sont en réalité, à savoir une des plusieurs manières que l'aprisme emploie dans la mystification de toute conscience politique. Déjà extrêmement confuse en sol, la théorie de « l'espace-temps » n'embrasse pourtant pas l'ensemble des supercheries apristes. Il suffit de dire qu'à côté de leur prétendu travail de « dépassement» du marxisme, les apristes dans leur propagande célèbrent le culte des théories politiques et philosophiques les plus variées, selon les besoins urgents du moment. Ainsi, ces aven. turiers tantôt se réclament du matérialisme dialectique, tantôt combattent le a communisme », véritable ou imaginé, avec les armes de l'idéalisme vulgaire.

Mais ne nous attardons pas davantage sur cette question, si importante soit-elle. Admettons que la seule et véritable base théorique de l'aprisme consiste à « dépasser › le marxisme. Et revenons au point de départ d'un jeune apriste sincèrement intéressé aux problèmes théoriques.

gels, de Lénine et de Trotsky, ou bien n'en avoir rien compris du tout pour la concevoir comme un recueil de recettes « applicables » uniquement à des pays déterminés.

Nous nous permettons de signaler à M. Haya de la Torre (qui le sait d'ailleurs, mais le tait sciemment)

le fait que, bien avant sa parution providentielle sur la terre, le marxisme était déjà une méthode scien tifique et nullement un recueil de recettes. Avant même que la philosophie moderne se soit vue enrichie par la « géniale » contribution de

Haya, le marxisme tirait dialectiçuement des solutions politiques concrètes de sa méthode matérialiste dialectique. Admettons (ce qui, d'ailleurs, n'est pas le cas) que jusqu'à la venue de Haya les socialistes se soient limités à ne formuler des solutions que pour leurs propres pays. Il ne serait pas, pour cela, question de « dépasser » le marxisme pour trouver des solutions

Négation ou ignorance du marxisme

Négation ou ignorance du marxisme

Q UATRIEME I appropriées à l'Amérique latine, il nous suffirait de l'appliquer.

L'aprisme est incapable non seulement de « dépasser » le marxisme, mais aussi de l'appliquer d'une manière conséquente à nos propres conditions. Sa prétendue interprétation des faits part précisément de son ignorance de ces conditions ainsi que d'une conception absolu-

Malgré toutes les ruses pseudobegeliennes étalées par Haya de la Torre, le seul principe sur lequel est bâtie la « très nouvelle » conception de l'espace-temps historique est radicalement contraire au matérialisme dialectique. Son opposition à la conception marxiste ne peut constituer une négation dialectique, disons un « dépassement » du marxisme. Non, il nie le marxisme de la même manière que l'athéisme nie le déisme, el le dogmatisme le scepticisme. C'est un « non » tout court, qui ne contient rien de ce qui est nié, si ce n'est quelques palabres. Que le « dépasseur » fasse mine de ne pas s'en apercevoir est une autre affaire qui pourrait donner lien à des commentaires d'un autre genre.

Il est certainement fastidieux d'examiner la conception hayiste que son auteur a formulée de facons les plus diverses, selon les occasions qui se sont présentées. Essayons de l'examiner dans son expression la plus conséquente. Selon la thèse hayiste, la réalité sociale n'est pas une mais diverse, et se développe à travers le temps et l'espace, dans des catégories ou des compartiments distincts : les « espaces-temps historiques », chacun d'eux ayant ses propres lois, Ainsi, les lois de l'espace-temps historique « indo-américain » seraient profondément différentes de celles de « l'espace-temps européen ». Le marxisme pré-hayiste a voulu appliquer le matérialisme dialectique d'une manière uniforme, sans prendre en considé ration les profondes différences entre les espaces-temps. Il faut donc « dépasser » une telle attitude -au fond non dialectique -- et manier la métode en accord avec les lois propres du lieu.

