Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 8-9

Après « l'Indépendance » des Indes

Quatrième Internationale, vol. 6, n° 8-9 · août-septembre 1948 · p. 32-38 · 4 220 mots

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Extraits de la résolution politique adoplée par le

Congrès national du Bolshevik-Leninist Party of India

(section indienne de la IV Internationale)

LE CONGRES JOUE

La tâche d'établir une réelle indépendance, c'est-à-dire de libérer FInde de la domination du capital financier britannique sur l'économie indienne, reste encore à accomplir. La tâche d'abolir les Elats semi-féodaux reste également à accomplir. Et la tâche de la révolution agraire, qui comprend l'abolition des propriétaifonciers semi-féodaux, la posres session de la terre par ceux qui la travalllent, et la suppression du fardeau intolérable des dettes et lermages imposé aux cultivateurs, reste également à accomplir. Les tâches bourgeoises-démocratiques ne peuvent et ne seront . pas résolues par la bourgeoisie indienne. Au contraire, la lutte pour l'accomplissement de ces tâches devra être dirigée maintenant directement contre la bourgeoisie et son parti, le Congrès, tout comme elle devait être autrefois dirigée contre les dirigeants imperialistes britanniques. Car, aujourd'hui c'est le Congrès bourgeois qui se sert du pouvoir d'Etat pour protéger les intérêts capitalistes, qu'ils soient indiens ou impérialistes, pour soutenir les princes indigènes chancelants et pour supprimer le rassemblement des forces de la révolte agraire.

C'est précisément pour exécuter effectivement ces tâches que le rôle du Congrès, le parti de la bourgeoisie, a subi une profonde transformation vis-à-vis des masses. Auparavant son rôle était d'utiliser le mouvement des masses (tout en le canalisant dans des voies non-révolutionnaires) et de le contrôler dans l'in-

LE CONGRES

La bourgeoisie indienne n'a pas seulement fait l'alliance avec l'impérialisme britannique mais également avec les éléments des propriétaires fonciers féodaux de la société indienne. Nous en avons une parfaite illustration dans l'attitude du Congrès vis-à-vis des princes et des propriétaires fonciers semi-féodaux. 32

UN ROLE DIFFERENT térêt d'une politique de pression de la bourgeoisie opposée à l'impérialisme. Aujourd'hui, le caractère oppositionnel du rôle de la bourgeoisie a presque disparu, par l'accomplissement dans une grande mesure de ses revendications immédiates et de ses aspirations, par la transmission du pouvoir politique. Etant aujourd'hui au pouvoir, le Congrès n'a plus besoin du mouvement des masses, qui, au contraire, le menace aujourd'hui comme il menaçait autrefols les dirigeants impérialistes. Et pour contrôler le mouvement des masses le Congrès a à porlée de la main tout lappareil de répression del'Etat qui lui fut légué par les impérialistes britanniques. . De ce fait la structure organisationnelle du Congres est transformée pour faire lace à ce rôle différent. D'un parti de masses, sa structure doit être transformée en celle d'un parti bourgeois. orthodoxe pouvant convenir à des. buts électoraux.

Etant donné ce changement de rôle, un certain changement a rapidement lieu également dans la base de ses partisans. Toutes ces forces sur lesquelles l'impérialisme s'appuyait auparavant pour lutter contre Congrès, princes, propriétaires tonciers, communalistes, bureaucrates et la partie de la bourgeoisie proche de l'impérialisme. s'accordent pour soutenir le Congrès. Le Congrès devient rapidement le point de rassemblement de toutes les forces de réaction aux Indes. ET LES PRINCES

Le projel de constitution de l'Inde qui fut proposé à l'Assemblée Constituante sanctionne implicitement les régimes autocratiques qui regnent dans les états, trahissant ainsi cruellement les peuples des Elats. La Constitution prévoit la representation des Etats au Parlement appelé le Conseildes Etats. Mais dans la plupart des

INTERNATIONALE cas, ces representants seront choisis par des assemblées à suffrage très limité. Dans les cas où de telles assemblées n'existent même pas, le mode d'élection de ces représentants est laissé à l'avenir.

