Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 6, n° 10-11

L'Allemagne occidentale depuis la réforme monétaire

Quatrième Internationale, vol. 6, n° 10-11 · octobre-novembre 1948 · p. 4-5 · 1 520 mots

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La réforme monétaire appliquée en Allemagne occidentale le 21 juin 1948 avalt été préparée de longue date par les spécialistes des puissances d'ocoupation et par un véritable « brain trust » allemand à leur service. Pendant de nombreux mois, les quatre commandants militaires ont fait semblant de rechercher une formule commune, permettant d'effectuer la même réforme monétaire dans toutes les zones d'occupation. Mais en raison de l'orientation économique radicalement opposée poursuivie par les impérialistes « occidentaux » dans leur trizone et par la bureaucratie stalinienne dans la zone orientale, il était clair que cette réforme uniforme était impossible, sans parler des contingences politiques qui en auraient fait par avance un mort-né. C'est donc dans le cadre d'une Allemagne occidentale intégrée dans les plans américains de « redressement économique » et de « coopération européenne » que s'est réalisée la réforme monétaire.

Elle a pris la forme d'une opération politique de grande envergure, tendant à permettre une reprise économique qui diminuerait radicalement les charges que l'impérialisme américain s'est vu imposer pour le maintien du niveau actuel d'activité industrielle en Europe occidentale, ferait de la Ruhr un centre d'attraction Irrésistible pour les pays du glacis en quête de biens d'équipement, et maintiendrait l'ensemble de l'économie européenne, contrôlée à travers la Ruhr, dans les limites d'une puissance adaptée aux besoins américains et incapable de s'opposer aux visées de l'impérialisme yankee sur les marchés mondiaux.

Qu'une réforme monétaire s'imposât de toute façon en Allemagne pour permettre une reprise économique même des plus modestes était clair pour tout observateur non prévenu et avait été amplement illustré à plusieurs reprises dans GUATRIEME INTERNATIONALE, En raison des effets de la défaite et de l'occupation s'ajoutant à l'héritage de l'économie de guerre nazie, financée par l'inflation, l'ensemble du système monétaire allemand était devenu d'une absurdité tionnelle. Les prix et les salaires étaient bloqués à leur niveau de 1939, alors que la masse monétaire en circulation étalt plus de vingt fois supérieure, et que marchandises disponibles sur le marché allemand étaient tombées à une fraction infime de la quantité déjà fort restreinte disponible au début de la guerre. Le REICHSMARK était devenu, par suite de cet état de chose, une monnale purement décorative dont la fonction était limitée au secteur économique étroitement contrôlé per l'Etat : paiement des salaires et des impôts, achat des produits rationnés utilisation des services publics (gaz, électricité, chemins de fer, etc.). La quantité de marchandises et de services acessibles de ce secteur diminuait sans cesse, ne 10t-oe que parce que la reproduction y était devenue absolument impossible.

Il en résultait une paralysie générale de la vie économique : de vastes quantités de produits de toute nature étaient retirées du marché, cachées et stockées. Le capital industriel qui travaillait à perte limitait autant que possible la production. Les paysans ne livraient qu'une partie réduite de leurs récoltes, augmentant leur consommation individuelle et gardant le reste de leur production pour des opérations de troc, avec lesquelles ils acquéraient les produits de consommation Impossibles à trouver sur le marché légal ou même sur le marché noir (sauf pour des sommes astronomiques). Les ouvriers pouvant acheter avec salaire en RM que des rations de famine étaient réduits au débrouillage individue! (intermédiaires marché noir, troc de leurs rares réserves de vêtements, eto., paiement d'une partie de leur salaire sous forme de produits finis, vol, etc.) pour défendre leur tout court, ce qui entraînait l'absentéisme une grande échelle, une chute effrayante de la productivité et une démoralisation qui paralysait toute vie politique,

La nécessité de la réforme monétaire ainsi posée, toute la question se réduisavoir qui allait l'effectuer au profit de qui,

Pour comprendre ces résultats, il faut considérer qu'elle a été effectuée en deux étapes. La première consista dans le retrait de tous les billets de banque RIM et dans une distribution égale pour tout citoyen d'une somme minime en nouvelle monnaie, le DEUTSCHE MARK. Des mesures supplémentaires prévoyaient un crédit Jimité aux industries pour le paiement des salaires qui restaient nominalement invariables. Tout-à-coup l'argent devint la marchandise la plus rare. Tout le monde se trouva à court d'argent. Aucun moratoire n'ayant été prononcé, et certaines dépenses devant continuer à se faire (impôts, loyers, transports, services publics, etc.), une partie des stockeurs (surtout les spéculateurs du marché noir) fut forcée de jeter de grandes quantités de marchandises sur le marché. Du coup, tous les produits qui avaient été introuvables en Allemagne pendant trois ans apparurent non seulement à tous les coins de rue, mais même aux vitrines des magasins. Les prix du marché noir s'effondrèrent et, avec eux, toutes les ressources supplémentaires du marché noir et du troc.

