Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 6-7

Trois années de gouvernement travailliste

Arne Swabeck · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 6-7 · juin-juillet 1948 · p. 9-16 · 4 535 mots

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Depuis son avènement au pouvoir le gouvernement travailliste britannique s'est trouvé devant une série de crises. Des mesures extraordinaires se sont succédées rapidement et avec une sévérité croissante. Cette série de crises coïncide avec la dislocation accentuée de l'Empire. Mais nous n'avons vu jusqu'à présent que les signes avant-coureurs de la prochaine tempête. Avant longtemps la Grande-Bretagne entrera dans une crise sociale inexorable.

Ceci peut sembler paradoxal, avec un gouvernement travailliste au pouvoir. Mais ce n'est pas le cas. Cette contradiction n'est qu'apparente et disparaît dès que la situation réelle est comprise correctement. Les contradictions réelles, inhérentes au système de classe qui prévaut toujours en Grande-Bretagne, ne disparaissent pourtant pas. Elles ne sont même pas atténuées par les mesures gouvernementales de crise. Au contraire, elles s'intensifient et se multiplient.

Le modèle de ces lois de nationalisation était uniforme, tant en ce qui concerne le transfert de la propriété que le contrôle du fonctionnement. Dans chaque cas, les anciens propriétaires ont été royalement indemnises. Les transactions ont été accomplies d'une manière qui seyait au gouvernement de sa Majesté. Les titres des anciens propriétaires ont été échangés contre des bons du gouvernement à valeur égale. Pour les houillères le montant total des indemnités s'élevait à environt 600 millions de dollars. Pour les transports elles s'élevaient à environ 4 milliards de dollars rien que pour les chemins de fer. Ces bons du gouvernement donnent un intérêt riable entre 2,5 à 3 %. En général, …vacela assurera aux porteurs de bons le même revenu de leurs investissements qu'auparavant. Mais, dorénapar Arne SWABECK

Les ouvriers anglais savent qu'ils ont profité dans une certaine mesure du strict contrôle gouvernemental et du rationnement de la plupart des produits les plus indispensables pour vivre. Pour eux cela représentait une distribution plus équitable des marchandises rares. Mais ces avantages sont maintenant annulés par la politique fondamentale du gouvernement travailliste. Celleci doit donc être prise comme point de départ de toute analyse sérieuse des développements actuels en Angleterre. La clef de cette politique fondamentale est le programme des rationalisations.

Commençant avec la loi votée par les Communes, en Octobre 1945, da Banque d'Angleterre devint propriété nationale. Ensuite suivirent les lois de nationalisation des communications télégraphiques et radiotélégraphiques, du gaz et de l'électricité et de certaines industries de base telles que le charbon et les transports. vant, ils recevront leurs dividendes de l'Echiquier royal, sans que cela comporte le moindre risque.

Aucun changement n'est prévu dans le fonctionnement et le conTrôle des industries nationalisées, sauf une plus grande efficacité et une intégration plus complète dans le système économique existant en général. Et, comme on pouvait s'y attendre, cela exclut toute idée d'un contrôle ouvrier de la production. En fait, les Conseils et commissions établis pour diriger les industries nationalisées sont occupés par les anciens propriétaires et leurs associés. Bien qu'on y ait ajouté quelques bureaucrates syndicaux pour s'efforcer d'arriver à « l'associaIon » du capital et du travail, ceux qui dirigent la marche restent le facteur décisif. Ainsi, même au sein du secteur de l'industrie nationali-

LE MODELE DES NATIONALISATIONS

LE MODELE DES NATIONALISATIONS

INTERNATIONALE sée, le pouvoir de la bourgeoisie demeure virtuellement inaltéré.

Il est à noter que les industries comprises dans le programme de nationalisations ne sont pas seulement celles qui sont les plus essentielles à la reprise économique d'après-guerre. Ce sont aussi celles qui ont souffert le plus du déclin et de la décadence prolongés du capitalisme. Leurs profits déclinaient également. En fait, il s'agissait préci-

Une telle intervention a pour but d'atténuer le conflit croissant entre les nouvelles formes collectives de production déjà établies et les anciens rapports de propriété et d'appropriation individuelles. A la place du propriétaire personnel apparait l'appareil d'état impersonnel. Celuici assume pour obligation la conversion des profits résultant de la plus-value produite par les ouvriers en compensation pour les anciens propriétaires. Ceux-ci n'ont pas d'autre fonction sociale que d'empocher les dividendes, de découper des coupons de rente et de spéculer à la Bourse.