La politique du Congrès bourgeois vis-à-vis des Etats est clairement destinée à faire: entrer les Etats dans l'Union Indienne et à élargir ainsi le marché pour la bourgeoisie. Vis-à-vis de la lutte des peuples des Etats pour la démocratie il a une politique de trahison préméditée et de perpétuation du pouvoir des princes. En Travancore et Hyderabad, le Congrès a délibérément utilisé le mouvement des masses contre l'autocrane comme lever de pression pou raire passer sa pontique d'intégration dans l'Union, retirant tout appui au mouvement (et dans le cas d'Hyderabad proposant en fait la coopération de l'Union Indienne pour le supprimer) dès qu'un accord fut conclu avec les dirigeants. Les droits démocratiques acquis par les masses dans les Etats furent le résultat de leurs propres efforts et non d'une action quelconque du gouvernement du Congrès.

L'intégration des Etats plus petits qui a lieu sous l'égide du gouvernement de l'Union montre également

Sur le plan agraire, les liens avec les propriétaires fonciers et le respect du Congrès bourgeois pour la sacro-sainte propriété privée l'empêchent de prendre des mesures décisives pour la solution du problème de la terre. Réagissant contre la pression accrue de la paysannerie qui a éclaté en luttes paysannes dans différentes régions des Indes, le Gouvernement du Congrès introduit tardivement une législation dans les provinces pour l'abolition du système des zamindares. Mais cette législation ne résout en rien le problème et n'apporte aucune amélioration aux paysans.

La législation ne concerne que les régions de zamindares et ne fouche pas aux régions « ryolwari » qui sont aussi importantes que les régrons de zamindares aux Indes. Dans ces régions « ryotwari », il n'y a pas seulement le problème des impôts fonciers élevés, mais également celui de l'augmentation, ces derniers temps, des propriétaires fonciers, par l'achat des droits « ryotwari » clairement que le but réel du Congres dans ces intégrations, est l'extension du marché bourgeois. La formation d'organismes administratifs pilus étendus par l'intégration

( Etats, menant à un système de loi uniforme et à l'uniformite des impots dans ces régions, simplifie et facilite sans aucun doute le commerce capitaliste et l'exploitation de ces territoires. Mais les régimes d'autocratie féodale demeurent effectivement intacts, et même dans les cas où les Princes furent pensionnés, ils absorberont une grande partie des revenus de l'Etat. Du point de vue de leurs droits démocratiques les masses de ces régions gagnent peu ou rien à ces intégrations.

La première tâche des peuples des Etats est l'abolition des Principautés. Le mot d'ordre de l'Assemblée Constituante, pour déterminer l'avenir de chaque peuple de ces Etats, garde toute sa validité. Néanmoins la lutle des peuples de ces Etats se heurte inévitablement au gouvernement bourgeois de l'Union Indienne, qui ne peut tolérer aucune sérieuse lutte des masses et veut préserver son alliance avec les Princes. Cette lutte est donc inextricablement liée à la lutte des masses des provinces de l'Inde contre le gouvernement de la bourgeoisie. à travers un taux d'intérêt. Même dans les régions de zamindares auxquelles s'applique la législation, dans la plupart des cas la terre n'ira pas aux cultivateurs, les métayers, qui aujourd'hui sont en plus grand nombre que les fermiers.

Finalement les compensations versées aux zamindares et autres couches intermédiaires de parasites anmulent le but de cette législation, si toutefois elle était destinée à améliorer le sort des paysans, Car, non seuJement les paysans devront payer un impôt foncier sous le cadastre « ryotroari » qui ne différera pas beaucoup des loyers qu'il payait auparavant au zamindare. Mais, en outre, ce sera finalement le paysan qul devra porter le fardeau des sommes additionnelles nécessaires pour payer les importantes compensaaver te. tions. Ainsi même les paysans qui « bénéficieront » de la législation du Gouvernement du Congrès abolissant les zamindares, en bénéficieront si peu qu'ils continueront à mener l'existence de sous-hommes.

