(Leçons de deux défaites)
A vec son instinct de classe raffiné, toute la bourgeoisie mondiale a parfaitement compris la signification des élections italiennes. Ses eris de triomphe ne sont nullement sans fondement. La petite bourgeoisie romaine fonctionne en général comme un baromètre bien sensible qui reflète fidèlement la pression sociale prédominante; sa réaction à la proclamation des résultats électoraux en est d'autant plus significative : elle consista dans des acclamations enthousiastes à l'adresse de la.. police motorisée de De Gasperi. C'est là, en vérité, que se trouve le vrai vainqueur de la bataille.
La victoire de la « démocratie chrétienne » n'ouvre nullement une période de développement pacifique ou libéral de la jeune république italienne. Elle signifie avant tout la consolidation du nouvel appareil d'Etat et d'oppression capitaliste qui a dû être reconstruit complètement
LE PROGRAMME,
Tandis que la bourgeoisie, après les élections, se sent à nouveau maitresse de la maison, le prolétariat est profondément désorienté et même épouvanté par les résultats électoraux. Sa campagne électorale avait pourtant été marquée, au moins dans sa phase initiale, d'un admirable élan combattil. Des occupations d'usines dans le Nord et des mouvement agraires dans le Sud, indiquaient clairement les objectifs que les masses s'étaient fixés. Par dizaines de milliers, ouvriers, emplovés, petits paysans, métayers se rassemblaient dans les congrès et les meetings provinciaux du « Front ». C'étaient ces signes précurseurs d'une mobilisation révolutionnaire des classes laborieuses qui avaient tant effrayé les observateurs étrangers. Leurs cris hystériques au sujet d'un « complot stalinien » inexistant cachaient mal leur inquiétude justifiée relativement aux aspirations insurrectionnelles de l'avant-garde prolétarienne d'Italie.
Au début de la campagne électorale, les dirigeants staliniens et ma après l'effondrement du fascisme. En même temps, elle signifie le début d'une période d'attaques directes contre les maigres conquêtes qui subsistent encore de l'insurrection de mars 1945. La campagne électorale du gouvernement s'est déroulée sous le triple signe de la mitre, de la Celere (1) et du dollar. Les évêques ont menacé d'excommunication ceux qui « votaient mal » ; l'appareil de répression ultra-moderne a intimidé les couches hésitantes par une manifestation véritable de force ; le dollar a symbolisé Podieux chantage à la faim que l'impérialisme américain n'a cessé de pratiquer pendant la campagne électorale. Ce sont aussi des raisons tangibles pour expliquer la force du courant conservateur. Mais cela ne suffit nullement à expliquer la défaite. Il faut encore examiner la réolique que leur ont donné les partis se réclamant de la classe ouvrière. FACTEUR DECISIF ximalistes du « Front démocratique », se sont efforcés de canaliser à leur profit cette poussée profonde des masses laborieuses et ont sug géré à celles-ci qu'une bataille décisive se déroulerait à l'occasion des élections. Mais pendant la phase capitale de la campagne électorale, au cours de laquelle a été posée la question de son contenu programmatique, de ses objectifs précis et de ses limites ultimes, les dirigeants staliniens et centristes ont démontré une fois de plus leur lamentable banqueroute politique. Les partis bourgeois et les réformistes saragatiens avalent placé au centre de leur campagne les questions économiques vitales pour les masses : le ravitaillement, la reconstruction, la lutte contre le chômage. Le plan Marshall constituait, comme de bien entendu, la plaque tournante de cette campagne.
Les dirigeants du « Front » n'ont nullement essayé d'opposer à ce
(1) Police d'Etat motorisée.