L'objectif immédiat de cette intervention d'Etat est de rationaliser ces industries particulières afin quelles puissent fournir du carburant, de l'énergie, des transports, ete., plus efficacement et plus économiquement au système capitaliste en général. Ainsi, dans son essence même le programme de nationalisations représente un effort d'ajustage de la structure économique du capitalisme britannique.

A l'époque du capitalisme ascendant, une intervention étatique de cette nature, la propriété étatique d'industries ou d'installations industrielles avaient certaines caractéristiques progressives. Maintenant dans sa phase de décadence, une telle intervention est devenue tout à fait réactionnaire. Elle tend à aider le capitalisme monopoleur, et ne sert qu'à maintenir les rapports de production capitalistes en général.

Quelle que soit la planification à

Engels donnait une importance considérable aux conclusions déjà atteintes à son époque, selon lesquelles la conversion en propriété éta- sément des industries où l'incapacité totale d'une reprise de l'économie privée capitaliste et où l'incapacité totale de la direction du capitalisme privé ont été démontrées le plus clairement. Elles représentent les chainons les plus faibles de la structure endommagée qui ne peut plus être reconstruite par le capital privé. D'où l'intervention de l'État pour faire les investissements nécessaires afin de maintenir la production et l'accumulation du capital. laquelle on procède dans un tel état* de choses, elle ne peut qu'aider l'industrie capitaliste. Elle est poursuivie exclusivement dans les limites et dans les buts du capitalisme. Ceci exclut évidemment toute planification unifiée. Une véritable économie planifiée n'est possible qu'après la prise du pouvoir par le prolétariat et lorsque celui-ci a remplacé les anciens rapports de production par de nouveaux rapports qui permettent la socialisation de toute l'activité économique.

En d'autres termes. un véritable programme socialiste devrait procé-, der par la nationalisation de toute la propriété des moyens fondamentaux de production. Il devrait avoir pour but l'établissement du contrôle ouvrier de la production.

Ce qui est actuellement réalisé en Angleterre n'a rien à voir avec un tel programme. C'est plutôt une expérience de capitalisme d'Etat. Envisagée du point de vue de sa perspective à longue échéance, la politique de nationalisation du gouvernement travailliste représente un effort pour arrêter le processus de crises et de désintégration de l'ordre ancien et une tentative de remédier à sa décadence et d'arriver à un certain degré de stabilisation afin d'empêcher la naissance d'un vrai socialisme. C'est l'opposé direct d'un programme de transition vers le socialisme. En outre, dans l'état actuel des rapports de forces entre classes, cette politique devient un moyen pour le capitalisme de conserver le pouvoir.

tique ne changerait rien à la nature capitaliste des forces productives :

L'Etat moderne, disait-il, quelle que soit sa forme, est essentielle-

DES BUTS REACTIONNAIRES

LES RAPPORTS FONDAMENTAUX DE CLASSE SONT ETAYES

DES BUTS REACTIONNAIRES

LES RAPPORTS FONDAMENTAUX DE CLASSE SONT ETAYES

INTERNATIONAGE ment une machine capitaliste, l'état des capitalistes, la personnification idéale du capital national total. Plus il procède à la reprise de forces productives, plus il devient réellement le capitaliste national, et plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des ouvriers salariés, des prolêtaires. Les rapports capitalistes ne sont pas éliminés. Ils sont plutôt portés à leur paroxysme ».

Les rapports de propriété et de production sont évidemment décisifs dans la société moderne. Mais ils ne sont décisifs que dans la totalité des circonstances et non en ce qui ne concerne que certains secteurs de l'économie. C'est essentiellement pour cela que ces nationalisations extrêmements limitées et partielles ne représentent pas un changement dans la nature sociale du pays. Les rapports sociaux demeurent ce qu'ils étaient. Et ce qui est plus important, les conditions d'où surgissait la lutte de classe demeurent essentiellement les mêmes.

