Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 8-9

Son véritable testament

E. Germain · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 8-9 · août-septembre 1948 · p. 23-31 · 5 968 mots

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par E. GERMAIN

Celui qui ne lègue rien à la postérité ne court point le danger de voir sa succession disputée. Seul un héritage important attire les faussaires de testament, dans les romans policiers comme dans la vie politique. Qu'on ait vu ces derniers mois les organes les plus divers, du Libertaire anarchiste à la vulgaire feuille à sensation France-Dimanche, présenter des documents grossierement falsifiés comme étant probablement ou sûrement le testament de Léon Trotsky, voilà ce qui témoigne avant tout de l'immense capital politique que représente aujourd'hui l'hérita- 'heritage du vieux leader révolutionnaire assassiné.

D'autre part, l'opinion publique « officielle » tente toujours d'annexer les noms glorieux des chefs les plus représentatifs du mouvement par 5. CENMAIN révolutionnaire dans sa lutte sordide contre ce même mouvement. Trotsky n'a pu échapper à ce sort que Marx et Lénine avaient connu avant lui. Aujourd hui, les deux ailes de l'intelligentsia pliant sous la pression des puissances matérielles dominantes de ce moment, l'aile stalinisante et l'aile « démocratique » s'efforcent toutes les deux de se couvrir de l'autorité de Trotsky dans leur lutte contre le mouvement trotskyste international. Celte manœuvre ne peut qu'indiquer l'autorité grandissante dont jouit l'œuvre du dirigeant révolutionnaire, dominant completement •la pensée de notre époque, ainsi que le danger potentiel que représente pour les classes dominantes et leurs agents le mouvement révolutionnaire vivant, malgré sa faiblesse matérielle apparente.

POLITIQUE INTERNATIONALE ET LUTTE DE CLASSE

Le socialisme scientifique part de la lutte de classe pour expliquer la réalité sociale et son developpement historique. Trotsky nous a légué des chefs-d'œuvre d'analyses polltiques precisément parce qu'il a su mettre à nu le mécanisme de la lutte de classe qui détermine en dernière analyse tous les événements tumultueux de notre époque. Historiens et journaTistes petits-bourgeois ont depuis longtemps assimilé la « technique » de la méthode marxiste pour éclaircir, comme ils le disent avec une bonhomie désarmante, « tel ou tel aspect de la réalité sociale ». Mais quand il s'agit d'appliquer rigoureusement cette même méthode à l'ensemble de l'actualité immédiate, leur pensee se heurte invariablement a sa propre nature sociale. La deuxième guerre mondiale comme la première, leur apparaît comme une lutte entre « le bien et le mal », ou, ce qui revient au même, entre « les peuples épris de paix et de liberté » et « le militarisme (totalitarisme) avide d'expansion ». Avant même d'avoir éclaté, la troisième guerre mondiale s'annonce déjà pour eux sous le même aspect.

Il est significatif de la profonde dégénérescence du mouvement ouvrier « officiel » que ce dernier ait lui-même abandonné le critère de la lutte de classe, non seulement dans ses jugements sur la politique internationale, mais meme dans ses elforts pour justifier sa propre ligne « tactique » fort tortueuse. Si P'on veut ramener à un dénominateur commun l'interprétation actuelle de la politique par les staliniens, les sociaux-démocrates et les multiples groupes de centristes de droité ou de « gauche », on peut dire qu'ils opèrent, comme la bourgeoisie et la petite-bourgeolsie, avec la notion de la lutte entre puissances déterminant et dominant les conflits sociaux (1).

(1) Il n'est pas sans intérêt de noter que la guerre civile d'Espagne a été une première occasion où cette modification profonde dans la méthode de jugement du mouvement ouvrier « officiel » s'est vériflée. Pour les staliniens et les sociaux-démocrates, il n'y avait pas de guerre civile mais hien « la guerre de défense du peuple espagnol contre les agresseurs. fascistes ». Les ultra-gauches considéraient de leur côté cette guerre comme « la répétition générale de la guerre impérialiste, les deux camps représentant les deux futurs camps de la guerre mondiale ». Notre mouvement contraire analysait les événements comme l'expression de la guerre civile entre le prolétariat et la bourgeoisie espa-

Pour les staliniens, les progres des « forces progressives » se mesurent essentiellement par l'expansion territoriale, strategique et économique de U. R. S. s. et de son « glacis ». Les sociaux-démocrates appliquent grosso modo le théorème renversé : les progrès de la « démocratie » se mesurent par le recul du « totalitarisme stalinien ». Il laut admettre que les staliniens appliquent leur théorème avec plus de suite dans les idées ; en outre, ils ne souffrent pas autant que les sociaux démocrates d'une mauvaise conscience chronique. En pratique cependant, la ditférence est négligeable. Ces deux forces politiques essentielles du mouvement ouvrier actuel présentent les luttes sociales dans le monde comme fonction du progrès ou du recul du parti « américain » ou du parti « russe ». Les différentes variétés de centristes appliquent des critères identiques et SI certaines d'entre elles s'abstiennent de choisir leurs positions en fonction de ce critère, c'est le plus souvent, comme dans le cas des schachtmanistes parce qu'ils considèrent le camp de la démocratie impérialiste « inefficace » face à la « menace stalinienne ».