LE CONGRES ET LES PROPRIETAIRES FONCIERS

LE CONGRES ET LES PROPRIETAIRES FONCIERS

Les conditions féodales continueront à exister à la campagne, sous le gouvernement du Congrès, dans le sens que l'expropriation du total du surplus des cultivateurs, qui est caractéristique de l'économie féodale, continuera à avoir lieu, ne laissant au-

LA BOURGEOISIE ET

Déjà, avant la fin de la guerre, la bourgeoisie indienne avait élaboré des plans grandioses pour l'industrialisation des Indes. Avec la promesse du transfert du pouvoir après la guerre, ces espoirs étaient de plus en plus grands. Mais la dure réalité montre maintenant qu'il n'y aura pas d'industrialisation à grande échelle aux Indes.

La principale base sur laquelle comptait fermement la bourgeoisie était l'accumulation de la balance sterling à Londres, accumulée pendant les années de guerre au prix de la misère, des privations et de la mort de millions d'Indiens. Mais cette balance s'avère dans la pratique incapable de réalisation. Non seulement la Grande-Bretagne insistera sur l'abaissement d'une grande parfie des taux de cette balance, sous une forme ou une autre, mais encore n'est-elle pas prête à convertir unilatéralement d'importantes parties des sommes qu'elle recouvre périodiquement aujourd hui. Cela empêche les industriels indiens de faire leurs achats aux Etats-Unis, le seul pays dont l'appareil de production est aujourd'hui capable de fournir à HInde les matières premières dont elle a besoin. L'Angleterre elle-même ne sera, pour plusieurs années, pas en mesure de faire face aux besoins de l'Inde, et entre temps, sans aucun doute, la dépression inévitable aura lieu.

L'Inde n'est également pas en mesure de faire face à ses propres besoins par les exportations, à cause de la balance défavorable de ses importations et exportations. Changer cette balance en sa faveur s'avère

Vis-à-vis de la classe ouvrière le Congrès au pouvoir a révélé son aspect le plus réactionnaire. Cela n'est pas surprenant. Car c'est dans la classe ouvrière, seule capable de remplacer la bourgeoisie pour dul ger la nation. que la bourgeoisie re78.

NTERNATIONALE cune place pour l'amélioration de l'agriculture.

La lulle des paysans devra, à l'avenir, être menée sous le signe des revendications suivantes : la terre à ceux qui la travaillent. Abolition des dettes rurales et abolition de l'in-. juste poids des impôts fonciers. L'INDUSTRIALISATION être une tâche extrêmement difficile, principalement à cause de sa basse productivité agraire, elle ne peut subvenir à ses propres besoins alimentaires et est forcée de dépenser une partie considérable de ses bénéfices d'exportations pour l'achat de produits alimentaires.

En dehors des facteurs passagers, il y a également une autre raison profonde pour laquelle la bourgeoisie indienne ne peut accomplir une industrialisation à grande échelle des Indes. N'ayant aucune perspective de s'assurer d'importants marchés étrangers pour des marchandises manufacturées en raison de la concurrence américaine et britannique, l'industrie indienne devra dépendre pour la vente de ses produits principalement du marché intérieur. Et ce marché ne pourra être étendu sans une augmentation considérable de la productivité et du standard de vie des paysans. Ceci, par contre, ne peut se faire sans libérer d'abord le cultivateur du fardeau inhumain, par l'abolition des systèmes de zamindares et « ryotwari » de propriétaires fonciers et sans compensations, et du transfert de la terre aux mains de ceux qui la travaillent, l'abolition de In dette des paysans et une réduction considérable des impôts fonciers.