QUATRIEME programme concret et fort séduisant les revendications qui vibraient au cœur de millions d'exploités : « La terre aux paysans, les usines aux ouvriers, le pouvoir aux travailleurs ». Ils ne se sont nullement efforcés d'opposer au plan Marshall un plan concret de reconstruction socialiste de l'Italie dans le cadre des EtatsUnis socialistes d'Europe. Ils n'ont nullement fait appel aux sentiments de dégoût et de révolte des masses face aux infâmes comédies « constitutionnelles » de la bourgeoisie réactionnaire. Au contraire, réactionne debat sur le erein ou ta Padversaire l'avait placé et ont opposé au plan Marshall ...la défense de « l'honneur » (1) et de « l'indépendance nationale • | Ils sont même allés aussi loin que de défendre l'idée d'une économie autarcique qui, en Italie, a une résonance nettement fasciste. Pareille dérobade ne pouvait tarder à avoir ses effets sur de
Dans le mouvement ouvrier francais, les discussions qui ont commencé à la suite de l'échec du grand mouvement gréviste de novembre-décembre 1947 sont encore loin d'être terminées. Mais le résultat des élections italiennes porte des aujourd'hui un coup mortel à l'argumentation des staliniens ou des centristes. Pour ceux-là, c'est la social-démocratie qui seule aurait causé la défaite en divisant le camp gréviste : on se plaisait, dans ces milieux, à opposer « l'unitarisme » des Nenni et Basso, « gages súrs de la victoire » (« La Bataille Socialisle »). Pour les autres, les grévistes de novembre avaient été « débordés » sur la droite parce que le P.C. avait utilisé une tactique trop radicale (.) ; on se plaisait chez eux à opposer à la politique « ultra-gauche » de Thorez, la politique « raisonnable » de Togliatti. Hélas, les élections italiennes infirment de la façon la plus nette l'une et l'autre de ces théories impuissantes.
En, réalité, les élections italiennes ont confirmé la leçon des grèves françaises quant à l'incapacité totale du stalinisme d'offrir aujourd'hui, même au cours de ses « tournants a gauche », un programme de classe apte à réaliser la mobilisation effective du prolétariat dans la lutte. Tout comme à l'étape précéden.24
NATIONALE larges couches petites bourgeoises et du prolétariat. Placés, par les orateurs staliniens eux-mêmes, devant le choix insensé entre le blé américain et l'honneur national au ventre creux, des centaines de milliers d'électeurs ont changé de camp durant les deux semaines décisives de la campagne électorale et voté pour la « démocratie chrétienne », même dans les bastions ouvriers traditionnels de Turin, de Gênes et de Milan. La poussée des masses qui avait débuté il y a trois mois dans une atmosphère d'enthousiasme véritable s'est effondrée lamentablement par suite de l'absence totale d'un programme d'action, capable d'exprimer clairement les aspirations profondes des exploités et d'opposer aux plans de brigandage et d'asservissement du Grand Capital le plan de reconstruction socialiste du prolétariat. te, le programme d'action stalinien reste de l'opportunisme pur, dont toute idée de lutte de classe prolélarienne est absente, et qui semble exclusivement destiné à c neutraliser » certaines couches de la petite et de la moyenne bourgeoisie. Ce programme passe ouvertement à coté de la classe ouvrière dont les besoins pressants et les souffrances profondes ne pourront être résolues que « demain » quand les « rapports de forces » deviendront « plus favorables » (par un coup de baguette magique ?) et quand on rasera gratis. Il est clair que, même quand les staliniens déclenchent une grève générale comme ils viennent de le faire en Finlande - il ne s'agit nullement pour eux de défendre telle ou telle revendication ouvrière, même limitée, mais exclusivement d'utiliser le prolétariat comme « masse de manœuvre » de la diplomatie du Kremlin, en ne manifestant que dans les cas d'extrême nécessité leur « respect » pour les aspirations des masses par des coups de chapeau démagogiques.