Suivant les exemples que Trotsky lui a laissés, la IV• Internationale aborde de façon fondamentalement différente l'analyse de la politique internationale. Pour elle, ce sont les contradictions sociales qui détermi nent en dernière instance les contradictions internationales et non le contraire. Les grandes puissances elles-mêmes, traitées comme des entités par l'opinion publique officielle et par la longue traînée de ses suiveurs dans le mouvement ouvrier, loin de faire une politique déterminée par la « soit du pouvoir », apparaissent comme mues par des contradictions internes inhérentes à leur système social. L'expansionnisme impérialiste des Etats-Unis comme l'expansionnisme stalinien de l'U. R. S. S. sont pour elle des indices de la crise sociale qui ébranle ces systèmes. Dans la plupart des pays du monde les contradictions sociales, ayant atteint un degre d'exacerbation inconnu dans le passé, precipitent des crises politiques constantes sur lesquelles se greffent les contradictions internationales sans jamais enole, en n'accordant tout à fait correctement au facteur de « l'intervention étrangère » qu'une importance tout à fait secondaire.

QUATRIEME enlever à celles-là leur caractère prédominant.

Deux méthodes d'analyse fondamentalement différentes s'éprouvent à travers les résultats opposés auxquels elles aboutissent. Partant de critères formels, superficiels et formalistes, la meute des journalistes petits-bourgeois, considéra, en 1940, la guerre de Finlande comme une preuve de l'affermissement de l'alhance entre Hitler et Staline : le « front unique international des agresseurs » s'était consolidé, semblait-il, sur les champs de neige ensanglantés. Sur la base de l'analyse correcte que Trotsky fit de ces évènement, il n'était pas difficile de tirer la conclusion diamétralement opposée : que l'invasion de la Finlande etait un réflexe de défense de Stadine devant sa peur d'une attaque hitlérienne. Les événements qui ont suivi n'ont plus laissé de doute quant

Trotsky ne nous a pas seulement transmis la méthode marxiste, appliquée de main de maitre, aux problèmes de notre temps. Il nous a également laissé le résultat fondamental de cette anale de ne caracteris le de cette analyse, une caractéristique contradiction entre la poussée instinctivement révolutionnaire du prolétariat et le caractère profondément et ouvertement contre-révolutionnaire de sa direction traditionnelle.

D'innombrables critiques, reflétant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel politique, ont soumis cette thèse centrale de Trotsky et du programme de la IV° Internationale, à une eritique violente depuis la fin de la guerre.

Prenons d'abord le second terme de cette thèse. Stalinophiles (« Babe de faire tunits al gene taille Socialiste » en France, Nenni en Italie, etc.), d'un côté, stalinophoMarceau Pivert, shachtmanistes, ulira-gauches de ditterentes especes, anarchistes, etc.), s'efforcent tous les deux de démontrer à la lumière des événements d'après-guerre, l'action « révolutionnaire » de la direction stalinienne par rapport à la bourgeoisie — les uns en lui donnant un caractère progressif, les autres en caractérisant cette révolution comme barbare et réactionnaire (la notion d'une « révolution réactionnaire » ne représente aucune contradiction pour eux). Une analyse tant soit peu à la validité de cette seconde conclusion. Nous venons aujourd'hui de vivre une expérience similaire. Le « coup de Prague » constituait pour les stalinophobes professionnels la preuve « définitive » de la stabilisation du stalinisme, de sa poussée vers la domination mondiale, de l'approche de la guerre, etc., etc. Nous n'avons pas cessé un seul instant d'opposer à ce pronostic impressionniste une perspective basée sur une analyse des forces sociales en jeu : les efforts de la bureaucratie stalinienne pour « stabiliser » son glacis n'é-. taient qu'une étape vers la conclusion d'un compromis avec Wall Street; ce compromis elalt absolument inevitable pour Staline de par sa faiblesseinterne, de par les contradactions qui déchiraient la bureaucratie stalinienne. Aujourd'hui, de nouveau, personne ne peut plus douter quelle méthode s'est avérée exacte d'après les résultats obtenus. sérieuse des événements nous permet de juger cette critique à sa juste valeur. Jamais dans l'histoire du capitalisme celui-ci ne s'est trouvé si près de son écroulement complet sur les trois-quarts du globe, que durant les mois cruciaux de 1944-45. Jamais aule fascisme, na a ce point compris cun mouvement politique, y compris objectivement a empêcher cet écroulement comme le stalinisme à ces mo. ments-là Si l'on contemple l'incroya-ble degré de décomposition qui caractérise encore aujourd'hui, trois ans plus tard, la plupart des pays capitalistes, on comprend que Roosevelt a agi en dirigeant conscient de sa classe en passant à Téhéran et à Yalta l'accord avec Staline qui permit la liquidation « à froid » de la guerre mondiale. Que la bureaucratie stalinienne ait demandé et obtenu une « compensation » pour ce formidable service qu'elle rendit à l'impérialisme, qui peut s'en étonner ? Nous n'avons jamais décrit la bureaucratie soviétique, pas plus d'ailleurs que la bureaucratie réformiste, comme des serviteurs altruistes ou idéologiques de l'impérialisme. Que cette « compensation » qui prenait la forme de privilèges à l'intérieur de l'appareil d'état bourgeois pour la bureaucratie réformiste, ait pris pour la bureaucratie stalinienne, de par sa nature sociale, la forme d'une expansion territoriale ou de « zône d'influence », il n'y a là non plus rien