Mais de telles mesures ne peuvent être accomplies par un gouvernement bourgeois qui s'est engagé à garantir les intérêts établis. Une certaine industrialisation aura certainement lieu dans le proche avenir. Mais une industrialisation importante des Indes n'est pas possibile sous la direction de la bourgeoisie. connait instinetivement son adversaire le plus dangereux.

Un organisme d'arbitrage obligatoire fut introduit par le Décret sur les conflits du travail, qui abolit en tait le droit de grève. Etant délibérément destine a assurer la palx so-

LA CLASSE OUVRIERE ET L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

LA CLASSE OUVRIERE ET L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

N ciale aux dépens des ouvriers, il n'est pas surprenant que cet organisme travaille à chaque occasion en faveur des patrons.

Le décret sur la sécurité publique, utilisé largement pour emprisonner sans procès tous ceux qui apportent leur appui à la lulte des ouvriers et - des paysans est une attaque directe contre les libertés du peuple. Ces décrets sont uniquement destinés à priver le mouvement des ouvriers et des paysans de sa direction.

La machine d'Etat bureaucratique est utilisée pour saboter le fonctionnement des syndicats ouvriers libres, et pour forcer les ouvriers a adhérer au Congres National des Syndicats Indiens semi-étatique et contrôlé par les capitalistes, Le dernier coup contre les libertés civiles fut l'utilisation de la situation créée par la mort de Gandhi pour prendre des mesures contre la gauche en interdisant des organisations de volontaires staliniennes et même syndicales.

Les lois de presse iniques, hériTage vicieux du pouvoir direel de Timpérialisme britannique, sont utilisées pour satisfaire la sécurité et la censure afin de museler l'opinion de la classe ouvrière et de la gauche. Les paragraphes 144 et 41 sont utilisés aux moindres prétextes afin de détruire les libertés de parole et de réunion. Le projet de Constitution pour les Indes fut présenté au Congrès comme comprenant essentiellement des droits fondamentaux, mais ceux-ci furent ensuite niés cyniquement. Le seul « droit londamental » qui est effectivement assuré est celui •de la propriété privée qui ne peut être relirée que par le payement de compensations.

Cette destruction systématique et croissante des libertés civiles, principalement dirigée contre la classe ouvrière, n'est pas surprenante. La bourgeoisie indienne est incapable d'accorder même les revendications les plus urgentes des ouvriers dont le standard de vie a continuellement baissé depuis des années, par suite de l'augmentation des prix. D'autre part, depuis la levée de la répression du temps de guerre, les ouvriers ont saisi des deux mains toutes les possibilités d'obtenir satisfaction leurs revendications par l'action directe. Il est vrai qu'à cause de l'application sévère de la politique gouvernementale d'arbitrage obligatoire et du désir des ouvriers a de donner une chance au gouvernement ». il y

TERNATIONALE a eu un certain déclin du nombre des grèves au cours de l'année dernière. Mais certains indices montrent déjà que la patience des ouvriers approche de sa fin. La grêve générale de Bombay le 29 décembre, dirigée principalement contre la façon d'agir de l'organisme d'arbitrage du gouvernement était la preuve la plus claire de ce fait. La politique procapitaliste de levée du contrôle, poursuivie par le gouvernement, expérience, dans la pratique, du caractère anti-ouvrier de l'arbitrage obligatoire, le refus du gouvernement d'aborder la question d'un salaire minimum vital, et de lhabitation, les économies croissantes SOUS le prétexte de rationalisation, et toute orientation anti-ouvriere de la politique gouvernementale, poussent encore une fois les ouvriers sur la voie de la lutte. La bourgeoisie indienne est forcée afin de préserver ses profits el le régime social du capitalisme lui-même, de limiter de pius en plus es libertes civiques, de s'orienter vers le remplacement du régime démocratique actuel par une dictalure militaire et policière.