L'Etat moderne, tel que, décrit par Engels, inclut-il la variante britannique actuelle présidée par le gouvernement travailliste ? Certainement oui,

En général la nature de l'Etat découle de sa structure qui est déterminée par les rapports de production sur lesquels il est fondé. Un simple changement de ministres ne

Des qu'on a clairement compris le rôle et la position du gouvernement travailliste, on ne peut guère s'étonner de son attitude vis-à-vis de la classe ouvrière. Cette attitude découle entièrement de la position qu'il occupe et du rôle qu'il a accepté de jouer. Les intérêts de la classe ouvrière sont entièrement subordonnés à l'effort de reconstruction capitaliste. Plus encore, tout le poids de l'écroulement économique et de la crise est entièrement placé sur le dos des ouvriers, La politique gouvernementale vis-à-vis de la classe ouvrière est neliée à ses exigences persévérantes d'une producton accrue. La politique des saMaires est directement liée à la productivité du travail sans aucune considération pour le fait que celleci est entièrement déterminée par le développement technique. Ici la maxime gouvernementale est aussi cruelle que simple : augmentation ‹de salaires dans la mesure seulechange rien à la nature de l'Etat. Des travaillistes ont occupé les postes occupés auparavant par des tories. Mais dans tout l'appareil d'Etat, dans les organismes gouvernementaux, le corps diplomatique, la justice, la police et l'armée, le personnel est resté essentiellemen le même. Rien n'est changé qualitativement. La politique gouvernementale est exprimée, exécutée et motivée en fonction des mêmes considérations fondamentales qu'auparavant. La politique étrangère demeure impérialiste conformément aux nécessités capitalistes intérieures.

La confirmation vient d'une source non moins authentique que le parti conservateur. La charte industrielle qu'il a récemment adoptée se déclare en faveur du maintien pratiquement de toutes les mesures de nationalisation entreprises. Mais ces tories repoussent énergiquement toute intervention étatique ultérieure. Ils s'opposent à la nationalisation de la sidérurgie qui demeure encore une industrie bénéficiaire. Pour la même raison, on voit clairement quels sont les motifs qui les poussent à appuyer le statut actuel. Les Tories ont reçu l'assurance que les mesures de nationalisation ne comportaient jusqu'à présent aucune menace au pouvoir de la bourgeoisie. ment d'une augmentation proportionnelle de la production. Les heures de travail sont également liées aux intérêts de la produetion capitaliste. Peu de temps après son avènement au pouvoir, le gouvernement résista vigoureusement à la grève des ouvriers londoniens du transport revendiquant une diminution de la semaine de travail de 44 heures à 40 heures. Des mineurs du Yorkshire le gouvernement exigea l'été dernier qu'ils fournissent un effort dietendint ire, celui dimilles effort extraordinaire, celui de tailler supplémentaires de charbon. Maintenant le gouvernement exige une augmentation des heures de travail afin d'augmenter la production. Des mesures semblables sont étudiées pour imposer à nouveau les contrôles du temps de guerre, sur l'emploi de la main-d'œuvre.

Dans les industries nationalisées qui ont à supporter le poids considérable d'exorbitantes indemnités

EXPLOITATION ACCRUE

EXPLOITATION ACCRUE

QUATRIEME LIN et d'organismes de direction très. couteux, les revenus doivent provenir de la plus-value produite par les ouvriers. Il n'y a aucune autre source pour les obtenir. Pour les ouvriers cela représente une vitesse de travail accrue, une exploitation plus Vilers Celd tope esca intense dans des conditions d'austérité sévère et avec un standard de vie généralement réduit.

La question cruciale de savoir quelle classe profite des nationalisations devient singulièrement claire. On peut voir dans les intérêts de qui le gouvernement travailliste dirige. Pourtant on ajoute encore l'affront au préjudice. Se moquant eyniquement de son origine sociale, le gouvernement travailliste présenle son programme au nom du socialisme.

