Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 6-7

La politique extérieure de la France

J.-P. Martin · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 6-7 · juin-juillet 1948 · p. 17-22 · 3 504 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

L'IMPÉRIALISME français fait la politique de ses moyens. Et, à la lumière de ce qu'a été pour la France le bitan de la dernière guerre, ceux-ci se montrent extraordinairement réduits. Entre les deux guerres mondiales, la France a pu jouer sur les antagonismes qui opposaient des impérialismes de force sensiblement égale et maintenir ainsi une position internationale qui ne correspondait pas à sa véritable puissance industrielle et financière.

Après la deuxième guerre mondiale qui lui a fait perdre la plus grande partie de ses placements à Pétranger, de sa flotte marchande et qui a provoqué une destruction de son appareil productif évalué à quelque 470 milliards de francs de 1938, l'impérialisme français se voit relégué à une position analogue à celle occupée par l'Italie après 1918.

Mais la configuration de l'échiquier international est aujourd'hui tout à fait autre de celle d'après la première guerre. Le monde est divisé entre le bloc soviétique et le bloc américain et, à l'intérieur de celui-ci le décalage est énorme entre les Etats-Unis et les autres impérialismes. Immédiatement après la fin de la guerre, la France a esquissé une politique d'indépendance relative à l'égard de l'impérialisme américain, laquelle a revêtu deux formes : a) tout d'abord se produisit un rapprochement avec l'Union sovietique concrêtisé dans le pacte d'alliance conclu par de Gaulle luimême. Cette tentative correspondait à une double préoccupation de la bourgeoisie française à ce moment : se garantir contre un règlement de la question allemande selon les vues des Anglais et des Américains, vues qui n'apparaissaient pas, deja a certe époque, aussi fermes que celles des Husses ; et maintenir a intéricur la politique de collaboration de classe adoptée par le Parti Communiste et qui était absolude la France par Jean-Paul MARTIN ment nécessaire au relèvement relatif de l'économie capitaliste délabrée. Cette orientation de la politique extérieure fut bientôt pratiquement abandonnée par tous les partis de la bourgeoisie, au fur et à mesure que s'accentuait l'antagonisme U.R.S.S.-Etats-Unis et que la situation économique de la France exigeait d'urgence une aide américaine :

b) par la suite, la politique extérieure francaise se montra sensible aux tentatives de Londres de desserrer le nœud coulant de l'aide américaine par la création d'un bloc occidental européen à direction anglo-française. Mais cette orientation, elle aussi, a échoué jusqu'ici, faute d'une base suffisante pour l'appuyer. Ainsi, en définitive, la politique des moyens réels de la France s'avère devoir être celle qu'elle est actuellement, c'est-à-dire celle d'une puissance capitaliste à la remorque absolue des Etats-Unis. La dépendance de la France envers ceux-ci est, avant tout, d'ordre économique. L'aide américaine a permis jusqu'ici à la France de couvrir les besoins immédiats de sa population en aliments et de ses industries et d'éviter une véritable catastrophe économique avec toutes ses conséquences, politiques et sociales.

Par le seul moyen du charbon de provenance américaine et allemande, et que la France ne peut pas trouver ailleurs, les Etats-Unis contrôlent effectivement un tiers de l'industrie française. D'autre part, bien que la France ait réduit au minimum les importations nécessaires à son économie et porté au maximum actuellement possible ses exportations, sa balance commerciale enregistre un déficit croissant qui, pendant les quatre premiers mois de cette année, a atteint 63 milliards de francs (contre 36 milliards de francs pendant la même période de 1947).

Le déficit total en 1947 avait at-

QUATRIEME teint la somme de 1.120 millions de dollars (il n'était que de 45 millions de dollars en 1938) et n'a été couvert que grâce aux crédits américains.

Si on prend la même somme comme déficit commercial pour cette année et si on tient compte du fait que l'aide américaine que la France recevra par application du plan Marshall pour les douze premiers mois s'élèvera à 1.131.200 dolpeut conclure que l'aide lars, on américaine couvrira à peu près ce déficit. Mais si on se réfère aux chiffres donnés par la Commission Monnet qui avait calculé que le train de léconomie française en 1948 exigerait, en plus de toutes les autres ressources, une somme supplémentaire

L'IMBROGLIO

Le Vietnam constitue actuellement le caainon le plus faible de l'empire français.

