Le document que nous publions ci-après est une lettre adressée par Christian Rakovsky à Valentinov en 1928, alors que tous deux étalent déjà exolus du Parti Communiste Russe et envoyés en exil.
C. Rakovsky commenga sa carrière révolutionnaire longtemps avant la Révolution d'Octobre dans le mouvement ouvrier balkanique et russe. Après la Révolution Il rendit de grands services comme Président du Conseil des Commissalres du Peuple de l'Ukraine, puis oomme ambassadeur de l'Union Soviétique en France, Il fut un leaders de l'Opposition de gauche de l'U. R. S. S. et, comme tel, exclu du Parti et exilé, Il résista Jusqu'en 1934 et capitula alors à l'âge de 60 ans. Il fit des « aveux » lors des derniers procès de
Moscou, mais, depuls, on n'a jamais su exactement ce qu'il advint
Valentinov, vieux bolchevik, fut pendant une période, après la
Révolution, le directeur du TRUD, Journal des Syndicats Soviétiques.
La lettre de Rakovsky est pratiquement inconnue en France. Elle oonstitue un document qul n'a pas seulement une valeur historique, en tant que témoignage des inquiétudes qu'inspirait déjà, en le degré avancé de bureaucratisation de la Révolution, aux meilleurs éléments du Parti et de l'Internationale, Rakovsky soulève, dans sa lettre, une question d'un intérêt plus vaste et plus actuel que jamais : le prooessus de bureaucratisation qui commence au sein de la classe qui a conquis le pouvoir et du parti politique qui la dirige, ainsi que le devoir de la direction prolétarienne de lutter consciemment contre oe danger.
La pensée de Rakovsky rejoint, à ce sujet, celle de Lénine, qu'elle s'exprime dans tous les écrits de celui-ci entre 1918 et 1923 en ce qui concerne l'organisation du prolétariat en tant que classe dominante et dans sa lutte acharnée pour une véritable démocratie prolétarienne assolant de plus en plus toute la classe à l'exercice effectif du pouvoir.
La conception stalinienne de la Révolution va à l'opposé de cette façon de comprendre le pouvoir prolétarien. Elle est la théorisation la plus achevée et la plus minutieuse du régime de la bureaucratie qui exproprie totalement les masses de l'exercice du pouvoir et remet cette fonction entièrement aux mains d'une caste incontrôlable de bureaucrates.
Ce processus n'est pas seulement celui qu'a connu la Révolution en Russie et qui a abouti au despotisme absolu du régime actuel de Staline. C'est également celul que connaissent actuellement tous les pays de « démocratie populaire », dans lesqueis le stalinisme a complètement substitué à l'action révolutionnaire des masses, à leur partiolpation effective au pouvoir et à leur contrôle, la « révolution » par en haut, l'intervention de l'appareil étatique passé, grâce à des circonstances historiques favorables, aux mains de la bureaucratie du partl appuyée par PU. R. 8. 8,
Des néo-staliniens à la Martinet et autres en France, des stalinophobes à la Burnham voient dans ce processus une nécessité historique, par laquelle l'humanité passerait pour atteindre un nouveau développement. Les Martinet se mettent avec Joie au service cette perspective, les Burnham veulent opposer à sa marche « fatale » la machine de guerre de l'impérialisme américain. Mais les uns et les autres sont incapables de comprendre que la bureaucratisation de 30 la Révolution est à la longue la négation de la solution des problèmes économiques et politiques que le capitalisme lui a légués, et que la lutte pour la démocratie prolétarienne, c'est-à-dire pour la participation effective des masses à l'exercice du pouvoir, ne signifie pas seulement leur assurer des libertés et des droits, mais avant tout ne pas rendre la Révolution impuissante en lui enlevant SA SEULE VERITABLE FORCE CREATRICE, CELLE DE L'ACTIVITE LIBRE ET CONSCIENTE DES MASSES ORGANISEES EFFECTIVEMENT EN CLASSE DOMINANTE.
M. PABLO.
Cher Camarade Valentinov, D ANS vos « Méditations sur les
Masses », datees du o juillet, en examinant le problème de « l'activité » de la classe ouvrière, vous traitez d'une question fondamentale, celle de la conservation par le prolétariat de son rôle dirigeant dans notre Etat. Bien que toutes les revendications de l'opposition tendent vers ce but, je suis d'accord avec vous que tout n'a pas été dit sur cette question. Jusqu'à présent, nous l'avons toujours examinée en liaison avec l'ensemble du problème de la prise et de la conservation du pouvoir politique ; alors que pour leclalrer davantage, il eut fallut la traiter séparément, comme une question spéciale ayant une valeur propre. Au fond, les événements se sont eux-memes chargés de la mettre au premier plan.
L'Opposition conservera toujours comme un de ses mérites vis-à-vis du Parti, dont rien ne peut la dépouiller, le fait qu'elle a, en temps voulu, sonné l'alarme sur le terrible déclin de l'esprit d'activité des masses travailleuses, et sur leur indifférence croissante envers la destinée de la dictature du prolétariat et de l'Etat soviétique.