Ce mouvement vers la diclature montre également, aux Indes (comme ce fut le cas auparavant en Russie, en Chine et en Espagne) que les contradictions dans un pays arriéré, avec un développement capitaliste tardif, sont trop grandes pour permettre la survivance de la démocratie bourgeoise. Le capitalisme et la démocratie ne peuvent subsister ensemble dans de telles conditions pour une période prolongée. L'um des deux doit disparaître. Ou le mouvement réactionnaire en direction de la dictature sera renforcé, et il y aura aux Indes, dans la prochaine période, non seulement une autre limitation des droits démocratiques et des libertés civiles, mais leur complète abolition par l'interdiction des partis poitiques, la suppression ouverte des journaux politiques, la mise hors la loi de tous les syndicats libres et éventuellement l'abandon des institutions de la démocratie parlementaire. Ou l'Inde résoudra cette crise par la destruction du système capitaliste, et en se dirigeant, sous la direction de la classe ouvrière vers une solution sincère de ses tâches démocratiquesbourgeoises encore inachevées, vers la nationalisation sans compensaton des banques et des principaux secteurs de lindustrie et vers l'etabissement d'un Etat ouvrier et d'une démocratie ouvrière.

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LINTERNATIONALE

LES PERSPECTIVES IMMEDIATES

Pourtant, tout en concluant correctement que le mouvement général de la bourgeoisie va inévitablement vers l'établissement d'une dictature de police militaire, il est en même temps nécessaire d'estimer le rythme de ce développement et d'avoir une image correcte de la nature de la prochaine période. En derniere analyse cela dépend des facteurs economiques.

Maigré le fait qu'une industrialisation à grande échelle par la bourgeoisie ne soit pas possible étant donné les raisons énumérées ci-dessus, il est néanmoins vrai qu'une certaine industrialisation a lieu et continuera à avoir heu aux Indes Jusqu'à l'avènement de la dépression mondiale, qui entraînera sûrement et inévitablement l'Inde dans son tourbillon. L'avènement de cette dépression est retardé pour quelque temps, particulièrement par le Plan Marshall américain, qui provoquera probablement une certaine amélioration temporaire de l'economie européenne, lanneau le plus faible de l'économie capitaliste mondiale d'aujourd'hui.

Ainsi, dans la très prochaine période, la bourgeoisie sera en mesure d'accorder des concessions (de nature extrêmement limitée) à la classe ouvrière, comme, en fait, elle a pu le faire depuis la fin de la guerre. Sa politique agraire et particuere. ment l'abolition des contrôles apporteront quelques améliorations aux couches superieures et moyennes de la paysannerie, Les frais de ces concessions vis-à-vis des couches favorisées de la paysannerie seront esentiellement supportes par les sa ariés petits-bourgeois et les pavsans pauvres et sans terres qui auront le plus à souffrir de la hausse continuelle des prix des marchandises essentielles. Mais ces couches de la population ne sont pas en mesure de provoquer un soulèvement général contre la bourgeoisie.

Les illusions dans le Congrès bourgeois sont encore largement répandues parmi la petite bourgeoisie, la paysannerie et en général, dans population du pays. Naturellement, un processus de désillusion a commencé, Dans les régions où des luttes paysannes eurent lieu , et ce furent essentiellement des luttes menées par les paysans pauvres ou sans terre, la désillusion à déjà commencé. Dans. la classe ouvrière également, ce processus est en cours. Le tournant à gauche du parti communiste, tout en accélérant sans aucun doute ce déveLoppement à gauche dans une certaine mesure, ne peut avoir aucun effet étendu, à cause de l'inexistence d'une sympathie générale dans le pays pour le Parti Communiste. La rupture du Parti Socialiste avec le Congrès, il faut le reconnaître, accélérera considérablement le processus de désillusion des larges masses dans le Congrès. En même temps, néanmoins, la politique de compromis de la direction du parti socialiste et ses perspectives parlementaires, agıront comme un fossé qui empêche tout regroupement sentile ds auries façon une passivité complète de la part des masses.