Laissons de côté le reproche gratuit que Haya fait à l'adresse de ses devanciers. Cependant, nous devons clarifier un point avant d'entrer 22

NTERNATIONALE ment fausse de la réalité latino-américaine, ou « indo-américaine on voudrait l'appeler. L'acomme prisme ignore, comme nous le verrons par la suite, en quoi consiste le caractère « propre » de notre réalité latino-américaine. La thèse, qui est à la base de la théorie de « l'espace-temps historique » est la consécration théorique d'une telle ignorance. dans les ténèbres de « l'espacetemps ».

Dans un récent article, Mme Magda Portal, disciple fidèle du plus grand philosophe « indo-américain » écrivait en interprétant la pensée de son maitre :

« ..du marxisme nous acceptons la méthode dialectique de l'interprétation économique de l'histoire, méthode par laquelle on parvient å saisir la réalité on parvient à saisir la réalité sociale de nos peuples ».

Or, la méthode dialectique pour « donner une interprétation économique de l'histoire » qui consiste « à étendre de manière conséquente le matérialisme au domaine des phénomènes sociaux » (Lénine), part d'une considération scientifique fondamentale synthétisée par Marx dans la préface à sa « Critique à l'économie politique » dans les termes suivants : • C'est le mode de production de la vie matérielle qui conditionne le processus de la vie sociale et intellectuelle d'une façon générale ». Et non inversement.

De ce point de vue, la partie essentielle de la dialectique de l'interprétation économique de l'histoire consiste à déceler le développement des processus sociaux pour en découvrir l'élément ou le moteur. révolutionnaire de l'histoire. Le développement progressif des formes sociales (et leurs manifestations culturelles) est déterminé, en dernière instance, par le développement des forces productives. Cependant ce développement ne doit pas être compris d'une façon mécanique, mais dialectique. Le développement ne , se fait pas suivant un processus harmonieux dans lequel les formes sociales et les formes productives progresseraient parallèlement, en conservant leurs rapports réciproques. Au contraire, il s'effectue suivant un processus dialectique dans

« L'espace-temps historique » contre le matérialisme dialectique

« L'espace-temps historique » contre le matérialisme dialectique

N lequel les deux facteurs (formes sociales et formes productives) entrent dans des contradictions successives.

L'ensemble des rapports sociaux qui caractérisent une forme de société déterminée constitue, à un moment donné, les conditions de production dans lesquelles se développent les forces productives. Mais • à un degré donné de leur évolution, fait remarquer Marx, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les conditions de production existantes ou, pour le dire dans des termes juridiques, avec les formes de propriété qui régnaient jusqu'à ce moment-là ». La solution de cette contradiction est une révolution sociale.

Pourquoi n'est-il pas possible d'adapter de façon pacifique, progressive et harmonieuse les formes sociales au développement des forces productives 2 Parce que la soeiété est divisée en classes ayant des intérêts opposés, la forme donnée des rapports sociaux étant précisément la garantie qui assure aux classes favorisées leurs gains et leurs privilèges.

Les classes sociales n'ont pas existé de tout temps, et n'existeront pas éternellement. Elles sont apparues à un degré déterminé du développement des forces productives comme étant une condition nécessaire au développement de celles-ci.

« communisme primitif des tribus » pourrait sembler moralement plus

« juste » que les formes ultérieures de la société basée sur la division des classes, tels la société esclavagiste, le féodalisme et le capitalisme.

Cependant, la désintégration du

* communisme primitif fut un fait historique justifié à l'époque car elle entraîna un développement des forces productives et inaugura une longue période historique de lutte de classes. Aussi longtemps que Texploitation de l'homme par l'homme fut une condition nécessaire au progrès des forces productives, les changements sociaux qui se sont produits ont signifié le remplacement d'une classe exploiteuse par une autre, non moins exploiteuse, mais représentant un ordre social adapté au progrès des forces productives.

capitalisme a créé toutes les conditions nécessaires pour que l'histoire de l'humanité ne soit plus