Ce qui caractérise le flot de scandales qui viennent d'être dévoilés, ce qui en constitue le plus grand danger, c'est précisément cette passivité des masses (passivité plus grande encore parmi les masses communistes que chez les sans-parti) envers les manifestations de despotisme sans précédent qui se sont produites. Des ouvriers en ont été témoins, mais ils les ont laissees passer sans protester ou bien se sont contentés de murmurer un peu, par crainte de ceux qui étaient au pouvoir ou par indifférence politique. Depuis l'affaire de Chubarovsk (pour ne pas remonter plus haut) jusqu'aux abus de Smolensk, d'Artiemovsk etc.., vous entendez toujours la même chanson: • Nous le savions depuis quelque temps déjà... »
Vols, prévarications, violences, pots de vins, abus de pouvoir inouis, despotisme illimité, ivrognerie, débauche : on parle de tout cela comme de faits déjà connus, non depuis des mois, mais depuis des années et aussi de choses que tout le monde tolère sans savoir pourquoi. Je n'ai pas besoin d'expliquer que quand la bourgeoisie mondiale vocifère sur les vices de l'Etat Soviétique, nous pouvons l'ignorer avec un tranquille mépris. Nous ne connaissons que trop la pureté morale des gouvernements et des parlements bourgeois du monde entier. Mais ce n'est pas eux que nous devons pren Ire pour modeles. Chez nous. il s'agit d'un Etat ouvrier. Nul aujourd'hui ne peut ignorer les terribles ravages de l'indifférence politique dans la classe ouvrière, De plus, la question des causes de cette indifférence et des moyens pour l'éliminer s'avère essentielle. Mais ceci nous oblige à la traiter d'une façon fondamentale, scientifique, en la soumettant à une analyse approfondie. Un tel phénomène mérite que nous lui accordions toute notre attention. Les explications que vous en donnez sont, sans aucun doute, correctes : chacun de nous les a déjà exposées dans ses discours : elles ont en partie deja trouvé une place dans notre plate-forme (1). Néanmoins, ces interprétations et les remèdes proposés pour sortir de cette pénible situation ont eu et ont encore un caractère empirique ; ils se réfèrent à chaque cas particulier et ne règlent pas le fond de la question. pas mon avis, ceci sest produit parce que cette question même est une question nouvelle. Jusqu'à présent nous avons été témoins d'un grand nombre de cas où l'esprit d'initiative de la classe ouvrière s'est affaibli et a décliné au point d'atteindre le niveau de la réaction politique. Mais ces exemples nous étaient apparus,
(1) sagit de la « plale-forme de Lopposition de gauche » de 1927 (Note de la Rédaction).
QUATRIEME aussi bien ici qu'à l'étranger, pendant une période ou le proletariat luttait encore pour la conquête du pouvoir politique.
Nous pouvions avoir d'exemple de déclin de Pardeur du proletarlat à une époque dans laquel le il avait déjà le pouvoir, pour la simple raison que, dans l'histoire, notre cas est le premier où la classe ouvrière ait gardé le pouvoir pendant si longtemps.
Jusqu'à maintenant, nous avons su ce qui pouvait arriver au proletariat, c'est-à-dire quelles pouvaient être les oscillations son état d'esprit quand il est une classe opprimée et exploitée ; mais c'est maintenant seulement que nous pouvons évaluer, sur la base des faits, les changements de son état d'esprit quand il prend en mains la direction.
Cette position politique (de classe dirigeante) n'est pas sans danger ; au contraire, les dangers sont très grands. Je n'entends pas ici les ditficultés objectives dues à lensemble des conditions historiques, à l'encerclement capitaliste à lexterieur, a la pression petite bourgeoise à l'infinies intere les toute ton elle térieur du pays. Non, il s'agit des ditclasse dirigeante, qui sont la conséquence de la prise et de f'exercice du pouvoir lui-même, de la capacité ou de l'incapacité de s'en servir.
Vous comprenez que ces difficultés continueraient à exister jusqu'à un certain point, même si nous admettions un instant le pays habité uniquement par des masses prolétariennes et l'extérieur constitué seulement par des Etats prolétariens. Ces difficultés pourraient être appelées « les dangers professionnels » du pouvoir.
En vérité, la situation d'une classe qui lutte pour la prise du pouvoir et celle d'une classe détenant le pouvoir entre ses mains sont différentes. Je répète que quand je parle de dangers, je ne songe pas aux rapports existant avec les autres classes ,mais plutôt de ceux qui se créent dans les rangs de la classe victorieuse elle-même.
Que représente une classe passant à l'offensive ? Un maximum d'unité et de cohésion. Tout esprit de métier ou de clique, sans parler des intérêts personnels, passe à l'arrièreplan. Toute l'initiative est aux mains de la masse militante elle-même et de son avant-garde révolutionnaire, liée à cette masse de la façon organique la plus intime.
Quand une classe prend le pouvoir, une de ses parties devient l'agent de 32
TERNATIONALE ce pouvoir. Ainsi surgit la bureaucratie. Dans un Etat socialiste, ou l'accumulation capitaliste est interdile par les membres du parti dirigeant, celte différenciation commence par être fonctionnelle ; par la suite elle devient sociale. Je pense ici d la position sociale d'un communiste ayant à sa disposition une auto, us bon appartement, des vacances régulières, et recevant le salaire maxiautorisé par le Parti ; position mum qui diffère de celle du communiste travaillant dans les mines de charbon et recevant un salaire de 50 à 60 roubles par mois. En ce qui concerne les ouvriers et les employes, vous savez qu'ils sont divisés en dix-huit catégories différenles...
Une autre conséquence est que certaines des fonctions remplies autrefois par le Parti tout entier, par la classe tout entlère, sont maintenant devenues voir, c'est-à-dire seulement d'un cerdes attributions du poutain nombre de personnes dans ce parti et dans cette classe.