Tenant compte du fléchissement manifeste de la domination francaise sur ce pays riche et occupant une position stratégique excellente en Extrême-Orient, Moscou et Washington, pour ne pas parler de la Chine, s'efforcent de s'en assurer la succession. Les laborieuses machinations entreprises dans les coulisses par Bollaert, commissaire du gouvernement de Paris, auprès de milieux « collaborationnistes » du Vietnam pour mettre sur pied un « gouvernement fédéral vietnamien » de marionnettes et se passer d'Ho-Chi-Minh, junienne, n'ont donné après plusieurs gé juste titre d'obédience stalimois que de piètres résultats, C'est le reflet du fait que sur le réel terrain de bataille, celui des opérations militaires et de la force armée, l'impérialisme français n'a pu obteni de résultat décisif. Il s'est établi en Indochine un état d'équilibre instable; les troupes françaises occupent les villes et certains centres vitaux de communications, tandis que les troupes vietnamiennes contrôlent la campagne et rendent ainsi impossible toute exploitation de l'impérialisme. Ceci est d'ailleurs économique du pays au profit illustré avec éclat par la chute vertiginèuse de toutes les exportations de

PIndochine depuis 1946.

LE REGLEMENT DE LA

Mais c'est surtout dans la question allemande que s'est manifestée le de 365 milliards de francs, c'est-àdire environ 1,7 milliard de dollars au taux officiel du change, on doit conclure que laide Marshall a la France, si importante soit-elle, ne couvrira que les deux tiers environ du déficit de l'économie nationale.

De toute laçon, de ces chiffres il ressort que dans létat actuel de l'économie française, l'aide américaine est d'un apport capital indispensable qui lie littéralement la bourgeoisie française au char de la politique yankee en Europe et dans le monde.

La faiblesse extrême de la position français se manifesta récemment de internationale l'impérialisme façon claire sur deux points différents : l'affaire du Vietnam et la question allemande. DU VIETNAM

La reconnaissance de « l'indépendance du Vietnam dans le cadre de l'Union française » et la constitution d'un « gouvernement central vietnamien » présidé par NguyenVan-Xuan, citoyen, français et général de l'armée française, que l'on veut présenter comme incarnant la « libre » volonté du peuple vietnamien, démontre la pauvreté des moyens auxquels est réduite l'administration coloniale du gouvernement de Paris. Car il y a très peu de chan-

. ce gouvernement fantoche du Quisling indochinois présenté, du ces que reste avec réserve, par l'ex-empereur Bao-Dai (qui semble jouer piutromper les masses vietnamiennes et tôt le jeu de l'Amérique) puisse pacifier le pays au profit de Pimpérialisme. L'imbroglio vietnamien s'éternise tandis que la poursuite de la guerre, les sacrifices humains mis à part, grève le budget français de charges absolument disproportionnées aux résuitats acquis ou escomptés.

La guerre d'Indochine ne constitue, en réalité, qu'une entreprise de sauvegarde du prestige colonial de la France. Un abandon pur et simple de l'Indochine ou des concessions trop importantes dans cette partie de l'Empire, risqueralt de compromettre dangereusement position de Paris, déja très délicate, dans toutes les colonies africaines particulièrement en Algérie et au au Maroc. QUESTION ALLEMANDE plus clairement l'extrême faiblesse de la position internationale actuelle

INTERNATIONALE de la France. Ca politique de la France en cette matière est basée sur les deux considérations suivantes : exploiter la situation de l'Allemagne vaincue et occupée pour lui extorquer le maximum de profits possible de toufe sorte pour sa propre economie ; et empêcher que l'Allemagne se relève et redevienne capable de concurrencer la France sur le marché mondial.

Ces considérations ont déterminé les deux principaux points de la po. litique allemande de la France sur le régime de l'exploitation de la Ruhr, arsenal de léconomie allemande et européenne, et sur le régime politique de l'Allemagne. Sur le premier point, la politique de la France tenta de renforcer sa propre part et de diminuer celle de l'Allemagne ; sur le second point elle tenta d'éviter la renaissance d'un Reich allemand centralisé.

C'est à la lumière de la récente conférence de Londres, commencée le 20 avril et close le 1°* juin, qui a décidé du sort de l'Allemagne occidentale, qu'on peut mesurer le long chemin de concessions parcouru par la diplomatie française depuis ses positions initiales.