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LA POUSSEE INSTINCTIVEMENT REVOLUTIONNAIRE DU PROLETARIAT

LA POUSSEE INSTINCTIVEMENT REVOLUTIONNAIRE DU PROLETARIAT d'extraordinaire. Qu'à létape suivante l'impérialisme désire s'emparer de nouveau des positions qu'il a rer dû abandonner précédemment pour

« sauver l'essentiel », cela non plus ne représente nullement un phénomène imprévu. On peut retourner la question comme on veut, sur le plan mondial le caractère contre-révolutionnaire du stalinisme est plus apparent que le caractere contre-révolutionnaire de la social-démocratie allemande ne l'a jamais été après

1918

Sur le premier terme de la thèse trotskyste nous nous heurtons également à une critique symétrique de la part des agents staliniens et des stalinophobes les plus hystériques. Les premiers, pour justifier la politique stalinienne, nous expliquent " que le prolétariat est entraîné dans la décomposition du capitalisme » ; que sa composition sociale s'étant modifiée, il ne peut plus triompher sans l'appui de toutes les classes moyennes ; que pour cette raison (?) la stratégie léniniste n'est plus applicable, et qu'il faut appliquer la tactique de la « démocratie nouvelle », etc., etc (4). Les autres, pour expliquer la base de masse dont le mouvement stalinien continue à jouir dans la plupart des pays, affirment « que le recul de la conscience ouvrière » se reflète dans « l'incompréhension » des travailleurs devant le phénomène stalinien. Les uns comme les autres considèrent la thèse trotskyste comme infirmée par les événements « parce que la répétition sur grande échelle d'octobre 1917 ne s'est pas produite ».

En réalité, Trotsky n'a jamais prédit des victoires prolétariennes comme résultat de la guerre ; moins encore a-t-li prédit la possibilité pour le prolétariat de se libérer de sa direction traditionnelle dès le début de vague révolutionnaire d'après-guerre. Au contraire, dans ses derniers écrits en particulier, il a maintes fois répété qu'indubitablement, la première vague révolutionnaire serait dirigée encore par les staliniens. Nous retrouvons cette prédiction clairement formulée dans son dernier article, resté inachevé et publié dans le N° d'octobre 1940 de la revue Fourth International, en tant que traduction littérale d'un texte enregistré en russe au dictaphone :

(2) Voir par exemple l'article « De Trotsky à Burnham » par Gilles Martinet, dans la « Revue Internationale ». 6

« Les staliniens ne se placeront-

« ils pas à la tête d'une nouvelle va-

« gue révolutionnaire et ne pourront-

«ils pas la ruiner comme ils l'ont

« fait en Espagne et avant cela en

«Chine ? Il n'est pas du tout permis

« de considérer pareille possibilité

«comme exclue, par exemple en

« France. La première vague de la

« révolution a souvent, ou plus exac-

« tement, toujours, conduit à l'apogée

«ces partis de « gauche » qui ne

" s'étaient pas encore completement

« discrédités durant la période pre-

«cédente et qui ont une imposante

«tradition politique derrière eux,

« etc., ete...».