L'unité et la cohésion qui auparavant étaient la conséquence naturelle de la lutte de classe révolutionnaire ne peuvent plus maintenant être conservées que grâce à tout un système de mesures ayant pour but de préserver l'équilibre entre les différents groupes de cette classe et de ce parti, et de subordonner ces groupes au but fondamental.
Mais cela constitue un processus long et délicat. Il consiste à éduquer politiquement la classe dominante de façon à la rendre capable de tenir l'appareil étatique, le parti et les syndicats, de contrôler et de diriger ces organismes.
Je répète : c'est une question d'éducation. Aucune classe n'est venue au monde en possession de l'art de gouverner. Cet art s'acquiert seulement par l'expérience, grâce aux erreurs commises, c'est-à-dire en tirant les leçons des erreurs que l'on commet soi-même, Aucune Constitution sovietique, fui-elle idéale, ne peut assufut-elle ideale, ne peut assu-
-la classe ouvrière l'exercice sans obstacle, de sa dictalure et de prolétariat ne sait utiliser les droits son contrôle gouvernemental si le que lui accorde la constitution. Le manque d'harmonie existant entre les capacités politiques d'une classe donnée, son habileté administrative et les formes juridiques constitutionnelles qu'elle établit à son usage après la prise du pouvoir, est un fait historique. Il peut être observé dans l'é volution de toutes les classes, en partie aussi dans l'histoire de la bour-
Q geoisie. La bourgeoisie anglaise, par exemple, livra plusieurs batallles, mon seulement pour refaire la constitution conformément à ses propres intérêts, mais aussi pour être à même de protiter de ses droits et, en particulier pleinement et sans obslacle de son droit de vote. Le roman de Charles Dickens, Pickwick Papers, comprend plusieurs scènes de cette époque du Constitutionalisme anglais dans laquelle le groupe dirigeant, assisté de son appareil administratif, renversait dans le lossé le coche amenant aux urnes les électeurs de l'opposition, afin que ceuxei ne puissent arriver à temps pour voter.
Ce processus de différenciation est parfaitement naturel chez la bourgeoisie triomphante ou sur le point de l'être. En effet, prise dans le plus Jarge sens du terme, elle est constituée d'une série de groupements et même de classes économiques. Nous connaissons l'existence de la grande, de la moyenne et de la petite bourgeoisie ; nous savons qull y a une bourgeoisie unanciere, une bourgeot je commerciale, une bourgeoisie industrielle et une bourgeoisie agraire. A la suite de certains événements, tels que des guerres et des révolutions, des regroupements s'effectuent ‹dans les rangs de la bourgeoisie ellemême ; de nouvelles couches apparaissent, commencent à jouer un rôDe qui leur est propre, comme par exemple les proprietaires, les acquereurs des biens nationaux, les nouveaux riches, comme on les appelle, qui font leur apparition après chaque guerre qui a duré un certain temps. Pendant la Révolution Française, ‹lans la période du Directoire, ces noweaux riches constituèrent un des facteurs de la réaction.
En général, lhistoire de la victoiTe du Tiers-Etat en France en 1789 est extrêmement instructive. En premier lieu, ce Tiers-Etat était lui-même extrêmement disparate. Il englobait tous ceux qui n'appartenaient pas à la noblesse ou au clergé ; il comprenait ainsi non seulement toutes les variétés de la bourgeoisie, mais également les ouvriers et les paysans pauvres. Ce n'est que graapelle des interventie 1 armest se, duellement, après une longue lutte, apres des répétant à plusieurs reprises, _ que tout le Tiers-Etat acquit en 1792 la possibilité légale de participer à l'administration du pays. La réaction politique qui commença même avant Thermidor consista en ceci que le pouvoir commença à passer à la fois formellement et effectivement dans les mains d'un nombre de citoyens de plus en plus restreint peu a peu
Labom Dar a toree des choses es ensuite légalement, les masses populaires furent éliminées du gouvernement du pays.
Il est vrai que là la pression de la réaction se fit d'abord sentir sur les coutures unissant ensemble les morceaux des classes qui constituaient le Tiers-Etat. Il est également vrai que si l'on examine un groupement particuher de la bourgeoisie, il ne présente pas des contours de classe aussi vifs que ceux qui, par exemple, séparent la bourgeoisie et le prolétariat, c'est-à-dire deux classes jouant un rôle entièrement différent dans la production.
De plus, au cours de la Révolution Française, pendant sa période de declin, le pouvoir non seulement intervint pour éliminer, en suivant les lignes de différenciation, des groupes sociaux qui, hier encore, marchaient ensemble et etaient unis par le meme but revolutionnaire, mais il désintégra également des masses sociales plus ou moins homogènes. Par spécialisation fonctionnelle, la classe donnée faisant sortir de ses rangs les cereles des hauts fonctionnaires, voilà le résultat de fissures qui furent converties grâce à la pression de la contre-révolution en gouffres béants. C'est à la suile de cela que la classe dominante elle-même produisit contradictions au cours de la lutte.
Les contemporains de la Révolution française, ceux qui y participérent et, plus encore, les hisloriens de l'époque suivante, furent préoccupés par la question des causes de la dégénérescence du parti jacobin.