Dans la prochaine période, seu un large soulèvement des masses peut constituer une réelle menace contre le régime bourgeois et empêcher la bourgeoisie de régner par la démocratie parlementaire. Un tel soulèvement sera probablement ajourné jusqu'à l'avènement de la dépression. La période qui est devant nous est donc une période dans laquelle la bourgeoisie (quoique non sans difficultés croissantes) poursuivra ses efforts pour régner par consentement. L'énorme puissance dont s'est armé le congres bourgeois continuera à lui servir pour briser les grèves, pour faire passer lles conflits sociaux par les organismes d'arbitrage, pour emprisonner sans Procès les militants ouvriers et les dirigeants ouvriers et paysans et pour limiter encore plus les libertés - civiles. Mais tout ceci n'aura pas lieu dans une mesure suffisante pou: changer le caractère démocratique du régime.

La prochaine période est donc une période dans laquelle il faut utiliser au maximum les droits démocratiques existants pour construire les syndicats et organisations paysannes, pour dénoncer le Congrès bourgeois, pour pousser les luttes des masses pour les revendications économiques et droits démocratiques, et pour construire le parti.

QUATRÍEME

LE FRONT UNIQUE DES PARTIS DE LA CLASSE OUVRIERE

Dans l'ensemble de la situation politique actuelle aux Indes, le mot d'ordre du Front Unique des partis de la classe ouvrière prend une très grande importance vis-à-vis des tâches que les masses doivent accomplir afin de combattre l'offensive croissante des capitalistes et de leur gouvernement contre les droits et les libertés du peuple. Seule l'action des masses peut arrêter l'offensive des capitalistes. Pourtant dans la période actuelle, l'action des masses nécessite une préparation préalable, lactivité de front unique des partis et organisations de la classe ouvrière. La classe ouvrière dans son ensemble a besoin du front unique pour s'imprégner de confiance dans sa propre force. En mobilisant les élémenti et dans meatie et le opies, ments les plus combatifs et les plus le Front Unique fera sortir de leur méfiance et de leur hésitation les couches plus arriérées. Le Front Unique est aujourd hui le seul levier possible pour mobiliser le plus grand nombre possible de combattants contre l'offensive de la réaction capitaliste-féodale.

C'est le prélude nécessaire pour la prochaine étape de la lutte des classes lorsque les masses sortiront de laction defensive pour passer l'offensive contre la citadelle de la réaction capitaliste. La lâche de l'avant-garde révolutionnaire dans la période actuelle est celle d'une lutte ininterrompue contre l'attitude sectaire et ultimatiste des réformistes et des dirigeants staliniens, en soulignant la nécessité de subordonner les rivalités de partis au besoin du front unique de la classe ouvrière.

D'autre part, en luttant côte à côte avec les ouvriers, membres des partis réformistes et staliniens, la minorité révolutionnaire sera en mesure de sortir de son isolement et d'établir de solides liens avec les larges conches de militants actifs qui ne peuvent pas être, aujourd'hui, uniquement atteintes par la propagande. Néanmoins, il est nécessaire de lutter contre toutes les tentatives de limiter la conception du Front Unique à celle d'un simple bloc propagandiste entre les tendances révolutionnaires et non-révolutionnaires. En aucun cas le parti révolutionnaire ne doit renoncer à sa liberté de critiquer la fausse politique d'autres partis de la classe ouvrière et à son droit d'opposer tout son programme à ceux des réformistes et des staliniens.