DU

Par exemple, lorsqu'en août dernier le gouvernement travailliste proposa d'austérité plus grande, il avait a faiun nouveau programme re face à un déficit de la balance des comptes se montant à environ 2 mildiards et demi de dollars par an. Le prêt américain était presque épuisé. Des engagements impérialistes absorbaient encore près de 1.400.000 hommes enrolés dans l'armée et représentant une dépense annuelle de plus de 3 milliards de dollars. En outre, plus d'un demi million d'ouvriers instamment nécessaires par ailleurs étaient gaspillés dans la production d'armements. Le gouvernement proposa et appliqua d'importantes diminutions dans les importations et les investissements de capital. Celles-ci concernaient les besoins les plus essentiels des masses — ravitaillement, habillement et habitation. En conséquence, les rations alimentaires diminuées sont descendues en dessous d'une moyenne de 2.700 calor., quantité reconnue comme insuffisante pour des travailleurs. Le programme de cons-

Mais le problème même des exportations est le talon d'Achille du gouvernement, A qui exporter ? Les nations de l'Empire avaient jusqu'ici l'habitude d'envover les mafières premières en Grande-Binetagne pour qu'elles y soient travaillées. Elles procèdent de plus en plus à la fabrication elles-mêmes.

Il y a un abime béant entre les besoins de l'économie britannique et la politique poursuivie par le gouvernement travailliste. Cet abime s'accroit de façon catastrophique en ce qui concerne les besoins de la ce qui concen population.

La recherche du profit est devenue le plus grand obstacle au développement des moyens de production. Les lois de nationalisation et les mesures exceptionnelles n'ont ni éliminé ni même réduit cet obstacle. D'ou le conflit toujours croissant entre les moyens de production et les rapports de propriété dans lesquels ils opèrent. Ni les besoins du peu-* ple ni ceux d'une économie stanle ne peuvent être satisfaits par la production pour le profit. GOUVERNEMENT truction, déjà très restreint pour unepopulation sinistrée par les bombardements, a du subir une diminution de 800.000.000 de dollars. Quant aux dépenses militaires elles ne furent allegées que par une suppression d'effectils se montant à 80.000 hommes. Les impôts indirects furent augmentés, frappant péniblement les revenus de la classe ouvrière, alors qu'on repoussa la proposition d'une taxe sur le capital. D'autre part, le gouvernement fit un appel pour une augmentation de 50 % des exportations sans prendre aucune disposition pour atteindre ce but, sauf d'exiger de plus longues heures de travail d'une classe ouvrière déjà mal nourrie, mal vêtue et mal logée. Et, ment proposa d'augmenter la vente est-il besoin de le dire, le gouvernede marchandises à l'étranger, à l'habituel taux élevé de profit des capitalistes britanniques. A ceux qui contrôlent l'industrie et le commerce le Premier Ministre de sa Majesté demanda poliment de « s'abstenir de déclarer des dividendes élevés ».

Et, avant tout et surtout, dans tous les coins du marché mondial s'élève le spectre terrifiant de la concuragressive. Déjà, à plusieurs reprises rence américaine toujours plus les plans d'exportation avaient dû être modifiés à cause de cette concurrence grandissante. En parlant de ce problème des exportations

LA CAMPAGNE D'EXPORTATION COMME PANACEE

LA CAMPAGNE D'EXPORTATION COMME PANACEE

Sir Stafford Cripps admit récemment le danger d'une « descente le Jong d'une spirale de dépression ».

Le gouvernement place maintenant ses espoirs dans le Plan Marshall. L'analyse de ces perspectives dépasserait le cadre de cet article. Qu'il suffise de dire qu'en ce qui concerne le gouvernement travailliste britannique, ses contradictions doivent augmenter plutôt que de diminuer lorsque ce plan entrera effectivement en application. Par l'ancien sous-secrétaire d'Etat William Clayton, Wall Street a déjà fait savoir que l'aide des Etats-Unis impliquerait la suppression de nou-