TERNATIONALE l'histoire de la lutte de classes, parce qu'il a développé les forces productives à un niveau adéquat, avec une répartition équitable, moyennant la socialisation de la production. Le progrès de la technique — dans le sens le plus large du terme — permet d'assurer la socialisation dans la répartition à seule condition que soient détruits les rapports sociaux actuels correspondant à la domination capitaliste. Socialiser la répartition suppose, en ce qui concerne les formes de propriété, l'abolition de la propriété privée. Ce changement révolutionnaire, seul le proletariat en tant que classe ne possédant rien, peut laccomplir, Dans le socialisme, les forces productives ne se • heurteront plus aux entraves de l'organisation sociale. Alors, et seulement alors, la lutte de classes aura cessé d'être une condition nécessaire au progrès, car les forces économiques s'épanouiront librement.

Telle est, brièvement résumée, Ja conception scientifique qui est à la base du matérialisme historique dont la méthode est valable pour n'importe quel secteur de la société humaine à n'importe quel moment de son évolution.

Il est évident que les conclusions tirées de l'application de cette méthode varieront suivant le phénome ne social examine et aussi selon la phase de l'évolution atteinte par celui-ci — l'ensemble de la sociélé évoluant suivant les mêmes lois. II est done évident que la validité de la méthode du matérialisme dialectique est incompatible avec l'existence de lois propres aux compartiments des « espaces-temps ». A la lumière du marxisme, les soi-disant

« espace-temps » différents, ne sont pas autre chose que l'expression déformée dans l'esprit capricieux de

Haya de la Torre du fait bien connu de tous, à savoir qu'en raison de leurs différences naturelles primitives, les différents groupements humains (qu'ils s'appellent « civilisalion », « empire » ou « peuple »)

sont entrés à des moments différents dans le processus du développement social, ont évolué à des rythmes dilférents, conditionnés non seulement par les différences primitives naturelles, mais aussi par les pressions et les influences réciroques de ces groupements. Mais, en tout état de cause ces groupements ont suivi les mêmes lois. C'est ce que le marxisme désigne par deux termes qui se com- plètent : le « développement inégal» et le « développement combiné ».

Au Pérou et en Amérique latine, tout marxiste comprend que, si la réalité locale est différente de la réalité européenne par exemple, cela ne veut nullement dire que l'une est soumise à des « lois propres », distinctes de celles de l'autre. Cela veut dire que, bien que soumis aux mêmes Jois, le Pérou, l'Europe ou Paro T'Eurone ou n'importe quel autre point du globe, se trouvent à des stades différents du développement social, d'où résultent les différences « propres » à chacun d'eux. 11 n'est pas nécessaire de « dépasser » le marxisme pour fixer, dans chaque cas concret, et en accord avec les conditions de lieu et de temps, les solutions révolutionnaires.

Si la formule de « l'espace-temps historique » se bornait à employer des mots « nouveaux » pour désigner les lois du développement inégal et du développement combiné, on pourrait dire que nous nous trouvons devant un jeu de mots. Mais dans le domaine de la théorie, il n'y a pas de jeu de mots sans une intention déterminée. La formulation haviste est plus qu'une jonglerie verbale, pédantesque et inoffensive. Elle abrite une conception réactionnaire et antiscientifique, Partant des différences nationales et continentales évidentes, mais qu'il classe arbi-

Le « dépassement » hayiste et les

Sous certains aspects, le a dépassement » hayiste semblerait un progrès par rapport aux anciennes conceptions qui ont essayé « d'appliquer le marxisme à la réalité propre », conceptions entrant dans ce qu'on pourrait appeler « l'espace-temps historique relatif » par opposition à « l'espace-temps historique absolu » actuellement défendu par Haya. Il est curieux de constater que naya de la terre commença ter que Haya de la Terre commenca comme un disciple de « l'espacetemps historique relatif ».