En ce qui concerne la Ruhr, la position de départ défendue obstinément par de Gaulle était le détachement de cette région-clef de l'Allemagne et son internationalisation. Devant l'opposition unanime rencontrée par cette position extrême, de Gaulle luimême dut céder et préconiser, avec lensemble de la bourgeoisie française, le contrôle international de la Ruhr. Ceci impliquait naturellement la participation de la Russie au contrôle. Mais cette position aussi fut bientôt abandonnée et on dút se contenter d'un contrôle réduit aux seules puissances occidentales, les Etats-Unis, l'Angleterre, la France et les pays du Benelux.

La France insistait pour que le contrôle s'étende aussi bien à la gestion qu'à la répartition de la production de la Ruhr. La Conférence de Londres lui a enlevé la dernière possibilité d'un contrôle tant soit peu effectif de sa part, en décidant que le contrôle se limiterait à la répartition du charbon, du coke et de l'acier de la Ruhr. Du reste, ce contrôle lui-même s'avèrera bientôt illusoire et ne résistera pas à la marche du relèvement de l'Allemagne entrepris sous le contrôle améri. cain. Sur ce point, les intérêts americains ont complètement prévala.

En réalité la mainmise du capital américain sur les grosses entreprises de la Ruhr est déjà énorme et dicte l'ensemble de la politique américaine en Allemagne. Les Américains, après avoir fait abandonner aux Anglais leurs projets de « socialisation » des entreprises de la Ruhr, ont obtenu que la gestion de celles-ci soit assurée par les Allemands eux-mêmes, c'est-à-dire par leurs partenaires économiques.

En ce qui concerne le régime politique de l'Allemagne, la France avait défendu jusqu'ici la position d'une Confédération allemande, c'est-à-dire un rassemblement lache de petits états allemands, jouissant chacun d'une grande autonomie. La Conférence de Londres vient d'en décider autrement : l'Assemblée Constituante pour l'Allemagne Occidentale qui se réunira à partir du ler septembre prochain doit être élue selon un système choisi par les Etats allemands eux-mêmes. Il est plus que probable que ceux-ci adopteront le système du suffrage universel, combattu par la France qui craint l'unification de l'Allemagne par la base.

Ainsi, sur l'essentiel du règlement de la question allemande, la cause défendue de concert par les Anglais et les Américains (les Anglais s'étant mis préalablement d'accord dans la coulisse avec les Américains) pour mieux exercer leur pression commune sur le partenaire le plus récalcitrant a eu raison sur toute la ligne de la résistance française.

L'ampleur de ces concessions n'a pas manqué d'être exploitée par tous les adversaires du gouvernement actuel de la France, particulièrement par les gaullistes et leurs partenaires les plus proches en matière de politique allemande, les staliniens français. A leurs protestations lorgane officiel du Quai d'Orsay, Le Monde, du 3 juin oppose deux sortes de justifications :

a) la supériorité écrasante de la position du consortium anglo-américain, particulièrement des EtatsUnis ; b) les garanties de sécurité données à la France.

Le bloc anglo-américain, selon le Monde, « étant une réalité depuis 18 mois - depuis la constitution de la bizone (affirmation à notre avis exagérée) il est clair que la France ne pouvait plus lui opposer qu'une force insuffisante : il commande 40 millions d'habitants sur 45 millions dans l'Allemagne Occidentale, il est

R maitre de la Ruhr et le relèvement de l'Allemagne aussi bien que de la France dépend du plan Marshall, donc des Etats-Unis ».

D'autre part, devant les craintes. plusieurs fois d'Orsay que la constitution d'un exprimées du Quai gouvernement de l'Allemagne occidentale, ne provoque une violente réaction russe, Washington fait remarquer que « l'accord de Londres fait partie d'un ensemble d'accords et de prises de position interdépendantes — plan Marshall, pacte à cing, appui donné à ce pacte par le discours du Président Truman du Truman 12 Mars, puis par Vandenberg adoptées le 20 mai par les commissions des Affaires Etrangères du Congrès — qui forment un tout indissoluble » (Le Monde 5 juin). Ce qui, en d'autres termes, veut dire que la France ne peut avoir de garanties de sécurité, que dans la mesure où elle s'incorpore dans l'ensemble de la politique européenne et mondiale de Washington.