Plus d'une fois, Robespierre mit en garde ses partisans contre les conséquences que l'intoxication du pouvoir pouvait comporter. I les avertit que, detenant le pouvoir, ils ne devraient pas devenir trop présomptueux, « en être enflés », comme il disait ou, comme nous le dirions maintenant, être infectés de « vanité jacobine ». Mais, comme nous le verrons plus loin, Robespierre lui-même contribua largement à laisser pouvoir échapper des mains de la petite bourgeoisie s'appuyant sur les ouvriers parisiens.
Nous ne citerons pas ici les renseignements fournis par les contemporains concernant les diverses causes de la décomposition du parti des Jacobins, comme par exemple, leur tendance à s'enrichir, leur participa-
TEME
INTERNATIONALE tion aux contrats, aux fournitures, elc... Mentionnons plutôt un fait etrange et bien connu : l'opinion de
Babeul d'après laquelle la chute des
Jacobins fut grandement facilitée par les nobles dames dont ils s'étaient tellement entichés. Il s'adressait aux • Jacobins en ces termes : « Que faites-vous donc, pusillanimes plébeiens? Aujourd'hui, elles vous serrent dans leurs bras, demain elles vous étrangleront ! » (Si les automobiles avaient existé au temps de la
Révolution Française, nous aurions eu aussi le facteur du « harem-automobile », indiqué par le camarade
Sosnovsky comme ayant joué un rôle très important dans la formation de idéologie de notre bureaucratie des Soviets et du Parti.)
Mais ce qui joua le rôle le plus important dans l'isolement de Robespierre et du Club des Jacobins, ce qui les coupa complètement des masses des ouvriers et des petits bourgeois, ce fut, en plus de la liquidation de tous les éléments de gauche Hécommençant par les enragés, les bertistes et les Chaumettistes (de toute la Commune de Paris en général), l'élimination graduelle du principe electif et son remplacement par le principe des nominations.
Denvoi de commissaires aux armées ou dans les villes où la contrerévolution relevait la tête n'était pas seulement légitime mais indispensable. Mais quand, petit à petit, Robespierre commença à remplacer les juges et les commissaires des différen• tes sections de Paris qui, jusqu'alors, avaient été élus de la même façon que les juges ; quand il commença à nommer les présidents des comités révolutionnaires et en arriva même à substituer par des fonctionnaires toute la direction de la Commune il ne pouvait par toutes ces mesures que renforcer la bureaucratie et tuer l'initiative populaire.
Ainsi, le régime de Robespierre, au lieu de développer l'activité révolutionnaire des masses, déjà opprimées et, avantPar la crise économique tout, par la crise alimentaire, ne fit qu'aggraver le mal et faciliter le travail des forces antidémocratiques.
Dumas, le président du tribunal révolutionnaire, se plaignit à Robespierre de ne pas pouvoir trouver de jurés pour le tribunal, personne ne voulant remplir ces fonctions.
Mais Robespierre fit lui-même l'expérience de cette indifférence des masses parisiennes dans son propre cas quand, le 10 Thermidor, on lui 34 fit traverser les rues de Paris, blessé et sangtant sans nulle crainte que les masses populaires interviennent en faveur du dictateur de la veille.
De toute évidence, il serait ridicule d'attribuer la chute de Robespierre et la défaite de la démocratie révolutionnaire au principe des nominations.
Cependant, sans aucun doute il accéléra l'action des autres facteurs
Parmi ceux-ci, le rôle décisif fut joué par les difficultés du ravitaillement, causées en grande partie par deux années de mauvaises récoltes (comme aussi par les perturbations consécutives à la transformation de la grande propriété rurale de la noblesse en petite culture paysanne), par la hausse constante des prix du pain et de la viande, par le fait que les Jacobins ne voulurent pas, au début, recourir à des mesures administratives pour réprimer l'avidité des paysans riches et des spéculateurs. Et quand ils se décidèrent enfin, sous la pression des masses, à faire voter la loi du maximum, celte loi jouant dans les conditions d'un marché libre et de la production capitaliste ne pouvait inévitablement agir que comme un palliatif.
Passons maintenant à la réalité dans laquelle nous vivons.
Je crois qu'il est avant tout nécessaire d'indiquer que quand nous employons des expressions comme « le Parti » et « les masses » nous ne devons pas perdre de vue le contenu que l'histoire des dix dernières années a mis dans ces termes.
La classe ouvrière et le Parti -non plus physiquement mais moralement - ne sont plus ce qu'ils étaient il y a dix ans. Je n'exagère pas quand Je dis que le militant de 1917 aurait peine à se reconnaître dans la personne du militant de 1928. Un changement profond a eu lieu dans l'anatomie et dans la physiologie de la classe ouvrière.
A mon avis, il est nécessaire de concentrer notre attention sur l'étude des modifications dans les tissus et dans leurs fonctions. L'analyse des changements survenus aura à nous montrer la façon de sortir de la situation qui a été créée. Je n'ai pas la prétention de présenter ici cette analyse ; je me bornerai seulement à quelques remarques.
En parlant de la classe ouvrière il est nécessaire de trouver une réponse à toute une série de questions, par exemple :
Quelle est la proportion d'ouvriers employés actuellemenl dans notre industrie qui y sont entrés après la Révolution, et quelle est la proportion de ceux qui y travaillaient auparavant ?
propordon de ceux qui ont participé autrefois au mouvement revolutonnaire, ont pris part à des grèves, ont été déportés, emprisonnés ou ont pris part à la guerre ou dans l'Armée rouge
Quelle est la proportion d'ouvriers employés dans l'industrie qui y travaillent sans interruption ? Combien d'entre eux travaillent seulement accidentellement ?