LA POSITION PRECAIRE DU

Le parti travailliste a été porté au pouvoir par une puissante montée de la classe ouvriere, stimulée et inspirée par la revendication du socialisme « dans notre époque ». Dès que les dirigeants travaillistes ont été au pouvoir ils ont eu à faire face aux implications de leur victoire. Ils ont du, soit tirer des conclusions révolutionnaires de leurs mandats — car il n'y avait pas d'autre voie vers le socialisme « dans notre époque », soit servir franchement l'Etat capitaliste à la tête duquel ils se trouvaient. Ils ont choisi naturellement cette dernière solution. Le gouvernement Attlee a été concé entre cette montée des masses et l'opposition croissante et le sabotage de la bourgeoisie appuyée par Wall Street. Au début le gouvernement a poursuivi aggressivement son programme de nationalisations. Il a pris quelques mesures de réformes sociales. Mais il a reculé rapidement, et, sous la pression de la bourgeoisie, cette retraite continue. Les mesures de nationalisation de l'industrie sidérurgique ont maintenant été mises de côté. Mais cela ne satisfera pas la bourgeoisie. Entre temps les frauduleuses prétentions sur le socialisme sẻment la confusion et désorientent les ouvriers. Les déceptions des ouvriers au sujet du programme gouvernemental, leur désorientation et leur mécontentement commencent à se refléter dans l'apathie et dans un

Cette peur est la plus vivement ressentie parmi les dirigeants du Labour Party dont les contacts avec les éléments de révolte sont beaucoup plus directs. Et leur peur est

TERNATIONALE velles nationalisations, une augmentation des heures de travail et la diminution des salaires réels. Il ne peut y avoir de malentendu à co sujet.

Il ne peut y avoir également aucun doute que plus la bourgeoisie britannique succombera à l'écrasante prépondérance de l'économie américaine, plus elle s'acharnera sur sa propre classe ouvrière. Aux dépens de celle-ci elle essaiera d'extirper une compensation à la diminution de sa part de léconomie mondiale. Et le parti travailliste luimême sera aussi un des objectifs de cet acharnement. GOUVERNEMENT ATTLEE affaiblissement de leur soutien des candidats travaillistes. -A vrai dire, la contradiction entre la revendication ouvrière du Socialisme et le conservatisme fabianiste profondément invétéré dans les sommets du Labour Party a atteint maintenant des proportions catastrophiques.

Une nervosité grandissante devient de plus en plus manifeste dans ces milieux dirigeants. Elle est provoquée par cette contradiction qui - déjà engendré une large aile gauche. Jusqu'ici cette aile gauche se tient essentiellement dans les limites de la fraction parlementaire travailliste. Elle est encore plutôt amorphe, hétérogène et manque de la direction principale nécessaire à une lutte intransigeante contre la trahison des vieux chefs. Mais ce processus ne fait que commencer.

Une même nervosité existe dans les milieux dirigeants tories. Churchill l'exprima lorsqu'en août dernier la révolte de l'aile gauche à l'intérieur de la fraction parlementaire du Labour Party atteignit un point culminant. Churchill fit Péloge des ministres, comme des « hommes d'expérience et de sang-froid ». Mais, dit-il, ils peuvent être renversés dans leur propre parti. C'est là le spectre qui hante les tories, la crainte d'autres développements à gauche, de développements vers une action révolutionnaire. bien fondée. Ce serait une grande erreur que de sous-estimer l'importance réelle du développement actuel de l'aile gauche. On a assez de preuve de son extension dans les

L'AILE GAUCHE GRANDIT

L'AILE GAUCHE GRANDIT

QUATRIEME organismes de base du Labour Party. On peut le mieux juger son niveau programmatique général par les résolutions soumises au dernier congrès annuel du Labour Party (1). L'une de ces résolutions regrettait l'appui donné par la délégation britannique à l'O.N.U. à la doctrine Truman - considérée comme une décluration de guerre au socialisme européen — et exigeait le retrait des troupes britanniques de Grèce. Une autre résolution critiquait « la soumission britannique à l'Amérique capitaliste » et réclamait une collaboration plus étroite avec l'Union Soviétique. Une troisième résolution réclamait une réduction de l'armée a bien supérieure aux propositions gouvernementales. » Une quatrième résolution réclamait une plus grande représentation ouvrière dans le contrôle des industries nationalisées. Une cinquième résolution exigeait que le gouvernement résiste à la pression capitaliste empêchant la socialisation des industries allemandes dans la zone britannique d'occupation. Une cinquième résolution exigeait des statuts égaux pour les Blancs et les hommes de couleur aux colonies et l'application rapide de mesures socialistes dans ces régions. Une septième résolutlon exigeait la démocratisation des méthodes d'éducation, Une huitième résolution exigeait la démocratisation de Parmée.