Les premiers théoriciens de « l'espace-temps historique relatif » ont été les revisionnistes russes, les men.

cheviks. Leurs successeurs sont à présent les staliniens qui ont rompu avec le bolchevisme, Ces révisionnistes, les staliniens, tout comme les sociaux-démocrates et le Haya de la première époque, sans prétendré la a dépasser », acceptent en to-

TERNATIONALB trairement dans les compartiments. de pseudo « espaces-temps », Haya conclat que, bien qu'il existe des influences réciproques entre les diffé renis « espace-temps », fondamentalement chacun d'eux évolue vers des buts qui leur sont propres et avec des modalités spécifiques. Il est clair que si l'on part de cette prémisse, il est impossible d'appliquer la méthode du matérialisme dialectique telle qu'elle a été définie plus haut, car cette méthode s'apsecuque tene quene a cie dernie puie sur des considérations valables pour toute la société et n'interprète les différences nationales à un moment donné que comme expressions de différents degrés de développement de processus qui sont au fond identiques, Il faudrait se refuser à reconnaître cette identité fondamentale de tous les processus sociaux quoi consiste donc reproduction ir dans l'évolution des peuples les lus avancés. C'est ainsi que les lencheviks russes disaient que leur ays n'était pas « mûr » pour la réolution prolétarienne parce qu'il lavait pas parcouru toutes les phases du développement capitaliste et n'avait même pas achevé la révolution démocratique-bourgeoise. C'est ainsi que Haya, dans ses premiers ouvrages, soutenait que la Indo Amérique » n'était pas mûre pour pour que la formule de « l'espacetemps historique » ait une signification propre et originale. Par exemple, si le développement du capitaIsme en Amérique est soumis aux mêmes lois que celui de l'Europe ou de la Nouvelle-Zélande, ainsi que cela se produit en réalité, en quoi consiste Toriginalité de « l'espacetemps » 2 Si, par ailleurs la destruction des rapports féodaux ou précapitalistes obéit aux mêmes lois fondamentales en Chine et en Fran ce, que devient « l'espace-temps », en tant que notion de « dépassement » du marxisme ? anciennes revisions du marxisme talité la conception matérialiste de lhistoire. En leur revisionnisme ? Il consiste à concevoir l'évolution de chaque peuple comme étant une ple revution suivie jusqu'toi par les pays capitalistes les plus avancés. Cette conception profondément opposée à la pensée marxiste, prétend cependant s'appuyer sur une phrase mal comprise de Marx, selon laquelle les peuples arriérés voient leur ave-

QUATRIEME révolution prolétarienne, mais qu'elle l'était pour constituer « l'Etat anti-impérialiste ». L'espace-temps hayiste se montrait déjà désireux de donner un nouveau nom à la révo-. lution démocratique-bourgeoise. Haya de la Terre ne pretendait pas dissimuler le caractere capitaliste de « l'Etat anti-impérialiste » et présentait celui-ci comme un « pont vers le socialisme ». La conception de Haya n'était done qu'une version péruvienne de la thèse menchevique. A présent, nos staliniens ont capitulé devant l'interprétation première de Hava. Niant les thèses du Komintern élaborées par Lenine et Trotsky avant la dégénérescence stalienne et falsifiant les enseignements de Mariategui, nos staliniens et stalinisants nous disent qu'en Amérique latine, la situation n'est pas múre pour la révolution prolétarienne, fant que la société bourgeoise ne sera pas assez développée pour y parvenir, d'où la nécessité d' « accomplir la révolution démocratiquebourgeoise » au moven de « PUnion Nationale » des ouvriers, des paysans et des bourgeois « progressifs ».