C'est pour la même raison que les dirigeants staliniens sont aujourd'hui incapables de constituer effectivement l'unité du front prolétarien, même dans le cas où, comme en Italie, ils réussissent à conclure
L'UNITE SANS LE PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE :
UN CADRE SANS CONTENU
INT
L'UNITE SANS LE PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE :
UN CADRE SANS CONTENU
QUATRIEME un pacte d'unité d'action avec les leaders sociaux-démocrates les plus représentatifs. - Cela ne diminue en rien la resla responsabilité des chefs sociaux-démocrates qui, dans la plupart des pays d'Europe occidentale sont tombés à un niveau de briseurs de grève si vulgaires qu'un Otto Bauer ou un Philippe Scheidemann apparaitrait, par comparaison à eux, comme un véritable héros de classe. Mais cela donne à l'expérience italienne, après l'expérience française, sa véritable signification. Le « tournant gauche » des staliniens se confirme une
Les élections ont d'un seul coup résolu ane autre question débattue avec passablement de confusion dans les rangs des ouvriers avances. Le rôle du stalinisme dans le passé était toujours apparu clairement comme celui d'organisateur de défaites sanglantes. Qu'il s'agisse de la révolution chinoise ou de la lutte contre la prise du pouvoir d'Hitler, de la guerre civile espagnole ou de la lutte des partisans grees — partout le stalinisme a brisé les montées les plus prometteuses du prolétariat mondial. Les défaites qu'il a ainsi provoquées n'étaient pas seulement des défaites de la classe ouvrière ; elles détruisaient également en passant le champ d'action et les organisations des partis staliniens.
Les récents événements en Europe orientale ont cependant engendré des doutes quant à la justesse de ce mouvement chez un certain nombre d'ouvriers conscients et surtout de compagnons de route petits-bourgeois du mouvement révolutionnaire. En effet, il semble que, dans ces le sta ce sne poire la pre les parois vays, ce soit pour la première fois bourgeois et non pas la bourgeoisie qui élimine les partis staliniens. De différents côtés on a ainsi été amené à poser la question de savoir s'il n'y avait pas là un indice que le stalinisme commence à surmonter ses propres contradictions internes. Les un'S gerait le stalinisme à retourner sur y voient une tendance qui oblila voie de la révolution sociale, sous la pression de l'impérialisme mondial. Les autres, par contre, y voient ses contradictions internes dépassées du fait que la caste parasitaire fois de plus n'être qu'une manœuvre de chantage diplomatique passagére et non un retour à une politique anti-capitaliste offensive. Il constitue seulement un changement de méthode, non un changement de programme. Hier avec opportunis. me et conciliation de classe, aujourd'hui avec aventurisme et hystérie « gauchiste », les partis staliniens continuent à poursuivre le même but de la politique extérieure russe : non renverser le capitalisme mondial, mais obtenir de celui-ci un compromis plus favorable, un « nouveau Yalta ». se transformerait en nouvelle classe dominante qui menace de détruire à l'échelle mondiale les forces de la révolution ouvrière tout comme celles de la bourgeoisie impérialiste et d'ériger à leur place une nouvelle société exploiteuse d'esclaves.
Après les grèves françaises, les élections italiennes constituent un nouvel avertissement à tous ceux qui continuent à juger les classes et les partis avec un impressionnisme incorrigible. Il est avant toul nécessaire de répéter une fois de plus qu'on ne peut isoler les évènements de tel ou tel pays de leur cadre mondial et de l'ensemble de la situation mondiale dans laquelle ils se déroulent. Le coup de Prague a réussi non parce que la tactique stalinienne est devenue tout-à-coup « victorieuse » après n'avoir produit pendant deux décades rien d'autre que des défaites. Il a réussi parce que la bureaucratie stalinienne a pu utiliser son écrasante supériorité économique et militaire contre une bourgeoisie à demi détruite et exsangue sans que l'impérialisme mondial n'intervienne. Pour en comprendre la signification, il n'est nullement nécessaire d'étudier l'ennuyeux rapport de Jdanov à la conférence de Bialistok ; il suffit de prendre con naissance des décisions et des pro tocoles secrets de Téhéran, de Yaita et de Potsdam et de suivre attentivement l'évolution de la diploma tie américaine depuis cinq ans. Staline n'a nullement « conquis » Pra gue ; ce sont Churchill et Rooseveh qui la lui ont jadis froidement lvrée. Le prix que Staline a payé pour cet abandon, c'est la liquidafion des possibilités grandioses gu'a-
STALINE, GRAND ORGANISATEUR DES DEFAITES
STALINE, GRAND ORGANISATEUR DES DEFAITES
N vaient le prolétariat et les partis communistes de renverser le capitalisme vers la fin de la guerre, en Europe occidentale et centrale, dans les colonies et dans plusieurs pays d'Amérique latine. Ce prix, la bourgeoisie mondiale ne l'a pas seulement encaissé jusqu'au dernier sou, elle lui fait même constamment rapporter de nouveaux intérêts, quand Nehru met le P.C. hors la loi aux Indes, quand de Gaulle avance sa candidature au titre de bourreau des communistes français et quand la réaction grecque massacre par milliers les meilleurs combattants ouvriers. Seuls, des bureaucrates cyniques comme Thorez peuvent, face à ce tableau, se réjouir de la « progression constante des forces communistes dans le monde » et oppo-
On commettrait cependant une lourde erreur de limiter les effets néfastes du stalinisme à l'évolution défavorable des rapports de force entre les classes sur le plan objectif. Les travailleurs de tous les pays restent nullement insensibles ne devant les crimes inouïs du stalinisme en Europe orientale. La suppression impitoyable de toute opposition ouvrière ; la destruction des syndicats comme organisations autonomes de la classe ouvrière ; la paupérisation des masses ; la terreur policière et le travail forcé, - toute cette carte géographique des « nouvelles routes vers le communisme » dessinée par Molotov ne peut qu'inquiéter et démoraliser à l'extrême le prolétariat mondial.