Le Front Unique des partis de la classe ouvrière que nous exigeons doit se distinguer nettement Front Démocratique exigé par le Parti Communiste. Ce dernier est fondamentalement un front de collaboration de classe, alors que le front unique des parlis de la classe ouvrière a comme ligne politique de développer les luttes de classe. Le front unique des partis de la classe ouvrière part de la perspective de la classe ouvrière en tant que direc-. tion du mouvement des masses, alors que le Front Démocratique est une adaptation — et en derniere analyse une subordination — de la classeouvrière à la petite bourgeoisie. Ceci est nettement démontré par le fait que le Front Democratique est destiné à créer un « Gouvernement Démocratique représentant la volonté du peuple et non cellé des capitalistes, et opposé à la collaboration -avec l'impérialisme anglo-américain et cherchant une alliance avec les Etats démocratiques afin de préserver la paix et la collaboration internationale ». Une telle formule ne peut être qu'un piège pour les masses et ne peut mener qu'à la formation d'un gouvernement des partis bourgeois et petit-bourgeois, qui ne résoudra aucun problème des masses bien qu'il puisse s'aligner sur le bloc soviétique contre le bloc anglo-américain dans la politique des puissances internationales. Il est nécessaire pour le parti de dénoncer cette formule de gouvernement démocratique et d'y opposer le mot d'ordre du Gouvernement des Ouvriers et des Paysans. Il est nécessaire de démontrer dans notre propagande que la seule alternative progressive au gouvernement du Congrés bourgeois actuel est le gouvernement des ouvriers et des paysans prenant le pouvoir à travers la lutte des masses contre la bourgeoisie et le féodalisme.

Le front unique des partis de lla classe ouvrière doit être formé sur la base d'un programme concret de revendications démocraliques et économiques élémentaires. Ce programme devra comprendre les revendications suivantes :

(1) L'échelle mobile des salaires, c'est-à-dire une augmentation des salaires proportionnelle à toute augmentation du coût de la vie.

(2) Pas de débauchage. La réparti-

QUATRIEME tion du travail parmi la force de travail existante par la réduction des heures de travail sans diminution du salaire.

(3) La semaine de 40 heures, un salaire minimum vital et la sécurité de travail.

(4) Le droit de grève et des piquets de grève incluant l'abolition de l'arbitrage obligatoire.

(5) La formation de groupes d'auto-défense ouvrière sous le contrôle des syndicats.

(6) L'abolition de toutes les formes de propriété foncière sans compensation et le transfert de la terre à ceux qui la travaillent.

(7) L'annulation de toutes les dettes des fermiers et la réduction des impôts fonciers.

(8) L'abolition des principautés et la convocation d'Assemblées Constituantes dans les Etats afin que les populations puissent librement détterminer leur avenir.

(9) L'abolition de toutes les lois répressives incluant le Décret sur la sécurité publique ainsi que les lois limitant la liberté de la presse.

(10) La dibération de tous les prisonniers politiques.

(11) La liberté de parole, de réunion et d'association. 38

T E RNAT GONAL

Le Front Unique de Gauche formé à Parna n'implique d'aucune façon un bloc politique avec le stalinisme de la part du BLPI.

Le but du Front Unique de Gauche, tel qu'il est stipulé dans la pré face du programme du Front Unique de Gauche, « le remplacement du gouvernement actuel par un gouvernement défendant les droits des peuples exploités » (et que le BLPI refusa de ratifier pour cette raison); démontre l'impossibilité de construire un front sur un programme politique compréhensible entre le PC d'une part et tout autre parti se basant sur le Marxisme, d'autre part.

BLPI ne participera au Front Unique de Gauche que dans la mesure où ce front présentera des possibilités de discussion entre les partis de gauche sur des formes concrètes d'action pour l'obtention d'objectifs agréés, et dans l'accomplissement d'actions communes dirigées contre les capitalistes et les propriétaires fonciers. Le parti ne demeurera dans ce front que tant que l'action commune entre les partis de gauche y sera possible — des actions qui iront loin dans la rupturę des barrières qui séparent la minorité dans le parti révolutionnaire et les militants du dehors.

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