L'explication comn.une à tous ces messieurs les revisionnistes, exposée par Hava lui-même, notamment dans • L'anti_impérialisme et l'Apra », est bien simple, mais implique dans sa simplicite, une ignorance totale de la méthode dialectique. • Aux dires des savants revisionnistes, la dictature du prolétariat et la révolution prolétarienne se justifient uniquement comme moyen de réalisation du socialisme. Chreun des pavs latino-américains et l'Amérique latine elle-même ne sont pas murs pour la construction du socialisme puisque le capitalisme ne s'y est pas développé à un niveau suffisant. Une exnression de ce développement insuffisant consiste dans la situation minoritaire du prolétariat, notamment du prolétariat industriel. La tâche historique qui se pose à ces pays n'est done pas le socialisme

Les théoriciens apristes de la première période (sans parler de ceux d'aujourd'hu), les réformistes et les staliniens font tous l'erreur théorique capitale de vouloir appliquer le marxisme à leur pays pris isolément sans tenir compte du fait que mais l'épanouissement du capitalisme. Dans le domaine des rapports de classe et de la stratégie politique ne s'impose pas la lutte décisive du prolétariat contre la bourgeoisie indigène, mais la lutte de la classe ouvrière, des paysans et de la bourgeoisie contre les impérialistes et les propriétaires fonciers. C'est ainsi que s'expriment les théoriciens petits-bourgeois.

Repetons-le, cette conception es commune à l'aprisme de la premie re époque, au menchevisme russe, à la social-démocratie et au stallnisme. Les derniers continuent à se réc'amer du marxisme, le premier prétend lui-même le « depasser ». Pour tous, la société humaine ne progresse pas uniformément comme un tout homogène (ce qui d'ailleurs est vrai), mais est morcelée en groupes distinets qui progressent chacun de son côté vers le même but, mais en passant fondamentalement par les mêmes étapes, ce qui d'ailleurs est faux.

Voilà la théorie de « l'espacetemps historique relatif ». L'humanité, en vertu des différences naturelles primitives déterminées par l'espace (le milieu), est morcelée en compartiments dans chacun desquels le développement social commencerait à des moments différents (le temps historique) et se poursuivrait en parcourant les mêmes étapes fondamentales et selon les mêmes fois, mais chacun d'eux, pour son propre compte, et isolement. C'est ainsi que l'espace historique de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord se trouverait déjà « mûrs • pour le socialisme, all moyen de la révolution prolétarienne. Par contre, l'espace-temps latino-américain devrait d'abord achever le développement capitaliste au moyen de la révolution démocratique-bourgeoise avant d'atteindre la maturité necessiire au socialisme, celui-ci étant, aux dires de nos revisionnistes, la seule justification de la révolution prolétarienne. les rapports internationaux sont à présent plus décisifs que jamais. Ils ignorent que, dans la phase actuelle de l'histoire, l'économie mondite est un fait matériel primordial. Ils ignorent, en outre, contre toute évi.

dence, que les économies nationales

L'aprisme, le social-réformisme et le stalinisme ignorent internationalisme marxiste

L'aprisme, le social-réformisme et le stalinisme ignorent internationalisme marxiste et les économies continentales font partie intégrante d'un tout, l'économie mondiale. Au Pérou, en Amérique Latine, ou en Russie, ils posent le problème de la révolution sociale comme si ces pays avaient une existence propre, détachée de l'économie mondiale. Bien sür, si l'on considère isolément l'économie péruvienne, nous serions bien forcés d'en conclure qu'elle n'est pas mûre pour la révolution prolétarienne (au cas où nous considérerions que l'objectif immédiat de la révolution prolétarienne est la construction du socialisme). De même, si nous prenons isolément la Russie de 1917, nous devrions conclure également que son économie n'était pas « mûre » pour le socialisme et que, dans ces conditions, la révolution prolétarienne était une utopie.

Mais si nous considérons le Pérou et l'Amérique latine dans leurs rapports avec l'économie mondiale. et comme une partie de la réalité mondiale, nous arriverons alors à des conclusions tout à fait différentes, moins schématiques mais absolument scientifiques. Tout d'abord, nous constatons que l'état arriéré de ces pays est dû au fait que ceuxci font partie d'un système mondial dans lequel ils sont des pays semicoloniaux assujettis à des puissances impérialistes. Nous comprenons qu'il est atopique de parler « d'achever la révolution démocratique bourgeoise » dans ces pays, d'y completer leur développement capitaliste aussi longtemps qu'existera l'impérialisme. En ee qui concerne concrètement l'Amérique Latine, nous pensons que la disparition de l'impérialisme qui l'opprime et l'empêche de progresser, signifie seulement la venue du socialisme aux

Etats-Unis, Si on examine Pinfluen-

Le marxisme peut se Il est vrai que Marx croyait que la révolution socialiste se produirait pour la première fois dans le pays le plus développé du point de vue capitaliste. Telle semblait être la conclusion logique que le matérialisme historique tirait de l'évo.