(2) Une semaine avant les élections italiennes, la presse stalinienne a publié la révélation sensationnelle d'un grand complot du Vatican ; les documents publiés s'avérèrent des faux bien avant le 18 avril. Le véritable complot clérical, à savoir la mobilisation et l'intervention dans la campagne électorale de milliers de prêtres, salariés par l'Etat, comme agents electoraux de Gasperi, n'a pu être dénoncé se rieusement par les staliniens. Ceux-ci avaient en effet eux-mêmes voté au Parlement le concordat avec le Vatican quand ils faisaient encore partie de la coalition tripartite. De façon générale, il est significatif de noter combien les staliniens sont idéologiquement désarmés en face de leurs ennemis les plus dangereux. Is se sont eux-mêmes privés de leurs meilleures armes. Queiques jours avant les élections, le gouvernement italien avait organisé à Rome une grande parade militaire, évidemment pour intimider les électeurs. Le P. C. salua en termes dithyrambiques * la grande 26
TERNATIONALE ser une fausse indignation à tous ceux qui parlent d'une poussée de la réaction. Chaque ouvrier sept et comprend que le capitalisme est aujourd'hui passé partout à l'offensive sur l'échelle mondiale et que les différents partis communistes sont aujourd'hui plus faibles et plus isolés qu'il y a trois ans — à l'exception des pays du « glacis ». Mais à l'échelle mondiale, Paris, Rome et Calcutta sont infiniment plus im. portants que Prague ou Budapest. C'est pourquoi, à l'échelle mondiale, le stalinisme s'avère plus que jamais une formidable organisation de démoralisation et de défaite pour la classe ouvrière, même s'il réussit de temps en temps à porter uu coup au capitalisme. Les crimes de Staline en Europe orientale projettent aujourd'hui l'ombre de l'anticommunisme sur le monde.
En ce sens la défaite de Rome constitue une réplique immédiate au coup de Prague. C'est ainsi au'on comprend pourquoj la bourgeoisie italienne a osé lever insolemment la bannière de la « liberté » face au stalinisme, alors qu'elle est en train de monter fiévreusement une armée et une police de guerre civile pour écraser le mouvement ouvrier libre. C'est ainsi qu'on comprend pourquoi le stalinisme est incapable de lui opposer autre chose que des slogans creux ou des documents sensationneis falsifiés (2). armée nationale ». Avant leur première grande défaite, les chefs staliniens voulaient encore rapidement donner le brevet de sainteté à leurs futurs bourreaux 1... On pourrait comparer cet aveuglement avec un autre épisode nen moins significatif : le 24 février, journée décisive de la crise tchèque, les étudiants de Prague organisèrent une démonstration devant le palais présidentiel et dans le quartier des diplomates. Quand la police commença à s'opposer à la manifestation, les étudiants entonnèrent Phymne national. Les policiers, immédiatement, s'arrêtèrent et se mirent au garde-à-vous ; devant de pareils arguments, les policiers sont en effet désarmés. L'hymne terminé, les étudiants se laissèrent disperser sans résistance... Les deux épisodes illustrent l'impasse idéologique complète dans laquelle se sont fourvoyées et l'opposition stalinienne contre le capitaliste, et l'opposition petite bourgeoise contre le stalinisme.