Loin done de s'opposer au « schéma » de Trotsky, les événements qui se sont déroulés depuis 1943 ont confirmé la poussée instinctivement révolutionnaire des travailleurs, malgré la présence des dirigeants staliniens qui ont condamné cette première vague d'efforts révolutionnaires à l'échee. L'argument selon lequel le fait rection stalinienne prouve que leur que les ouvriers ont suivi leur dipoussée n'était pas révolutionnaire. est un simple jeu de mot. Il est évident que la poussée instinctivement révolutionnaire du prolétariat s'oppose à la prostration de la classe et ne s'identifie nullement avec

June poussée consciemment révolutionnaire. Nous avons précisément porté le poids essentiel de nos arguments sur la prédiction que, malgré le fait que les ouvriers suivraient encore leur direction traditionnelle, ils feraient des actes objectivement révolutionnaires : des efforts de prendre en main les usines et le pouvoir. Pietre révolutionnaire que celui qui se laisse égarer par la forme de l'action des masses et qui ne reconnaît pas la poussée instinctivement révolution. naire des masses dans la lutte des partisans yougoslaves et grecs avec leurs comités, leur système de distri. tribution égalitaire, leur combat farouche contre la propre bourgeoisie; dans la commune de Varsovie et ses décisions sur la millice ouvrière et le contrôle ouvrier ; dans le mouvement des masses en France et Italie, avec l'armement des travailleurs et l'occupation des usines ; dans les mouvements puissants en ExtrêmeOrient, l'insurrection de la flotte aux Indes, les comités en Indochine, Indonésie, Corée et ailleurs, partout accompagnés d'un armement des masses. Et qui ne saisit pas cette poussée dans la magnifique action que les travailleurs italiens viennent de dé-

QUATRIEME clencher — horreur ! pour la défense d'un chef stalinien pour lequel, d'après les conseils des plus « malins » de nos critiques, il ne faudrait pas tendre le petit doigt... — en occupant les usines, prenant les bourgeois comme otage, élisant de véritables sovIets, occupant gares et postes d'émission, d'une façon totalement spontanée, sans aucun « chef d'orchestre » d'où qu'il vienne ? Que

C'est ici que nos adversaires et critiques de toute couleur reviennent à la charge en rangs serres pour opposer à cette conclusion la célèbre citation de Trotsky, utilisée également par les faussaires du Guépéou :

« Si cette guerre provoque, comme nous le croyons fermement, une révoJution prolétarienne, celle-ci doit inévitablement mener au renversement de la bureaucratie en U. R. S. S. et à la régénérescence de la démocratie soviétique à un niveau économique et culturel infiniment plus élevé qu'en 1918. Danr ce cas, la question de savoir si la bureaucratie stalinienne est une « classe » ou une excroissance de l'Etat ouvrier Serte pelomate deviendra caue sera automatiquement résolue. Pour dans le processus du développement de 1z révolution mondiale, la bureaucratle soviétique ne fut qu'une chute épisodique.

" Si cependant il est admis que la guerre actuelle ne provoquerait pas la révolution mais le déclin du prolétariat, alors il reste aussi une autre alternative : un nouveau déclin du capitalisme monopoleur, sa fusion plus intime avec 1 Etat et le , remplacement de la démocratie, partout où elle existe encore, par un régime totalitaire. L'incapacité du prolétariat à prendre en ses mains la direction de la société pourrait effecà la croissance d'une nouvelle classe tivement conduiner sous ces conditions exploitrice à partir de la bureaucratie bonapartiste fasciste. Cela serait d'après toutes les indications un régime de décadence, indiquant le déclin de la civilisation. »

Pour bien comprendre le sens de cette citation, il faut y ajouter l'explication que Trotsky en a donné lui-même dans son article : « Encore et toujours sur la nature de PU.R.S.S. » :

» Je me suis efforce de démontrer « dans mon article « L'U.R.S.S. en « guerre ». que la perspective d'une « société d'exploitation, non ouvriè" re et non bourgeoise, ou « collec« tivisme bureaucratique », est la •" perspecuve de défaite et de déclin toute la période dans laquelle nous sommes entrés avec la fin de la se-conde guerre mondiale est une période qui se caractérise par cette poussee du prolétariat, voilà ce qui permet d'envisager la possibilité objective de la construction du parti révolutionnaire en tant que nouvelle direction des travailleurs. C'est en réalité dans cette conclusion que se • résume la thèse de Trotsky.

« complet du prolétariat interna-

«tional... ».

En d'autres termes, Trotsky précise dans cette seconde citation, que ce qu'il a posé dans la première, ce n'est pas un pronostic à court ou long terme, mais une hypothèse historique qu'il faut comprendre de cette façon : ou bien le prolétariat prouvera sa poussée instinctivement révolutonnaire, et alors s'ouvrira une période de luttes révolutionnaires dans laquelle de nouvelles directions révolutionnaires pourront se forger, ou bien il restera passif et se laissera reduire en esclavage, et alors il faut revoir l'ensemble de l'analyse marxiste du capitalisme, etc...