Quelle est la proportion dans l'industrie des éléments semi-prolétanous descendons et penetrons dans les profondeurs même du prolétariat, du semi-prolétariat et des masses travailleuses en général, nous y trouverons des parties entières de la population dont il est à peine question parmi nous. Je ne veux pas parler ici uniquement des chômeurs, constituant un danger toujours croissant qui, en tout cas, a été clairement indiqué par opposition. Je pense aux masses réduites à la mendicité ou à demi-paupérisées qui, grâce aux subsides dérisoires - octroyés par 'Etat, sont à la limite du paupérisme, du vol et de la prostitution.
Nous ne pouvons pas imaginer comment les gens vivent parfois à peine à quelques pas de nous. Il arrive à l'occasion qu'on se heurte à des phénomènes dont on n'aurait même pas pu soupçonner l'existence dans un Etat soviétique et qui donnent l'impression qu'on vient de découvrir soudainement un abîme. Il ne s'agit pas de plaider la cause du Pe tait quil n5o yas reussi a se ant Soviets, en invoquant barrasser du triste héritage légué par le régime tsariste et capitaliste. Non, mais à notre époque, sous notre régime, nous découvrons l'existence, dans le corps de la classe ouvrière, de crevasses dans lesquelles la bourgeoisie pourrait introduire un coin.
A une certaine période, sous le régime bourgeois, la partie consciente de la classe ouvrière entraînait à sa suite cette masse nombreuse, y compris les demi-vagabonds. La chute du régime capitaliste devait amener la libération du prolétariat tout entier. Les éléments semi-vagabonds rendaient la bourgeoisie et lEtat capitaliste responsables de leur situation; ils considéraient que la révolution devait apporter un changement à
N TERNATIONALE leur condition. Ces gens maintenant sont loin detre satislaits ; leur situation ne s'est pas améllorée ou guère. Ils commencent à considérer avec hostilité le pouvoir des Soviets et la partie de la classe ouvrière travail lant dans l'industrie, Ils deviennent surtout les ennemis des fonctionnaires des Soviets, du Parti et des Syndicats. On les entend parfois parler sommets de la classe ouvrière comme de la « nouvelle noblesse ».
Je ne m'arrêterai pas ici à la différenciation que le pouvoir a introduite au sein du prolétariat, et que lal qualifiee plus haut de « toncuon delle ». La fonction a modillé l'or gane Jui-meme, c'est-a-dire que la psychologie de ceux charges des diverses tâches de direction dans l'administration et l'économie de l'Etat a changé à tel point que non seulement objectivement mais aussi subjectivement, non seulement matériellement mais aussi moralement, ils ont cessé de faire partie de cette même classe ouvrière. Ainsi, par exemple, un directeur d'usine jouant
« satrape » malgré le fait qu'il est un communiste, malgré son origine prolétarienne, malgré le fait qu'il travaillait encore à l'usine il y a quelques années, n'incarnera pas aux yeux des ouvriers les melleures qualités du prolétariat. Molotov peut, à cœur joie, mettre un signe d'égalité entre la dictature du prolétariat et notre Etat avec ses dégénérescences bureaucratiques et, qui plus est, avec les brutes de Smolensk, les escrocs de Tachkent et les aventuriers d'Artiemovsk. Ce faisant, il ne réussit qu'à discréditer la dictature sans désarmer le légitime mécontentement ‹ des ouvriers.
Si nous passons au parti lui-même, en plus de toutes les autres nuances que nous trouvons dans la classe ouvrière, il faut ajouter les transfuges des autres classes. La structure sociale du Parti est bien plus hétérogène que celle du prolétariat. Il en a toujours été ainsi, naturellement avec cette différence que, lorsque le Parti avait une vle idéologique intense, il fondait cet amalgame social en un seul alliage grâce à la lutte d'une classe révolutionnaire en action.
Mais le pouvoir est une cause, aussi bien dans le Parti que dans la classe ouvrière, de la même différenciation révélant les coutures existant enire les différentes couches sociales.
La bureaucratie des Soviets et du Parti constitue un fait d'un nouvel ordre. Il ne s'agit pas de cas isolés, de défaillances dans la conduite d'un
Q UATRIEME I camarade, mais plutôt d'une nouvelle catégorie sociale, à laquelle tout un traité devrait être consacré.
Au sujet du projet de programme de l'Internationale Communiste, jécrivis à Léon Davidovitch (Trotsky) entre autre chose :
« En ce qui concerne le chapitre IV (la période transitoire). La façon dont est formulé le rôle des Partis Communistes dans la période de la dictature du prolétariat est assez faible. Sans aucun doute celte manière vague de parler du rôle du Parti envers la classe ouvrière et l'Etat n'est pas un effet du hasard. L/antithèse existant entre la démocratie prolétarienne et la démocratie bourgeoise est clairement indiquée ; mais il n'est pas dit un seul mot pour expliquer ce que le Parti doit laire pour réaliser, concretement, cette démocratie prolétarienne. « Attirer les masses et les faire participer à la construction », « rééduquer sa propre nature » (Boukarine se plait à développer ce dernier point, entre autre, plus spécialement en liaison avec la révolution culturelle): Ce sont des affirmations vraies du point de vue de l'histoire et connues depuis longtemps ; mais elles sont rétrodeiti des Plaituden si on n'y indultes à des au cours de dix années de dictature du prolétariat.