Le Labour Party lui-même est l'expression de la classe ouvrière britannique en action. Sa naissance fut décrite par Trotsky comme

• une réalisation historique inestimable qui, même maintenant, ne pourra jamais être annulée ». Les relations entre le Labour Party et les syndicats sont parfaitement coordonnése. Ensemble ces deux organisations forment une combinaison presque idéale pour l'action politique et pour l'organisation économique, il est vrai que maintenant le Labour Party opère sur un plan

Durement parlementaire, il est également vrai que les actions les plus décisives et les luttes ont lieu hors ment penegues sort les conielles Parlement et sont essentielle-

La crainte des dirigeants du Labour Party de nouveaux développe-

(1) Note du Traducteur : Il s'agit du

Congrès de 1947. CAo 1049 économiques entre le capital et letravail. Conçues de façon réaliste, les vraient compléter ces luttes éconoactivités parlementaires demiques. Pourtant les problèmes et les actions de ces deux organisations, quel que soit leur terrain, de-viennent d'une nature de plus en plus politique,

Le Labour Party se trouve maintenant an foyer principal. C'est le parti gouvernemental. Les questions du plus grand intérêt politique et social doivent être élaborées et débattues dans ses propres rangs. Et c'est important non seulement point de vue de l'action politique actuelle mais plus encore du développement idéologique de la classe ouvrière britannique. C'est donc une arène idéale de lutte pour les révolutionnaires conscients.

Aujourd'hui, la combinaison du Labour Party et des syndicats apparait sous sa forme la plus tronquée. Elle s'affirme principalement par une collusion bureaucratique des sommets. La direction syndicale est de plus en plus intégrée à l'Etat politique. Sa tâche est de contrôier les militants de base, d'assurer la soumission au programme gouvernemental pour faire peser le lourd: fardeau de la crise sur les larges épaules des travailleurs. Sa tâche est de fonctionner comme une police politique privant les syndicats de leur indépendance au profit de tE tat capitaliste. D'où, comme nous l'avons déjà dit, le fait que la résistance ouvrière se manifeste essentiellement par des grèves non officielles défiant la direction bureaucratique. On peut dresser un certain parallèle entre les révoltes dans le Labour Party et dans les syndicats. On peut s'attendre à ce que ces révoltes augmentent dans ces deux organisations lorsque l'aile gauche prendra une forme et un contenu plus precis. Mais les possibilites de succès dépendent d'une maison et d'une coordination plus étroites de d'autant plus important pour les réces développements. II est done volutionnaires conscients de travailler tant dans le Labour Party que dans les syndicats.

ments à gauche provoque des rumeurs à chaque crise sur la possibi-lité du retour à un gouvernement de coalition. Ceci peut sembler paradoxal étant donné la grande ma-

UN NOUVEAU GOUVERNEMENT DE COALITION ?

UN NOUVEAU GOUVERNEMENT DE COALITION ?

jorité que le parti remporta aux dernières élections. Mais c'est précisément cette majorité qui entretient la crainte : car une classe ouvrière consciente de sa force tend à l'utiliser.

En freinant les actions de masses, les sommets profondément conservateurs ont dévoilé à plusieurs reprises leur sentiment de plus grande sécurité dans une collaboration directe avec la bourgeoisie. Ainsi parallèlement à l'accroissement de leurs craintes augmentent également leurs retraites et leurs capitulations devant la bourgeoisie. La politique crée sa propre logique inexorable. Ayant dit A, ces dirigeants doivent également dire B. Un recul mène inexorablement à un autre, et par sa logique même au retour à un gouvernement de coalition.

Néanmoins, ceci signifierait précipiter une scission dans le Labour Party, une perspective qui n'est pas trop éloignée même sans un retour

VERS UNE

Comme Engels l'a prédit, la conversion en propriété étatique ne fait qu'amener les rapports de production capitaliste au paroxysme. « Mais, ajouta-t-il, arrivés au paroxysme ils culbutent. La propriété étatique des forces productives n'est pas la solution du conflit, mais elle cache en elle les conditions techniques formant les éléments de cette transformation... Et cela ne peut se réaliser que lorsque la société prendra ouvertement et directement possession des forces productives qui ont dépassé tous les moyens de contrôle sauf ceux de la société dans son ensemble ».