Pour nous, il ne fait aucun doute que cette analyse s'est prouvée completement valable à la lumière des evenements. Gilles Martinet, le théoricien de la capitulation devant le stalinisme en juge autrement. Pour lui, admettre la « possibilité théorique » du collectivisme bureaucratique constitue déjà une revision du marxisme et fait de Trotsky en quelque sorte, le père spirituel de Burnham. Martinet ne se rend pas compte que son objection s'attaque non past, le premier le diane tu so pas a trotsky, mais à Marx qui a cialisme ou barbarie ». Le contenu de la citation de Trotsky n'est rien d'autre qu'une précision de ce vieux dilemme de Marx. Etant donné que le capitalisme se trouve en pleine decomposition et que le socialisme ne peut être instauré qu'à travers l'action révolutionnaire du prolétariat, Trotsky pose, tout à fait correctement, que si le prolétariat restait passil pendant toute une période historique la barbarie triompherait. Il ajoute : nous aurons bientôt locca-. sion de vérifier ce « dilemme » ap-, parent; nous verrons si le prolétariat restera passif à la fin de la guerre, etc. Pour tout homme de bonne foi il est clair que Trotsky ba-

LE FAMEUX « DILEMME » DE TROTSKY

LE FAMEUX « DILEMME » DE TROTSKY

QUATRIEME et sa persis les capa unes cont inte révolutionnaire du prolétariat, confiance qui s'est entièrement justifiée. Martinet, par contre, qui a perdu confiance dans ces capacités, contre toute évidence, s'efforce de démontrer que la bureaucratie est une étape nécessaire vers... le socialisme. Après avoir ainsi Justifie poltiquement le rôle de la bureaueratie, il retourne cette accusation contre Trotsky de la façon typiquement casuiste tont usent les jésuites quon ils de. religion dans un dilemme scientifique du genre : ou bien nous réussiTons à la longue a produire la matière vivante dans le laboratoire, ou bien nous devrons admettre que des forces supra-naturelles interviennent dans sa production. •Fidèlement symétrique à la critique stalinophile se présente de nouveau la critique des stalinophobes. Pour eux, la citation de Trotsky « enferme » les possibilités révolutionnaires du prolétariat dans les liimiteș du capitalisme. C'est ce que nous explique Hal Draper dans le N° de décembre 1947 de la revue New International. D'après cet auteur, la tendance vers le socialisme a existe sous une forme utopique avant l'existence du capitalisme. Sous le capitalisme, cette tendance a reçu sa forme scientifique. Nous avons toute raison d'assumer qu'elle garderait cette même forme dans une nouvelle société d'exploitation — le « collectivisme bureaucratique » — conclut l'auteur, car il s'agirait là de lutter pour la démocratie politique, et les moyens de production etant concentrés entre les mains de l'Etat, la conquete de l'Etat par les masses signifierait la révolution socialiste. Nous avons peine à croire que l'auteur de cette nouvelle théorie continue à se revendiquer du marxisme. Comme . c'était le cas avec Martinet, son reproche à l'adresse de Trotsky s'adresse en réalité à Marx et au Manifeste Communiste. Toute la théorie marxiste est basée sur le fait que

Nous nous sommes heurtés jusqu'à ce point, constamment au problème du stalinisme. Qui s'en étonnerait ?

Si tous nos critiques, des faussaires du Guépéou jusqu'aux vertueux moralistes du Libertaire, rattachent tous nos péchés au péché originel de notre « position sur la question russe », 28 le capitalisme prépare les conditions objectives et subjectives pour le socialisme. La destruction du capitalisme dans une société barbare d'un type nouveau ne peut être conçu qu'en tant que destruction de ces prémices. Ce serait un régime de déclin de la civilisation, de stagnation et décomposition des forces productives, de dépérissement des masses en tant qu'esclaves totalitaires, sans loute de plus en plus rejetes au processus de production. Il est évident que si l'on part de l'hypothese que le prolétariat s'avèrera incapable de profiter de la décomposition du capitalisme, pour instaurer le sociaLisme, alors que les meilleures conditions pour résoudre cette tache sont réunies, compter sur la capacité des éventuels esclaves totalitaires pour construire une société sans classe devient une utopie complète.

Ces raisonnements peuvent sembler de peu d'intérêt au lecteur. Cepen-

, ils impliquent non seulement dant un Jugement de la nius grande importance sur les perspectives d'avenir de l'humanité, mais également un jugement définitif sur l'activité des révolutionnaires. Il est évident qu'aussi bien Martinet que Draper comptent avec la possibilité (pour ne pas dire la probabilité) que le capitalisme disparaîtra sans qu'une révolution prolétarienne ne lui ait donné 1- coup de grâce. Martinet place le signe + devant le nouveau régime. Draper le signe . Tous les deux sont ainsi forcés de reviser les bases fondamentales du socialisme scientifique. Et pour achever ce parallélisme vraiment remarquable, Martinet et Draper terminent leur « critique » par un effort de ridiculiser ce qu'ils appellent notre « foi » dans le prolétariat. Leur propre pespective est contenue dans l'espoir partaitement vain que la bureaucratie abandonnera un beau jour ses privilèges « quand la Sociéte sera mure pour le socialisme intégral » ou que « le merveilleux rêve socialiste » ne s'éteindra pas dans la société d'esclaves. la logique comme l'expérience nous justififient bien davantage à leur renvover la thèse opposée : c'est parce qu'ils ont cessé depuis longtemps de baser leur politique quotidienne concrète sur la capacité révolutionnaire intacte du prolétariat mondial, qu'ils peuvent s'adonner à cœur joie à la