La seconde étape consista dans la normalisation de la circulation monétaire, normalisation obtenue en quelques semaines à travers le paiement des salaires, les dépenses étatiques, les frais d'occupation, la reprise du crédit bancaire interméles frais d'occupation, la reprise du crédit bancaire, circulation monétaire atteignit rapidement, après cette brève période diaire, le double de ce qu'elle avait été avant la guerre. Les prix, libérés de leur blocage, commençaient à « s'adapter ». Leur hausse très rapide n'exprimait pas tellement, comme le prétendent les spécialistes bourgeois, l'écart des prix allemands par rapport aux prix du marché mondial, mais le simple fait qu'à la base de l'inflation se trouvait l'insuffisance de la production et que de ce fait L'INFLATION RECOMMENÇAIT EN DEUTSCHE MARKS par le simple jeu de l'offre et de la demande, sur un plan différent et dans des limites moins absurdes, il est vrai, mais sur un rythme non moins effrayant : les prix montent de 15 à 20 0/0

Ce sont les industriels et les gros commerçants qui ont essentiellement profité de l'opération : la réforme monétaire a REVALORISE LEURS STOCKS qui, du coup, se transforment de capital mort en un capital rapportant de plantureux bénéfices. Pour les travailleurs, après un premier moment d'euphorie provoqué par la réapparition de tant de marchandises désirées, l'opération se solde par la destruction officielle de la fiction du « blocage des prix et des salaires » et par ladmission officielle que leur niveau de vie est tombé à la moitié de ce qu'il était à la veille de la guerre. Avec leur salaire horaire de 1,20 à 1,50 DM, les travailleurs ne réussisent même pas à acheter leurs rations.

Les capitalistes et les autorités d'occupation avaient espéré obtenir un « chos psychologique » qui auralt ramené l'ouvrier à un travail plus assidu. l'absentéisme a effectivement diminué et les demandes d'emplois augmentent sans mais la productivité du travail était et reste basse, surtout en raison SALAIRES REELS infiniment bas, c'est-à-dire de l'insuffisance criante de la nourriture de l'ouvrier allemand et de sa famille qui fait qu'il ne réussit pas à reconetituer sa force de travail. D'autre part, la « normalisation » de la vie économique a également eu pour conséquence le fait que le patron, qui dans la période précédente gardait un personnel supplémentaire qui ne lui coûtait rien parce qu'll

RM sans valeur mais qui lui procurait des allocations de matériel supplémentaires, rationalise aujourd'hui la répartition de la main-d'œuvre, ce qui provoque, étant donné le bas niveau total de la production, la réapparition alarmante du CHOMAGE qui approche de 800.000. tout différent de celui que le grand capital avait espéré. La monnaie devenant Néanmoins, choc psychologique » s'est produit mais dans un domaine de nouveau le moyen de payement normal et une masse de marchandise apparaissant sur le marché, la LUTTE DE CLASSE s'est immédiatement NORMALISEE sur le terrain économique, les ouvriers ont entamé des actions d'envergure pour la baisse des prix et pour des réajustements de salaire (à Stuttgart, à Dortmundt ailleurs). La période qui s'ouvre sera sans aucun doute une période d'essor du mouvement syndical, et nos camarades de l'I. K. D. (section allemande de la Ivo Internationale) ont lancé un au regroupement, à l'intérieur des syndicats et surtout des conseils d'usine, d'une puissante aile révolutionnaire capable d'assurer la victoire aux travailleurs dans ces mouvements, ce qui serait le chemin plus court pour la politisation des luttes ouvrières.

Dire que la réforme monétaire a « normalisé » une chute radicale du niveau vie des travailleurs et à nouveau un profit « raisonnable » est en soi-même indice d'une reprise économique sérieuse. Plus important que les assez speotaculaires de l'industrie lourde (on prévoit une production d'acier pour de l'ordre de 6 millions de tonnes contre 2,8 en 1947. Ce chiffre doit cependant être comparé aux 10,7 millions permis par le plan de reconstruction angloaméricain, et au chiffre de 14 millions qui exprime les besoins normaux de l'économie allemande) est le passage à une activité productrice normale des industries textiles, alimentaires, chimiques, etc., où, gråce à un afflux de matières premières et à une récolte exceptionnelle pour cette année (le double environ de la récolte de l'année précédente), la situation put se normaliser rapidement. L'industrie métallurgique, la petite mécanique, l'industrie optique et celle de l'appareillage de précision souffrent par contre d'un manque constant de matières premières et des résultats désastreux de démantèlements. Ce n'est pas par hasard d'ailleurs. car ce sont la précisément les industries travaillant normalement pour l'exportation

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