Jution sociale à l'époque. Cependant l'expérience historique a montré que la révolution socialiste commença précisément dans un des pays les plus arriérés de l'Europe.

TERNATIONAL C ce toute puissante que les EtatsUnis exercent sur l'Amérique Latine et sur le monde entier, n'est-il pas absurde de concevoir que notre peuple déjà libéré du carcan impérialiste travaillerait au développement du capitalisme indigène pré cisément au moment où le socialisme se frayerait la voie dans le pays le plus puissant du monde ? La notion de « maturité » appliquée d'une façon mécanique à chaque pays pris séparément (autrement dit selon le critère contenu dans la théorie de • l'espace-temps relatif ») ne peut qu'aboutir à la confusion la plus grande.

Considérée isolément, l'Amérique latine n'est pas mûre pour la révolution socialiste. Considérée en fonction de l'économie mondiale, elle ne l'est pas non plus pour accomplir la « révolution démocratique-bourgeoise » ou pour connaître un développement capitaliste complet et indépendant. Pourquoi ? Parce que l'état arriéré et la stagnation des pays semi-coloniaux constituent une nécessité pour le capitalisme international. Pour que les puissances impérialistes puissent continuer à exister, il leur faut maintenir de grands secteurs du globe dans un état arriéré. Dans de telles condi. tions, on voit l'impossibilité historique pour tous ces pays d'achever leur évolution capitaliste. D'où il résulte que ces pays arrieres, comme l'ont souligné les thèses leninisles sur la révolution dans les pays arriérés (2° Congrès de I'L. C.), pourront parvenir au communisme sans passer par toutes les phases du développement capitaliste, Il en résulte que la perspective de la révolution prolétarienne peut être po sée dans tous les pays, même quand il n'existe pas la « maturité » nationale pour le socialisme. dépasser sans se nier

Elle montre, en outre, que le pays capitaliste le plus avancé et le plus puissant, les Etats-Unis, n'est pas le pays qui présente les plus grandes probabilités immédiates de révolusocialiste, L'apparente contradiction entre le pronostic de Marx et la réalité a servi très souvent comme point de départ à tous ceux qui ont voulu « dépasser », si ce n'est « réfuter » le marxisme.

Dans cet article, nous sommes in-

QUATRIEME téressés à montrer pourquoi l'erreur de pronostic commise par Marx est secondaire seulement sous un aspect. Marx croyait à juste titre que les conditions objectives (économiques-sociales) de la révolution so- SOcialiste se présenteraient d'abord dans les pays les plus avancés. Son erreur résida en ceci qu'il n'avait pas tenu compte des contradictions subjectives et parmi celles-ci, tout particulièrement, le degré de conscience politique de la classe ouvrière anglaise. Au demeurant, son pronostic particulier pour l'Angleterre n'avait rien à voir avec l'idée, (rejetée explicitement par lui), selon laquelle tous les pays devront parcourir toutes les phases du developpement capitaliste comme une condition préalable à la révolution socialiste. Dans une lettre à Vera Zassoulitch, il soutient que la Russie pourrait parvenir au socialisme sans que son économie agraire, mélange de communisme primitif et de féodalisme, eut à se transformer préalablement en économie capitaliste.