LA NATURE SOCIALE DU STALINISME

LA NATURE SOCIALE DU STALINISME gymnastique gratuite de leuns différentes « théories » sur la question russe !

Pour qu'un programme soit cohérent, il faut que chacune de ses partes puisse reconduire au critère fondamental. Le critère de classe appiquée à la politique internationale ne permet pas de nier le fait que dans la plupart des pays européens et asiatiques les aspirations révolutionnaires du prolétariat se sont traduites par leur adhésion au mouvement stalinien. L'attitude de avant-garde révolutionnaire envers ce mouvement doit donc refléter ce fait contradictoire que les deux tendances fondamentales de notre époque, la poussée instinctivement révolutionnaire du prolétariat et la politique ouvertement contre-révolutionnaire de sa direction, se sont, pour ainsi dire, concentrées pendant toute une époque à l'intérieur des mêmes partis. Ce phénomène perd son caractère étrange et paradoxall à partir du moment ou Ton considere le stalinisme comme le reflet de la réalité russe actuelle qui, elle-même, combine les produits de lla révolution la plus audacieuse de l'histoire avec ceux de la contrerévolution la plus abjecte. La contradiction que nos adversaires s'efforcent donc de découvrir entre notre caractérisation du stalinisme et nos perspectives révolutionnaires est une contradiction matérielle, objective, qui vit dans les événements de ce temps, et qu'on s'efforcerait en vain de faire disparaître en lla niant en paroles.

Si, d'autre part, l'on considère le stalinisme comme une force sociale etrangere au prolétariat — représenfant l'ancienne ou une hypothetique nouvelle classe dominante - on ne peut échapper à la conclusion que « l'incompréhension » du prolétariat mondial devant cette force sociale ennemie représenterait un indice grave d'une dégénérescence de cette classe. C'est pourquoi la position de nos adversaires et critiques ne manque pas, elle aussi, de logique, fût-ce de la logique du découragement et de la prostration. On ne peut combiner une analyse sociale du stalinisme avec la compréhension de la poussée instinctivement révolutionnaire du prolétariat que si l'on part de l'hypothèse que la bureaucratie soviétique n'a pas encore

TERNATIONALE tranché le cordon ombilical qui la relie à la classe ouvrière. Quelque repoussante que cette hypothèse paraisse face aux crimes monstrueux du stalinisme, elle reste pourtant la seule qui soit compatible à la fois avec les données générales de la théorie marxiste et avec les données sociologiques, politiques et idéologiques du phénomène stalinien. C'est la, d'ailleurs, que se précise également sur le plan ideologique la contradiction fondamentale inhérente au stalinisme.

Aussi longtemps que celui-ci se basera sur une falsification du léninisme, aucune force matérielle au monde ne pourra empêcher les meilleurs militants communistes de la jeunesse de saisir la nature véritable du léninisme et de rompre avec Staline. G'est une expérience qui se répète tous les jours, aussi bien dans les pays ou les P.l. possedent une large base de masse que dans ceux ou le stalinisme est pour le moment l'idéologie « officielle ». Ce n'est pas par hasard que dans ces pays-ci, la « lutte contre le trotskysme », pourtant le plus souvent inexistant comme force organisée, est mise à l'ordre du jour permanent dans toutes les écolles de cadre staliniennes ! tes is écoles de cade staliniennes, que nous publierons bientôt en alle bientôt en apportera une nouvelle preuve. montre comment vingt ans après la victoire de Staline, dans un pays complètement dénué de tradition marxiste, dans des conditions de contrôle militaire de l'appareil stalinien, toute une génération de jeunes leaders communistes est amenée sur la base de son instinct de classe et de l'enseignement marxiste falsifié, reçu de l'école stalinienne elle-même, à une rupture complète avec la politique et les méthodes d'organisation du stalinisme. « A ce moment on nous accusait de trotskysme », nous a dit un des leurs qui vient de rejoindre les rangs de la IV° Internationale. « Nous qui ignorions ce que c'est que le trotskysme, nous avons protesté violemment. Aujourd'hui, j'ai compris qu'à ce moment-là, nous étions effectivement des trotskystes sans le savoir...».