LA DIVISION DES RANGS PROLETARIENS
LA DIVISION DES RANGS PROLETARIENS
Dans létape actuelle de décomposition du capitalisme, une offensive sérieuse du Capital mondial contre la classe ouvrière est impossible sans une division profonde des rangs prolétariens. Si Wall Street et ses agents parviennent aujourd'huj à réaliser partout cette division, cela est dû en premier lieu aux « victoires » staliniennes en Europe orientale et à l'ensemble de la politique passée des Partis communistes. L'inter-action de ces deux facteurs a provoqué une scission fondamentale du mouvement ouvrier mondial en deux camps, chacun d'eux étant liés en premier lieu aux intérêts d'une des grandes puissances en présence. Loin de réagir contre cette scission, dirigeants réformistes et staliniens font tout leur possible pour l'approfondir davanLage encore et préparent ainsi fatalement leur propre destruction. La thèse du « parti de Moscou » comme celle du « parti américain » n'a d'autre signification objeclive que de perpétuer et d'approfondir la division de la classe ouvrière.
Mais cette division ne se limite nullement aux visées contradictoires des deux bureaucraties traîtres du mouvement ouvrier. Elle réflète en même temps le développement inégal de la conscience ouvrière,
Dans cette situation de scission et de désarroi, le prolétariat international ne s'est pas, jusqu'ici, montré capable d'opposer une résistance organisée à l'offensive capitaliste. Après l'échec des grèves de novembre-décembre, le prolétariat français, loin de pouvoir porter un coup décisif à la menace gaulliste, n'a pas encore rassemblé les forces nécessaires pour lutter d'une facon unie pour les revendications économiques les plus immédiates. Après la défaite électorale en Italie, la réaction énergique à l'usine et à la rue que tant de militants communistes d'avant-garde avaient escomptée, ne s'est pas produite. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l'évolution des rapports sociaux en Europe, la troisième depuis la liquidation de la guerre qui est en même temps la première dans laquelle l'initiative et la concentration de toutes les forces jouent en faveur du grand capital.
TERNATIONALE développement qui est chaque fois à nouveau déformé par les défaites et les trahisons des directions banqueroutières. Comme la social-démocratie et le stalinisme se conditionnent aujourd'hui l'une l'autre et ne peuvent se maintenir que grâce à leur existence et à leur faillite politique mutuelle, la compréhension politique de larges couches ouvrières se développe dans le circuit fermé de ce repoussoir réciproque. Ceux qui ont assimilé la trahison fondamentale du réformisme continuent à végéter à l'intérieur ou à la périphérie des partis staliniens malgré le fait que les grèves de novembre-décembre en France et les élections italiennes ont immensément accentué leur méflance et leur esprit critique à l'égard de leur propre direction. Mais ceux qui ont compris une fois pour toutes que le stalinisme ne cherche qu'à utiliser le mouvement ouvrier et non à le conduire à la vietoire, ceux-là ne peuvent plus revenir se placer derrière la direction stalinienne, même si celle-ci dessine des manceuvres d'un radicalisme désarticulé. Le passé récent du stalinisme lui-même barre définitivement la route à l'étape présente à la reconstruction de l'unité du front prolétarien.
Cependant la classe ouvrière, dans aucun pays important, n'a pas encore souffert une défaite décisive. Les victoires de la réaction ne sont encore que des victoires partielles. Elles sont d'une importance capitale, dans la mesure où elles rendent à la bourgeoisie Pespoir d'une relative stabilisation de sa domination qu'il faudra encore conquérir sur le terrain économique. Mais elles ne suffisent pas pour clore la période historique ouverte par la révolution italienne en 1943 et pendant laquelle le prolétariat a reconquis dans une large mesure les positions perdues par suite de la victoire du fascisme. Cette période, comme la période précédente, ne pourra se terminer que par la destruction du mouvement ouvrier et l'éclatement de la guerre ; ou par une victoire révolutionnaire décisive dans les pays les plus importants.