« C'est ici que se pose la question des méthodes de direction qui jouent un rôle si important.
« Mais nos leaders n'aiment pas en parler, de peur qu'il ne devienne évident qu'eux-mêmes sont encore loin d'avoir « rééduqué leur propre nalure ».
Si j'étais chargé d'écrire un projet de programme pour l'Internationale Communiste, J'aurais consacré beaucoup de place, dans ce chapitre, (la période transitoire) à la théorie de Lénine sur l'Etat pendant la dictature du prolétariat et au rôle du Parti et de sa direction dans la création d'une démocratie prolétarienne, telle qu/elle aurait dû être et non d'une bureaucratie des Soviets et du Parti comme celle qui existe actuellemen.t
Le camarade Preobrajensky a promis de consacrer un chapitre spécial dans son livre Les Conquêtes de la Dictature du Prolétariat en l'an X/ de la Révolution à la bureaucratie soviétique. J'espère qu'il n'oubliera pas le rôle de la bureaucratie du Parti, qui joue un rôle bien plus grand dans l'Etat soviétique que sa sœur des Soviets elle-même. Je lui ai exprimé 36
NTERNATIONALE lespoir qu'il étudiera ce phénoméne sociologique spécifique sous tous ses aspects, Il n'y a pas de brochure communiste qui, relatant la trahison de la social-démocratie allemande du 4 août 1914, n'indique en même temps le rôle fatal que les sommets bureaucratiques du Parti et des syndicats ont joué dans l'histoire de la chute de ce parti. D'autre part, très peu a été dit, et cela en termes trés généraux, sur le rôle joué par notre bureaucratie des Soviets et du Part, dans la désagrégation du Parti et de Elat Soviétique. C'est un phenomene sociologique de la plus haute importance qui ne peut, cependant, être compris et saisi dans toute sa portée, si l'on n'examine pas les conséquences qu'il a eues en changeant lidéologie du parti et de la classe ouvrière.
Vous demandez ce qu'il est advenu de l'esprit d'activité révolutionnaire du Parti et de notre prolétariat ? Où a passé leur initiative révolutionnaire ? Où sont leurs intérêts idéologileur valeur révolutionnaire, leur fierté prolétarienne ? Vous êtes surpris qu'il y ait tant d'apathie, de lacheté, de pusillanimité, me et tant d'autres choses que je pourrais ajouter moi-même ? Comment se fait-il que des gens qui oni un passé révolutionnaire estimable dont l'honnêteté personnelle ne fait aucun doute, qui ont donné des preuves de leur attachement à la Révolution dans plus d'un cas, se soient transformés en pitoyables bureaucrates ? D'où vient cette horrible Smerdiakovstchina (1) dont parle Trotsky dans sa lettre sur les déclarations de Krestinsky et d'Antonov-Ovseenko ?
Mais si on peut s'attendre à ce que des transfuges de la bourgeoisie • et de la petite bourgeoisie, des intellectuels, des « individus » en général. glissent du point de vue des idées el de la moralité, comment expliquer le meme phénomène quand il s'agi le la classe ouvrière ? Beaucoup de camarades ont noté le fait de sa passivité relalive et ne peuvent dissimuler leur déception.
Il est vrai que d'autres camarades ont vu, au cours d'une certaine campagne menée pour la collecte du blé des symptomes d'une robuste santé révolutionnaire, prouvant que les reflexes de classe vivent encore dans le Parti. Tout à fait récemment, le
(1) Smerdiakov, la figure éternellement geignante dans « les Frères Karamazov » de Dostoïevsky, et qui finit par se suicider (Note de la Rédaction).
E camarade Ischenko m'a écrit (ou plus exactement, a écrit dans des thèses qu'il doit avoir également envoyées à d'autres camarades) que la collecte du blé et l'auto-critique sont dues à la résistance de la section prolétarienne de la direction et du Parti. Malheureusement il faut dire que ce n'est pas exact. Ces deux faits résultent d'une combinaison manigancée dans des hautes sphères et ne sont pas dues à la pression de la critique des ouvriers ; c'est pour des raisons potaques et, partois, pour des raisons Par poursuit ete ligne repent partie des sommets du parler que d'une seule pression prolétarienne, celle dirigée par opposition. Mais, on doit le dire clairement, cette pression n'a pas été suffisante pour maintenir Opposition à l'intérieur du Parti ; bien plus, elle n'a pas réussi à changer sa politique: Je suis d'accord avec Léon Davidovitch qui a montré, par une série d'exemples irréfutables, le rôle révolutionnaire véritable et positif que certains mouvements révolutionnaires ont joué par leur défaite : la Commune de Paris, l'insurrection de décembre 1905 à Moscou. La première assura le maintien de la forme républicaine de gouvernement en France: la seconde a ouvert la voie à la réforme constitutionnelle en Russie. Cependant les effets de ces défaites conquérantes sont de courte durée s'ils ne sont pas renforcés par une nouvelle vague révolutionnaire.
Le fait le plus triste, c'est qu'aucun réflexe ne se produit de la part du Parti et de la masse. Pendant deux ans, une lutte exceptionnellement apre s'est poursuivie entre l'Opposition et les hautes sphères du Parti ; au cours des deux derniers mois. des evenements se sont déroulés qui auraient dû ouvrir les yeux aux plus aveugles. Cependant personne jusqu'à orésent n'a le sentiment que les masses du Parti soient intervenues.