C'est dans ce sens que le gouvernement travailliste actuel représente la première étape. Maintenant les développements à gauche commencent à prendre forme, à élaborer un programme et une politique ayant un contenu socialiste plus précis, pour la prochaine étape.

Trotsky a dit • une fois que la classe ouvrière britannique • sera probablement forcée de remplacer sa direction plusieurs fois avant que naisse un parti qui correspond vraiment à la situation historique et aux tâches du proletariat britannique ». El 1l a ajoute : c l laudra moins de temps pour transformer le Labour Parly en un parti révolutionnaire qu'il n'en a fallu pour le créer ›.

NTERNATIONALE à une coalition. En tout cas, ils ne pourront pas scinder les forces de la classe ouvrière. Ils ne pourraient que répéter la lamentable sortie de Ramsay MacDonald, avec ses dix fidèles, en 1931, et de celle-ci le Labour Party tirerait une force nouvelle.

Car la puissante montée de la classe ouvrière, qui éleva le Labour Party au pouvoir ne « reculera pas respectueusement ». La classe vrière Se dirigea vers un but précis, et elle insistera éventuellement pour ateindre ce but. Elle le fera, confiante de ses propres forces. La classe ouvrière sait qu'elle créa le Labour Party et qu'elle le porta à sa victoire électorale sur un programme de « socialisme dans notre époque ». La classe ouvrière veut des actions et des résultats. Si ça ne peut être atteint sous la direction actuelle, la classe ouvrière chassera cette direction et en créera une nouvelle. LUTTE OUVERTE

Le premier c'est des cece transformanon, de reconnaitre qu'un véritable socialisme. la socialisation de toutes les activités économiques, ne peut être atleinte sans une révolution. Jamais aucune classe dirigeante n'a cédé le pouvoir sans combat. C'est ce qu'il faut le moins attendre de la bourgeoisie britannique qui a derrière elle des siècles de banditisme universel. Tout en étant acculée au mur par le déclin de l'Empire el par la pression de la classe ouvrière, la bourgeoisie anglaise n'a pas vu sa position affaiblie matériellement par le gouvernement travailliste.

Mais dans la mesure où la tentative gouvernementale de trouver une solution aux difficultes de la Grande-Bretagne sur une base capitaliste s'avère de plus en plus clairement être un échec, la classe ouvrière gagnera une nouvelle expérience inestimable. Le résultat de cette expérience, conditionné par l'accélération de la crise et de la decadence du capitalisme, doit provoquer dans ses rangs une autre évolution profonde vers la gauche. Car il s'agit maintenant de l'existence même de deux classes dont les intérêts sont irréductiblement opposés et dont les destinées ne peuvent être décidées que par une lutte à mort.

Comparées aux puissantes forces du Labour Party, les forces révolu- tionnaires conscientes sont encore numériquement très faibles. Ce rapport quantitatif reflète les illusions encore présentes dans les masses au sujet des prétentions frauduleuses des dirigeants travaillistes. Avec une nouvelle évolution vers la gauégaleme report der des e changera che, ce rapport de torce changera naires s'ils tirent les conclusions nécessaires aux masses sur leur expérience commune, à savoir une opposition irréductible à tout: la bureaucratie conservatrice et la nécessité d'une nouvelle direction engagée dans une politique socialiste sincère. Non seulement les rapports de force quantitatifs changeront, mais les révolutionnaires s'élèveront au cours du processus à la tête du mouvement.

Février 1948. (Traduit de Fourth International).

Lisez Etudiez

Et qu'adviendra-t-il de P'intervention de l'impérialisme américain ? Changera-t-elle ou renversera-t-elle ce processus ? L'intervention de Wall Street peut retarder ce processus, mais elle ne pourra pas en modifier son cours fondamenta!.

Trotsky nous rappela que « dans la lutte décisive contre le prolétariat la bourgeoisie anglaise recevra le plus puissant soutien de la part de la bourgeoisie des Etats-Unis, alors que le prolétariat anglais tirera ses forces en premier lieu de la classe ouvrière en Europe et des peuples des colonies britanniques ». Aujourd'hui nous pouvons ajouter que la classe ouvrière britannique tirera d'autres forces également de la classe ouvrière américaine qui progresse vers une plus profonde conscience de sa destinée.

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