Un effondrement complet, tel que celui subi par le mouvement oug7
UNITE D'ACTION, FRONT UNIQUE
ET PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE
UNITE D'ACTION, FRONT UNIQUE
ET PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE
INTERNATIONALE vrier allemand en 1933, ne facilite pas, mais rend au contraire infiniment plus difficile, la maturation de la conscience de classe. Par contre, des défaites partielles, comme celle du prolétariat allemand en 1919 ou du prolétariat espagnol en 1934, permettent à de larges couches de l'avant-garde de tirer les leçons des erreurs passées et de préparer de nouvelles luttes à un niveau plus élevé. Elles sont souvent suivies, après une brève intervalle, par une nouvelle montée puissante de la lutte des masses (Allemagne 1923, Espagne 1936), si entre temps la situation objective n'a pas été fondamentalement bouleversée.
Un tel changement est pour ainsi dire exclu en Europe à l'étape présente. La guerre y a tellement ébranlé l'économie, le capitalisme est aujourd'hui à tel point incapable de produire autre chose que la guerre oul le chaos que, même au cas où le plan Marshall serait entièrement appliqué et ou les crises sociales dans les pays extra-européens n'avaient aucune incidence sur l'évolution européenne, le continent européen continuerait à végéter pendant les années qui viennent à un niveau économique proche de celui de la crise de 1938. Cela signifiera de nouveaux mois de faim pour les prolétaires de Hambourg, de nouveaux mois de misère pour ceux de Rome, de Paris ou de Varsovie, qui attendent déjà depuis une décade une amélioration même relative de leur sort. De ce fait, le mouvement révolutionnaire aura de nouvelles occasions pour aider les travailleurs i tirer les leçons des défaites partielles d'aujourd'hui afin de préparer ies victoires totales de demain.
Sans une défense victorieuse contre les attaques du capital mondial, la classe ouvrière ne sera pas capable de reprendre l'offensive. Sans la reconstitution de l'unité du front prolétarien, une défense victorieuse contre ces attaques est impossible. La tâche centrale de l'étape actuelle est par conséquent celle de faire une propagande inlassable pour l'unité d'action ouvrière. La criminelle potitique de scission et de division des leaders réformistes et staliniens doit ètre constamment démasquée. Il faut en même temps expliquer inlassablement aux travailleurs que le fait 28 que Togliatti reçoit des ordres de Moscou et Saragat de Washington n'enlève rien à la nécessité immédiate d'unir, face à la police ou au patronat, les ouvriers qui suivent encore les chefs réformistes à ceux qui suivent encore les leaders staliniens. Tous les ouvriers doivent construire un front de classe, sinon ils perdront dans les mois prochains la semaine de 40 heures, une partie des lois sociales, le droit de grève et peut-être même le droit d'organisation syndicale.
Mais il ne suffit nullement de précher l'unité d'action ; il faut encore lutter pour sa réalisation concrète. Tant en France qu'en Italie l'expérience a montré que cela est tout d'abord possible là où le poids du facteur principal de démoralisation - la direction traitre - est le moins lourd. Là où la grève ou la campagne électorale a été dirigée par des révolutionnaires, Punité d'action du prolétariat a été réalisée en fait dans la lutte. Il ne suffit donc nullement d'apporter un ferment idéologique ; il faut encore introduire dans ce processus un catalyseur organisationnel. Tout le progrès du mouvement révolutionnaire depuis 1933 peut être résumé ainsi : jadis, il était impuissant à réaliser autre chose que la défense de sa politique iuste ; aujourd'hui il est déjà capable sporadiquement, dans certaines usines ou dans certaines localités, de constituer cet élément catalyseur. Du point de vue quantitatif, c'est un progrès modeste ; du point de vue malitatif, cela signifie qu'une nouvelle étape de croissance a été atteinte. Chaque usine et chaque quartier qui voient se réaliser en fait l'unité d'action exercent une impression puissante sur les usines et les quartiers avoisinants et forcent les ouvriers sociaux-démocrates et staliniens à poser la question de l'unité d'action" dans leur propre parti. En ce point, c'est l'offensive de front unique du parti révolutionnaire qui intervient et qui doit apprendre à partir intelligemment des expériences praticues, des formules populaires et des initiatives de la base.