Aussi compréhensible est le pessimisme de certains camarades et que je sens également percer, à travers vos questions.
Babeuf, apres sa sortie de la pri son de Abbaye, jetant un coup d'œil autour de lui, commenca à se demander ce qu'était devenu le peuple de Paris, les ouvriers des faubourgs StAntoine et Saint-Marceau, ceux qui le 14 juillet 1789 avaient pris la Bastille, le 10 août 1792 les Tuileries, qui avaient assiege la Convention le 30 mai 1793, sans parler de nombreuses trac inton ma ses observations en une seule phrase dans laquelle on sent l'amertume du révolutionnaire : « Il est plus difficile de rééduquer le peuple dans l'amour de la Liberté que de la conquérir. »
Nous avons vu pourquoi le peuple de Paris oublia l'attrait de la Liberté. La famine. le chômage, la liquidation des cadres révolutionnaires (nombre de dirigeants avaient été guillotines), l'élimination des masses de la direction du pays, tout cela amena une si grande lassitude morale et physique des masses que le peuple de Paris et du reste de la France a eu besoin de trente-sept années de répit avant de commencer une nouvelle révolution.
Babeuf formula son programme en deux mots (je parle ici de son programme de 1794) : « La liberté et une commune élue ».
Je dois ici faire une confession : je ne me suis jamais laissé bercer par l'illusion qu'il suffisait aux lealers de l'Opposition de se presenter dans les meetines du Parti et dans les réunions ouvrières pour faire passer les masses du côté de l'Opposition. J'ai toujours considéré de tels espoirs, venant surtout des dirigeants de Leningrad (1) comme une certaine survivance de la période où ils prenaient les ovations et les applaudissements officiels pour l'expression du véritable sentiment des masses et les attribuaient à leur popularité imaginaire.
J'irai même plus loin : ceci explique pour moi la brusque volte-lace qu'ils firent dans leur conduite.
Ils passèrent à l'Opposition, espérant prendre rapidement le pouvoir. C'est dans ce but qu'ils rejoignirent l'Opposition de 1923 (2). Quand quelqu'un du « groupe sans leaders » reprocha à Zinoviev et Kamenev d'avoir laissé tomber leur allié Trotsky, Kamenev répondit : « Nous avions besoin de Trotsky pour gouverner ; pour rentrer dans le Partı, il est un poids mort. »
Cependant, le point de départ, la prémisse aurait dû être que l'œuvre d'éducation du Parti et de la classe ouvrière est une tâche longue et difficile, qu'elle l'est d'autant plus que les esprits doivent être tout d'abord nettoyés de toutes les impuretés introduites en eux par la pratique des
(1) Il s'agit avant toul de Zinoviev et de Kamenev (Note de la Rédaction).
(2) La première opposition, celle de Trotsky à Moscou (Note de la Rédacautres interventions armées, Il résu-tion).
Soviets et du Parti el par la bureaucratisation de ces institutions.
On ne doit pas perdre de vue quiet la majorité des membres du Parti (sans parler des jeunes communistes)
a la conception la plus erronée des tâches, des fonctions et de la structure du Parti, à savoir la conception que la bureaucratie leur enseigne par son exemple, par sa conduite pratique et par ses formules stéréotypées. Tous les ouvriers qui rejoignirent le
Parti après la guerre civile, Y923 (la rent, pour la plupart, après promotion Lénine) ; ils n'ont aucune Idee de ce quetait autrelols le régime du Parti. La majorité d'entre eux est dépourvue de cette éducation révolutionnaire de classe acquise pendant la lutte, dans la vie, dans la prauque consciente, Dans le temps cette conscience de classe était était obtenue dans la lutte contre le capitalisme. Aujourd'hui elle doit se former par la participation dans la construction du socialisme. Mais notre bureaucratie, ayant réduit cette participation à une phrase creuse, les ouvriers ne peuvent acquérir nulle part cette éducation. J'exclus bien entendu comme un moyen anormal d'éduquer la classe le fait que notre bureaucratie en abaissant les salaires réels, en empirant les conditions de travail, en favorisant le développement du chômage, pousse les ouvriers à la lutte et élève leur conscience de classe ; mais alors elle est hostile à l'Etat socialiste.
Selon la conception de Lénine et de nous tous, la tâche de la direction du Parti consiste précisément à préserver le Parti et la classe ouvrière de l'influence corruptrice des privilèges, des faveurs et des tolérances inhérentes au pouvoir en raison de son contact avec les débris de l'ancienne noblesse et de la petite bourgeoisie ; on aurait du se préveni contre l'influence néfaste de la NEP contre la tentation de l'idéologie et de la morale bourgeoises.
En même temps nous avions l'espoir que la direction du Parti aurait créé un nouvel appareil, véritablement ouvrier et paysan, de nouveaux syndicats, vraiment proletariens, une nouvelle morale de la vie quotidien. ne.
On doit le reconnaître franchement, clairement et à haute et intelligible voix : l'appareil du Parti n'a pas accompli cette tâche. Il a montré dans cette double tâche de préservation et d'éducation l'incompétence la plus complète ; il a fait banqueroute ; il est insolvable. 38
Nous en étions convaineus depuis Jongtemps et les derniers huit mois auraient dû prouver à chacun que la direction du Parti s'avançait sur le plus périlleux des chemins. Et elle continue à suivre cette route.