Sur le premier point, tous les journaux pro-gouvernementaux en France ont soutenu la même thèse qu'une résistance française était vaine et, qu'en tout cas, elle n'empêcherait pas les Anglo-américains d'aller de l'avant. Cette argumentation de la presse favorable à la « troisième force » était nécessaire pour contrebalancer la propagande des adversaires de la politique gouvernementale et pour obtenir la ratification des accords de Londres par le Parlement,

Qui proteste en fait contre cette politique dietée à la bourgeoisie française par sa position réelle sur l'échiquier international ? Comme nous avons déjà eu l'occasion de le noter, ce sont d'une part, les gaullistes et d'autre part les staliniens français. Dépourvus de responsabilité gouvernementale ef, par conséquent, ne risquant pas d'être mis immédiatement à l'épreuve, tous deux peuvent se vanter d'être capables de servir la bourgeoisie française, par une politique internationale différente de celle du gouvernement actuel.

De Gaulle représente l'aspect ultra-nationaliste de la politique internationale française qui réunit l'approbation des milieux les plus réactionnaires de la bourgeoisie francaise : monopoleure craignant la concurrence américaine et redoutant que le relèvement de l'Allema- gne, financé par Washington, ne les prive de leur propre base et de leur propre marché (1), gros colons de l'Afrique du Nord et de l'Indochine, Gaulle mise sur la clientèle petitepaysans riches. D'autre part, de bourgeoise qui forme le gros de ses troupes, sensible aux « grandeur » impériale haine traditionnelle du « Boche ». Son mouvement réactionnaire à tendances fascistes a besoin de l'aliment nationaliste et de l'illusion que la France reste une grande puissance mondiale gardant son empire et jouant le rôle dirigeant dans POuest de l'Europe Continentale.

De Gaulle avait cru qu'en résistant à l'Amérique il pouvait l'amener à confier à la France plutôt qu'à l'Allemagne la place de pivot de la reconstruction européenne sous le contrôle de Washington. Il se retrancha ainsi, pendant une période, dans une attitude de réserve vis-à-vis des Etats-Unis. hautaine Mais quand l'antagonisme U.R.S.S.Etats-Unis devint le fait dominant sur larène internationale et projeta le spectre d'une avance redoutable de Moscou vers l'Ouest et d'un nouveau conflit mondial, à la lumière de l'extrême faiblesse économique de la France, de Gaulle fut obligé, à son tour, de choisir et d'entrer, sans réserve, dans le jeu américain. Il loua la « force » et la

« générosité » de l'Amérique, souligna à son tour la nécessité du bloc occidental européen, bouclier contre une nouvelle avance de l'U.R.S.S.

et du « Communisme » et revisa sa politique envers l'Allemagne. Sur ce dernier point, il accepta de renoncer à sa thèse initiale du détachement de la Ruhr pour adopter celle de sa soumission à un contrôle « infernational », et dans son récent discours de Compiègne il salua, en quelque sorte, à son tour, le projet d'entrée de l'Allemagne dans la lamille occidentale. Ses réserves actuelles contre les décisions de la

Conférence de Londres, et même sa critique acerbe dans la forme, ne changent rien au fait que pour appliquer une politique différente de

(1) • On a vertement relevé, à Paris, le caractère « effarant » d'une proposition américaine, qui, en fait, étendait le contrôle prévu pour la Ruhr à certains complexes industriels de notre Lorraine » (c'est-à-dire de l'industrie sidérurgique française), artele: leader du périodique Une Semaine dans le Monde (29 mai 1948).

N celle que dictent les Anglo-Américelles il a drait disposer de moyenadéquats.

Or, de Gaulle a le choix entre une politique a la remorque de Washington ou une attitude d'abstention et de protestation qui, en tout cas, n'est pas une politique. Une telle attitude ne peut lui servir que comme aliment démagogique pour ses troupes petites-bourgeoises, aussi longtemps qu'il se trouve dans l'opposition, mais elle ne lui servira jamais comme programme gouvernemental.

La position des staliniens français est symétrique de celle de De Gaulle, en observant toutefois qu'ils gardent l'avantage de la surenchère. En fait c'est le Bureau Politique du Parti Communiste français qui, le premier, a élevé « une solennelle protestation contre la politique de démission nationaie » (Comptes rendus de la séance du 3 juin, Humanité 4-6-48) et qui, pour que de Gaulle ne puisse exploiter l'affaire, rappelle que cette politique « d'abandon » n'est que le développement de la politique sans cesse défendue par le Général de Gaulle ». La « démission nationale » consiste, selon les staliniens français, dans le fait que le relèvement de l'Allemagne passe avant celui de la France et que celle-ci abandonne les réparations.