Dans des périodes de défaites partielles, de regroupement des forces politiques et de désarroi idéologique, il apparait toujours des charlatans
N pour proposer de réduire le programme révolutionnaire à un minimum et qui pensent pouvoir faciliter la réalisation de l'unité d'action en avançant uniquement les mots d'ordre qui sont acceptés également par les directions staliniennes et réformistes. A la lumière de la dernière expérience italienne, la banqueroute du liquidationnisme centriste se vé. rifie une fois de plus. Loin de faciliter la construction de l'unité d'ac-
Après les élections italiennes, comme après les grèves en France, il est nécessaire d'opérer un tournant rapide mais souple dans l'objectif principal du mouvement révolutionnaire. L'attention doit se concentrer maintenant sur l'ourier communiste. Les défaites partielles provoquent inévitablement une fermentation sérieuse dans les rangs des ouvriers communistes honnêtes. La période présente est la période classique des soi-disantes « autocritiques » de la part des dirigeants staliniens ; il ne se passe pas de session du comité central français ou italien sans que cette comédie ne s'y joue. Mais ce genre « d'autocritique » est condamné par avance à passer à côfé de l'inquiétude et de la critique révolutionnaire que l'avant-garde ouvrière ressent aujourd'hui. Les ouvriers italiens se demandent aujourd'hui ouvertement ce qui était erroné dans la campagne électorale du P. C. Ils ont appris des événements que leurs chefs, loin d'être infaillibles, ont commis la plus grossière et la plus criminelle des erreurs : conduire à la défaite une armée prête à s'élancer à la vietoire qui était certaine avec les rapports de force donnés. Togliatti est aujourd'hui obligé de laisser son propre parti sans perspective aucune. Alors qu'il parle d'une « opposition parlementaire constructie » et que l'Unita célèbre comme une victoire (1) éclatante le fait que le P.C. a forcé (1) Einaudi à jurer fidélité à la nouvelle constitution républicaine », les révolutionnaires italiens doivent sans cesse dé montrer aux ouvriers communistes la nécessité de rétablir l'unité du
TERNATIONALE tion prolétarienne, les capitulations politiques des centristes aident les réformistes à maintenir le prolétariat dans l'impuissance et facilitent la désorientation des travailleurs par les staliniens. Plus le programme est creux et plat, et plus la défaite est profonde. Cette vérité a été payée par trop de sang et trop de souffrances de la classe ouvrière pour que l'avant-garde ait le droit de Poublier encore une fois 1 front prolétarien et doivent les inciter à agir aussi longtemps qu'ils en ont la possibilité. Ils ne pourront gagner des dizaines de milliers d'ouvriers ; mais beaucoup de militants d'avant-garde, éduqués et conscients, ceux qui étaient les premiers à prendre les armes en 1943 et les premiers à arrêter le travail l'an passé, comprendront parfaitement leur langage. Car, comme les révolutionnaires français, les révolutionnaires italiens ont gagné le droit à la critique en combattant à l'étape précédente côte. a-côte avec les ouvriers communistes, sans abandonner un seul instant leur programme propre.
C'est là une leçon à tirer de l'ensemble de l'histoire passée du mouvement ouvrier. Le prolétariat ne peut apprendre que dans l'action. Tout aussi sûrement que le stalinisme glisse de « victoire » en « vietoire » vers son effondrement iné. vitable, aucun mouvement ne pourra an reprendre l'héritage comme force dominante du mouvement ouvrier s'il n'a pas, dans l'étape des luttes décisives, combattu côte à côte avec les ouvriers communistes. Il faut empêcher que la chute de Staline ne signifie la transformation de PU.R.S.S. en une colonie de l'impérialisme. tout comme il faut empêcher que la destruction des partis staliniens ne signifie la destruction du mouvement ouvrier organisé. Il s'agit, au contraire, de créer les conditions nécessaires pour permettre au prolétariat russe et mondial de retrouver demain massivement la voie de la politique de classe révolutionnaire. C'est là la fonction du programme de l'organisation et de la lutte de la IVe Internationale.