par F. FOREST
Au mois de septembre de cette année, la Commission d'Etat à la Planification de l'U. R. S. S, annonça que la production soviétique du deuxième trimestre de 1948 avait dépassé de 48 % la production du trimestre correspondant de 1947. Mais, cette même commission d'Etat à la Planification réduit considérablement la valeur de ce chiffre en annonçant, dans une autre déolaration que la production des six premiers mois de 1948 n'a dépassé que de 5. % les chiffres prévus par le plan. Qui plus est, quatre industries n'ont meme pas atteint les objectis fixés par Je plan. Ce sont l'industrie des produits de luxe et trois autres industries de la plus grande importance pour le niveau de vie des masses : celle des produits alimentaires, les industries locales (l'industrie légère a été fortement décentralisée en U. R. S. S.) et celle du bois de construction. Il ne faut pas oublier que la crise du logement sévit en U. R.
›. S. plus violemment que iamais ( 2(
Be de Persunne, ont sa la logspar suite de truction immobilière avait des obiectifs Tort modestes. Neanmoins, l'industrie du bois de construction a été chroniquement incapable de tenir les objectifs du plan. La situation des logements est devenue tellement critique qu'un nouveau décret permet la construction privée d'habitations. Il est inutile d'ajouter que seuls les bureaucrates pourront profter de ce décret, les ouvriers n'ayant point les ressources sutisantes pour acquerir les materiaux de construction.
Enfin les chiffres de production réels restent secrets, et on ne publie que des références en pourcentage par rapport aux chiffres de 1947 et de 1946, qui, eux non plus, n'ont pas été publiés.
En partant de ces considérations et en constatant que Voznessensky, dirigeant n° 1 de l'industrie de l'U. R. S, S., admet la gravité de la crise de reconversion de 1946-47 dans son dernier livre, il reste établi que la crise de reconversion ne commence à être surmontée que maintenant, et une comparaison avec la production d'avant-guerre en chiffres absolus, compte tenu de l'expansion territoriale de l'U. R. S. S., montrerait le ralentissement prononcé du rythme de 4 0 tion du rouble par F. FOREST développement industriel.
Il ressort également que la dévaluation du rouble du 14 décembre 1947 n'a pas seulement poursuivi des buis monetaires et une action contre les " spéculateurs », mais également et surlout une action sur la production et sur la productivité ouvrière.
Voznessenski admet dans son livre que la consommation personnelle des ouvriers et soldats était tombée durant guerre, au niveau fanlastique 35 % du produit natioñal. La formidable diminution du niveau de vie des masses apparait dans une simple comparaison des prix des produits de consommation avant la guerre et de ces 1947. unifés et légèrement abaissée après la réforme monétaire de certains d'entre eux par rapport au prix de 1946 :
Prix en roubles 1940 1947 Pain, le kg. 0,85 3,00 Lait, le litre 2,10 3,50 Sucre, le kg. 5,00 15,00 Farine de seigle, kg. 2,10 4,80 Viande de bœuf, le kg. 18 à :20 30,00 Beurre . 28,00 64,00
Un index plus complet englobant les prix des cotonnades, des galoches et du pétrole, montre une augmentation de 180 %. Il est vrai qu'une baisse de prix de 10 a 12 % a été réalisée depuis et que les salaires ont depuis été en moyenne augmentes de 50 %. Mais ensemble de ces mesures laisse le miveau de vie de l'ouvrier délérioré de près de 40 % par rapport à l'avantguerre. Rien d'étonnant à ce que l'ouvrier et la ménagère qui essayaient avant la dévaluation du rouble de « tirer leur plan » par le marché noir, le troc, la petite production artisanale et les corvées payées — rendues possibles grâce au surplus de monnaie entre les mains des paysans cossus et des gros bureaucrates — n'étaient pas fort emthousiastes de retourner à l'usine ou au kolkhose. C'est pourquoi le déoret du 14 décembre 1947, en supprimant le minimum vital garanti par le ravitaillement à des prix très bas et en supprimant toutes les ressources supplémentaires, obligea les travailleurs à retour- ner à l'usine et à augmenter le rendement, s'ils ne voulaient pas mourir de faim.
C'est dans ce sens qu'il faut estimer la « réussite » de la dévaluation du rouble et que les chiffres de production de 1948 reflètent cette « réussite ». La Pravda l'admit franchement en juin 1948. Elle reconnaît que le nombre d'ouvriers dans l'industrie nationalisée et dans les fermes d'Etat a augmenté de 2 millions au cours du premier trimestre de 1948. Elle indique que cette augmentation est égale à l'ensemble de l'augmentation de la main-d'œuvre dans les deux dernières années, laquelle provenait de la démobilisation. Comme on ne peut admettre qu'il y avait deux millions de spéculateurs en U. R. S. S., il faut bien conclure qu'il y avait une masse de main-d'œuvre qui s'était volontairement maintenue en dehors du processus « officiel » de production : que la politique économique du gouvernement a essentiellement poursuivi sa réintégration forcée dans les dernières années ; et que l'augmentation de la production acquise en 1948 est essentiellement due au fait que Staline, en utilisant la contrainte de la faim, a réussi à ramener à l'usine les travailleurs qui l'avaient fuie parce qu'ils n'avaient nullement confiance dans la promesse solennelle que « ce sacrifice sera le dernier » (déclaration accompagnant la réforme monétaire de décembre 1947).