Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 6-7

Le Congrès du Labour Party

Quatrième Internationale, vol. 6, n° 6-7 · juin-juillet 1948 · p. 4-6 · 1 155 mots

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Le Congrès du Labour Party britannique qui s'est tenu au mois de mai a été marqué premièrement par la peur de la direction d'une critique hostile de la gauche et deuxièmement par un mécontentement et une résistance croissants des militants de base envers la tentative de la bureau-" cratie d'entraîner le parti à droite. Dans ce numéro, nous publions un article d'Arne Swabeck, paru dans la revue américaine « Fourth International » où se trouve analysé le développement du Labour Party jusqu'au début de cette année. Depuis lors, la polarisation s'y est accentuée. Au congrès de cette année, à l'ordre du jour se trouvaient plusieurs résolutions hostiles à la politique gouvernementale de blocage des salaires. Quelques-unes y étaient totalement opposées ; d'autres exigeaient à titre de garantie que les profits et les prix soient également contrôlés. 4

Dès l'ouverture du Congrès, les ministres eurent à répondre à une attaque contre leur politique qui avait coûté au parti des centaines de sièges aux dernières élections municipales et quelque 40.000 adhérents. Ces attaques furent suivies par une série de discours critiquant leur politique économique. Pour éviter un vote dangereux, l'Exécutif accepta une résolution qui approuvait la politique de blocage des salaires à condition que les profits et les

Cette manœuvre fut caractéristique de la ligne de conduite dans tout le Congrès. La stratégie de la direction fut d'éviter si possible tout conflit et de prêcher la modération en vue des élections de 1950.

Deux autres questions furent surmontées de cette façon. Toute une série de résolutions critiquait la gestion des industries nationalisées et exigeait un contrôle plus strict de la part des ouvriers. Ces résolutions exprimaient la volonté incontestable de l'écrasante majorité de la classe ouvrière britannique d'une socialisation de l'industrie. Au cours des débats, cette volonté se manifesta dans presque tous les discours, malgré une certaine confusion, et la direction fut obligée de demander au congrès de transmettre la résolution au Comité Exécutif qui la prendrait en considération et des promesses explicites furent faites que cette résolution serait sérieusement réexaminée.

Le gouvernement voulait depuis un certain temps abandonner la promesse de nationaliser l'industrie sidérurgique, mais quelques résolutions très embarrassantes à ce sujet étaient soumises à l'ordre du jour. L'une d'elles, soumise par une organisation locale du L. P. exigeait la nationalisation sans indemnisation de cette industrie et sa mise en fonctionnement sous contrôle ouvrier par une loi à voter au 'cours de l'actuelle session parlementaire, Dès l'ouverrefusa de s'incliner, cette résolution fut placée à la fin de l'ordre du jour et l'ordre du jour. Lorsque le groupe local, par l'intermédiaire de son délégué, ce ne fut qu'après que la presse ait reproduit une protestation contre cette procédure, que la discussion eut lieu sur cette résolution.

A ce sujet, il y a lieu de remarquer que les bureaucrates s'adaptèrent à la presse et non à la volonté exprimée par les délégués. Ils voulaient empêcher des « incidents » hostiles au gouvernement et demandaient à tous les délégués de se rallier autour de l'aile droite pour maintenir l'unité aux élections prochaines. Au début du Congrès, cette tactique eut un certain succès ; mais vers la fin, de nombreux délégués comprirent qu'il serait impossible d'obtenir une victoire électorale en succombant à la pression de la réaction et de l'aile droite du parti. Finalement sur la résolution concernant l'industrie sidérurgique, le porteparole gouvernemental obtint son retrait en acceptant une résolution moins énergique garantissant la nationalisation de cette industrie au cours de l'existence du Parlement actuel.

Sur toutes ces questions d'importance vitale pour la classe ouvrière britannique, les staliniens et leurs adeptes sont restés silencieux. Sur la politique étrangère, une résolution proposée par M. Zilliacus défendait la ligne stanienne. Cette résolution fut repoussée à une forte majorité, non pas parce qu'il y avait un sentiment général en faveur de la politique extérieure de Bevin, mais parce que les staliniens sont isolés et ne disposent pas de la confiance d'importantes couches de la classe ouvrière britannique. Après le congrès des divergences entre les staliniens et Zilliacus se manifestèrent ouvertement. Mais la vraie faiblesse de la position de celui-ci réside dans le fait qu'elle n'est basée sur aucune critique de la politique poursuivie par le gouvernement en Grande-Bretagne même.

Comme nous l'avons déjà mentionné, les staliniens ne disposaient pratiquement d'aucune force dans ce Congrès. Leur influence politique dans les syndicats est en déclin et de nombreux suiveurs des staliniens sont effrayés par l'exclusion récente de Platts-Mills, député de Finsbury qui, pendant longtemps avait été identifié à la politique stalinienne. Afin d'empêcher toute critique contre son exclusion, le Comité Exécutif exclut également un droitier Edwards, et fit passer ces questions en procédant à un vote sans discussion."

Toutefois la politique extérieure de Bevin fut implicitement critiquée dans une résolution en faveur des Etats-Unis Socialistes d'Europe qui fut adoptée par le congrès. Cette résolution, ouvertement opposée aux conceptions de la politique extérieure de Bevin fut cependant acceptée au nom de l'Exécutif par Dalton, qui lui donna une interprétation totalement opposée à celle de ses initiateurs. II l'allia au plan Marshall et à « l'Union Occidentale », contre lesquels de nombreux orateurs étaient intervenus.

Tout en ayant plus ou moins réussi à empêcher une profonde division au Congrès, les. ministres doivent maintenant faire face à une année pleine de difficultés. Les conditions économiques s'aggravent de jour en jour. Le déficit de la balance commerciale croît en même temps que les exportations: la surproduction s'est manifestée dans certains secteurs de l'industrie de consommation ; et les problèmes des salaires, des prix et des profits restent foujours aussi critiques. Certaines couches ouvrières importantes comme, par exemple, les ouvriers métallurgistes se préparent à lutter sur le plan économique pour améliorer leur situation. Il faut également noter qu'avant le congrès, se produisit la première grève officiellement reconnue depuis 10 ans par la direction syndicale.

Les difficultés économiques croissantes sont accompagnées de difficultés politiques de plus en plus grandes. L'année qui vient sera une année critique pour le Labour Party. Les conditions objectives sont favorables à l'apparition d'une puissante aile gauche orientée vers une véritable politique socialiste. Le problème de la construction de cette aile gauche est directement lié au problème des prochaines élections et de la politique avec laquelle le L. P. se présentera à ces élections. Si les conceptions droitières de Morrisson et des autres dirigeants du Labour Party ne conduisent pas préalablement à une coalition avec la bourgeoisie, elles provoqueront une débâcle électorale.

L'élaboration d'un programme de combat pour les cinq prochaines années en Grande-Bretagne est la tâche la plus importante des militants du Labour Party. Cette tâche va de pair avec celle de gagner la jeunesse. Au Congrès, le Comité Exécutif a promis d'appuyer totalement la construction d'un mouvement socialiste de jeunes et de porter la limite d'âge à 25 ans. Cette décision d'organisation peut avoir d'importantes conséquences pour l'avenir de la jeunesse ouvrière et pour le mouvement socialiste en Grande Bretagne.

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