Les reproches que nous lui adressons ne concernent pas, pour ainsi dire, le côté quantitatif de son travall, mals bien plutôt le côté qualitati. Ge point doit etre souligne, autrement nous serons à nouveau submergés de chiffres sur les succès innombrables et intégraux obtenus par les appareils du Parti et des Soviets. Il est grand temps de mettre fin d ce charlatanisme statistique.
Ouvrez les comptes-rendus du quinzième Congrès du Parti. Lisez le rapport de Kossior sur l'activité organisationnelle. Qu'y trouvez-vous ? Je cite littéralement : « Le prodigieux développement de la démocratie dans le Parti.. L'activité organisationnelle du Parti s'est étendue largement »
Et puis, bien entendu, pour renforcer tout cela : des chiffres, des chiffres et encore des chiffres. Et ce- etalt dit au moment ou ll y avai lans les dossiers du Comité Central des documents faisant la preuve de la terrible désintégration des appareils du Parti et des Soviets, de Pétouffement de tout contrôle des masses, de l'oppression horrible, des persécutions, d'une terreur jouant avec la vie et l'existence des militants et des ouvriers. tantsiet dos ment ta Pravda du 11 avril caractérise notre bureaucratie : « Des éléments arrivistes, hostiles, paresseux et incompétents s'exercent à chasser les meilleurs inventeurs soviétiques au delà des frontiéres de TU. R. S. S., à moins qu'un grand coup ne soit frappé contre ces éléments, de toute notre force, de toute notre détermination, de tout notre courage... »
Cependant, connaissant notre bureaucratie, je ne serais pas surpris d'entendre quelqu'un parler à nouveau du développement « énorme » et « prodigieux » de l'activité des masses et du Parti, du travail organisationnel du Comité Central implantant la démocratie...
Je suis persuadé que la bureaucratie du Parti et des Soviets existant actuellement va continuer avec le même succès à cultiver autour d'elle des abcès suppurants, malgré les procès bruyants qui ont eu lieu le mois dernier. Cette bureaucratie ne changera pas par le fait qu'elle est soumise à une épuration. Je ne nie pas, bien entendu, l'utilité relative et Pab- solue nécessité d'une telle épuration. Je désire simplement souligner que ce n'est pas uniquement une question de changement de personnel, mais avant tout de changement des méthodes.
A mon avis, la première condition pour rendre notre direction du Parti capable d'exercer un rôle éducatil, c'est de réduire la taille et les fonclions de cette direction. Les troisquarts de lappareil devraient etre licenciés. Les tâches du quart restant devraient avoir des limites strictement déterminées. Ceci devrait s'appliquer également aux tâches, aux fonctions et aux droits des organismes centraux.
Les membres du Parti doivent recouvrer leurs droits qui ont été foules aux pieds et recevoir des garanties valables contre le despotisme auquel les cercles dirigeants nous ont accoutumés.
Il est difficile d'imaginer ce qui se passe dans les • rangs inférieurs du Parti. C'est spécialement dans la lutte contre l/Opposition que la médiocrité idéologique de ces cadres s'est manifestée, ainsi que l'influence corruptrice qu'ils exercent sur les masses prolétariennes du Parti. Si, aux sommets, il existait encore une certaine ligne idéologique, une ligne spéclinse en idéologi melee, il ene vraià une forte dose de mauvaise foi, dans les rangs inférieurs, d'autre part, la démagogie la plus effrénée a été employée contre l'Opposition, Les agents du Parti n'ont pas hésité à uliliser l'antisémitisme, la xénophobie, la haine des intellectuels, etc. Je suis persuadé que toute réforme du Parti qui s'appuie sur la bureaucratie s'avèrera utopique.
Je. résume : tout en notant, comite vous, le manque d'esprit d'activité
TERNATIONALE révolutionnaire des masses du Parti, je ne vois rien de surprenant à ce phénomene. C'est le résultat de tous les changements qui ont eu neu dans le Parti et le prolétariat lui-même. H est nécessaire de rééduquer les masses travailleuses et les masses du Parti dans le cadne du Parti et des syndicats. Ce processus est en soi long et difficile ; mais il est inévitable ; il a déja commencé. La lutte de l'Opposition, l'expulsion de centaines et de centaines de camarades, les emprisonnements, les déportations, bien que n'ayant pas encore fait beaucoup pour l'éducation communiste de notre Parti, ont, en tout cas, eu plus d'effets que tout l'appareil mis ensemble. Au fond, les deux facleurs ne peuvent même pas être comparés : l'appareil a gaspillé le capital du tarti légué par Lénine, non seulement d'une façon inutile mais d'une façon nuisible. Il a démoli tandis que l'opposition construisait.
Jusqu'alors, j'ai raisonné par « abstraction » à partir des faits de notre vie économique et politique qui ont été analysés dans la Plateforme de l'Opposition. Je l'ai fait délibérément, car ma tâche était de souligner les changements qui se sont produits dans la composition et dans la psy: chologie du prolétariat et du Parti en rapport avec la prise du pouvoir lui-même. Ces faits ont peut-etre donné un caractère unilatéral à mon exposé. Mais sans procéder à cette analyse préliminaire, 1l serait difficile de comprendre l'origine des erreurs économiques et politiques commises par notre direction en ce qui concerne les paysans et les problèmes ouvriers de l'industrialisation, du régime intérieur, du Parti et, finalement de l'administration de l'Etat.
Salutations Communistes. Astrakhan, le 6 août 1928.