Comment ces paroles ne nous rempliraient-elles pas de confiance dans le sort de notre mouvement ! Oui, le stalinisme distille fatalement « des

QUATRIENE déviations trotskystes » aussi longtemps qu'il ne rompt pas intégralement avec des militants ouvriers, avec la tradition ouvrière, avec la terminologie et les écrits de base du marxisme. Au moment de notre Congrès Mondial, nos critiques arrêtérent le chronomètre de l'histoire et déclarèrent que « les prévisions de Trotsky quant à l'instabilité de la bureaucratie se sont avérées fausses ». Trois mois après, l'affaire Tito rend une justice éclatante à la profonde analyse que Trotsky a fait des forces centrifuges dans la bureaucratie. La lourde dalle totalitaire cache

LA CONSTRUCTION DU

L'héritage idéologique que trotsky nous a laissé paraît ainsi comme un tout cohérent, ou s'entrepénètrent inséparablement la conscience lucide des tendances décomposantes de la société contemporaine, la défimition objective des forces révolutionnaires qui, seules, peuvent renverser le cours de l'humanité vers la barbarie en une ascension vers le socialisme, l'étude scientifique des conditions subjectives nécessaires pour la victoire révolutionnaire, dont fait partie la compréhension de la nature exacte de la direction traitre du prolétariat. Mais l'ensemble monumental de ces conceptions n'a jamais été autre chose pour Trotsky qu'un moyen pour faciliter l'action révolutionnaire, pour lui donner des objectifs clairs et historiquement justifiés. Rien n'est aussi étranger à Trotsky comme au trotskysme que le datalisme, l'abstentionnisme politique ou la passivité. Aussi bien dans le cas de la grossière falsification du Guépéou que dans celui de « l'interprétation » plus subtile de Martinet ou des shachtmanistes des idées de Trotsky, l'esprit qu'on veut lui imde prime abord un faux parce qu'il reflète la protonde démoralisation de ses véritables auteurs, en contradiction complète avec l'inébranlable santé révolutionnaire dont Trotsky a fait preuve jusqu'au dernier souffle de sa vie.

Ici réapparaît notre vieille connaissance, l'homme au chronomètre mystérieusement synchronise avec le mouvement de l'histoire, pour nous démontrer, preuves à l'appui, que nous aurions échoué dans cette tâche de construction. i a attendu des résultats spectaculaires que Trotsky, que nous tous lui avions annoncé dans un délai trop limite, et maintenant il est déçu. Avec lui encore au monde le puissant processus de désaffection. de la jeune avant-garde communiste russe par rapport au stalinisme. Les amateurs des dates fixées feront cependant bien de comprendre le sens de la leçon que les événements viennent de leur enseigner. Qu'il soit proche ou plus lointain, le jour viendra où la vérité éclatera également au sujet de la fermentation politique accentuée au sein de l'avant-garde ouvrière russe. Ce jour-là, des milliers de jeunes communistes russes s'avèreront être des « trotskystes sans le savoir ». PARTI REVOLUTIONNAIRE se présente tout l'essaim des mouches du coche, dont chacune bourdonne à nos oreilles l'exposé de sa propre panacée particulière pour résoudre ce problème crucial. Il y a 15 ans, il y avait les gens du « SexBel. » qu'on a oubliés aujourd'hui. Maintenant, il y a nos amis de l'A. S. R. qui nus expliquent qu'i faut temporairement mettre de côte le programme « intégral » et nous dissoudre dans un mouvement centriste plus large (d'ailleurs inexistant ); Martinet, qui nous enseigne les finesses de la politique du « Front Populaire » comme voie d'issue ; les shachtmanistes qui nous appellent à « rassembler toutes les forces socialistes non-réformistes et anti-staliniennes » à travers une tactique d'entrisme universel; et les plus naïfs qui expliquent avec sincérité qu'il suffira de modifier notre position sur la question russe pour obtenir des résultats positifs. Le malheur de nos bons conseillers, c'est qu'ils ont eux-mêmes essayé de construire des partis à leur façon et ont lamentablement échoué.

Pour juger correctement ce qui a été atteint, il faut abandonner tout critère de temps à la mesure d'une vie humaine dans le jugement des périodes historiques. Nous avons l'habitude de parler de la « croissance organique » du mouvement social-démocrate à la fin du XIX* siècle. Cependant, près de 15 années s'écoulèrent entre l'effondrement de l'Association des Communistes de Marx et la construction de l'Association Générale des Travailleurs allemands de Lassalle. La ré-. surrection du mouvement ouvrier français en tant que force organisée ne vint que vingt ans après la chute de la Commune.