L'attitude anti-allemande du Parti stalinien contraste violemment mais uniquement dans sa forme, avec la politique que mènent presentement, d'un côté PU.R.S.S., devenue avec sen porte-parole en Allemagne, le maréchal Sokolovsky, le champion de lunité et de l'indépendance

Prise entre ce qu'on appelle élégamment la « générosité » de l'Amérique, c'est-à-dire l'aide indispensable du plan Marshall et « l'égoïsme , américain, c'est-à-dire les conditions de cette aide conformes aux intérêts de l'impérialisme yankee, la

France est forcée d'accepter en definitive la politique américaine

« comme un tout », c'est-à-dire de capituler sur toute la ligne. Les coups que lui a portés le dernier conflit impérialiste lui ont enlevé toute base réelle pour une politique internationale tant soit peu indépendante. Sa préoccupation essentielle à l'avenir sera de sauvegarder ce qui

TERNATIONALE allemande, et, d'autre part, les staliniens allemands. Mais elle ne lui sert exclusivement que pour attaquer l'ensemble de la politique extérieure pro-américaine de la bourgeoisie française.

« Un règlement du probleme aemand conforme aux interets de la France implique nécessairement une revision totale de toute la politique extérieure de notre pays » (P. Courtade, Humanité du 4 juin).

On se tromperait, en fait, si l'on croyait que Popposition du Parti stalinien français aux décisions de Londres signifie que ce parti épouse sur la question allemande, les mêmes thèses que celles de la bourgeoisie française sur la Ruhr et le regime politique de lAllemagne. Le parti stalinien sur ces questions ne défendra en réalité que la position défendue par l'U.R.S.S. et son oppos tion actuelle reste délibérément dans l'imprécision et se contente d'une attitude anti-allemande capable de capter les sympathies nationalistes des masses petites-bourgeoises des villes et des campagnes. C'est une attitude essentiellement démagogique et opportuniste, complètement subordonnée aux intérêts actuels de la politique extérieure soviétique. Qu'un accord intervienne entre I'U.R.S.S. et les Etats-Unis sur la question allemande, et le Parti stalinien français, avec la même farouche indignation qu'il manifeste aujourd'hui contre les responsables de la « démission nationale » dirigera tous ses feux contre les perturbateurs de « laccord et de la solidarité des Alliés ».

peut lui rester de l'Empire, afin de faire encore figure de grande puissance, et de maintenir l'équilibre métropolitain, auquel est lié le sort même du régime social de la bourgeoisie française, par la surexploitation des colonies. En ce qui concerne sa politique européenne, elle ne pourra avoir d'autres ambitions que de se tailler la meilleure part possible dans Paide américaine et d'occuper la meilleure place possible dans la « reconstruction européenne » sous le contrôle américain, en attendant que la guerre contre l'U. R. S. S. et la défaite proclamée certaine par tous les réactionnaires lui ouvre de meilleures perspectives.

QUEL SERA LE ROLE DE LA FRANCE ?

QUEL SERA LE ROLE DE LA FRANCE ?

Entre les deux guerres, la France a fait la police de l'Europe, en grande partie pour son propre compte. Actuellement ses ambitions ne dépassent pas le rôle de mercenaire au service d'un maire aussi puissant que impérialisme yankee.

Pour remplir cette honorable mission qui lui sert en même temps à sauvegarder « l'ordre » à l'intérieur et à imposer le respect à ses esclaves coloniaux en revolte, la France doit entretenir une armée puissante. I sagie en et tout danes, sure lents- s'agit avant tout d'une armée puistal de 1.500.000 hommes, dont disposerait le Bloc Occidental, la France s'inserit avec un effectif « provisoire » de 757.000 hommes, qui absorbe 310 milliards de francs, c'està-dire presque autant que le déficit de son économie nationale pour l'année 1948 et plus que le total de l'aide

NTERNATIONALE américaine pour la même période(1).

On peut ainsi mesurer toute l'absurdité monstrueuse d'un régime social réactionnaire. Mais il est naturellement utopique de vouloir faire entendre raison à la bourgeoisie française. Pour briser sa politique sur cette question, comme sur le reste : pour sortir la France de l'ornière de la décadence et de la médiocrité, dans laquelle elle s'enfonce de plus en plus, il ne taut pas moins qu'une révolution : celle du prolétaComins, suant epompier man des riat instaurant son pouvoir par des de la Commune.

Juin 1948.

(1) Ceci est, du reste, valable pour l'ensemble du Bloc Occidental, dont les dépenses militaires s'élèvent, pour 1948, a quelque 4.500 millions de dollars, c'est-adire presque autant que l'aide américaine

Une erreur sur cette page ?