La révolution russe a jeté bas la thèse selon laquelle la maturité capitaliste est une condition préalable à la révolution socialiste dans chaque pays pris isolément et a montré l'inanité du schéma prétendu marxiste selon lequel le développement historique de chaque pays, pris isolément, ne serait fondamentalement qu'une reproduction historique du développement suivi par les pays capitalistes les plus avancés, lesquels, à leur tour, n'auraient qu'à commencer la révolution socialiste pour que tous les autres pays s'engagent derrière la « maturité » de celui-là 1 C'est du « marxisme frigorifié » ! Cette thèse est implicite dans la théorie de " l'espacetemps », théorie apparentée à la conception stalinienne de la « révolution démocratique-bourgeoise » pour les pays arriérés.

Si la thèse de « l'espace-temps absolu » se bornait à souligner que le developpement historique de l'Amérique latine, par exemple, ne serait pas une reproduction mécanique de celui de l'Europe occidentade ou de l'Amérique du Nord, elle ne ferait autre chose que tirer la conclusion qui découle de la théorie sur le développement inégal et combiné, théorie qui ne représente ni innovation ni « dépassement » du marxisme. Mais alors cette thèse devrait conclure, à l'encontre de Haya de la Terre, que la révolution prolétarienne est maintenant possible dans nos pays avant même que la révolution démocratique bourgeoise soit achevée. Cette possibilité s'explique faciement si, rejetant le schéma du marxisme frigorifié, on comprend que l'économie mondiale est devenue une unité par le capitalisme et que celui-ci peut être terrassé plus aisément là où sa structure est la moins perfectionnée et par conséquent la plus faible. C'est ainsi que Lénine et Trotsky expliquèrent le caractère original de la révolution russe. Du point de vue des rapports de classes, l'originalité de nos pays consiste en ce qu'ils ne sont pas en mesure d'atteindre un développement capitaliste national intégral. Ce qui s'exprime dans l'incapacité de la bourgeoisie indigène d'achever la révolution démocratique bourgeoise et dans l'existence de grandes masses paysannes arriérées, assoiffées de la terre que, seul, le prolétariat peut leur donner.

Quand Haya et les staliniens voient dans la faiblese relative numérique du prolétariat une raison insurmontable de l'impossibilité de la révolution prolétarienne, ils démontrent par là toute leur impuissance théorique, toute leur ignorance du développement de Péconomie mondiale qui est un phénomène complexe, « inégal » et « combiné ». Ces mentalités frigorifiées ou pour mieux dire ossifiées, ne peuvent pas comprendre qu'à l'intérieur de ce phénomène, la révolution des secteurs qui ne sont pas entièrement capitalistes prend un caractère combiné : elle combine les tâches démocratiques-bourgeoises non accomplies par la bourgeoisie rachitique, avec les tâches socialistes, celles-ci pouvant se poser dans nos pays si on ne les considère pas isolément, c'est-à-dire si on ne les considère pas selon le critère de « l'espacetemps », mais comme des pays faisant partie intégrale du capitalisme mondial.

A vrai dire « l'espace-temps », absolu ou relatif, ne comprend rien du tout à l'originalité latino-américaine. Cette théorie, sous sa forme récente, dans sa conception absolue, retourne aux conclusions de sa conception relative, à savoir, l'impossibilité de faire la révolution prolétarienne et la nécessité d'un déve-

Joppement capitaliste complet, dissimulé sous de nouvelles dénomina tions. Car, somme toute, qu'est-ce que la « démocratie fonctionnelle », si ce n'est le capitalisme sous un autre nom 2 Loin d'avoir dépassé le * marxisme frigorifié », Haya lui a substitué le « marxisme ossifié » ou plus exactement le « marxisme mystifié ». La théorie de « l'espacetemps • a done un caractère com. plètement réactionnaire, s'efforcant non seulement de dissimuler l'im-

NTERNATIONALE puissance apriste à comprendre la perspective du socialisme mondial, mais aussi à maintenir même ses audaces démocratiques bourgeoises du début. Sur le plan théorique, elle constitue une capitulation devant l'idéologie bourgeoise la plus rétrograde. Sur le plan de l'action. elle exprime la capitulation de l'Apra, et de tout courant petit-bourgeois devant l'impérialisme.

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