A son tour, la résurrection du

QUATRIEME mouvemenl révolutionnaire apres

1014 prend aujourd hui, à la lumière de l'histoire, une forme bien differente de ce qu'eille parut aux contemporains. En realite, les masses qui atiluerent vers les sections de la l° Internationale étaient des masses instinctivement révolutionnaires, dont le degré de conscience communiste ne différait que quantitativement de celui d'aujourd'hui, La direction de ces partis était, dans le meilleur des cas, une direction centriste au sein de laquelle le nombre des éléments véritablement bolchéviks était sans doute inférieur à celui des militants actuels de la IV• Internationale. Aussi, la fusion opérée un moment par la révolution russe entre l'avantgarde révolutionnaire internationale et les larges masses n'était elle, somme toute, qu'une fusion apparente. Les années suivantes en ont donné la preuve irréfutable. Il fallut recommencer, définir à nouveau le programme, éduquer de nouveaux cadres, pénétrer de nouveau dans les masses, et cela dans une période tonner que cette tâche ex Deut s'é- de profonde réaction. Qui tonner que cette tâche exige plus de temps pour sa solution qu'on ne l'avait escompté il y a deux déca-

En 1939, au commencement de la guerre, notre mouvement était réduit dans tous les pays, à une ou deux exceptions près, à de petits groupes isolés d'intellectuels, émigrés ou illégaux, ou dans le melleur des cas semi-actifs. Aujourd'hui, nous pouvons nous rendre compte du progrès qui a été réalisé depuis lors. Il ne se chiffre pas par un nombre sensationnel d'adhérents. Mais il se concrétise en Angleterre, en Chine et dans de multiples pays d'Amérique latine, où, après des années de désarroi, notre mouvement a changé sa vieille peau pour une nouvelle, a liquidé les cereles fermés et les groupements d'intellectuels dilettantes, a pénétré dans les syndicats et les usines, a effectivement commencé à regrouper l'avantgarde des travailleurs sur l'échelle modeste où ce travail est possible dans les conditions existants dans ces pays. Il se concrétise en France et en italie par la jeune generation de dirigeants ouvriers trotskystes qui monte, la premiere de son genre depuis lorigine de notre mouvement. Il se concrétise, aux Indes et aux Etats-Unis où les cadres trotskystes ayant des années d'expérience de luttes sont devenus de véritables leaders de masse dans des secteurs déterminés. Partout notre mouvement est maintenant ancré dans sa classe, il se développe avec elle, son destin se confond avec celui du prolétariat qu'il finira par conduire vers sa destinée historique. C'est un chemin plus long que celui escompté, mais c'est le seul chemin possible. C'est là le véritable testament de Trotsky : que tout au long de notre époque secouée par des crises révolutionnaires, les jeunes cadres de la IV• Internationale doivent trouver à travers de multiples et successives expériences de lutte la voie vers la pénétration et la conquête des masses. Et ce testament, nous avons commencé à l'exécuter.

1er août 1948.

P.-S. - Is fecit cui prodest : cherchez a qui le délit profile et vous aurez découvert le délinquant... Le Secrétariat International de la IV* Internationale avait riposlé immédiatement après publication du laux « testament » de

Trotsky par France-Dimanche en accusant le Guépéou d'avoir fabriqué laux. I avail attiré l'attention sur la nécessité pour le Guépéou de découvrir de nouveaux " arguments » en présence des révélations Budenz et autres qui précisaient les véritables circonslances de l'assassinat de Trotsky. Aujourd hui, le livre de Gorkin apporte de nouvelles indications de valeur irréfutable. El cette fois-ci le Guépéou doit dévoiler lui-même ses batteries et ne peul plus laisser la sale besogne feuillés à la France-Dimanche. C'est là le sens de la publication dans Action du 8 seplembre d'un infâme tissu de mensonges où l'auteur - anonyme comme de bien entendu — s'efforce en vain de renverser la masse des arguments qui, tous, indiquent Staline comme le véritable auleur du crime de Coyoacan.

Best inutile de discuter le texte d'Action. Qu'il nous suffise d'indiquer que le récit qu'il produit est un amalame contectionne avec le récit même de l'assassin, réduit complètement à néant lors du contre-interrogatoire, et avec le « faux teslament » découvert... huit années après coup pour " expliquer » un mécanisme psychologique qui ignorait complètement l'existence de ce document.

Mais il y a un aspect qui ne manque pas de soutever notre curiosité. Par malheur, Action falsifie un texte de Trotsky reproduil — correctement il faut le dire — dans un article de Gilles Martinet (Revue Internationale, n° 17), que nous avions relevé en son temps. Depuis des mois, Martinet se livre aux contorsions les plus invraisemblables pour démontrer qu'on peut être d'accord sur tous les points avec les staliniens sans pour cela « abandonner son droit de critique ». Excellente occasion que celle-ci pour démontrer votre sincérité, citoyen Martinet ! Allez-vous altraper le voleur la main dans le sae ? Ou joindrez-vous l'excuse de la calomnie à celle de l'assassinat ?

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